Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOLIVIE

Vers le renversement de la dictature

· Inprecor n° 107, 5 août 1981 · p. 32-36 · 4 527 mots

Pérou et Bolivie Syndicalisme

BOLIVIE SEBASTIAN RODRIGO

Quand la camarilla militaire actuellement au pouvoir en Bolivie s'est emparée du pouvoir le 17 juin1980, elle l'a fait dans des circonstances politiques et économiques absolument défavorables à la consolidation ultérieure de son régime.

Les sept années de gouvernement du général Banzer ont laissé une dette extérieure dépassant les 3 milliards de dollars, ce qui implique que 64 % du revenu national passe dans le service de la dette, ce revenu national dépassant péniblement les 940 millions de dollars. Sans compter le déficit budgétaire qui s'est élevé à 150 millions de dollars pour 1980, et une inflation galopante qui — selon les évaluations du gouvernement lui-même teint les 49,5 %. La crise économique s'est accentuée avec la baisse des cours de l'étain sur le marché mondial, alors que c'est la source de revenus essentielle de l'économie bolivienne. Il faut ajouter à ce panorama la baisse de la production et de la commercialisation des produits agricoles et de l'élevage, le passage de la Bolivie au rang de pays importateur de pétrole, la courbe décroissante de la production textile dans le cadre d'un marché intérieur restreint du fait du niveau du pouvoir d'achat extrêmement réduit des salariés, et enfin l'absence de ressources financières pour le bâtiment, le tourisme et d'autres secteurs annexes. C'est tout cela qui caractérise le cadre chaotique de l'économie bolivienne qui continue à se détériorer depuis 1980, pour prendre les caractéristiques d'une crise permanente et généralisée. La seule « industrie » qui ait consolider ses activités a été celle de l'élaboration et du trafic de la drogue (cocai ne) favorisé par les militaires actuellement en place, avec la complicité de l'oligarchie de la province orientale de Santa-Cruz.

Par ailleurs, les salaires se sont maintenus jusqu'à aujourd'hui à un niveau stationnaire, perdant chaque jour un peu plus de leur pouvoir d'achat déjà réduit.

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre l'attitude de l'administration démocrate de Jimmy Carter qui s'était prononcée en février et en mai 1980, par la bouche de son ambassadeur à La Paz, Weissman, en faveur de la poursuite du processus démocratique que connaissait alors le pays. Pour les Nord-Américains, la démocratie parlementaire constituait le meilleur moyen de contenir la montée indépendante et révolutionnaire des travailleurs boliviens. Par ailleurs, la dictature militaire bolivienne pouvoir au milieu d'un processus de relative décomposition des dictatures militaires du Cône Sud, et d'une certaine réactivation des luttes démocratiques et révolutionnaires des travailleurs du Brésil, du Chili, de l'Uruguay, de l'Argentine et du Pérou, qui venait s'ajouter au triomphe de la révolution sandiniste au Nicaragua et à la montée révolutionnaire des peuples d'Amérique centrale.

Au plan national, la lutte acharnée des travailleurs boliviens en faveur des libertés démocratiques avait mis à mal les projets du général Banzer de se maintenir au pouvoir en 1978; ils avaient réussi à mettre en échec la tentative du général Pereda de maintenir les militaires au pouvoir et obligé les militaires à se replier dans leurs casernes pour laisser le champ libre à un processus de démocratisation. Les travailleurs boliviens ont fait face au coup d'Etat du général Natusch Busch en novembre 1979 et l'ont mis en déroute, ils ont progressé sur la voie de leur réorganisation et de la formulation de leurs revendications économiques et sociales. Ainsi, les trois élections générales qui se sont succédé au cours de ces deux années de « démocratie » instable que le pays a connues, ont-elles été mises à profit par le mouvement ouvrier et populaire pour avancer dans le sens de son organisation indépendante. Ce qui a poussé la bourgeoisie à adopter la voie parlementaire et à proposer une politique de collaboration de classes aux réformistes de l'UDP (Union démocratique populaire) (1) et aux bureaucrates de la Centrale ou-

C'est sur le dos des travailleurs et sous la forte pression de l'UDP que les bureaucrates de la COB ont décidé la pause pour les revendications économiques et sociales ouvrières, afin d'« empêcher les fascistes d'utiliser ces exigences pour organiser un coup d'Etat ».

