Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Changements tactiques et continuité stratégique de l'impérialisme français

· Inprecor n° 128, 14 juin 1982 · p. 8-9, 9, 9-11 · 3 978 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

France Afrique

ANS l'élan de la victoire électorale du 10 mai 1981 en

France, les dirigeants du Parti socialiste (PS) ne se sont pas privés d'annoncer une nouvelle ère pour les rapports de la France avec le Tiers Monde. Avant même les élections,

François Mitterrand proposait de « dépasser une assistance-ausource de bénéfices immédiats pour la France, porteuse de déséquilibres graves, en France comme en Afrique, pour pratiquer une coopération plus durable (1) ».

Il y a deux manières d'aborder la politique des réformistes envers les pays dominés par l'impérialisme. L'une consiste à souligner leur trahison de tout internationalisme, leur complicité avec tous les mécanismes de la domination et leur bienveil-

Claude GABRIEL

A l'initiative de Jean-Pierre Cot, ministre chargé de la Coopération et du Développement du gouvernement Mitterrand-Mauroy, un groupe de travail vient de publier un rapport sur les échanges entre la France et le Tiers Monde et leurs conséquences sur l'économie française. Ce document présenté le 10 mai 1982 - tout un symbole ... — s'efforce d'associer deux objectifs du septennat de François Mitterrand : favoriser l'emploi en France et aider les pays les plus démunis à sortir du sous-développement.

Après avoir rappelé que, de 1973 à

1980, le nombre des emplois créés par l'augmentation des exportations à destination du Tiers Monde se chiffre à

400 000, le Rapport Cot s'alarme de la baisse actuelle de la croissance annuelle des exportations à destination de ces mêmes pays. La reconnaissance du fait que la France subit une certaine concurrence de pays semi-industrialisés (notamment d'Asie) dans plusieurs branches économiques, amène les auteurs à souligner que

«les pays les moins avancés » (PMA), dont plus d'une vingtaine sont africains, pourraient être un des objectifs principaux de l'industrie française pour les années à venir. Mais la faiblesse des ressources financières propres de ces pays implique que l'aide publique que l'Etat français leur accorde vienne stimuler leur demande en biens d'équipement.

Enfin, il est rappelé qu'une politique industrielle adaptée vaut mieux que le protectionnisme. La France devra donc s'adapter aux besoins très différents de ses divers clients, qu'ils soient partiellement industrialisés ou totalement sousdéveloppés.

En se donnant de tels objectifs, le français entend favoriser gouvernement l'emploi sur le territoire national. Le Rap port Cot n'est donc en définitive que la version sophistiquée du discours de Fran-

L'arrière plan des propositions

de Mitterrand au sommet de Versailles rialistes français. çois Mitterrand annonçant du haut de la tribune de la Conférence de Paris sur les pays les moins avancés (PMA) qu'« aider le Tiers Monde, c'est s'aider soi-même à sortir de la crise (2) ». C'est encore François Mitterrand qui se revendiquait d'un « co-développement généralisé » en octobre 1981, à la veille de la Conférence de Cancun au Mexique (3).

DU RAPPORT BERTHELOT AU RAPPORT COT Qu'y a-t-il d'original dans le Rapport Cot ? La question mérite d'être posée puisque ses auteurs dénoncent la politique du « libéralisme et du laisser-faire » pratiquée en la matière par les précédents gouvernements (4).

Si l'on distingue les buts stratégiques des applications immédiates, il faut bien reconnaître qu'en ce qui concerne les premiers, le nouveau gouvernement français n'innove guère. En 1978 déjà, Raymond

Banque française en Namibie. (DR) FRENCH BAN lance à l'égard des régimes néocoloniaux corrompus. Ce n'est pas l'objectif du présent article. Il suffit d'ailleurs de rappeler que la politique de collaboration de classes et de compromis avec le patronat au sein de la métropole impérialiste porte en elle toutes les compromissions sur le terrain des intérêts impé-

Nous choisissons donc, à dessein, un autre angle d'attaque, cherchant à souligner les contradictions internes d'une politique qui mélange la continuité dans les objectifs traditionnels depuis l'avènement de la Ve République en 1958 et les discours charitables sur la solidarité avec le Tiers Monde.

