Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

La situation à la veille du IXe Congrès du POUP

· Inprecor n° 106, 20 juillet 1981 · p. 26-30 · 6 599 mots

Cyril Smuga était le pseudonyme de Jan Malewski, coéditeur de l'Inprekor polonais (1981-1990) et directeur d'Inprecor à partir de 1998.

Pologne Syndicalisme Stalinisme

UVERT sous le signe de l'offensive de la fraction « dure » de la lepi dum du Comte central du Parti dier une lin, le 11e plénum du Comité central du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) s'est soldé par un renforcement des positions défendues par l'équipe Kania-Jaruzelski au sein du parti, mais également vis-à-vis de « Solidarité ». L'entrée en lice du

« Forum de Katowice », soutenu et inspiré quasi ouvertement

Cyril SMUGA

Paul BOTTERMAN

Prenant appui sur la menace à peine voilée d'intervention soviétique contenue dans la lettre, la fraction « dure » de l'appareil, regroupée derrière Andrzej Zabinski et Stanislaw Grabski, a profité de ce plénum pour annoncer son programme. « On ne peut pas faire de compromis avec nos adversaires », expliquait Zabinski, repris par Putrament qui dépeignait avec un beau lyrisme « cette masse animale (les travailleurs...) » qui s'en prend aux

« représentants du pouvoir ». « Il faut exclure, dissoudre les cellules et même les grandes organisations du parti », tonnait un autre. Et un ancien responsable du secteur politique de l'armée donnait le la :

« Que ceux qui ne veulent pas s'opposer au mal laissent la place à d'autres ! »

Pour ces représentants de l'appareil intermédiaire du parti, soumis directement aux pressions populaires et devant faire face à la volonté démocratique des militants de base (pour lesquels « renouveau » signifie avant tout « renouvellement » des instances départementales et locales du parti), mis devant la perspective de perdre leurs fonctions et donc leurs privilèges, la situation n'a que trop duré.

Le déroulement même des congrès régionaux du parti, où une bonne partie des leurs n'a pas été réélue, a été le signal d'alarme. Et les quelques interventions les appelant à la raison au nom de l'intérêt de la caste dans son ensemble - telle a été l'intervention d'une permanente du parti

(on dit « ouvrière » dans ce cas-là) dans une usine textile de Lodz qui insistait sur le caractère positif de l'intégration dans l'appareil de nouveaux membres, car « ils renforcent notre image dans les mas ses » —, n'ont provoqué que des grincements de dents.

STANISLAW KANIA SE POSE

DU « RENOUVEAU » ...

Face à cette situation, Stanislaw Kania n'a pas eu de mal — même s'il a semblé menacé au sein même du Comité cen-

La situation à la veille

du IXe Congrès du POUP

mis à la direction tral - à apparaître comme le garant du « renouveau » et à présenter une série de mesures impopulaires comme un mal nécessaire. Sur le front du parti d'abord : « Jusque là, nous n'avons pas eu recours aux mesures disciplinaires. Aujourd'hui, nous devons recourir à de tels moyens.» Sur celui des médias : « La discipline s'est effritée dans les rédactions, il faut la restaurer. » Face aux travailleurs enfin, s'appuyant sur une nouvelle attaque contre « Solidarité », en annonçant une politique d'austérité sous couvert de la crise économique. Dans cette dernière tâche, Stanislaw Kania exige des syndicats qu'ils « prennent leurs responsabilités au niveau de la production » et déclare vouloir coopérer avec « le courant réaliste de

Get avec les forces de l'Eglise ». Mais la défiance d'une large partie des membres du Comité central - dont nombre des membres actuels s'attendent à ne plus en faire partie après le IXe Congrès extraordinaire du POUP qui se déroulera à Varsovie entre le 14 et le 18 vis-à-vis de la volonté de direction actuelle de les protéger, a permis qu'au travers d'un débat d'une franchise étonnante, le fond des positions en présence apparaisse. C'était évidemment le cas des « durs », préoccupés par l'avenir de leur bifteck, mais également celui des « libéraux ». Ainsi Fiszbach, à Gdansk et jouissant d'une réelle popularité : « Si en Pologne, au cours des dix derniers mois, on avait pu à chaque fois dire NON, alors j'aurais dit NON très souvent. Mais les camarades savent que NON, cela ne suffit plus ! »

... ET PASSE A L'ATTAQUE

La résolution adoptée → et dont le ton a été immédiatement repris par la Diè-

- témoigne de la volonté de la direction Stanislaw Kania à reprendre en main la situation en profitant de l'impact de la lettre du CC du PCUS. II est question de mettre fin « aux milliers de tracts qui inondent le pays » (1), c'est-à-dire de casser la presse syndicale publiée en dehors censure. La confiscation dans une imprimerie de Wropar l'aile « dure » de l'appareil et bénéficiant de la sympathie du Kremlin - qui a trouvé son prolongement dans la lettre du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) au POUP -, en ravivant les craintes d'une fin brutale du « renouveau » polonais parmi les militants du POUP, a perde se placer en arbitre et de reprendre ses claw de plusieurs centaines d'exemplaires d'un livre publié sous les auspices de « Solidarité », le 2 juillet, à la veille de la visite de Andrei Gromyko, montre qu'il ne s'agissait pas uniquement de mots. Il faut également « mettre les médias au service du parti » - préoccupation immédiatement ressentie dans le traitement de l'information par le journal télévisé. « Il faut - enfin - mieux préparer le Congrès du parti (sic !). »