De leur cote, les forces armees, traditionnel parti armé de la bourgeoisie et de l'imperialisme, se débattaient dans de vio lentes luttes internes, opposant des fractions formées de longue date qui sont des affrontements sociaux qui secouent la Bolivie.

Le cadre de cette situation du pays dans la période qui a précédé le coup d'Etat montre qu'aussi bien l'impérialisme que la bourgeoisie ont cherché, par tous les moyens, à attacher les travailleurs au char de la bourgeoisie et à empêcher leur propre mobilisation et organisation indépendante, par le biais d'une « démocratie restreinte ». C'est pour cela que le choix de se lancer dans un putsch, comme le fit Natusch Busch en novembre 1979, faisait courir le risque de déboucher sur une explosion révolutionnaire des masses travailleuses aux résultats imprévisibles pour les classes dominantes et l'ordre capitaliste.

Pour conclure, il faut reconnaître que le coup d'Etat de Garcia Meza et de sa clique dépasse le cadre des prévisions et de la volonté de l'impérialisme, de la bourgeoisie et même d'importants secteurs des forces armées. LE COUP D'ETAT DU 17 JUILLET

L'opinion publique internationale a pu se demander pourquoi les travailleurs boliviens n'ont pas répliqué aux auteurs du coup d'Etat du 17 juillet 1980 avec le même degré de mobilisation qu'en novembre 1979. Pour répondre à cette question, il faut prendre en compte une série de facteurs, à commencer par l'absence de direction politique pour le mouvement de masse. Nous devons nous rap peler que la direction politique et syndicale des travailleurs - la COB et la CONADE — a été arrêtée par les groupes paramilitaires putschistes dès les premières heures du coup d'Etat. Cette direction a à peine eu le temps de lancer un appel à la grève générale et au bloquage des routes, mais elle n'a pas lancé d'appel à la mobilisation générale, avec occupation des centres de production et mobilisation dans la rue, et encore moins à la résistance armée contre les putschistes. Une des caractéristiques de ce coup d'Etat, qui le différencie des précédents, c'est qu'avant d'occuper le Palacio Quemado (palais présidentiel), les putschistes ont occupé tout d'abord les locaux des organisations ouvrières, ce qui correspondait au poids qu'avait pris dans la situation la direction du mouvement ouvrier.

UDP : Unidad democratica y popular, c'est le bloc électoral formé par des politiciens bourgeois « démocrates » et des partis ouvriers réformistes, essentiellement le MIR et le PC bolivien. L'UDP a remporté les élections présiden-

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Mineurs boliviens. C'est à la base que se réorganise la résistance bolivienne (DR)

Au cours du déroulement des trois élections, l'UDP est devenue la direction politique de la classe ouvrière et, à partir de là, elle a cherché par tous les moyens à limiter les luttes des classes. Elle y est parvenue en partie, en axant tout sur la lutte purement électorale. Les seuls à s'opposer à cette ligne de collaboration de classe furent le PS-1 (2) et toutes les organisations trotskystes, en premier lieu le POR-Combate (Parti ouvrier révolutionnaire-Combate, section bolivienne de la IVe Internationale). Pourtant, les masses travailleuses ont suivi l'UDP dans sa politique électoraliste et de collaboration de classes qui a abouti par la suite à la défaite. Dans ce contexte, le chemin pour la victoire du coup d'Etat était largement ouvert.

Les militaires fascistes ont su apprendre ce que n'a pas appris la gauche. Les putschistes de juillet 1980 ont mieux tiré les leçons du coup d'Etat manqué de novembre 1979 que la gauche, tant sur le plan politique que sur le plan militaire.