Barre, Premier ministre de l'époque, avait commandé un rapport du même type, connu comme le Rapport Berthelot, dont la philosophie et les conclusions étaient assez proches de celles de Jean-Pierre Cot.

Le Rapport Berthelot contenait certes un certain nombre d'idées un peu simples sur le marché des nouveaux pays industrialisés (NPI), mais il ne faisait que suivre la logique assez répandue à l'époque, selon laquelle il allait y avoir une croissance régulière de la production industrielle de cette petite dizaine de pays « privilégiés »

La continuité entre le Rapport Berthelot et le Rapport Cot se situe en fait sur le terrain de l'emploi industriel en

France. Le premier avait déjà souligné le bénéfice que la France pourrait retirer d'une politique offensive dans le domaine de l'exportation de biens d'équipement. Il recensait, pour la période allant de 1972 à 1978, un gain de 100 000 emplois grâce à ces marchés extérieurs (5).

UNE CONCEPTION

TECHNOCRATIQUE

Le Rapport Berthelot avait cependant une qualité que n'a pas celui de son successeur. Il ne craignait pas de dévoiler certaines conséquences sociales de ces perspectives économiques.

Le marché de l'équipement industriel fonctionne en effet autour de deux axes.

Le premier est la vente à des propriétaires locaux de machines, d'équipements, de techniques voire d'usines clef-en-main. Le second est la constitution de joint ventures associant sur place un entrepreneur

1. Afrique industrie, avril 1981.

2. Le Monde, 2 septembre 1981.

3. Le Monde, 21 octobre 1981.

4. Sur le Rapport Cot, se reporter à Marchés tropicaux et méditerranéens, 14 mai 1982.

5. Claude Gabriel, « Giscard gendarme de l'Afrique ». Inprecor nouvelle série, numéro 8, du 8 juin 1978.

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pays les moins avancés. Il y a à cela plu-

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national et un industriel étranger. Accessoirement, l'exportation de biens d'équipements peut aller aussi à des entreprises entièrement françaises établies à l'étranger pour des besoins en main-d'œuvre bon marché ou pour l'exploitation d'un marché local prospère. Dans tous les cas, il ne s'agit en aucune façon d'un prétendu « transfert de technologie », terme vague utilisé généralement dans les conférences internationales et dans les discours démagogiques pour faire croire à une générosité des pays riches envers les autres.

Ce marché des biens d'équipement industriels est une donnée décisive du marché impérialiste depuis plus de vingt-cinq ans. Il est le résultat d'une évolution organique de l'impérialisme, et notamment d'une évolution des rapports de forces entre secteurs capitalistes au sein des grands pays industriels (6). Le « redéploiement industriel » est une nécessité pour le grand patronat. Vendre des mades usines, s'installer à Hong Kong, etc., est aussi naturel pour le grand industriel d'aujourd'hui que l'était l'investissement dans les mines en Afrique ou en Amérique latine pour un maître de forges

Le Rapport Berthelot avait donc pris contradictoires pour le marché de l'emploi en France de ces évolutions. Il mettait au passif de ces projets la suppression de 8 000 emplois dans l'habillement, de 4 000 dans les cuirs et chaussures et de 6 500 dans les industries du bois. Il envi-

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sageait qu'environ 25 000 à 50 000 travailleurs devraient chaque année « changer d'emploi » du fait d'un redéploiement mondial de certaines branches d'activité.

Si le Rapport Cot n'aborde pas cette question, c'est qu'il ne peut avoir, comme le gouvernement Giscard-Barre, le toupet de laisser entendre que l'ouvrier qui perd son travail dans la chaussure va en retrouver un dans l'industrie de la machine-outil narchie capitaliste fait de ceux qu'elle met au chômage des laissés pour compte durant plusieurs années, et personne ne propose, ni les Berthelot ni les Cot, de planifier l'économie pour en arriver à ce que des branches nouvelles viennent à point nommé former et embaucher les travailleurs de branches en crise ou en restructuration.

Le solde positif des créations d'emploi donne donc une vision technocratique simpliste. Les chiffres de Jean-Pierre Cot cherchent à nous convaincre que tout le monde est intéressé à ces évolutions industrielles et en particulier les salariés en France. Il y a dans les discours officiels une réelle tentative idéologique d'intéresser les travailleurs français au progrès économique de l'impérialisme français. L'expansionnisme commercial de la France impérialiste est vidé de tout son contenu mercantile ; il participerait seulement de la juste cause de la lutte pour résorber chômage en France.

