Les effets de la crise imperialiste sur le capitalisme
/ espagnol en ce qui concerne /évolution désastreuse de l'emploi et du chômage sont de par leur gravité sans rapport avec la situation des autres pays capitalistes avancés. Ce qui est ainsi mis en éviJ. ALBARRACIN et P. MONTES
La faiblesse intrinsèque du capitalisme espagnol dans des circonstances défavorables, dont certaines ont des raisons historiques, explique la gravité de la situation de l'emploi et du chômage et laisse entrevoir des perspectives assez vaises. En effet la crise ouverte en 1975 a, cas du capitalisme espagnol, produit ses effets sur une structure de production caractérisée par une productivité si on la compare avec celle des autres pays industrialisés et ce malgré la forte accumulation réalisée depuis 1960. Dès lors, le dépassement de la crise en fonction des intérêts capitalistes et dans des conditions de surproduction généralisée implique des efforts importants pour augmenter la productivité au essentiellement d'une chute de l'emploi. Nous analyserons plus loin cette fondamentale de l'évolution de l'emploi et du chômage. Il suffit déjà de mettre en évidence le fait qu'en 1973 la productivité du capitalisme espagnol était estimée à 39 pour cent de la moyenne des pays membres de l'OCDE et à 45 pour cent de celle des pays de la CEE.
Les facteurs de l'explosion du chômage
Mais il y a d'autres facteurs qui expliquent l'évolution du chômage. D'abord la crise a coïncidé avec l'arrivée massive de jeunes en âge de travailler. Ce fait est dû au "boom" de la natalité qui s'est produit à la fin des années cinquante et au début des années soixante et qui s'est combiné avec la baisse continue du taux de mortalité. Le nombre des jeunes de 15 à 19 ans a augmenté beaucoup à partir de 1970, celui des jeunes de 20 à 24 ans à partir de 1975. Entre 1975 et 1980 la population en âge de travailler a augmenté de 290 000 personnes par an.
Pour absorber cette arrivée de main-d'oeuvre et maintenir le taux d'activité, il aurait fallu créer 150 000 postes de travail par an, ce que le capitalisme espagnol n'a pas réalisé. Les conséquences ont été jeunes : le chômage des jeunes est une calamité (34 pour cent des moins de 24 ans seulement ont un emploi) et le taux des jeunes a baissé de façon drastique, ce qui est en partie le produit d'une scolarisation plus grande mais aussi une séquelle des conditions qui existent
Deuxièmement, la crise s'est greffée sur un processus de capitalisation de l'agriculture prolongé et rapide qui a libéré d'importants contingents de main-d'œuvre. Avec la crise, ce processus loin de s'arrêter s'est accentué. Entre 1964 et 1978 la population active agricole s'est réduite à un taux annuel cumulatif de 3,8 pour cent, ce qui signifie pour ces années deux millions de travailleurs en moins dans le secteur primaire. Rien que pour les deux dernières années il y a eu 300 000 personnes employées en moins; même si ces personnes ne constituent pas une offre de main-d'oeuvre pour les secteurs non agricoles (étant donné que dans les zones rurales il y a eu un processus de vieillissement à la suite des anciennes migrations vers les villes), il est certain que cela a contribué de façon importante à chômage et pas seulement le nombre des retraités. Ce phénomène au processus de développement commencé au début des années soixante et donc à l'élévation du niveau de vie dans les principales zones industrielles du pays. Ceci provoqua des mouvements migrasubstantielle des salaires agricoles. Ce qui conduisit, à son tour, à un processus de mécanisation de l'agriculture. Elle provoqua, d'une part, de fortes augmentations de productivité et libéra de nouvelles quantités de main-d'oeuvre et, d'autre part, rendit impossible la survie d'un bon nombre de petites exploitations dont les propriétaires furent attirés par les meilleures conditions de vie que leur donnait leur prolétarisation comme salariés de l'industrie et des services. Avec la crise économique, ces accroissements de prodence ce sont les graves conséquences qu'a eues pour un pays capitaliste de deuxième ordre le fait de s'être arrêté à mi-chemin au cours d'un processus de transformation économique profond, alors qu'éclatait une crise généralisée de l'économie capitaliste.
ductivité ont continué (de 1975 à 1980
8,5 pour cent par an), mais l'absorption de main-d'oeuvre par n'existe plus; ceci s'est traduit par l'existence d'importantes poches de chômage agricole comme en Andalousie qui sont devenues la cause de conflits sociaux et de luttes radicales difficiles à contrôler.