« CE CONGRES EST DEJA

PERDU » POUR LES OPPOSANTS

Cette dernière préoceupation est apparue de façon particulièrement crue lors des congrès régionaux qui ont suivi le plénum. Alors qu'une bonne partie des caciques de l'appareil central se démenaient jusque-là de congrès en congrès, tâtant le pouls pour voir s'ils pourraient présenter leur candidature, le plénum a mis fin à ces tergiversations. Désormais, ils ont l'assurance d'être délégués, et les congrès récaleitrants sont rappelés à l'or-

Ainsi, Barcikowski (membre du BP) a été élu, dès avant le plénum, délégué au

Congrès national par l'organisation du parti de Szezecin, où les organisations de base annonçaient auparavant qu'il ne le serait jamais. A Torun, le congrès régional a été interrompu le 28 mai, car l'opposition antibureaucratique avait obtenu la majorité sur un vote (2). Mais sa deuxième session, après une intervention personnelle de Stanislaw Kania, s'est soldée par une défaite des opposants et a reconfirmé

1. Seuls deux journaux de « Solidarité »,

Jednosc (Unité) de Szczecin et Tygodnik larnose (Solidarité hebdo) paraissent et sor ffusés officiellement. Les centaines d'autri bulletins du syndicat sont diffusés de manière interne et, du point de vue légal, relèvent de

2. Il s'agissait de savoir si Zbigniew Iwanow, dirigeant de l'opposition, exclu du parti mais réélu secrétaire du POUP dans son entreprise et élu délégué à la conférence de ville, pouvait avoir un mandat. Aprés un premier vote positif, les « durs » ont quitté le congrés en si-

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Najdowski (un des chefs de file des « durs »), dans sa fonction de premier sedu parti. Enfin, à Poznan, où Grabski a été viré de la salle du congrès, les délégués ont — après une lettre de Stanislaw Kania - non seulement accepté que celui-ci prenne la parole, mais encore élu quatre de ses protégés comme délé-

« Ce Congrès est déjà perdu », explique Zbigniew Iwanow, un des militants les plus connus de l'opposition antibureaucratique au sein du POUP dans une interview donnée au bulletin quotidien de « Solidarité » de Varsovie, (Indépendance), du 12 juin 1981.

gens ne réagissent pas, sont tout simplement fatigués et ne sont pas préparés à l'activité sociale. Adam Michnik avait raison en disant que le parti n'est pas réformable. (...) On dit que, dans la direction du parti, il n'y a pas de différences : il n'y a qu'une différence dans la façon de combattre "Solidarité". Olszowski et Grabski ont une tactique à court terme, Kania et Jaruzelski à moyen terme et Werblan (qui avait tenté de se joindre aux coordinations horizontales - NDLR) a une tactique a long terme. (...) Dans la plupart des cas, les gens qui sont élus représentent on ne sait pas vraiment qui ni quoi. Cela, parce que le statut que nous proposions n'a pas été accepté. »

Ainsi, la bureaucratie a réussi a reprendre le contrôle du parti, et on peut s'attendre à ce que le prochain Congrès ne change pas fondamentalement les rapports de forces au sein de l'appareil. Mais elle sort affaiblie de l'épreuve : le renouvellement de l'appareil - réel malgré la des opposants qui voulaient «gagner le Congrès », c'est-à-dire prendre le contrôle du parti - le rendra beaucoup plus perméable à la pression des masses, renforçant par là les tendances centrifuges. Et la déception des opposants au sein du parti se chiffre par un départ massif de militants ouvriers: 143 500 membres ont leur carte (parmi eux les ouvriers constituent les 75 %) et 217 000 ont été exclus (dont environ 100 000 qui rendu leurs cartes d'eux-mêmes...) (3). Pour la bureaucratie, cela signifie une perte non négligeable de sa capacité de manœuvre dans les usines. De nombreux sont ceux qui attendent encore le Congrès avant de se prononcer. Ainsi, selon Zbigniew Iwanow, 80 % des membres du parti du complexe sidérurgique Huta Lenina à Cracovie ont déposé leurs cartes avec l'intention de prendre la décision définitive le 19 juillet. Et il en est de même dans les grandes entreprises du littoral de la Baltique.

LA REVOLTE DES FLICS La bureaucratie sort également affaiblie de sa lutte pour garder le contrôle de l'appareil répressif. S'il semble finalement que Kania et Jaruzelski ont réussi à éviter une rupture dans l'armée — car les luttes entre les « durs » et les « libéraux » en son sein ont été beaucoup plus faibles, faute de combattants, et que « Solidarité » n'a pas tenté d'y intervenir —, il en va tout autrement de la milice (4).