Le Rapport Cot semble proposer une politique plus vigoureuse en direction des sieurs raisons :

- Une grande partie de ces pays sont africains et donc très souvent liés à la France par la Zone Franc. Ils se situent dans une région déjà fortement pénétrée par les intérêts français. Assez souvent, les projets industriels locaux sont à la charge d'administrations dans lesquelles les techniciens français pullulent. Les débouchés locaux y sont souvent dépendants d'autres filières où les capitalistes français sont aussi présents en force ;

- Ces pays sont encore sous-équipés industriellement et il pourrait s'agir en quelque sorte d'une seconde génération, à venir, de pays industrialisables ;

Ces pays peuvent s'intégrer à un tissu économique aux côtés de pays « intermédiaires » dans lesquels la France est déjà un fournisseur leader. C'est ainsi que des associations locales ou régionales en Afrique entre des pays comme la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Cameroun, le Gabon d'une part, et des PMA comme la Haute-Volta, le Niger, le Bénin de l'autre, permettent un élargissement du marché et son meilleur contrôle.

gouvernement français estime donc que le principal atout qu'il détient est de renforcer et de rationaliser son intervention dans une zone où, par tradition, il était déjà omniprésent, à savoir l'Afrique. Il se veut donc volontariste et tient à dépasser les frontières de l'ancien empire colonial. Prolongeant les premières tentatives du régime de Valéry Giscard d'Estaing, il veut maintenant assurer de nouvelles possibilités dans des pays comme l'Angola, le Mozambique et le Nigeria. Il se saisit des espoirs pétroliers dans certains pays africains de la Zone Franc pour se préparer à de nouveaux marchés d'équipements (7). Au plan politique, il réutilise tout l'arsenal gaullien de

« coopération franco-africaine », « domaine réservé » de l'Elysée, des voya-

Afrique, des « sommets » franco-africains, des services spé dans les rapports avec les Etats africains, du maintien des troupes françaises sur le terrain, du maintien appointé de milliers de Français dans les administrations et les services publics de ces

Le gouvernement français tient évidemment à présenter cet objectif comme une nécessité morale d'aide aux plus dé. munis. Même Jacques Delors, le ministre des Finances, laisse entendre que « c'est à eux, et à eux seuls, qu'il appartient de définir le sens et la finalité du développement auquel ils aspirent, et le type de société vers lequel ils souhaitent faire évoluer leur pays. Les pays donneurs doivent s'interdire à cet égard d'imposer leurs propres choix et leurs propres priorités (8) ».

6. Ernest Mandel, Le troisième âge du capitalisme, tome 2, pages 293-370.

7. Claude Gabriel, « Afrique noire : objectif pétrole », Inprecor numéro 123, du 19 avril

8. Le Monde, 5 septembre 1981.

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Tout cela n'empêche pas Jean-Pierre Cot de dire de son côté qu'il « faut que la politique d'aide au Tiers Monde ait des retombées pour la France. C'est une condition de sa mise en œuvre. Je le dis sans honte et sans retenue. Le discours généreux sur l'aide conduit au recul (9) ».

Jacques Delors, qui est plutôt spécialisé dans des propos francs et cyniques, s'était cependant offert un brin de rêve en déclarant qu'il fallait savoir corriger les erreurs du passé. « Nous ne le ferons pas, disait-il, en nous abandonnant au désenchantement ou en nous livrant aux seules forces du marché, c'est-à-dire en fait à la fable du renard dans le poulailler. (10) »

LES FORCES DU MARCHE Le néocolonialisme n'est plus ce qu'il était ... Ainsi devraient s'intituler beaucoup de rapports d'experts publiés chaque année sur le marché des pays du Tiers Monde. L'inflation de sigles est pourtant

LE technologie, des grands investissements et des réseaux commerciaux Dans le textile, l'habillement et l'agro-industrie, la dépendance de ces pays se fait souvent par le biais des multinationales