Mais la crise n'a pas seulement modi fié la capacité du capitalisme espagnol à créer des emplois, elle a inversé le cours l'émigration, c'est le troisième fac teur qu'il faut mettre en évidence. Pendant les années 1960, l'émigration a absorbé une partie importante de l'excédent de main-d'oeuvre dont souffrait l'économie espagnole. Cette absorption est très réduite depuis 1970 et toutes les informations permettent de supposer que depuis 1975 l'émigration est pratique ment nulle, alors que depuis le début de la crise le nombre des retours est réellement important. A titre d'exemple, suffit de signaler que les travailleurs espagnols en Allemagne avaient diminué de moitié en 1978 par rapport à 1973 et un phénomène du même ordre a dû se produire en France et en Suisse. Les retours de façon appréciable l'augmentation du chômage au début de la crise, mais l'importance de ce facteur a diminué progressivement.
L'évolution du chômage pendant les années de crise a été terrible. Cependant, les projections dramatiques que suggérait l'évolution de l'emploi dans un contexte très favorable ne se sont pas réalisées, car pendant ces années le taux d'activité a baissé considérablement de telle sorte que des gens qui autrement auraient été considérés comme chômeurs ont été relégués parmi la "population inactive"
En 1973 le taux d'activité 52,4 pour cent, en 1981 il était de 48,2 pour cent (il s'agit des personnes de plus de 16 ans). Cette baisse reflète d'une part l'accélération du processus de scolarisation dont nous avons déjà parlé, d'autre part l'avancement de l'âge de la retraite qui résulte d'une tendance historique et
Avant 1977 les données correspondent à M° Economia "Poblacion, Empleo y Paro, de
1964 à 1978" Depuis 1978 les données correspondent à Instituto Nacional de Estadistica.
des développements de la crise économique. Par ailleurs l'augmentation rapide de l'incorporation des femmes au marché du travail - favorisée par l'expansion anté rieure - a non seulement cessé avec la crise, mais elle a même reculé.
Ces circonstances atténuantes pas empêché la progression du qui touche 1 878 000 15,8 pour cent de la population active. Pire encore, ce qui jusqu'alors a amorti sa croissance va l'accélérer à l'avenir, ce qui donne une idée de son évolution. effet, la scolarisation croissante a induit augmentation du taux d'activité (surtout de la femme, compte tenu de son bas niveau de scolarisation initial) et cette scolarisation n'a fait que retarder l'incorporation des jeunes en travailler. Ce retard est déjà dépassé et il affecte précisément les générations qui correspondent au "boom" nataliste. plus, l'avancement de l'âge de la retraite tend à être stoppé dans la mesure où les entreprises mettent en application leurs plans de diminution d'effectifs. Il faut ajouter à ces considérations le fait que le capitalisme espagnol reste tard face à ses concurrents, ce qui laisse entrevoir des perspectives assez sombres du point de vue du chômage. Les consé quences politiques que cela peut avoir méritent une attention particulière.
Les traits fondamentaux de l'évolution de l'emploi et du chômage
Pendant la décennie qui s'est achevée en 1974 le capitalisme espagnol a créé une moyenne annuelle de 142 000 postes de travail. Pendant ces années, qui ont coincidé avec une croissance importante du PIB (6,4 pour cent de moyenne an nuelle), l'emploi agricole a diminué de modérée entre 1965 (50 000 personnes par an) et de façon plus importante les cinq années suivantes (150 000 personnes par an). Cette baisse a été facilement absorbée par les secteurs tertiaire et secondaire qui cette main-d'oeuvre salariée à raison de 161 000 personnes par an entre 1965 et 1969 et 285 000 personnes par an pendant le lustre suivant. La croissance modérée de la population active pendant les cinq premières années (108 000 personnes par an), résultat d'une forte émigration et d'une baisse légère du taux d'actifut aussi facilement sorte que le chômage a diminé de 31 000 personnes par an. Il touchait à la fin de 1969 1,1 pour cent de la population active (ce qui est en rapport avec l'augmentation importante du taux d'activité des femmes et avec une intensité moindre du flux migratoire) mais étant donné la capacité d'absorption des secteurs secondaire et tertiaire le chômage n'augmenta que modérément (64 000 personnes par an). Il concernait à la fin de 1974 3,3 pour cent de la population active. (voir tableau 1).