Laissés pour compte du « renouveau », soumis à une formidable pression populaire, les exécuteurs des basses œuvres bureaucratiques se sont massivement révoltés. Leur ment corporatiste à ses débuts, s'est radicalisé face à la répression de la hiésyndicat indépendant des fonctionnaires de la milice a été créé, se définissant comme « un mouvement des sous-officiers », et a déposé une demande officielle d'enregistrement le 10 juin dernier devant le tribunal de Varsovie. Présent dans 37 départements, il compterait

- selon ses porte-parole - 10 000 membres fondateurs...

Au moins 362 fonctionnaires ont été sanctionnés pour le moment pour leur appartenance au syndicat, et la hiérarchie a déclenché une violente « campagne d'explication » interne à la milice pour expliquer qu'il s'agit là d'« agents stipendiés de "Solidarité" et du KOR » et d'« antisocialistes ». Dans la bouche du ministère de l'Intérieur - tout milicien le sait -, cela équivaut à l'annonce de condamnations pour « subversion en liaison avec l'étranger », si le mouvement n'arrive pas à imposer un rapport de forces le mettant à l'abri de la répression.

« Solidarité », au début méfiant face à certaines revendications ouvertement réactionnaires du mouvement (comme celle d'instaurer les tribunaux de flagrants délits pour lutter contre la criminalité), commence à changer d'attitude face au mouvement (5) depuis que la répression frappe ses membres. Et il convient de que ces « sous-officers de base » considèrent que le respect pour leur fonction viendra de la publication des noms des responsables des répressions anti-ouvrières et anti-étudiantes de 1956, 1968, 1970 et 1976, et de leur sanction. Ils exigent de ne plus être utilisés dans « les conflits entre la société et l'administration étatique » et réclament en conséquence la dissolution des brigades anti-émeutes - les réserves motorisées de la milice (ZOMO) -, et l'emploi des fonctionnaires ainsi « libérés » à la lutte contre la criminalité. Face à la répression, le syndicat de la milice a entrepris dans certaines villes des campagnes systématiques d'affichage, et on a même pu voir des « représentants de l'ordre » se promener avec le brassard blanc et rouge de la

« La faim nous menace (le rationnement ne pourra être assuré et l'agriculture est en régression technologique), l'industrie minière - du fait de son délabrement technique - (...) ne sera probablement pas capable d'extraire plus de 120 millions de tonnes de charbon. Cela signifie en hiver non seulement la paralysie de l'économie, mais encore - peut-être - la mort par le froid pour de nombreuses personnes. » Cette sombre perspective, tracée début mai par Jadwiga Staniszkis (6), a tous les risques de se réaliser. La baisse de l'activité économique, due à la désorganisation de la production, se poursuit : la production industrielle a baissé de 10% en janvier dernier et de 18 % en mai. Selon le président de la Commission Plan, M. Madej, il n'y a pas d'espoir de redressement de la tendance au cours du second semestre.

Le chaos économique dans lequel est plongée actuellement la Pologne a bien sûr ses racines dans les choix d'investissements opérés tout au long des dix dernières années. Faut-il rappeler que les investissements dans l'industrie lourde - et notamment le développement du complexe sidérurgique Huta Katowice — ne sont pas allés de pair avec des investissements complémentaires dans le secteur de la production d'énergie, et que, à cause de cette erreur de planification (qui prend sa source dans la contradiction fondamentale entre l'appropriation collective des production et leur gestion individuelle par les bureaucrates, donnant lieu à de multiples luttes de cliques entre les groupes d'intérêt régionaux et locaux intéressés du gâteau qui garantit leur puissance, phénomène particulièrement aigu durant les dix dernières années et renforcé par la relative décentralisation des décisions économiques), la moitié seulement du potentiel industriel polonais peut fonctionner aujourd'hui à plein.

Mais un facteur supplémentaire aggrave aujourd'hui la crise. Le taux de croissance élevé de l'économie polonaise, au cours de la décennie passée, a été obtenu par un recours systématique à l'endettement extérieur et à la technologie occidentale. Cette politique — dont les principes pourraient étre discutés — réalisée par la bureaucratie a produit des résultats contraires de ceux qui étaient attendus. Loin de diminuer la dépendance technodes économies capitalistes développées, elle l'a au contraire acerue. Car, soucieux avant tout de résultats immédiats = et quels qu'en soient les coûts (les crédits étaient largement ouverts) -, les responsables de ces investissements ont privilégié la production finale au détriment des diverses composantes qu'il était plus facile d'importer (et plus rentable du point de vue de tel ou tel manager, intéressé non par la production réelle, mais par la prime liée à tel ou tel objectif partiel). C'est sans doute une des raisons de la spirale d'endettement qui a mené la Pologne en

3. Le chiffre officiel est de 143 500 démisles autres chiffres ont été publiés par communes - informations), bulletin publié par les oppositionnels du POUP à Varsovie.

