Inprecor 1974–2004

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EDITORIAL

L'agression impérialiste se concentre sur la révolution nicaraguayenne

Inprecor n° 114, 7 décembre 1981 · p. 3 · 1 158 mots

Nicaragua Amérique centrale États-Unis El Salvador

L'agression impérialiste se précise en amérique centrale

_ nés par elles en Europe n'auront que très faiblement réa- ES forces social-démocrates et les gouvernements domidgi à la campagne de mensonges et de falsifications lancée par l'impérialisme pour préparer et couvrir son escalade contrerévolutionnaire en Amérique centrale et dans la Caraibe, et les mesures d'intimidation contre Cuba.

Au moment où il apparaît de plus en plus évidemment qu'au Salvador la dictature a « perdu le contrôle d'environ un quart du territoire salvadorien au profit des forces de la guérilla » (Washington Post, 10 novembre 1981), ladministration Reagan oriente directement ses attaques contre le Nicaragua et les forces révolutionnaires salvadoriennes.

Dès le 12 novembre, devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américains, le secrétaire d'Etat Alexander Haig accusait le Nicaragua de « s'orienter vers un gouvernement totalitaire » et de construire une armée qui « ne peut être qu'une force d'agression et d'expansion de la politique marxiste-léniniste dans l'hémisphère ».

Alexander Haig présente comme une « force d'agression » l'Armée populaire sandiniste (APS) que le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a dû construire pour défendre la révolution contre la véritable force d'agression séculaire que représente l'armée US pour les peuples d'Amérique centrale. Affirmer sa solidarité - comme l'a fait le FSLN - avec les luttes des peuples salvadorien et guatémaltèque contre des dictatures sanguinaires, voilà ce que les représentants de l'impérialisme présentent comme un acte d'agression. Le « régime totalitaire » qui existerait au Nicaragua, c'est, pour Alexander Haig, un régime qui se bat pour assurer l'al-hahétisation des masses, améliorer la santé, organiser une reforme agraire, un régime largement et activement soutenu par la population.

C'est d'ailleurs, à propos de Cuba, ce qu'est contraint de reconnaître le journal du capital américain Wall Street Journal. Dans un très long reportage publié le 16 novembre 1981, ce quotidien, peu suspect de sympathies pro-cubaines, reconnaît, au-delà d'une note cynique sur la « répression politique » : « Le Cubain moyen vit ces temps derniers bien au-dessus du niveau de vie du Tiers Monde. Il souffre de la répression politique, mais il accepte cela comme le prix de ses acquis économiques. Il soutient fermement la politique intérieure et étrangère de son gouvernement. »

Malgré les dénégations et les protestations des dirigeants cubains et nicaraguayens contre les falsifications impérialistes, celles-ci se poursuivent de plus belle. L'International Herald Tribune du 24 novembre rapportait par exemple les propos tenus la veille par le général Alexander Haig qui s'inquiétait du « glissement vers le totalitarisme » du Nicaragua et critiquait « l'important afflux d'armement sophistiqué » en provenance de l'URSS et de ses alliés. Le secrétaire d'Etat américain considérait comme vital que « les Etats voisins aussi bien que les forces de la liberté au Nicaragua » reconnaissent le danger que constitue « l'énorme structure militaire » de ce pays.

Ces mises en garde américaines ne sont pas des paroles en l'air. Le blocus du Nicaragua s'organise concrètement. Ainsi, Ronald Reagan vient de parvenir à retarder un prêt de 30 millions de dollars par l'Inter American Development Bank (LADB). Parallèlement, un plan destiné à provoquer des affrontements militaires entre le Honduras et le Nicaragua grâce à l'appui de mercenaires a été rendu public le 10 novembre. Y sont compromis de grands propriétaires fonciers honduriens qui encouragent l'entraînement d'ex-membres de la Garde nationale somoziste dans leurs grands domaines de la région d'El Paraiso, comme Guillermo Sevilla, membre de la Fédération nationale des agriculteurs et éleveurs du Honduras (FENAGH) et Pedro Sevilla, membre de la direction de la FENAGH et du Conseil hondurien de l'entreprise privée (COHEP).