Quand ils retournent dans leurs casernes, en novembre 1979, ils le font pour préparer les conditions politiques et militaires du coup d'Etat suivant. Ils s'emploient à déstabiliser le gouvernement de Lidia Gueiler, à saboter la production et la commercialisation des produits indispensables à la population, ce qui a abouti à créer un climat de démobilisation et de démoralisation dans les secteurs les plus arriérés. Ils s'efforcent de terroriser le peuple et les organisations ouvrières en multipliant les démonstrations de force, les enlèvements, les attentats terroristes et les assassinats et présentent les forces armées comme étant la seule institution capable de sauver la Bolivie du « chaos provoqué par les élections ».

LA DESORGANISATION ET LA DEMOBILISATION DES TRAVAILLEURS

Par ailleurs, sur le plan purement militaire, les putschistes avaient déplacé vers les villes, avant le coup d'Etat, des unités blindées et des troupes d'assaut. Les bandes paramilitaires qu'ils avaient organisées ont servi à prendre à revers les barricades organisées pour résister, à occuper les villes et les centres de communication, elles se sont employées à arrêter les directions

Get syndicales, massacrant de sang-froid à cette occasion plusieurs dirigeants. Les militaires putschistes ont pris soin de ne pas intervenir en force directement et immédiatement contre les centres miniers mais ils les ont encerelés, les ont bombardés en même temps qu'ils les soumettaient à un blocus sur les denrées alimentaires, l'électricité et l'eau.

La résistance ouvrière et populaire a été rapidement affaiblie dans son organisation par l'absence de direction, même si la grève générale a continué jusqu'au 24 juillet dans les villes et plus d'un mois après le coup dans les mines. Malgré tout, la résistance est restée partielle et localisée. Indubitablement, c'est le meilleur niveau d'organisation et de politisation des mineurs qui leur a permis d'affronter dans les conditions les moins défavorables les putschistes et de parvenir à leur faire accepter un accord qui comprenait la non-occupation militaire des centres miniers, l'absence de représailles contre les mineurs qui avaient participé à la résistance, la garantie de l'emploi pour tous les mineurs et la libération des prisonniers.

One fait pas de doute que le 17 juillet 1980 a marqué une défaite politique partielle pour les travailleurs, en ce sens qu'ils sont restés prisonniers du projet démocratique bourgeois de l'UDP. Ce 17 juillet, c'est d'abord le projet réformiste et parlementariste de l'UDP qui a été battu. La responsabilité de la gauche révolutionnaire tient en ce qu'elle n'a pas été capable d'arracher les masses travailleuses à l'influence politique du réformisme de TUDP.

La défaite a été partielle. On ne peut pas comparer mécaniquement le cas bolivien au coup d'Etat de Pinochet de 1973 au Chili, surtout du point de vue de ses conséquences. En effet, malgré la mise hors-la-loi des organisations syndicales et politiques, et la suppression de toutes les garanties démocratiques, les travailleurs boliviens sont parvenus, grâce à leur longue tradition de lutte, à réorganiser en moins de six mois d'une dictature militaire par bien des aspects fascisante, un minimum leurs structures syndicales dans la clandestinité et à arracher à la dictature la reconnaissance de leurs comités syndicaux de base. Ils sont même parvenus à se faire restituer un certain nombre de locaux syndicaux. Cela est encore plus clair aujourd'hui que la dictature adopte un nouveau langage : elle ne parle plus de rester vingt ans au pouvoir, mais simplement d'assurer « une transition rapide vers un retour à la démocratie participative »...

Au début, contrairement aux coups d'Etat précédents, les putschistes boliviens ont développé leurs groupes paramilitaires et ont tout fait pour semer la terreur parmi les travailleurs et la population. Ils ont procédé impunément à des exécutions sommaires dans la rue et chez les particuliers. Le pays tout entier a été occupé militairement, les écoles ont été transformées en casernes et les casernes en prisons, en lieux de tortures et de mort. La force de la dictature résidait dans la force de ses armes et sa politique de terreur massive. Mais cela s'est révélé insuffisant pour venir à bout de la résistance ouvriere et populaire.