Ainsi donc les années qui ont précédé la crise furent marquées par une profonde redistribution du travail de l'agrin'ont chômage personnes soit
1 = 2 + 3
Agriculture et des services age de
CHOMEURS
De culture vers l'industrie et les services, et tion active, très en reexprimait un de ces dix années.
antérieur fut profondément deux sous-périodes mentalement par chute et par les classes sociales affectées.
de agricole s'est accentuée à la suite du pro-
1969 et faveur de la croissance économique, mais ont assimilé
BRON
CONTAR absorbée de
Variations de l'emploi, chômage et population active
Variation moyenne annuelle
Avant la crise économique
1965-1969
108
Population active
EMPLOI TOTAL
139
- 50
Non salariés de l'indus-
28 trie et des services
Salariés de l'industrie
161
- 31
"Encuesta de Poblacion Activa" (pour les plus de 14 ans).
une croissance appréciable de la popularésultat de l'augmentation naturelle de la population et d'un accroissement du taux d'activité féminine qui changement historique nourri par la forte croissance économique bourgeoisie.
Avec la crise économique, le modèle modifié.
Depuis 1975, le volume global de l'emploi dans l'économie a baissé de façon ininterrompue au rythme annuel moyen de 260 000 personnes. Il faut distinguer différenciées fondal'intensité de cette
De 1975 à 1977, la perte annuelle moyenne de postes de travail a atteint le chiffre
154 000. La diminution de l'emploi cessus de capitalisation des années précédentes et en réponse aux augmentations de salaires qui avaient été accordées à la
VER
(en milliers de personnes)
Après la crise économique 1970-1974 1975-1977 1978-1980 208 - 9 - 72 144 - 154 - 366 - 150 - 201 - 138 9 - 36 11 285 84 - 240 64 145 291 la création d'emplois par l'industrie et les services fut très limitée. Pourtant il y eut une croissance de l'emploi salarié les secteurs non agricoles - de 84 000 personnes alors que les non-salariés ont diminué de 36 000 par an, ce qui montre les conséquences de la crise sur la petite-
La population active, loin d'augmenter comme le suggérait l'augmentation naturelle de la population - à un moment où les générations consécutives au boom du début des années soixante arrivaient sur le marché du travail et où l'on enregistrait un retour d'émigrants -, diminua pendant ces trois années au rythme de 9 000 personnes par an. Ceci s'est traduit par une chute du taux d'activité, qui a affecté principalement les jeunes et les femmes. En même temps, la chute tendancielle du taux d'activité des hommes adultes s'est poursuivie en liaison avec l'abaissement progressif de l'âge de la retraite. Le résultat de ces évolutions de l'emploi et de la population active a été une forte crois-
sance du chômage pendant 3 ans, croissance encore limitée à une moyenne annuelle de 145 000 personnes, le taux de chômage atteignant 6,3 pour cent de la population active à la fin de l'année 1977.
A partir de 1978 on a assisté à une recrudescence de cette évolution néfaste avec ceci de particulier que la chute de l'emploi s'est répercutée intégralement sur la population salariée. Il faut lier cette recrudescence à la persistance de la crise économique et au fait que les projections économiques effectuées soient chaque fois plus sombres, ce qui est dû à l'acceptation du fait que la solution de la crise passe par un assainissement et une reconversion profonds de l'appareil productif. Mais d'autre part il faut mettre cela en rapport avec les changements intervenus dans les rapports de forces entre les classes au détriment des travailleurs, changements dont il faut souligner la date historique que constitua la signature du Pacte de la Moncloa le 25 octobre 1977. Il devait amorcer une période de collaboration de classe et de capitulation de la part des directions réformistes dont il est difficile de trouver un équivalent dans l'histoire. L'Accord Cadre Interconfédéral (AMI) de 1979 et 1980 signé par l'Union Générale des Travailleurs (UGT) et l'Accord National sur l'Emploi (ANE) de juin 1981, signé conjointement par les Commissions Ouvrières (CC.OO.), rUGT, le gouvernement et le patronat sont des documents qui incarnent une politique qui laisse désarmés les travailleurs et les sacrifie à la logique vorace du
De 1978 à 1980, la perte annuelle de postes de travail a été de 366 000 soit environ 3 pour cent chaque année de la population active. La chute de l'emploi agricole a été amortie mais en échange il y a eu un tournant radical dans l'emploi salarié des secteurs secondaire et tertiaire chute moyenne annuelle de 240 000 personnes. Le chômage a moins augmenté que la chute de l'emploi (291 000 emplois par an) parce qu'il y a eu de nouveau une diminution de la population active pendant cette période, diminution d'une certaine ampleur (72 000 personnes par an) en dépit de la croissance de la population et du retour des émigrants.