4. Lire à ce sujet le reportage de Paul Botterman dans Rouge, numéro 977, du 10 juillet

5. Il faut noter que des revendications plus radicales sont apparues en ce qui concerne la milice. Ainsi, une résolution du comité syndical d'entreprise de la fabrique de camions FSC de Lublin exige la dissolution de la milice et son remplacement par une milice ouvrière, formée de travailleurs volontaires, délégués pour cette tâche pour une période de deux ans non renouvelable (selon AS, bulletin hebdomadaire de l'Agence Solidarnose de Varsovie, numéro 19, du 2 juin 1981).

6. Cf. Niezalenose (Indépendance), numéro 41, bulletin quotidien du syndicat « Solidarité » de Varsovie.

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dix ans jusqu'à la situation de cessation de paiements. Aujourd'hui, la Pologne est dépendante de l'Occident pour 18 % de sa production de biens d'investissement et pour 8% de sa production de biens de - dont la logique était de détruire en l'asphyxiant l'agriculture privée - a privé en conséquence le pays de sa base alimentaire. La priorité - tant de fois dénoncée par ceux-là mêmes qui l'imposaient donnée au développement de l'industrie des biens d'investissement et à celui de l'industrie des biens de consommation durables, a conduit à un affaiblissement du potentiel productif des biens de consommation courante. En conséquence, la Pologne dépend aujourd'hui pour sa consommation courante à 76 % de l'extérieur (dont plus de 40 % vis-à-vis de l'Europe

La faillite financière - dont les premiers signes datent de bien avant août 1980 - et la difficulté de trouver des prêts, même à court terme, auprès des banques occidentales ont révélé l'ampleur du désastre : la presse polonaise rapporte chaque jour des témoignages teurs obligés d'interrompre tion faute de matières premières ou de sous-produits. Il n'y a pas de statistiques permettant de se rendre compte de l'étendue de ce phénomène, mais on est en droit de penser que l'actuelle baisse de la production industrielle est due pour une à cette cause, le déficit énergétique étant déjà comparable l'année dernière à ce qu'il est actuellement. Et la liste impressionnante des biens qui disparaissent chaque jour des circuits de distribution en est un autre indice.

APPROVISIONNEMENT :

ON TROUVE ENCORE DU THE!

Ce chaos dans la production a des effets immédiats en ce qui concerne l'approvisionnement. Il faut avoir milliers de personnes, attendant dans certaines villes de province des heures avec l'espoir d'acheter du pain, pour imaginer l'état du marché polonais. Car la réalité dépasse l'imagination. On ne plus les graisses alimentaires, le fromage et les produits laitiers, le pain, les agents lavants (savon, lessive, etc.), les allumettes, les cigarettes et le tabac, les pâtes alimentaires, les ... On trouve du thé ! Et encore, dans les régions où les fumeurs - qui ne trouvent pas de cigarettes - n'en ont pas fait des stocks ..., car le thé, ça se

Be tres officielle note du minist

| Commerce intérieur et des Servic envoyée à la Commission nationale pour questions d'approvisionnement

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« Solidarité », en date du 20 mai 1981, ne permet pas d'envisager une amélioration notable de l'approvisionnement en lait, fromage et poissons (produits non soumis au rationnement) : « Durant les premiers quatre mois, les livraisons de lait les producteurs ont été très faibles - en moyenne 20 % de moins que lannée precedente. (...) Si les auraisons continuent d'augmenter, ce qui est probable, la possibilité de satisfaire la demande pourrait se présenter. (...) Durant les quatre premiers mois de l'année en cours, l'industrie laitière a livré (...) 28 % • de fromage de moins que l'année précédente..(...) En mai, les livraisons seront de 60 % inférieures par rapport à mai 1980. (...) Le plan pour le troisième trimestre n'est pas encore connu. (...) »

En ce qui concerne le poisson, la situation est similaire, le ministre annonçant une baisse des livraisons d'au moins 22 000 tonnes par rapport à l'année précédente. Enfin, dans la même note, le ministre annonce « l'absence de décision en ce qui concerne l'achat de 50 000 tonnes de sucre, du fait du manque de devises. Cet achat est nécessaire pour assurer l'approvisionnement des tickets de rationnement déjà distribués (7) ».

Des informations moins officielles font état de 15 % des tickets de rationnement de la viande qui ne pourront pas être honorés avant d'être périmés (15 juillet). Et une déclaration de la Commission pour l'approvisionnement de « Solidarité » datée du 4 juin 1981 annonce, après discussion avec le ministre, que le rationnement de la viande pourrait ne pas être satisfait dans les conditions actuelles durant le troisième trimestre (8).