Le 5 août 1980, Hernan Siles Suazo (candidat de l'UDP à la présidence de la République) déclarait qu'il était toujours le président constitutionnel du pays et organisait dans la clandestinité son Gouvernement d'unité nationale (GUN). La résistance démocratique et révolutionnaire clandestine se prononça alors pour la reconnaissance de la légitimité du gouvernement de Silez Suazo, puisque celui-ci avait recueilli la majorité des voix au cours des dernières élections générales de juin 1980.

Cependant, le GUN a été incapable de se structurer et d'avancer un programme politique et organisationnel pour la résistance antifasciste. Il a centré son activité dans la dénonciation du régime militaire à l'échelle internationale. Il s'agit là d'une tâche importante, mais qui n'est pas fondamentale. A cette situation est venue s'ajouter l'absence dans le pays de dirigeants de la COB, préoccupés par la réorganisation du mouvement ouvrier. Enfin, des luttes internes extrêmement violentes se sont déroulées au sein de

2. MIR : Movimiento de izquierda revolucionaria. Principale composante de l'UDP. De tendance social-démocrate et liée à l'Internationale socialiste.

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PUDP, jusqu'à la paralyser et la faire disparaître en tant que front de la gauche réformiste. Si l'intervention de Juan Lechin (principal dirigeant de la COB), le 21 juillet 1980, a été négative lorsqu'il a lancé télévisé aux travailleurs pour qu'ils cessent la grève générale « afin de ne pas repandre le sang », l'intervention qu'il a faite au moment de quitter le pays pour partir en exil a été encore plus négative. D'une part, parce qu'elle a contribué à bloquer l'élan de lutte et d'organisation qui existait parmi les travailleurs, ensuite parce qu'en parlant des « véritables soldats boliviens » au sein des forces armées, il a avalisé l'instauration de la dictature et masqué la véritable fonction répressive et anti-ouvrière des militaires; il a contribué à accroître la désorientation d'importants secteurs de la population qui s'étaient intégrés à la résistance clandestine.

Par ailleurs, l'assassinat du dirigeant socialiste Marcelo Quirogua Santa Cruz, du PS-1, a signifié un coup porté aux tendances radicalisées du mouvement ouvrier, laissant un vide entre les secteurs réformistes et révolutionnaires.

Après la terreur massive, est venue la répression sélective. Des centaines de militants, démocrates ou révolutionnaires, ont rempli les prisons de la dictature. UItérieurement, nombre d'entre eux ont été expulsés du pays. C'est dans ce contexte de répression sélective qu'ont été assassinés huit membres de la direction nationa-

Cependant, les progrès faits par les travailleurs dans leur réorganisation à la base ne sont pas contestables. C'est la signification de la grève de 48 heures menée par les mineurs de Huanuni, en octobre 1980, pour protester contre l'assassinat d'un mineur par les soldats. C'est la signification aussi de la grève partielle de 48 heures, appelée par la COB les 9 et 10 janvier 1981, et suivie massivement dans les mines et dans des dizaines d'entreprises du pays pour protester contre les mesures économiques de famine adoptées par le gouvernement Garcia Meza. C'est le sens aussi des assemblées ouvrières qui se tiennent constamment dans les mines et dans les centres productifs du pays, pour demander l'augmentation des salaires ou la reconnaissance des délégués de base. C'est aussi le sens, malgré les menaces de la dictature, de l'expulsion des assemblées ouvrières des « chargés des relations du travail », désignés par les autorités, et du fait qu'ils n'ont pas pu remplir le rôle qui leur était dévolu dans la politique anti-ouvrière et anti-syndicale du régime.