En résumé, pendant les 6 années qui se sont écoulées entre 1975 et 1980, la baisse de l'emploi total a été de 1 560 000 personnes soit 12,2 pour cent de l'emploi par rapport à 1975.
Dans l'agriculture la baisse a été de 1 017 000 personnes soit 34 pour cent de l'emploi en 1975 et dans les autres secteurs de 543 000, soit 5,5 pour cent. Parmi ces dernières pertes, 468 000 concernent des salariés.
Cependant, pendant les trois dernières années, la tournure que prennent les chiffres est beaucoup plus défavorable : de 1978 à 1980 il y a 720 000 salariés non agricoles en moins, c'est-à-dire une variation de 9 pour cent par rapport au niveau existant au début de 1978.
Cette détérioration progressive de l'emploi en termes quantitatifs s'est produite alors que parallèlement elle avait des conséquences croissantes sur les travailleurs les plus organisés et les plus combatifs, dans la mesure où la crise économique a impliqué des secteurs et des entreprises essentiels et dans la mesure où les conditions politiques existent pour porter atteinte à l'emploi des bastions de la classe. L'année 1981 prolonge les tendances définies par les trois années précédentes. On peut affirmer que le moment d'une grave confrontation est arrivé étant donné que les licenciements massifs dans les grandes entreprises sont à l'ordre du jour.
Une composition organique du capital plus basse dans une économie moins compétitive
D'après une publication récente l'OCDE, parmi les pays membres, seule la Turquie avait un taux de chômage plus élevé que celui de l'économie espagnole. En général on peut dire que la chute de l'emploi qui s'est produite depuis le Pacte de la Moncloa est sans comparaison avec celle qui a eu lieu dans les autres pays industriels. C'est la politique de pactes et de consensus mise en pratique par les dirigeants du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et du Parti communiste d'Espagne (PCE) qui l'a rendue possible, mais il faut en chercher la cause ultime dans la faiblesse du capitalisme espagnol et la nécessité dans laquelle il se trouve d'élever une composition organique du capital trop basse pour augmenter sa productivité, pour réduire le déséquilibre qui existe à l'égard d'autres pays industriels conséquent pour devenir
On ne peut comprendre la situation actuelle du capitalisme espagnol si l'on ne tient pas compte du fait que - à cause de l'autarcie et de l'isolement dans lesquels il s'est trouvé jusqu'à la fin des années
Oil s'est intégré tardivement à la phase de croissance du capitalisme du troisième âge et qu'il l'a fait à partir d'une composition organique du capital très basse. Les années de développement qu'il a connues ne lui ont pas permis de réduire de façon significative le déséquilibre initial. Ainsi, lorsque la crise économique s'est produite, ses effets ont été plus graves et les contraintes pour la surmonter plus impérieuses, ce qui explique qu'avec l'aide de la politique menée par les dirigeants de la gauche parlementaire, la chute de l'emploi ait été aussi importante et la restructuration de l'appareil productif aussi brutale et aussi intense. Aujourd'hui encore, à la fin de l'année 1981, l'assainissement de l'appareil productif n'a pas atteint un stade suffisant pour les besoins du capitalisme. Les re-
Get les reconversions des secteurs en crise, qui affectent déjà les grands bastions du mouvement ouvrier, vrière alors qu'on n'en est qu'à la moitié
En effet, à cause de l'autarcie et de la protection prolongée et excessive octroyées à l'industrie espagnole pendant les premières années de la dictature, le capitalisme espagnol ne s'est incorporé à la marche générale qu'avec le plan de stabilisation de 1959 et dans de très mauvaises conditions. A partir de ce moment là, il put se développer en incorporant les progres de la troisième révolution technologique. Il y eut un transfert des travailleurs des campagnes vers les activités secondaires et tertiaires en général plus productives. A la suite de cela, il fallut mécaniser rapidement l'agriculture, ce qui provoqua une augmentation de sa productivité qui atteignit une moyenne annuelle de 5 pour cent entre 1964 et 1975 L'emploi a augmenté chaque année dans l'industrie et les services et la productivité y a connu une croissance importante de 7,2 pour cent par an de 1964 à 1975. Mais l'accentuation de ce processus de développement n'a pas permis de réduire de façon significative le déséquilibre initial du capitalisme espagnol car, bien que la productivité et la composition organique du capital aient augmenté, cela a été aussi le cas pour les autres pays industria-
Les économistes du PSOE et du PCE ont tendance à dire que le processus de développement s'est caractérisé par l'intensité des investissements et l'économie de la force de travail. Pour eux, c'est l'introduction de technologies conduisant à un développement intensif qui est la cause du taux de chômage élevé qui existe à l'heure actuelle. Ils proposent des solutions qui visent à utiliser des techniques impliquant une utilisation moins intensive du capital et qui permettent d'utiliser davantage de main-d'oeuvre, sans remarquer que ces solutions sont contradictoicaractéristiques de la troisième révolution technologique et avec les intérêts du capitalisme espagnol qui a besoin de remplacer des hommes par des machines. De plus, cette explication ne répond pas au problème principal qui n'est pas de savoir si le processus se caractérise par une utilisation intensive du capital investi mais pourquoi cette intensité n'a pas été suffisante pour réduire de façon significative les déséquilibres productivité.