La situation, déjà assez grave en elleest aggravée du fait de sabotages de la part des bureaucrates. Dans une note d'information tombée entre les mains de « Solidarité » à Gizycko, non signée et qui citait les sources du CC et des comités régionaux du POUP, destinée à donner des orientations à l'appareil, on peut lire la directive suivante : « Créer des difficultés dans l'approvisionnement, ne pas envoyer suffisamment de biens sur même s'ils s'abiment dans les magasins. Fatiguer le peuple et mettre la responsabilité sur le dos de té". (9) » Cette note est datée de janvier 1981. Même si son authenticité ne peut être affirmée, la pratique montre que de tels agissements ont lieu. Il n'est pas de jours sans que des commissions de contrôde « Solidarité » ne découvrent ici ou là des produits indisponibles ainsi cachés. Et il faut noter que cette activité de

7. AS, numéro 18, du 27 mai 1981. 8. AS, numéro 19. du 2 juin 1981. 9. Publié dans Wolne Slowa (la Libre Parole), numéro 42, bulletin syndical de Torun. L'introduction du texte précise : « Remarques sur les méthodes d'action et la tactique du POUP envers toutes les organisations sociales indépendantes du parti rédigées sur la base de : 1.- notes des réunions du CC du POUP durant le mois de novembre et la première décade de décembre 1980 ; 2.- informations de l'Institut des sciences sociales du CC du POUP, informacontrôle n'est pas monnaie courante de la part du syndicat, certaines régions se refu-

Pour les travailleurs, cela signifie chaque jour une course effrénée pour trouver de quoi se nourrir, des heures perdues dans les queues, bref, une vie centrée sur un seul problème : survivre. Ajoutons à cela que l'insuffisance des rations alimentaires provoque des maladies nutritionnelles et que les cas d'évanouissement de ceux qui exécutent des travaux particulièrement pénibles (mineurs de fond, sidérurgistes) pendant leur travail ne sont pas exceptionnels, au point que même la télévision a été obligée d'en parler. Il en découle une fatigue accrue et une baisse sensible de la participation à la vie politique et sociale. Ainsi, dans certaines régions, on note une baisse d'intérêt pour la presse du syndicat (on ne s'arrache plus les bulletins comme auparavant) et les réunions syndicales sont souvent désertées.

Cette baisse d'activité des masses n'est bien sûr pas sans liaison avec l'activité du syndicat. Mais, là encore, l'attentisme prévaut avant le Congrès du POUP. Contrairement à ce qu'on pouvait observer à une échelle de masse il y a quelques beaucoup plus des décisions du Congrès du POUP que de l'activité propre du syndicat. Les difficultés de ce dernier à trouver une stratégie et une tactique en rapport avec les besoins objectifs des masses, et avant tout son incapacité au niveau national de s'atteler au problème brûlant de l'approvisionnement, ne peuvent que renforcer cet attentisme.

Mais, simultanément, « Solidarité » est traversé aujourd'hui par une série de débats stratégiques, et la préparation de son Congrès national (qui devrait commencer le 31 août à Gdansk) est propice à leur approfondissement. On note donc une politisation en profondeur de nombreux cadres syndicaux qui ont la volonté de sortir le syndicat de l'impasse actuelle.

LA « TACTIQUE DOUCE » DE STANISLAW KANIA Si la situation économique actuelle est désastreuse, les projets gouvernementaux pour la résoudre n'en sont pas moins dangereux pour les travailleurs. On peut les regrouper, en résumé, autour de qua-

1.- Pour dépasser les difficultés actuelles d'approvisionnement, il faut revenir à la « vérité des prix », c'est-à-dire les augmenter considérablement. tions des comités départementaux du POUP de Varsovie, Lodz, Poznan, Cracovie et Katowice ; 3.- informations recueillies auprès des anciens militants du CRZZ (centrale syndicale officielle, dissoute en décembre - NDLR), des militants des syndicats de branches, des employés du ministère de l'Intérieur, de la milice, du parquet, des tribunaux ; 4. - informations des experts du CC et du Comité départemental de Varsovie ; 5.- informations recueillies dans le milieu des cadres du POUP, de CRZZ écartés, et dans les sphères gouvernementales. »

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2.- Rendre les entreprises indépendantes, c'est-à-dire laisser une marge de manœuvre plus importante aux directeurs, qui pourront notamment fixer leurs prix et établir leur coopération comme ils une large mesure le profil de la produc-

3.- Réintroduire, plus ou moins progressivement, le marché comme régulateur de la production, ce qui implique la fermeture des unités non rentables et donc le chômage (les évaluations du volant de chômage varient entre 1000000 et 2 millions !) (10).

4.- S'appuyer sur la volonté des travailleurs de contrôler l'économie pour les enfermer - et pour enfermer « Solidarité » - dans une logique de cogestion et de coresponsabilité dans les résultats des entreprises. Le projet de loi concernant « l'autogestion », qui prévoit l'institutionnalisation des conseils ouvriers comme organes sans pouvoir de décision ni de possibilité de contrôle des directeurs, limités au cadre de la seule entreprise mais coresponsables des échecs éventuels dans la production, correspond à cette tentative.

Si « Solidarité » acceptait une telle démarche impliquant une croissance du chômage et l'acceptation de la concurrence entre les travailleurs, cela représenterait une mise en cause des intérêts les plus fondamentaux de la classe ouvrière. Les conditions de vie et de travail des producteurs en seraient menacées.