C'est le sens aussi de la manifestation des 2 000 enseignants qui ont refusé de se lever pour saluer le ministre de l'Education venu assister à la Rencontre nationale pour l'Education qui s'est tenue à Santa Cruz en février 1981. Il faudrait évoquer aussi la diffusion de la presse clandestine de la gauche révolutionnaire dans les quartiers ouvriers et populaires, dans les campagnes, les usines et les bureaux. Il faut rappeler aussi que les travailleurs agricoles ont refusé d'entonner l'hymne devant le ministre questions agricoles et, au contraire, lui ont offert un poncho rouge avant de saboter son discours officiel. QUI S'OPPOSE A LA DICTATURE ?

Les piliers de la dictature sont fondamentalement le secteur de la bourgeoisie financière, le secteur de la bourgeoisie importatrice, les transporteurs, des secteurs de la petite bourgeoisie commerçante, les fascistes de la Falange socialista boliviana (FSB) et de la ADN, les bandes paramilitaires qui y sont liées et certains secteurs des forces armées. A cela s'ajoutent les grands monopoles liés aux multinationales et notamment ces secteurs de l'agro-industrie de Santa Cruz qui vivent du tra-

Les mesures d'austérité adoptées le 10 janvier 1981 ont achevé d'écarter du régime les secteurs les plus arriérés qui avaient pu lui apporter quelque soutien ou rester neutres. Des secteurs de la bourgeoisie plus liés à l'industrie nationale se sont prononcés contre ces mesures économiques, qui avec la libération des taxes douanières ne favorisent que la grande bourgeoisie importatrice et généralise la contrebande au détriment des intérêts de la bourgeoisie industrielle nationale. On peut dire la même chose des propriétaires de mines moyennes qui, comme la bourgeoisie exportatrice, se sont vus gravement touchés par l'adoption de nouvelles taxes sur les exportations.

Pour leur part, les travailleurs commencent à ressentir aujourd'hui les effets les plus brutaux de la hausse des prix sur tous les articles et biens de consommation de première nécessité ou sur les services (eau, électricité, transports). Il faut y ajouter le gel des salaires, qui équivaut en un an à une perte de 41 % du pouvoir d'achat. La non-reconnaissance de la dictature par les Etats-Unis a porté préjudice également à certains secteurs de la bourgeoisie qui, privée de sources de crédit, sont

L'armée est divisée en cinq fractions putschistes qui, avec des programmes divers, s'emploient à arriver au Palacio Quemado. Il y a la fraction de Bernal, celle de Doria Madina, celle de Natusch Busch, celle d'Arce Gomez et le groupe Karachipampa, qui regroupe « nouvelle génération ».

ANTI-IMPERIALISME

OU FASCISME Avant le coup d'Etat, Garcia Meza avait inauguré, alors qu'il était commandant en chef des forces armées, la formule d'« anti-impérialisme, anticommunisme et gouvernement militaire pour le développement national ». Sauf l'anticommunisme, tout le reste correspondait au programme du défunt « Groupe révolutionnaire Octobre » dont le dirigeant, Soliz Rada, une sorte de national-socialiste frénétique, a été le tristement célèbre inspirateur du programme fasciste du général Garcia Meza. Ce programme repose sur les bases suivantes : « une économie de guerre pour sauver la Patrie menacée par l'im périalisme et le communisme ; développement de l'économie d'Etat et de l'éducation pour forger une véritable conscience nationale qui serve à fonder une nouvelle nation, forte et puissante ».

En ce qui concerne leur économie de guerre, les généraux putschistes ont fait tous leurs efforts pour essayer de liquider toute organisation indépendante des travailleurs. Pour le moment, ils n'y sont pas parvenus et il semble que cela soit de plus en plus difficile pour eux d'y arriver. Ils ont ensuite eu recours à l'artifice frelaté de la participation ouvrière dans les entreprises d'Etat, mais sans donner le moindre droit à une organisation indépendante des travailleurs. Pour préserver leur régime, les généraux n'ont pas hésité à toucher à quelques intérêts de la bourgeoisie bolivienne. Mais leur anti-impérialisme n'est qu'une farce qui ne fait rire personne : la dictature a décidé de reprivatiser entreprises vitales du pays. La nouvelle loi sur les investissements étrangers revient à livrer toutes les richesses essentielles du pays à l'impérialisme. Le ministre des Mines a passé une série d'accords avec des multinationales impérialistes ; ainsi, l'entreprise américaine Occidental Company, concessionnaire pour la recherche et l'exploitation de gisements pétroliers, avait découvert un nouveau gisement fin février 1980. La dictature a signé avec le trust US un contrat d'exploitation qui lui est particulièrement avantageux : 50 % de la production totale du pétrole lui reviendra et 50% seront à la disposition de l'organisme d'Etat bolivien YPFB (4). Ce gisement serait le plus important du pays. La totalité du gaz produit restera propriété de la firme américaine ...