Il ne fait aucun doute que pendant les années de développement la composition organique du capital n'a pas augmenté suffisamment. A titre d'exemple, il suffit de signaler qu'alors que l'industrie manufacturière de l'ensemble de l'OCDE utilisait 62 salariés en 1975 pour produire l'équivalent d'un million de dollars (de 1970) et la CEE 71 salariés, le capitalisme espagnol en avait besoin de 112. Il n'y avait après lui que la Grande-Bretagne avec 128 salariés et le Portugal avec 161. Et cela n'est pas le fait du hasard, cela s'explique en premier lieu parce qu'il a disposé de moins de moyens, pour la capitalisation. Si nous évaluons. l'intensité du processus de capitalisation en examinant l'investissement annuel moyen (en excluant le bâtiment qui comprend aussi la construction de logements) par salarié entre 1964 et 1975 le capitalisme espagnol occupe une des dernières places dans
mesure la productivité espagnole (définie comme le PIB par employé au prix et au taux de change de 1970) est plus faible par rapport à chacun des pays. Pour son évaluation on a utilisé : OCDE "National Account" et "Labour Force Statistic". Pour les dernières années l'OCDE : 1 300 dollars (de 1970) par salarié, pour 3 900 aux Etats-Unis, 2 900 en France, 1 700 en Italie, 2 400 en Grèce. En second lieu, c'est parce qu'il disposait d'une main-d'oeuvre bon marché et abondante et de bonnes conditions politiques pour la surexploiter.
En effet on peut voir sur le tableau 2 qu'à part la Grande-Bretagne dans les années qui ont précédé la crise, si l'on compare la croissance des salaires à celle de la productivité, elle a été inférieure pour l'économie espagnole par rapport au reste des pays industrialisés, et cet argument est vrai pour le reste des pays de l'OCDE. La croissance intensive de la production a permis une augmentation des salaires réels ainsi qu'une croissance importante de la plus-value totale. Le travailleur espagnol continuait cependant à être relativement bon marché, ce qui explique qu'il n'y ait pas eu de stimulant pour augmenter davantage la composition organique du capital surtout si, comme c'était le cas, celui-ci était rare.
Avec la crise économique et l'aggravation de la concurrence qui en a découlé ces problèmes que le capitalisme espagnol traîne pour des raisons historiques ont été mis en évidence. Le capitalisme espagnol avait besoin alors d'augmenter sa compétitivité mais il devait le faire dans de mauvaises conditions créées par la crise économique et par la montée du mouvement ouvrier dans les dernières années de la dictature. Ainsi, alors que dans les autres pays industrialisés l'emploi s'est réduit brusquement en 1975, ce processus n'a commencé pour le capitalisme espagnol qu'avec le Pacte de la Moncloa. Les entreprises capitalistes ont continué pendant longtemps à travailler avec des effectifs excessifs par rapport à ce qui était nécessaire pour restaurer leur taux de profit et les restructurations des secteurs en crise se sont espacées dans le temps.
Depuis 1968, il faut signaler comme faits particulièrement marquants, d'une part, l'élévation de la composition organique du capital par la baisse des effectifs et la disparition des entreprises les moins rentables, et, d'autre part, la réduction des salaires réels pour permettre une récupération du taux de profit.