Le syndicat pourrait tout au plus tendre à diminuer les effets de ces attaques pour les catégories les plus désavantagées. C'est-à-dire se battre pour une compensation de la hausse des prix inversement proportionnelle aux revenus (mais cela risque à terme de provoquer des divisions dangereuses au sein même ment, les hauts salaires se sentant mal défendus et les bas ... demeurant notoirement insuffisants) et pour des allocations de chômage (solution déjà contestée comme trop coûteuse et renforçant des attitu-

Le « libéralisme » de Stanislaw Kania et consorts ne signifie done rien d'autre qu'une tentative de détruire « Solidarité » par des moyens politiques, quitte à « dire NON » lorsque le rapport des forces aura évolué. Inutile de rajouter que les tentatives de mise en place de ces projets ont connu une fantastique accélération après le 11e plénum.

SORTIR DE LA CRISE La situation économique désastreuse et l'incapacité de la bureaucratie à formuler un projet de réforme économique jusqu'à ces dernières semaines, du fait des affrontements au sommet conduite à une situation de paralysie (11), ont accéléré les débats programmatiques dans « Solidarité ». La résolution de l'assemblée élective pour le congrès régional des travailleurs de la fabrique de pompes de Varsovie, est à ce titre significative : « Pour freiner le processus de dislocation et de gaspillage dans l'économie nationale à tous les niveaux, "Solidarité"

devrait tendre à créer au plus tôt des conseils ouvriers, qui seraient le véritable dirigeant sur leur terrain. »

Le débat ne commence en fait que quand il s'agit de définir le rôle réel de ces conseils. Deux propositions s'affrontent, articulées autour de deux démarches

Celle élaborée par le réseau des grandes entreprises, qui regroupe des délégués de vingt entreprises, à raison d'une ou deux par région, aidés par quelques experts. Le réseau a élaboré un projet de loi sur la réforme économique et un autre concernant le statut de l'entreprise. « Pourquoi dans la société socialiste l'entreprise étatique doit-elle étre l'unité de base de l'économie, s'interrogea-t-on lors de l'analyse du projet gouvernemental de réforme économique », raconte J. Strzelecki dans un article consacré au réseau paru dans un récent numéro de Robotnik (13). Après de nombreuses discussions, ce forum a élaboré un projet de statut de l'entreprise - dite « entreprise sociadont la base est que l'entreprise doit effectivement appartenir au personnel qui y travaille. Dans une telle entreprique le réseau voudrait voir devenir l'organisme de base de l'économie - le pouvoir est aux mains d'un conseil ouvrier, habilité à élire un directeur et à le révoquer. Ces entreprises sont indépendantes de toute tutelle. Le Plan central est supprimé, le marché prenant sa fonc tion de régulateur économique d'ensemble. L'Etat peut y intervenir par une politique de crédits appropriée. ment intéressés aux résultats économiques de l'entreprise : en cas de bénéfices, ceux-ci sont redistribués sous le contrôle du conseil ouvrier ; en cas de pertes, c'est le conseil ouvrier qui peut prendre la décision de licencier ou même de fermer l'en-

Les partisans du projet partent de la constatation qu'une forme d'austérité est inévitable. Dans Robotnik toujours (14), T. Stankiewicz écrit : « On ne peut permettre que ce programme d'austérité soit appliqué par le pouvoir. Car celui-ci imposera une telle austérité, qu'elle ne pourra conduire qu'à une explosion sociale désespérée. (...) C'est aux conseils de le faire. Eux seuls sauront combien d'ouvriers doivent être licenciés, de combien augmenter les prix et lesquels, quelles entre-

10.- Le 6 juillet, un responsable du ministère du Travail polonais a envisagé entre 200 000 et 250 000 licenciements économiques d'ici la fin de l'année en cours.

11. « Le manque de prise des décisions, l'activité éclatée par secteurs, les tentatives de concilier des positions divergentes peuvent tenir tactique mais ne seront jamais ni une stratégie ni un programme », c'est en ces termes que T. Fiszbach a commenté, devant le 1le plénum, le bilan de l'activité de la direction du

12. Nous avons délibérément simplifié les positions en présence pour mieux montrer quelle était — selon nous - leur logique. Il ne s'agit donc pas là d'une analyse détaillée et nombre de prises de position ont été laissées de côté. Il va de soi que, dans l'activité quotidienne de « Solidarité », ces positions sont amenées à évoprises liquider, quels biens produire, etc. »

Il va de soi qu'un tel projet se heurte à des oppositions. Car, quelles que soient les intentions de ses auteurs, il est une forme « humanisée » des projets gouver-

Durant les discussions, cerdangers que l'acceptation d'une telle politique ferait courir à terme à « Solidarité » (car un de ses effets immédiats, outre la déception des travailleurs, serait l'atomisation de la classe ouvrière en autant de sous-ensembles qu'il y aurait d'entreprises, laissant à la bureaucratie un large espace pour manœuvrer), proposaient une structuration territoriale et même Chambre des travailleurs issue des conseils à la Diète. Mais la démarche adoptée - agir dans le cadre d'une légalité qu'on tente de faire évoluer en présentant des projets de loi indépendants et exerçant une pression pour qu'ils soient adoptés qui évacue la question du pouvoir de la bureaucratie et de l'affrontement inévitable à terme avec ce pouvoir, condamne par avance de telles améliorations

