Get le 1er Mai Le ler Mai, des dizaines de milliers de personnes ont participé aux manifestations appelées par Solidarité à Varsovie, à Gdansk et dans d'autres villes de Pologne. Ces manifestations, appelées par voie de tract et, à Varsovie, par une émission pirate de Radio Solidarnosc, avaient pour mots d'ordre : « Abrogation de l'état de guerre ! Libération de tous les internés, condamnés et arrêtés / Augmentation des salaires de 100 % ! Arrêt du chômage ! »
Le 3 mai, de nouvelles manifestations ont eu lieu dans de très nombreuses villes de Pologne à l'appel de Solidarité. Il s'agissait cette fois de rappeler l'anniversaire de la première Constitution démocratique en Pologne, votée le 3 mai 1791. Les forces de police, très nombreuses, ont attaqué les manifestations : dans plusieurs villes, des émeutes se sont poursuivies tard dans la nuit (à Szczecin, elles ont même duré deux jours) ; des barricades ont été érigées dans de nombreuses villes.
Témoignage saisissant de dont la bureaucratie musèle l'information, il a fallu attendre le 5 mai pour que le principal quotidien officiel de la capitamanifestations du ler Mai de solidarité. Et encore, cela a-t-il été meurs de troubles » du 3 mai. On pouvait y lire : « Le ler Mai, les autorités n'ont pas réagi aux tentatives d'organiser des
"oppositionnels". (...) Mais personne ne s'attendait et ne pouvait s'attendre à ce que les autorités de notre pays, responsables du maintien du calme et de l'ordre, permettent que la violation de l'interdiction d'organiser des rassemblements publics devienne la règle, en particulier pendant la durée de l'état de
On voit à quel point la libre parole est, en Pologne, une nécessité vitale pour la résistance des travailleurs. C'est le sens des efforts de Solidarité dans la clandestinité, qui publie déjà près de 1 700 bulletins réguliers, et qui a lancé à Varsovie une radio libre, Radio Solidarnosc. Nous publions ci-dessous des extraits de l'enregistrement de deux émissions de cette radio, qui nous sont parvenus de Var-
La première, dont nous ne connaissons pas la date de diffusion, consiste en un appel de Zbigniew Bujak, dirigeant ré-
gional et national du syndicat, à manifester le ler Mai :
« La fête ouvrière du ler Mai sert depuis des années aux autorités à créer de faux-semblants selon lesquels elle bénéficieraient d'un soutien de la société. Que cette année le ler Mai soit le jour de décontre le gouvernement du « Nous nous rassemblerons tous à les festivités officielles doivent commencer, avec des symboles de deuil, avec les insignes et les drapeaux de
Nous chanterons sauve la Pologne ...". Nous ne prendrons pas part à leur défilé, nous nous rendrons dans le calme dans les églises pour assister à des messes à la mémoire des travailleurs assassinés en 1956, en 1970 et en 1981.
« Face à la suspension et à la menace de mise hors-la-loi de notre syndicat Solidarité, nous inscrirons sur nos banderoles des slogans exigeant son droit à la liberté
« Face à l'internement et aux arrestations de milliers de syndicalistes, il faut avancer des slogans exigeant leur libération. Face au licenciement de plusieurs milliers des nôtres, il faut crier notre volonté de les voirs réintégrés.
« L'exigence de la levée de l'état de guerre doit être également réaffirmée.
« Nous appelons les militants de Solide notre région à venir massivement à l'endroit d'où partira la marche officielle pour qu'ils participent aux activités organisées par les sections syndicales. Que les slogans écrits sur nos banderoles soient l'expression de nos revendications face aux autorités. N'oublions pas que notre attitude doit être digne de militants de Solidarité. »
La seconde émission, captée le 30 avril à Varsovie, a commencé par une mise en garde : « Nous devons compter avec les possibilités de brouillage de notre radio. Si vous ne nous entendez pas sur la bande 70,1 MHz, cherchez-nous plus loin modulation de fréquence. » Puis, une voix de femme a précisé : « Notre prochaine émission aura lieu le 3 mai à 21 heures. A partir de dimanche prochain, nous commencerons des émissions régulières à 21 heures. »
Puis Zbigniew Romaszewski, membre de la direction régionale de Solidarité de Varsovie, organisateur de la radio, a pris
« Un des principaux éléments du pro'gramme voté par le ler Congrès national de Solidarité avait été l'exigence du pluralisme politique et idéologique. Nous voudrions en faire le principe de notre radio. Nous voudrions que tous ceux qui composent le mouvement social Solidarité, fort de plus de 10 millions de personnes, puissent s identifier avec cette radio.
« Solidarité, ce n'est pas uniquement le nom de notre syndicat. La solidarité est une valeur que nous devons préserver durant cette période difficile de l'état de guerre. Aujourd'hui, alors que le pouvoir cherche par divers moyens à manœuvrer la société, à briser son unité, lorsqu'il propose de prétendus accords, nous devons nous souvenir d'une chose : nous devons nous souvenir de ceux qui sont en prison. Dans chaque guerre, même dans celle qui est menée contre son propre peuple, un principe existe : on ne parle pas d'accord avant de parler des prisonniers. Tout autre accord ne peut être qu'une capitula-
Une capitulation d'autant plus grave qu'elle détruirait notre arme principa-
« Nous qui composons le mouvement de résistance contre le gouvernement de l'état de guerre, nous ne voulons pas de revanche, nous ne voulons pas de vengeance. Nous voulons une entente nationale. Mais une entente qui ne soit pas une capitulation de la société devant le pouvoir, mais une phase durable de la reconstruction de notre pays par tous les le socia pour des travailleurs
« Notre émission, aujourd'hui, a lieu à la veille de la fête ouvrière du ler Mai. Quand nous avons cherché un indicatif musical pour notre radio, nous nous sommes aperçus qu'il n'existe pas une seule mélodie chère au cœur de chaque Polonais qui n'ait pas été utilisée par la propagande officielle. La société a été privée de tous ses symboles importants. Ils ont tous été appropriés par le pouvoir. C'est également le cas de la fête du ler Mai. Nous avons décidé de leur reprendre ces sym-
« Aujourd'hui a lieu le trente-et-unième anniversaire de la mort de Kazimierz Puzak, un des principaux dirigeants du Parti socialiste polonais, jugé dans le procès de Moscou et brisé à mort dans la prison stalinienne de Rawicz. Chaque année, sur sa tombe, des camarades fidèles aux idéaux du socialisme polonais chantent un vieux chant ouvrier, le Drapeau rouge. Que ce chant soit l'indicatif de notre émission de ce ler Mai. Qu'il soit une mise en garde pour ceux qui veulent mettre les ouvriers à genoux et terroriser la société. Sur leur drapeau rouge, celui qu'ils porteront dans leur marche, il y a le sang des ouvriers de Poznan, de ceux de la Baltique, le sang de ceux qui sont tombés dans la guerre déclarée à leur propre peu-
« Je suis heureux de saluer ici notre président régional, Zbigniew Bujak. Je lui cède la parole ... »
A ce moment, le brouillage a interde Radio Solidarnose. Mais nul brouillage ne pourra interrompre la voix des travailleurs qui demandent à des comptes des crimes