Depuis 1977, les travailleurs des secteurs non agricoles ont perdu presque 10 pour cent de leur pouvoir d'achat et les deux dernières années l'augmentation des salaires a été très inférieure à celle de la productivité (1,5 pour cent en 1979, et 2 pour cent en 1980). Cependant ces progrès de la bourgeoisie sont manifestement insuffisants par rapport aux besoins du capitalisme dans le contexte de la crise interimpérialiste et compte tenu de son projet d'intégration à la CEE. La différence de productivité a diminué un peu (de 5 points entre 1974 et 1980) et si la composition organique du capital a augmenté il y a encore beaucoup de secteurs-clé pour lesquels ce n'est pas le cas. A la fin de l'année 1981, il y avait 11 secteurs crise (la sidérurgie, les aciéries, les chantiers navals, l'industrie automobile, le textile, la chaussure, les biens d'équipement, etc.) qui sont impliqués dans la
Différence de productivité en 1963 (en pour cent) 1963-1973
USA 83,5 - 7,3
Japon 14,3 37,2
Allemagne 64,7 - 3,9
France 64.7 - 3,9
Angleterre 56,1 - 13,0
Italie 47,0 - 1,4
Canada 80,2 - 7,4 les 7 Grands 71,0 - 5,8
Espagne
Note :
La différence de productivité a on a utilisé : OCDE "Economic Outlook". bataille liée aux restructurations et qui supposent dans tous les cas une diminution brutale des effectifs. Ces secteurs coïncident fondamentalement avec les grands bastions du mouvement ouvrier et les luttes récentes permettent de penser que ces restructurations ne seront pas faciles et que leurs résultats ne seront pas aussi bons que ceux que souhaitent les capitalistes. De toutes façons l'enjeu pour le mouvement ouvrier est très important dans cette nouvelle étape de la politique de la bourgeoisie pour surmonter la crise.
La conclusion de ce qui précède est évidente. Pour sortir de la crise le capisubstantiellement le niveau de l'emploi et permettre une augmentation considérable du chômage. Il est évident que le niveau atteint par ce dernier est une cause permanente de tension sociale. Mais aucune politique de la bourgeoisie ne sera
Evolution des différences de productivité du capitalisme espagnol Réduction des différences Rapport entre la croissance (en pourcentage) des salaires et celle de la productivité 1974-1980 1963-1973 1974-1980 - 7,5 - 0,7 - 0,5 - 1,7 0,8 - 0,4 - 2,5 1,7 0,7 - 3,6 1,1 1,5 - 15,9 0.4 0,6 - 8,4 1,8 1,5 - 8,6 1,3 0,7 - 5,0 0,5 1,1 été définie comme le pourcentage qui indique dans quelle capable d'empêcher son développement parce que cela se heurterait aux besoins objectifs du Capital. Quand les économistes bourgeois et réformistes parlent de réduire les salaires réels pour réduire les coûts en travail et stimuler la demande de main-d'œuvre, ce qu'ils font essentiellement c'est favoriser les réajustements dont les capitalistes ont besoin en démobilisant les travailleurs et en permettant ainsi que les restructurations soient menées à bien. Aucune baisse des salaires ne va empêcher le chômage d'augmenter. Elle favorisera au contraire encore plus la baisse de l'emploi par les effets qu'elle aura sur la consommation et le niveau d'activité. Au moins sur ce point il n'y a pas de place pour le réformisme : ou l'on favorise les processus de réajustement capitalistes et l'on permet la croissance du chômage, ou on lutte contre cette logique et on résiste aux attaques du Capital. Il n'y a pas de troisième voie.
Les perspectives de l'emploi et les répercussions sociales du chômage
L'Accord National sur l'Emploi signé en juin 1981 précise que pour maintenir l'emploi à la fin de l'année 1982 au même niveau qu'au moment où l'accord a été signé il faudra créer 350 000 postes de travail. Il est évident que cela ne sera pas le cas. Le budget de l'Etat récemment approuvé et les perspectives économiques ne le permettent pas, et le patronat n'est pas disposé et ne peut pas - le faire. Mais ce qui se prépare est indiqué par le fait qu'on affirme que pour maintenir l'emploi à son niveau actuel il faille créer des emplois en si grand nombre. Les syndicats en signant cet accord ont admis par conséquent que les licenciements vont continuer avec intensité. Et en effet, ils ont continué. Le nombre d'emplois a diminué de 196 000 personnes pendant les neuf premiers mois de 1981 et les indicateurs disponibles permettent de supposer que pour le dernier trimestre de l'année il pourrait y en avoir 100 000 de plus. Officiellement le chômage a augmenté de façon comparable en octobre et novembre 1981. Les 11 secteurs en crise actuellement en cours de restructuration emploient 700 000 travailleurs. En supposant même que cette restructuration n'affecte que 10 pour cent des effectifs (ce qui évidemment est peu par rapport aux plans de la bourgeoisie), ceci représenterait dans un premier temps une perte de 70 000 emplois. Il faudrait ajouter à cela la disparition incessante d'entreprises petites et moyennes qui sont condamnées à une disparition irrémédiable avec la reconversion de ces secteurs. Comme nous l'avons vu auparavant, la seule solution pour que le capitalisme espagnol augmente sa productivité c'est le dégraissage des effectifs, le remplacement des hommes par des machines et par conséquent l'augmentation du chômage.