Or, envers ces pays, la France à pris très grand retard, pour plusieurs raisons: la faiblesse des liens historiques avec la France dans les zones contrôlées par les impérialismes américain et britan. nique, la faiblesse des trusts français, la configuration spécifique et archaique de l'industrie textile française, etc. Seules les là pour symboliser cette évolution. Les pays les moins avancés (PMA), les noupays industrialisés (NPI), revenu intermédiaire (PRI), les pays producteurs de pétroles, les pays en voie de développement non producteurs de pétroles (PVD-non-pétroliers), etc., sont autant de catégories du développement inégal et combiné à la surface de

Et cette réalité est pleine de contradictions pour le capitalisme fran-

La difficulté du marché industriel des pays dépendants semi-industrialisés c'est que, d'après la Banque Mondiale elle-même, 85% de leurs investissements se font grâce à l'épargne nationale. Les moyens politiques dans ces pays sont donc généralement aux mains de l'Etat et de la grande bourgeoisie locale. Il y existe parfois un capital financier local. La dépendance vis-à-vis de l'impérialisme à travers les domaines clefs de la maintenance, de la ALLO LESiEUR ? JE VOUDRAIS CONNAÎTRE PRiX DE MES ARACHiDES arachide d'aprés PLANTU de l'automobile et du pétrole ont su ne pas perdre trop de terrain par rapport aux concurrents américains, allemands et japonais principalement.

Pour ces raisons, le gouvernement français semble proposer de renforcer la filière PMA plus à la portée des industriels

Mais les lois du marche, qui sembler fliger Jacques Delors, sont evidemmer plus fortes que les discours.

Si l'aide publique de l'Etat francais peut aller la ou, par un choix politique. le gouvernement le décide, il n'en est pas de même pour les crédits et les investissements privés. Sur les 15 % restant des investissements industriels des pays semi-industrialisés qui ne sont pas d'origine lo. cale, la majorité provient de prêts bancai-

La grande finance impérialiste n'a pas pompes solaires en Haute-Volta. Elle vise plus sûrement le meilleur profit à court et à moyen terme et s'engage prioritairement dans les pays à revenu moyen plutôt que dans les PMA. Cette ségrégation accroît le sous-développement des uns l'enrichissement des autres. Et ses effets cumulatifs pésent y compris sur les économies de pays impérialistes. Les redéploiements industriels, le déplacement du centre de gravité de l'industrie d'exportation vers l'exportation de machines et d'équipements, bouleversent les branches retardataires, etc.

Il semble donc que les projets contenus dans le Rapport Cot soient contradictoires avec le cours naturel de l'impériafrançais irait en quelque sorte à contre-courant. Renonçant aux clients » que sont les pays semi-industrialisés, il viserait d'abord les pays les plus pauvres. C'est ce qui pourrait apparaître à

Critiquant le précédent, il mentionne la mauvaise orientation des aides au développement qui aurait pour une part contribué à établir les plates-formes industrielles que sont devenus des pays comme Singapour, Hong Kong ou, partiellement, la Corée du Sud. Mais le Rapport Cot ne résoud pas cette contradiction. Il regrette que la France ait laissé faire et se trouve aujourd'hui en concurrence avec certaines productions du Tiers Monde. Il propose donc que l'on revalorise les débouchés industriels des pays les plus pauvres. Mais il reconnaît que ces derniers, pour traditionnels qu'ils soient pour le commerce français, ne comptent malheureusement pas parmi les plus dynamiques et qu'ils ont des perspectives d'avenir plutôt sombres.

LE ROLE DE L'AIDE PUBLIQUE L'unique moyen de résoudre partiellement cette contradiction serait d'augmenter toujours plus l'aide publique à ces pays, afin qu'ils puissent — en retour - se tourner vers le marché capitaliste français pour s'équiper industriellement.

1 s'agit là d'ailleurs d'une constant le la politique francaise, notamment ej raison des liens traditionnels avec l'Afrique noire. L'aide publique au développement a été de 12 milliards de francs français (FF) en 1980. Elle a constitué le principal moyen de stimuler les exportations françaises. Les crédits à l'exporta-

9. Le Monde, 1er septembre 1981. 10. Le Monde. 5 septembre 1981. 11. Voir le Monde diplomatique, juillet 1981 et mai 1982 (« La montée en puissance du négoce international des matières premie-

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tion sont devenus, d'autre part, un aspect du soutien français vers le Tiers Monde. De 1975 à 1980, près de 200 milliards de francs de contrats ont été ainsi conclus.