Ce projet correspond par contre parfaitement aux options d'une aile de la bureaucratie, celle dont les privilèges ne sont pas directement liés à l'exercice d'un pouvoir politique central mais à leur place dans les entreprises (les directeurs par exemple). C'est ce que note J. Strzelecki (15) : " Le projet social donne une possibilité bien plus grande de se réaliser aux directeurs (que le projet gouvernemental • NDLR), car il les libère des pressions d'en haut. Certains d'entre eux qu'ils seront plus nombreux - l'ont déjà

Ce projet heurte de front la volonté des travailleurs de garder le plein emploi et de s'opposer aux licenciements, volonté de plus en plus souvent exprimée : « Le congrès régional devrait (...) formuler un programme qui n'admettra aucune forme de chômage. (...) C'était la question soulevée le plus souvent lors de mon assemblée élective. (16) » Et il n'est pas étonnant que le développement des conseils ouvriers, ainsi compris, est vu avec méfiance par de larges secteurs de « Solidarité ».

peut arrêter actuellement le processus de création des conseils ouuriers, note une analyse du Centre de recherches sociales et syndicales de Bielsko Biala (17), mais rien actuellement ne parle en faveur de l'accélération du procesluer et qu'il n'y a pas deux blocs irréconcilia-

13. Numéro 76, du 12 juin 1981. Robot1977 par les militants du KOR pour créer des liens entre les militants oppositionnels travaillant dans diverses entreprises.

14. Ibid. La rédaction publie cet article en annoncant qu'elle n'est pas d'accord avec cer-

Un délégué de la fabrique Rosa Luxemburg de Varsovie cité par Wiadomsci Dnia (Nouvelles du jour), bulletin quotidien publié par le Centre de recherches sociales de Varsovie. numéro 122, du 12 juin 1981.

17. Cf. Solidarnose Podbeskidzie, bulletin régional de Bielsko Biala, numéro 5, du 30 avril

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sus. Le mieux est encore d'attendre acti-

June réforme économique réelParallèlement à l'élaboration du réseau des grandes entreprises, certains experts et certaines instances syndicales ont commencé une autre démarche. Un projet de statut des conseils ouvriers, élaboré par le MKZ de Lodz, part de la constatation qu'on ne pourra obtenir de changement réel dans le fonctionnement de l'économie sans l'imposer à la bureaucratie. La fonction d'un conseil ouvrier ne doit donc pas être la même dans une société autogérée et dans la période de lutte pour l'imposer : « Le conseil ouvrier est, en perspective, l'organe permanent de l'autogestion ouvrière mais, jusqu'à l'instauration de lautogestion, il est un organe permanent de lutte des travailleurs pour l'autogestion et de contrôle ouvrier sur l'activité de l'entreprise. (...) En tant qu'organe de lutte des travailleurs pour l'autogestion et organe de contrôle ouurier, le conseil doit œuvrer à créer les conditions de l'autogestion et préparer le personnel à cette tâche. En particulier, il développer l'idée de l'autogestion parmi le personnel;

- organiser la pression ouvrière pour réaliser une réforme socio-économique démocratique et radicale ;

- établir un inventaire de l'entreprise et lutter contre le gaspillage ;

vérifier le rapport sur la situation économique de l'entreprise, établi par la direction sur mandat des travailleurs ;

- initier des changements dans l'activité de l'entreprise, possibles dans l'état actuel du système de gestion de l'économie nationale et de l'entreprise et à la lumière des lois actuelles, ou ceux rendus possibles par la pression des travailleurs ;

- établir le statut futur de l'entreétablir des programmes d'action immédiats et à long terme, qui pourront être mis en marche pendant et après la réalisation de la réforme ;

- participation à la cogestion de l'entreprise, si cela facilite la prise en main future de la gestion par les travailleurs.

Le conseil a des droits de contrôle et d'initiative illimités. »

Un des auteurs de ce projet, Z. Kowalewski du MKZ de Lodz, a présenté ainsi le rôle immédiat des conseils ouvriers lors d'une réunion nationale organisée dans l'entreprise Rosa-Luxemburg de Varsovie au mois de mars : « La réforme socio-économique a une très grande importance, elle peut décider de l'avenir du pays, elle doit donc être à la fois radicale et démocratique. Elle ne le sera qu'à condition d'être faite sous la pression de la base. La lutte pour l'autogestion, c'est justement le lien possible entre la réalisation d'une telle réforme et les possibilités des travailleurs. Si cette lutte est gagnée, alors on gagnera également en ce qui

« En conséquence, les tâche de l'heure des conseils ouvriers pour aujourd'hui, c'est avant tout l'inventaire de l'entreprise et la préparation de la prise du pouvoir au nom des travailleurs dans l'entreprise dans quelques mois. (18) »

Le projet de statut cité prévoit en ouconseils ouvriers d'entreprise dans des congrès de délégués ouvriers ainsi que leur participation aux travaux des organes représentatifs des conseils et coordonnant leur activité.