EDITORIAL L'objectif de toute cette campagne de propagande anticommuniste est bien évidemment de créer dans l'opinion publique américaine les conditions propices à l'acceptation d'une intervention impérialiste directe en Amérique centrale, qui reste l'objectif principal des Etats-Unis.

Elle est aussi destinée à obtenir une adhésion, dans la perspective de la réunion de décembre de l'Organisation des Etats américains (OEA) des bourgeoisies latino-américaines. Ces dernières sont partagées et oscillantes sur les moyens à mettre en œuvre pour bloquer les développements révolutionnaires en Amérique centrale. Pour l'administration Reagan, ces hésitations sont embarrassantes.

les bourgeoisies latino-américaines sont inquiètes de la radicalisation du processus révolutionnaire en Amérique centrale. Elles savent cependant ce que pourrait leur coûter, sur le plan intérieur, un appui ouvert à une intervention impérialiste directe contre le Nicaragua deux ans seulement après que l'OEA se soit refusée à suivre Washington dans cette voie en 1979. Ainsi, le président vénézuélien Luis Herrera Campins, dont le gouvernement soutient inconditionnellement la dictature salvadorienne, affirmait lors d'une réception à la Maison Blanche, en parlant du Nicaragua, qu'« aussi longtemps qu'il subsiste quelqu'espoir raisonnable pour qu'une société pluraliste se réalise ici, nous maintiendrons notre attitude de coopération » (Financial Times, 19 novembre 1981). Ce à quoi Edwin Meese, conseiller présidentiel américain, devait indirectement rétorquer que le gouvernement du Nicaragua est « un danger pour les autres pays de l'Amérique centrale, et c'est pourquoi c'est un sujet d'intérêt non seulement pour les EtatsUnis mais aussi pour d'autres pays d'Amérique latine ».

Le soutien diplomatique d'autres Etats du continent américain, tout comme la participation directe de forces impérialistes à toute action contre le Nicaragua et le Salvador semblent considérés comme indispensables à leur succès par les stratèges impérialistes. The Guardian, du 23 novembre, précisait à ce sujet que « l'investissement de forces d'autres pays latino-américains fait partie des options à l'étude, mais les officiels disent que, pour que n'importe quels efforts militaires conjoints soient efficaces, les Etats-Unis doivent y être investis ». C'est d'ailleurs le sens des propos du général Alexander Haig qui a répliqué à un parlementaire lui demandant de démentir la participation actuelle ou à venir des Etats-Unis à une aventure militaire contre le gouvernement nicaraguayen : « Non, je ne pourrais pas vous en donner l'assurance ! »

Aussi les Etats-Unis se préparent-ils à la mise en place d'une solution permettant d'associer d'autres armées à une intervention contre-révolutionnaire dans la région. Le journal argentin La Nacion notait, début novembre, que « l'idée qui commence à attirer l'attention des dirigeants américains est de former un corps expéditionnaire de troupes latino-américaines qui, après avoir obtenu un consensus des différentes armées, pourrait être légitimé par l'OEA ».

L'option la plus favorable pour Washington étant, comme l'a précisé le général Wallace Nutting, commandant en chef des forces américaines à Panama, l'intervention sous la forme d'une action conjointe de « toutes les nations de l'hémisphère » (Financial Times, 19 novembre 1981).

Ainsi donc, et quelles que soient les différentes modalités envisagées par Washington pour faire reculer la révolution en Amérique centrale et dans la Caraibe, la perspective d'une action militaire contre le Nicaragua, contre les forces du FMLN et contre Cuba, occupe toujours une place centrale dans la stratégie impérialiste.

C'est dire si la menace reste permanente. La mobilisation pour s'y opposer se devra donc de l'être aussi jusqu'à la victoire révolutionnaire en Amérique centrale et dans la Caraibe.

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