On comprend dès lors manie de François Mitterrand de rappeler en toute occasion son objectif de 0,7 % du Produit national brut (PNB) en 1988 pour l'aide publique au Tiers Monde. Il ne s'agit pas de générosité, contrairement à ce que laissent entendre les discours officiels : il s'agit d'une nécessité vitale étant donné les particularités du commerce extérieur français.

Les Etats-Unis ont, par exemple, une politique rigoureusement inverse, visant à réduire l'aide publique, à polariser les investissements et les crédits sur les pays les plus solvables et à se moquer éperdument des aléas des cours des matières premières. La France, à l'inverse, milite pour la cours puisqu'elle comble elle-même les déficits budgétaires de ses Etats-clients en Afrique noire (12).

L'aide publique n'est done rien d'autre qu'un transfert indirect de fonds publics des industriels français. Plus exactement, il s'agit d'une contribution, prélevée sur les impôts des salariés, au maintien d'un marché juteux pour le patronat. Il n'y a rien là qui soit particulièrement honorable et l'on peut s'étonner que la presse française temps de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing -, continue à nous conter la jolie fable du président français qui vient en aide aux pauvres d'Afrique.

Il est nécessaire, toujours sur cette affaire d'aide publique au développement, de préciser les conséquences sociales et politiques qu'elle a sur place dans les pays concernés. Il est notoire qu'une partie de ces fonds disparaît au profit des classes dirigeantes locales, non pas « au second degré » dans des équipements et infrastructures qui favorisent les petits capitalistes locaux, mais directement par la corruption et le pillage des caisses de l'Etat. La gabegie et la prévarication sont telles dans ces pays que ce facteur est maintenant intégré dans la politique des pays impérialistes, où l'on admet pour stabiliser de réelles bourgeoisies indigènes, il faut accepter que l'accumulafasse en partie grâce à des vols dans les caisses publiques.

L'aide publique n'est donc ni une aide aux masses laborieuses de ces pays, ni même une aide indifférenciée selon les pays. Il s'agit d'un trait d'union entre les industriels français et les classes dirigeantes locales, d'un lien qui se fait sur le dos à la fois des travailleurs africains et des travailleurs français.

DE NOUVELLES

CONTRAINTES APRES LE 10 MAI

Le gouvernement français, en nationalisant les principales compagnies bancaires, s'est doté de possibilités nouvelles dans le domaine du commerce extérieur. Des banques comme Paribas et Suez touchent en effet une partie importante des intérêts néocoloniaux français. Le débat sur les rétrocessions éventuelles au privé des intérêts industriels détenus par ces compagnies n'est pas indépendant de cette question. Le gouvernement français et la direction du PS n'ont peut-être pas l'intention de rester à la tête de l'essentiel du dispositif économique impérialiste. Il s'agit autant d'une difficulté politique qu'économique. Mais, quel que soit l'avenir des avoirs industriels de ces banques, la nationalisation renforce les possibilités de crédit de l'Etat français. En rappelant que les firmes nationalisées devront se comporter comme des entreprises privées, motivées par les mêmes objectifs de rentabilité et de profit, le gouvernement français s'est engagé à composer avec les impératifs du marché financier mondial qui dictera aux banques nationalisées un alignement sur la logique du crédit bancaire privé et non sur la politique à long terme

C'est d'ailleurs le ministre des AffaiDANS LEUR PROPRE IMPERIALISME Le Rapport Cot est très clair sur les conséquences que tout cela doit avoir pour l'industrie française. Il faut s'adapter aux besoins les plus variés des différents pays-clients. Plutôt que de choisir une politique protectionniste face aux pays semi-industrialisés qui concurrencent les produits français, il faut s'adapter à leurs besoins et exploiter les opportunités que présentent leur développement.