«IL EST TEMPS DE COMMENCER A SE DIVISER »

Les débats en cours sur les solutions que le syndicat se doit de proposer face à crise économique, provoquent des regroupements et des divisions nouvelles en son sein. Et ces divisions n'ont, il faut le noter, que peu de choses en commun avec le désormais classique partage modérés/radicaux. On n'a pas encore affaire à des tendances ou des fractions structurées et les lignes de partage sont bien plus floues dans « Solidarité » que ne pourrait le laisser supposer la juxtaposition des deux démarches décrites précédemment. Cela, car l'information entre les régions (et même en leur sein) ne circule que peu, et que peu de syndicalistes ont le loisir nécessaire à la lecture des nombreux bulletins syndicaux (sans parler des difficultés de se les procurer !).

C'est done à l'occasion des élections des directions régionales du syndicat et de la préparation du Congrès national (qui avance bien moins rapidement que la KKP - Commission nationale de coordination - ne le prévoyait), qu'on peut assister à la formalisation de ces divergences autour de programmes distinets. Encore, cela est-il loin d'être la règle.

C'est lors des élections régionales de Lodz (19) que, pour la première fois à notre connaissance, des tendances sont apparues de façon formelle. Les divergences portaient au début sur la structure du syndicat (une tendance — le « programme démocratique » - proposant que le centre de gravité du syndicat passe des structures territoriales vers celles de branches), mais se sont très vite déplacées vers les questions de programme. Alors que tendance « programme démocratique », partant de préoccupations souvent justes, a été incapable de formuler autre chose qu'un catalogue de vœux pieux, le « groupe des indépendants », s'appuyant sur l'acquis du débat sur l'autogestion, a formulé un programme qui a obtenu l'assentiment de la majorité des délégués.

Se prononçant pour « l'établissement de l'autogestion des travailleurs afin que la gestion des entreprises soit exercée en leur nom par les conseils ouvriers, le développement de formes d'autogestion locaet de différents milieux l'extension de cette autogestion jusqu'à la création d'une Chambre des conseils des travailleurs à la Diète », le programme du «groupe des indépendants » proposait une série de moyens d'action. Il mettait en avant en particulier la création d'un

« Comité social pour la réforme de l'économie et de l'Etat », chargé de présenter un rapport sur l'état de l'économie et d'élaborer un programme de réforme. Si ce dernier était refusé par les autorités, le Comité devrait imposer un référendum national sur la question. D'autre part, le programme proposait que « le soutien par le syndicat des propositions de changements partiels faites par le gouvernement soit conditionné par la présentation par celui-ci d'un programme d'ensemble et son acceptation par la société ». Enfin, «au cas où le syndicat devrait recourir à son arme extrême », les « indépendants » proposent de se préparer à une nouvelle forme de lutte : « La grève d'occupation a tive, c'est-à-dire la remise en marche de la production et de la distribution sous contrôle des comités de grève ».

du débat préliminaire au congrès de Lodz est un exemple de la façon dont les divergences qui apparaissent dans le syndicat peuvent servir son développement et sa elarification programmatique. Et le débat sur le meilleur moyen de profiter des divergences commence à traverser « Solidarité ». Lors du congrès régional de Varsovie, par exemple, les militants de Robotnik diffusaient texte au titre significatif: « Il est temps de commencer à se diviser. » L'auteur, Jan Litynski (20) y écrivait : * L'étape durant laquelle on pouvaii réaliser les buts du syndicat en manifestant notre unité et en recourant à la grève est derrière nous. Les tâches sont devenues beaucoup plus compliquées et, parmi les syndicalistes, nous voyons apparaître non seulement des différences idéologiques mais également des différences d'intérêts. (...) Nous avons besoin de programmes d'ensemble qui éclairent les diverses propositions et leurs conséquences. »

La complexité des tâches auxquelles le syndicat est déjà confronté exige des militants une élaboration collective autour de choix stratégiques communs. Et là où de tels cadres ne naissent pas spontanément, il arrive que la direction du syndicat tente de les susciter. Ainsi, à Gorzow, dans l'ouest du pays, où la direction régionale a été élue sur la base de la confiance individuelle, le présidium a nommé cinq groupes indépendants, ou l'on retrouve les militants les plus actifs, pour qu'ils élaborent cinq projets de programmes alternatifs en vue du Congrès national. Ainsi, les militants de la région de Gorzow pourront se prononcer connaissance de cause.

Cyril SMUGA, Paul BOTTERMAN, 8 juillet 1981. 18. Selon Jaroslaw Szczepanski, « Etat de préparation à la prise de pouvoir », in Solidar. nosc Rzeszowska, bulletin syndical de la région de Rzeszow, numéro 10, du 9 avril 1981.

19. Lire à ce sujet le reportage de Paul Botterman dans Rouge, numéro 976, 3 juillet 1981.

20. Jan Litynski est membre du KOR et un des fondateurs de Robotnik ; il est actuellement expert de « Solidarité » à Varsovie.

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