LA SITUATION POLITIQUE

NATIONALE Trois éléments caractérisent aujourd'hui la situation bolivienne :

- une crise généralisée de la bourgeoisie et de sa dictature militaire fasciste qui se manifeste principalement par l'extrême gravité de la crise économique, par l'isolement économique et politique que subit le régime de la part de l'impérialisme américain et de certains pays d'Europe occidentale ainsi que des « démocraties » latino-américaines, et par l'extrême division des forces armées qui menace la survie même du régime Garcia Meza ;

- une rapide recomposition du mouvement ouvrier et populaire à partir de la base et un rejet des conceptions réformis-

3. PS-1 : Partido socialista - Uno, c'est un parti ouvrier dont le programme et l'orientation générale défendent l'indépendance de classe et le socialisme. Son principal dirigeant, Marcelo Quiroga Santa Cruz a été assassiné au cours du coup d'Etat militaire de juillet 1980. Il avait obtenu 11% des voix à l'élection présidentielle

YPFB : organisme d'Etat contrôlant l'exploitation du pétrole bolivien.

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dans l'avant-garde ouvrière ; cependant, cette recomposition ne se traduit pas encore par une intervention décisive dans les affrontements de classes avec leur propre organisation et leur propre projet politique ; c'est-à-dire que, dans le cadre de la crise actuelle de la bourgeoisie, la ouvrière et ses alliés ne disposent pas encore aujourd'hui de la force nécessaire pour renverser le rapport de forces en leur faveur ;

- enfin, il n'existe pas d'organe centralisateur et dirigeant, disposant de l'autorité politique et organisationnelle suffisante pour représenter une alternative crédible pour les travailleurs et les masses

Cela ne veut pas dire que la COB ne dispose pas d'une base de masse, mais que ce soutien, comme celui dont disposait TUDP, n'a pas été structuré depuis le coup d'Etat autour d'un projet politique cohérent et clair. Dans ce contexte, nous pouvons affirmer que si la dictature Garcia Meza n'est pas encore tombée, c'est entre autres choses parce que le mouvement ouvrier et populaire n'est pas intervenu avec son propre projet dans la crise actuelle de la dictature et de la

C'est pour cela qu'il n'est pas possible de prendre au sérieux le gouvernement d'unité nationale qui, en Bolivie même, n'a pas de liens directs avec les luttes qui se développent à partir de la base, même s'il maintient une certaine image à l'extérieur. La preuve en est, qu'après les trois premiers mois de la dictature, personne parmi les travailleurs ne considère le GUN comme un instrument de la classe ouvrière, et que la lutte qui est menée l'est pour développer au plan syndical les comités syndicaux de base, alors qu'au plan politique l'élément déterminant a été la réactivation du CONADE (Comité national de défense de la démocratie), auquel participent la COB et diverses organisations politiques de gauche qui n'ont rien à voir avec l'UDP ou le GUN.