Mais si les travailleurs ne mettent pas un frein à ce processus le chômage contimain-d'oeuvre (des facteurs conjoncturels comme la sécheresse peuvent renforcer cette tendance) et ne pas oublier que les jeunes (hommes et femmes) qui sont hautement scolarisés arrivent sur le marché du travail. Pendant les neuf premiers mois de 1981, pour la première fois depuis le Pacte de la Moncloa, le chômage a augmenté plus que l'emploi n'a diminue (258 000 personnes au lieu de 196 000 personnes) alors que le chômage de ceux qui sont à la recherche d'un premier emploi (131 000) a augmenté davantage que le chômage de ceux qui ont perdu leur poste de travail (127 000).
Le caractère dévastateur et terrible du chômage nous amène à examiner percussions sociales. En ce sens, ce qui saute aux yeux de prime abord, c'est le manque relatif de conflits engendrés par un problème de cette ampleur. Il y a quelques années, quand les marxistes envisageaient une évolution de l'emploi aussi défavorable, ils le faisaient toujours en pronostiquant une période de convulsions sociales et politiques provoquées directement par le chômage. Pourtant les événements ont été beaucoup plus tumultueux que ce qui était prévu. Ceci ne signifie pas pour autant que des tensions et des conflits importants (c'est le cas des journaliers andalous par exemple) ne se soient pas produits et que l'instabilité politique et sociale ne soit pas déterminée en partie par la situation de l'emploi. Pour le reste, le passé ne peut préjuger du futur. Parmi les raisons qui expliquent le calme social relatif qui règne jusqu'à présent (même si les dernières semaines marquent un changement significatif dans la riposte du mouvement ouvrier) il faut signaler que la gravité du chômage a été atténuée précisément par sa composition. En effet 58 pour cent des chômeurs sont des jeunes de moins de 24 ans et 60 pour cent sont non pas des chefs de famille mais les enfants de ces derniers. Il ne fait pas de doute que cette forte composante jeune a atténué les effets du chômage.
On pourrait en dire autant des femmes qui représentent 33 pour cent des chômeurs alors qu'elles sont 24 pour cent de la population active. Par conséquent la population adulte n'a pas été aussi affectée que ne pourraient le laisser penser les statistiques sur le chômage. De fait il n'y pour cent des chômeurs qui soient chefs de famille, il n'y a que 19 pour cent de chômeurs dont la famille ne travaille pas et parmi ces derniers il y en a une proportion importante dont l'un membres bénéficie de l'assurance contre le chômage. Il faut signaler de plus que, bien que 40 pour cent des chômeurs para tabin n'aient jamais bénéficié de l'assurance chômage, ce pourcentage n'est que de 26 pour cent pour les plus de 40 ans qui sont donc mieux protégés. Tout cela fait que les chômeurs sont dans une situation de pauvreté relative et non absolue. Une enquête récente a montré que la majorité d'entre eux possède un réfrigérateur, un lave-linge, une télévision en noir et blanc; plus même, plus de la moitié ont une voiture et leur propre logement et tout cela avec un niveau d'endettement qui n'est pas beaucoup plus important que celui des travailleurs qui ont un emploi. Il y a donc eu une série de mécanismes sociaux qui ont contribué à limer les conflits qui auraient pu découler de l'existence d'un chômage aussi important.
Il faut également prendre en considération la façon dont le chômage s'est développé. Nous avons déjà signalé l'importance du nombre de jeunes à la recherche d'un premier emploi, mais si l'on examine la situation des travailleurs qui sont au chômage à la suite d'un licenciement, le chômage a affecté en premier lieu ceux dont le niveau de formation était le plus bas (79 pour cent de ces chômeurs ont fait des études primaires et encore pas tous) de sorte qu'en général les ouvriers qualifiés, le noyau du prolétariat industriel au sens propre, ont été beaucoup moins affectés que les travailleurs temporaires et les manoeuvres, qui représentent à eux seuls une proportion importante des chômeurs. De plus seuls 40 pour cent sont au chômage après un licenciement (20 pour cent par arrêt volontaire 40 pour cent parce que leur travail était terminé) et les licenciements n'ont pas en général touché les grandes entreprises et
les bastions du mouvement ouvrier. En effet 55 pour cent des chômeurs ont été licenciés collectivement après la faillite ou l'arrêt de l'activité de l'entreprise, ce qui ne s'est pas encore produit dans les grandes entreprises, et seulement 23 pour cent des chômeurs ont perdu leur empldi alors qu'ils travaillaient dans des entreprises de plus de 50 salariés. Enfin plus de 60 pour cent ont été indemnisés.