Pour faire passer cette pilule, on fait miroiter les emplois que cette politique devrait créer. Mais l'essentiel de propositions va dans le sens des développements actuels de l'impérialisme. Il n'y a rien là de particulièrement nouveau et révoutionnaire, si ce n'est l'idée saugrenue que, dans ce monde, on puisse réaliser la communion d'intérêts entre l'impérialisme et les masses des pays dominés. Tout laisse donc à penser que l'adaptation de l'industrie française se fera toujours plus par des licenciements et des restructurations. Hier le textile, aujourd'hui la métallurgie, demain l'automobile ...

Au nom de ce réalisme, le gouvernement français a confirmé les contrats pour la centrale nucléaire de Koberg en Afrique du Sud et ferme les yeux sur les conditions de travail dans les entreprises françaises à l'étranger.

12. Cette préoccupation est partagée par la CEE et la « Convention de Lomé » inclut, depuis le ler avril 1976, un dispositif de compensation des pertes de revenu des pays qui sont associés à l'Europe par cette Convention, Il s'agit

Notons à ce propos qu'il s'agit, une fois encore, d'un transfert de fonds publics au profit des mécanismes économiques qui ne profite qu'aux spéculateurs du marché des matières premières.

13. Le Monde, 12 mai 1982. 14. Marchés tropicaux et méditerranéens, 30 avril 1982.

15. Le Monde, 12 mai 1982. 16. On parle d'ailleurs d'une « croisade » de Michel Jobert, ministre du Commerce extérieur qui, depuis plusieurs mois, « sillonne le monde, le plus souvent accompagné de délégares étrangères, Claude Cheysson lui-même, qui a rappelé à demi-mot cette nécessité à l'occasion d'un séminaire tenu sous la présidence de François Mitterrand sur la « Zone Asie-Pacifique ». Sans crainte d'être en porte-à-faux avec le Rapport Cot, il a souligné l'importance des pays asiatiques pour le commerce extérieur français. « Nous n'existons, dit-il, que par notre présence économique et bancaire, nous n'existons pas politiquement (13) ».

Il ne faut donc pas seulement attendre que la dépendance politique traditionnelle de certains Etats vis-à-vis de Paris, grâce à l'aide publique, y ouvre de nouveaux marchés industriels; il faut parfois, comme en Asie, jouer le jeu du marché et se montrer offensifs (14). Et si « la France est trop petite pour aborder des problèmes aussi lointains », il faut « prendre la dimension de la Communauté économique européenne (CEE) » pour être « concurrentiel » face au « tandem nippo-californien (15) ». LES TRAVAILLEURS FRANCAIS N'ONT AUCUN INTERET

Et, au nom du même « réalisme », certains regrettent l'alignement de Paris sur la Grande-Bretagne dans l'affaire des Malouines, en se disant qu'une position « plus nuancée » aurait peut-être ouvert le marché argentin.

Que les dirigeants du PS le veuillent ou non, la politique française sur le commerce extérieur est totalement au profit des capitalistes et en rien au service des travailleurs. Dans le domaine plus précis des rapports avec l'Afrique, cette politique, la « coopération », sous sa forme présente, « est née un 20 juillet 1963 à Yaoundé (Convention de Yaoundé), fille du défunt empire et de l'Europe (16) ».

Les fanfaronnades officielles sur la nouvelle politique de la France en direction du Tiers Monde recouvrent plus modestement de simples rectifications tactiques dans une continuité stratégique. Les dirigeants du PS — et du Parti communiste (PCF) - ont vite oublié leurs professions de foi d'avant le 10 mai 1981, comme si ce jour-là la France avait soudain cessé d'être un pays impérialiste (17).

Claude GABRIEL tions d'industriels et de banquiers ». (Le Matin, 18 mai 1982). Dernière halte de la « caravane » : la Malaisie avec une délégation de quarante industriels français.

17. Le PCF ne brille pas en ce moment par sa lutte contre l'impérialisme francais. Dans Afrique industrie d'avril 1981, Georges Marchais, son secrétaire général, défendait la « Zone Frane » en expliquant que « la France doit lutter contre la domination du dollar et contre les privilèges d'autres monnaies nationales comme le mark allemand ». Lui aussi se prononçait pour des « accords à long terme mutuellement avantageux ». La France, ainsi, « se donnera des chances supplémentaires pour sortir de la crise, elle se créera des débouchés accrus, des emplois et, progressivement, d'immenses possibilités neuves de coopération » ...

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