Il est clair pour les travailleurs et le peuple qu'il est moins nécessaire aujour-

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LE FRONT UNIQUE DE MASSE

C'est à partir de la résistance contre le coup d'Etat de Natusch Busch en novembre 1979 que plusieurs éléments sont devenus complètement évidents pour les travailleurs : d'une part, l'extrême faiblesse de leur direction politique et surtout, d'autre part, l'urgence qu'il y avait à créer un instrument politique qui réponde aux nécessités de l'heure. C'est pour cela que notre parti a lancé un appel à la constitution d'un Front unique de masse, formé par la COB et les partis de la gauche démocratique et révolutionnaire, pour faire face à l'absence de direction révolutionnaire, pour asseoir et approfondir les lidémocratiques consciemment la lutte contre le fascisme par le biais de la mobilisation de toutes les forces démocratiques et révolutionnaisur l'armement Au mois de mars 1980 s'est tenu le XVIIIe Congrès national des mineurs, à Temalayu, qui a pris une position similaire à la nôtre en lançant un appel à la constitution d'un « front des gauches », dont les caractéristiques étaient semblables à celles de notre projet.

Cependant, la pression électoraliste qui existait dans le contexte politique général, la campagne lancée par l'UDP contre ce projet qu'elle qualifia de diviseur et le poids des secteurs les plus arriérés, empêchèrent qu'il ne se concrétise.

Aujourd'hui, après l'échec du projet électoraliste du réformisme, notre mot d'ordre prend une nouvelle actualité, en partant de la lutte pour reconquérir les », numéro 105, consacré

15 FF

100 FB

6 FS

300 pesetas 200 escudos

3800 lires

3,5 dollars US

5 dollars can. 2 livres libertés démocratiques, pour l'augmentation générale des salaires et pour renverser la dictature militaire au travers de la mobilisation syndicale et politique de toutes les forces démocratiques et révolutionnaires, avec comme prémisse le principe de l'indépendance politique de la classe ouvrière.

C'est sur cette ligne qu'a été réorganisé le Comité national de défense de la dé. mocratie, en éliminant les limitations programmatiques qui l'avaient attelé au char de la bourgeoisie à sa naissance. Cela ne signifie pas que certaines des organisations qui en sont partie prenante ne chercheront pas avant tout leur propre renforcement ou à faire modifier le contenu de la plate-forme dans un sens de collaborade classe. Mais ces organisations courront alors le risque de se voir rapidement dépassées et marginalisées par le type de luttes que mèneront les travailleurs

La lutte contre la dictature ne s'achèvera pas avec la chute de Garcia Meza. Nous avons déjà expliqué comment l'essentiel de la force de la dictature de Garcia Meza repose sur les capacités répresdispose, plutôt que sur la force d'un projet politique cohérent qui satisfasse totalement la bourgeoisie l'impérialisme. Il cherche par tous les moyens à trouver une solution qui lui permette de s'en tirer. C'est le sens de l'auto-coup d'Etat sui generis du 26 fédevant la nécessité d'être reconnu par l'impérialisme nord-américain, le ministre de l'Intérieur, Louis Arce Gomez et d'autres ministres liés directement aux trafiquants de drogue ont été destitués, alors que le régime s'adjoignait les prinla bourgeoisie créole (militants de l'Action démocratique nationaliste de Banzer).

Mais cette manœuvre n'a pas pour l'instant permis au gouvernement Garcia Meza de se faire reconnaître. Banzer, au travers de sa participation indirecte au gouvernement et fort du soutien social dont il dispose, et qui s'est vérifié au cours des trois dernières élections générales, commence à mettre en place une alternative putschiste pour se faire transférer le pouvoir.

D'autres courants existent également au sein des forces armées boliviennes. La non-viabilité du gouvernement Garcia Meza est évidente ainsi que la nécessité de son remplacement. L'issue à cette crise se fera certainement au travers d'un processus institutionnel au sein des forces armées, afin d'éviter qu'une brèche ne soit ouverte qui puisse être utilisée par le mouvement ouvrier et populaire.

Et c'est là que l'UDP peut essayer de négocier les résultats qu'elle a obtenus lors des élections antérieures et faire la démonstration claire, aux yeux des travailleurs, de sa politique de collaboration avec la bourgeoisie et de sa volonté de servir à contenir les luttes.

SEBASTIAN RODRIGO Juin 1981.

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