Cependant si le chômage ne s'est pas encore nourri des bastions du mouvement ouvrier, les choses commencent à changer comme nous l'avons déjà dit. D'après l'enquête que nous avons déjà citée, le taux de chômage est actuellement supérieur de 3,5 pour cent par rapport au taux officiel, soit environ 18 pour cent de la population de la population active, chiffre à la connotation tiers-mondiste. De plus le chômage de longue durée augmente et 33 pour cent des chômeurs sont depuis plus d'un an à la recherche d'un emploi sans en trouver. Le chômage a eu conséquences importantes sur l'état d'esprit des travailleurs : 77 pour cent pensent qu'ils ne vont pas trouver de travail dans les mois qui viennent, 50 pour cent
TARIFS
ABONNEMENTS: 1 AN. 4 NUMEROS accepteraient du travail dans une autre province, 83 pour cent accepteraient un emploi moins qualifié que celui qu'ils avaient ou qu'ils pourraient effectuer et
80 pour cent accepteraient de travailler au salaire minimum. La crainte de perdre son travail s'est répandue même parmi ceux qui en ont encore un; 33 pour cent de la population pense que le chômage est le problème qui la touche le plus personnellement et 24 pour cent disent avoir peur de perdre leur emploi. Enfin le chômage commence à toucher des emplois et des niveaux de revenus plus élevés que dans la période précédente. Ceci signifie que le chômage a miné les capacités de combat de la classe ouvrière (ce qui se traduit aussi dans les revendications et défensif à ses luttes. Mais cela a aussi des effets opposés. conviction que le chômage va continuer à augmenter et qu'il n'est pas possible de des trouver un nouvel emploi, ils ont les idées claires sur ceux qui sont responsables de situation environ 80 pour cent sont convaincus que ce sont les patrons et l'Etat qui sont
ABON NEZ - VOUS A :
Quatrième
SOMMAIRE
EDITORIAL :
Leçons de Pologne Y. Sakai - L'impérialisme japonais dans l'Est asiatique G. Taut et M. Warshawsky - Origines et dynamique du sionisme (suite du n° 7)
hier et aujourd'hui Luis Vitale - Passé et présent de la social-démocratie en Amérique latine Daniel Ben Said - La question du Front populaire et la scission du Comité International Francis Sitel - Mythes et réalités de l'Eurocommunisme ARCHIVES DU MARXISME du P.C.U.S. (extraits)
FRANCE Ab ordinaire Ab. soutien Chèques à l'ordre de : P.E.C. 2. rue Richard Lenoir 93100 MONTREUIL FRANCE qui l'Andalousie d'autre posent espagnol.
accords) et donne un caractère conclusions
Les travailleurs ont la chômage citée,
(dans l'entreprise ernationale avril-mai-juin 1982
Livio Maitan - Quelques notes sur la social-démocratie
Christian Rakovsky - Discours au XII* Congrès
70 francs français
140 francs francais
Par avion responsables du chômage, 32 pour cent pensent que c'est la crise économique et
12 pour cent que ce sont les travailleurs eux-mêmes). Tout ceci ajouté à l'ampleur des attaques du patronat surtout en ce concerne la restructuration des entreprises en crise, provoque des réactions combatives et surtout d'importants mouvements de solidarité. Ils permettent d'espérer que s'ouvre une nouvelle étape de luttes de classes dans l'Etat espagnol après les reculs des travailleurs pendant les quatre dernières années. Les poches de chômage dans les régions agricoles comme l'Extrémadoure ou sont part des foyers explosifs qui problème au capitalisme
Cet article ne prétend pas tirer des politiques de l'analyse du et des sombres perspectives de son évolution. Mais il ne fait aucun doute que le chômage jouera un rôle essentiel dans l'évolution des événements politiques et sociaux dans un proche avenir.
J. ALBARRACIN et P. MONTES décembre 1981
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