Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ANGOLA

Nouvelle agression sud-africaine contre l'Angola

· Inprecor n° 108, 14 septembre 1981 · p. 3 · 1 127 mots

Afrique australe États-Unis

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N lançant, dans la nuit du 23 août dernier, son « opéramibie, l'Afrique du Sud a entrepris une sérieuse escalade militaire contre le régime de Luanda. Certes, un état de guerre larvée existe à la frontière entre l'Angola et la Namibie depuis l'échec de l'invasion sud-africaine de l'Angola en 1975-1976.

Mais l'agression du 23 août, qui a mis en branle deux colonnes sud-africaines composées de quatre unités d'infanterie mécanisées équipées de dizaines de blindés et totalisant plus d'un millier d'hommes est d'une ampleur inégalée depuis 1975. Les troupes sud-africaines, qui ne sont qu'une petite partie des 45 000 hommes amassés depuis des semaines à la frontière namibienne, ont pénétré jusqu'à plus de cent kilomètres à l'intérieur de l'Angola dans la province de Cunene, frontalière avec la Namibie. Elles ont ratissé plusieurs villages, fait entre 400 et 500 victimes et occupé la ville de Xangongo, capitale de la province. Parallèlement, des avions sud-africains ont bombardé les installations de batteries anti-aériennes angolaises SAM-3 situées à Cahama et Tchibemba, soit à respectivement 130 et 200 kilomètres de la frontière namibienne. Face à cette attaque, le président angolais a lancé un appel à l'ONU et décrété l'état d'alerte des forces armées et de la fonction publi-

L'« opération Protée » dépasse donc largement par son ampleur, sa préparation et ses incidences politiques, le cadre d'une « opération de poursuite » des maquisards de la SWAPO (Organisation des peuples du sud-ouest africain) comme voudrait le faire croire l'administration raciste de Pretoria. Elle constitue plutôt une escalade préméditée dont les objectifs consistent à la fois à porter un coup aux forces de la SWAPO, à épauler les activités sécessionnistes de l'UNITA et à aggraver la situation économique et sociale du sud angolais par la destruction systématique de son potentiel économique et le maintien d'un climat d'insécurité permanent.

Les propos du général Lloyd, commandant en chef des forces sud-africaines en Namibie, ne laissent aucun doute à ce sujet. Le chef militaire raciste déclarait, le 10 août dernier : « Si les forces gouvernementales angolaises et cubaines soutiennent la SWAPO et si elles entrent dans le conflit, nous devrons inévitablement les affronter. Nous serons alors réellement en guerre. » Plus explicite encore, il ajoutait que l'Afrique du Sud se préparait « psychologiquement, militairement et logistiquement pour une guerre plus conventionnelle contre des forces supérieures à celles de la SWAPO ».

Illustrée par l'augmentation cette année de 30 % du budget militaire sud-africain, cette accentuation de la politique agressive de l'Afrique du Sud s'est trouvée confortée et même encouragée par l'attitude de la diplomatie américaine.

Dès son accession au pouvoir, l'administration Reagan a en effet multiplié les gestes d'amitié à l'égard du régime sud-,africain.

En mars 1981, cinq officiers supérieurs sud-africains pouvaient se rendre aux Etats-Unis pour une « visite privée » en contrevenant ouvertement à une disposition de bannissement prise à l'encontre des personnages officiels sud-africains. Pendant ce temps, Ronald Reagan demandait au Congrès américain la levée des dispositions d'embargo sur l'aide militaire aux mouvements fantoches angolais qui luttent contre le MPLA.

Le 31 mars, la Maison Blanche précisait dans un communi| qué : « Notre objectif global est de renforcer la sécurité de l'Afrique australe, une région d'importance croissante pour nos intérêts. » L'attitude américaine envers l'Afrique du Sud serait dorénavant guidée par un « esprit constructif et non de confrontation ». Et, le 15 mai 1981, Ronald Reagan recevait officiellement à la Maison Blanche le ministre des Affaires

ANGOLA - AFRIQUE DU SUD contrel'Angola étrangères de Pretoria, rompant ainsi avec une longue période d'isolement diplomatique de l'Afrique du Sud.

Aujourd'hui, alors que la France, l'Allemagne de l'Ouest et la Grande-Bretagne se voient contraints de condamner l'attaque sud-africaine contre l'Angola, le gouvernement américain, « déplorant toute escalade de la violence » en Afrique australe, lui trouve des excuses en liant cette action au « contexte intégral » de l'aide soviétique et angolaise à la SWAPO qui combat la domination coloniale sud-africaine en Namibie. Rien d'étonnant dès lors à ce que Washington ait opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU « condamnant énergiquement » Pretoria.

C'est fort de l'aval et de la compréhension diplomatique des Etats-Unis que l'opération sud-africaine a été entreprise. Pretoria qui, depuis l'indépendance des ex-colonies portugaises, a perdu son glacis protecteur, pourrait être aujourd'hui tenté, dans la perspective d'une future indépendance de la Namibie, de se doter à nouveau d'une telle protection. Son offensive dissimulerait alors un projet plus vaste de démembrement de l'Angola et de création d'un Etat tampon dans le sud angolais avec l'appui de l'UNITA, dont la concrétisation dépendrait du rapport des forces militaires sur le terrain et de ses implications internationales.

Mais, en maintenant un climat de guerre à la frontière angolo-namibienne, Pretoria espère sans doute aussi faire capoter les tentatives d'« ouverture » politique et économique à l'Ouest d'une Angola toujours dépendante de l'aide militaire cubaine et soviétique.

En effet, l'Angola, qui dispose d'importantes relations économiques avec les Etats-Unis (les compagnies américaines ont le quasi-monopole de l'exploitation du pétrole angolais), après avoir d'une certaine manière normalisé ses relations avec Paris, a exprimé récemment le désir d'en faire autant avec Washington. C'est l'impression qu'ont rapporté de leur voyage en Angola les parlementaires démocrates nord-américains très chaleureusement reçus par le président angolais à la mi-août.

Le tumulte diplomatique déclenché par les Sud-Africains après la capture d'un conseiller soviétique en Angola n'a donc d'autre but que d'occulter l'ingérence militaire du régime raciste, de rompre avec l'isolement diplomatique de l'Afrique du Sud et de justifier son aide à l'UNITA dont le ministre sud-africain de la Défense, Malan, dit que « profitant du vacarme créé autour de l'incursion sud-africaine, elle pourrait conforter ses acquis immédiatement ».

Face à ce régime raciste qui menace l'Angola d'une « ère de turbulences qui pourrait prendre des proportions catastro-

Luanda n'abandonne pas son soutien SWAPO, le mouvement anti-impérialiste doit se mobiliser pour réclamer le retrait des troupes sud-africaines d'Angola, soutenir le droit à l'indépendance de la Namibie et appuyer la lutte des masses noires d'Afrique du Sud contre l'apartheid. Cette mobilisation ne peut se réduire à de simples prises de positions contre l'apartheid et à des « condamnations », sans suite, des actes de l'Afrique du Sud. Elle doit prendre la forme d'actions concrètes de solidarité anti-impérialiste, comme, par exemple, les manifestations qui, en Nouvelle-Zélande, viennent d'accueillir l'équipe des « Springbooks », le fleuron du rugby raciste sud-africain. Ainsi doit s'organiser à l'échelle internationale une vaste campagne pour le boycott de l'Afrique du Sud raciste dans tous les domaines, politique, économique, sportif et artistique. C'est là un devoir élémentaire de solidarité internationaliste avec la lutte des masses opprimées d'Afrique australe.

Vincent KERMEL 2 septembre 1981.

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