Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MILITARISATION

Ronald Reagan prépare la guerre et prêche la limitation des armements stratégiques

· Inprecor n° 128, 14 juin 1982 · p. 4-6, 6, 6 · 2 758 mots

États-Unis Paix et armements Amérique centrale URSS et Russie

taire impérialiste cherche à écraser la montée des luttes révolutionnaires dans toute la région. Aujourd'hui, c'est le peuple du Salvador qui souffre la plus dure agression impérialiste dans la région. Mais l'objectif final de Washington ne peut qu'être l'Etat ouvrier cubain. L'impérialisme sait que Cuba appuyera jusqu'au bout la lutte de tous les peuples d'Amérique centrale et de la Caraibe, et tant que Cuba révolutionnaire vit, l'offensive réactionnaire actuelle ne pourra triompher.

La guerre que l'impérialisme anglo-américain est en train de livrer contre l'Argentine se combine avec l'offensive

Men Amérique centrale : elle est aussi destinée à intimider les peuples leur démontrant qu'ils ne doivent pas avoir l'audace d'affirmer leur droit à être maîtres de leurs propres terres, de leurs propres ressources, de leur propre destin.

anglo-américaine contre l'Argentine et conséquences dans toute l'Amérique latine ont créé des difficultés pour les plans de guerre impérialistes et de ses alliés régionaux. Mais l'intervention yankee sera néanmoins à l'avenir plus importante et plus directe en Amérique centrale et dans la Caraibe. L'impérialisme US ne renoncera à aucun moyen pour empêcher l'extension de la révolution socialiste dans ce qu'on a pu appeler son « arrière-cour ».

Nous sommes en train de vivre des moments décisifs. Il faut lutter pour empêcher l'offensive de d'atteindre ses objectifs. Les révolutionnaires du Salvador, du Nicaragua, du Guatemala, de Grenade, de Cuba ... n'ont pas reculé d'un seul pas. Au contraire, ils aug mentent chaque jour plus leur autorité auprès de leurs peuples et leur capacité d'initiative sur tous les terrains. De nouvelles victoires révolutionnaires, de nouveaux Etats ouvriers sont en train de naître en Amérique centrale et dans la Caraïbe. La solidarité internationale, unitaire et combative, avec les progrès de la révolution, jouera un rôle décisif dans les luttes qui s'annoncent. Nos frères et nos sœurs qui sont dans les tranchées de la bataille en Amérique centrale et dans la Caraibe combattent en défense des intérêts de tous les peuples travailleurs du monde.

Il faut renforcer les comités de solidarité ! Le Front mondial de avec le peuple du Salvador montre la voie à suivre pour la coordination unitaire de la solidarité. La mobilisation des plus larges forces dans l'action contre l'escalade militaire de l'impérialisme en Amérique centrale et dans la Caraibe doit être une tâche centrale. La IVe Internationale s'encontinuer et à développer de toutes ses forces ces tâches de solidarité.

- Halte à l'intervention impérialiste !

- Solidarité internationale avec les peuples de l'Amérique centrale et de la

Comité exécutif international (CEI) de la IVe INTERNATIONALE

MILITARISATION Vincent KERMEL

A la veille de son périple en Europe, le président Ronald Reagan a entrepris une vaste opération de charme destinée à lui forger un profil de promoteur de la paix. La raison première en a été fournie par une réflexion du responsable du service de presse de la Maison Blanche, David Gergen, qui a précisé que le président amé ricain allait avoir « une occasion d'atteinpublic européen car beaucoup d Européens ne connaissent pas bien le président et ne comprennent pas bien sa politique ». (Le Monde, 2 juin 1982).

Par le relais dont elle bénéficie dans la presse bourgeoise, l'offensive idéologique de Ronald Reagan se donne pour objectif de couper l'herbe sous les pieds des organisateurs des rassemblements de pro-

Mais elle doit surtout permettre de détourner l'attention des préparatifs, bien réels, d'intervention impérialiste directe en Amérique centrale et de la guerre anglo-américaine contre l'Argentine.

LES PROPOSITIONS

DE DESARMEMENT

DE « REAGAN-LA-GUERRE »

Le chef de file de l'impérialisme US, envisageait froidement en octobre dernier l'éventualité d'une guerre nucléaire « limitée » sur le Vieux Continent et menaçait de frapper Cuba considérée comme « la source » de l'approvisionnement en armes des révolutionnaires salvadoriens, vient de proposer, le 9 mai dernier, l'ouverture de négociations avec l'U. nion soviétique sur la réduction des armements stratégiques. Quelques jours plus tard, on apprenait que de telles conversations bilatérales entre l'URSS et les USA devaient s'ouvrir à partir du 29 juin prochain à Genève.

Bloquées depuis trois ans par le refus du Sénat et de la nouvelle administration américaine de ratifier l'accord Salt-Il signé en 1979 par Jimmy Carter - alors président des USA - et Leonid Brejnev, les négociations sur la limitation des armements stratégiques seraient donc sur le point de reprendre. Alors même qu'il a toujours refusé de contresigner ces accords Salt-II, Ronald Reagan a même proclamé, en ce qui concerne les accords

Ronald Reagan

prêche la limitation

des armes nucléaires

mais prépare la guerre

existants : « Nous nous abstiendrons d'entreprendre des actions qui leur porteraient atteinte aussi longtemps que l'Union soviétique fera preuve de la même retenue. » (Le Monde, 2 juin 1982). La volte-face diplomatique du président américain cache pourtant mal ses préoceupations manœuvrières. L'administration Reagan, qui n'a cessé de développer une polimilitarisation à outrance, n'a en effet nullement changé d'option.

Les propositions faites par les EtatsUnis à l'URSS en matière de diminution des armements stratégiques sont d'ailleurs limpides. Ronald Reagan n'a rien envisagé d'autre que la réduction du tiers des missiles nucléaires intercontinentaux à longue portée ; mais pas de tous les missiles de cette catégorie, seulement de leur

Psol. Or, si ces derniers constituent les plus anciens et les plus facilement repérables, donc les plus vulné rables et les moins efficaces, ils représentent surtout les deux tiers du potentiel des missiles nucléaires de l'Union soviétique et une part beaucoup plus faible de ceux des Etats-Unis. L'impérialisme américain dispose en effet d'une plus grande avance par rapport à l'Union soviétique en ce qui concerne les missiles nucléaires intercontinentaux installés sur des avions ou des sous-marins. Les Etats-Unis sont d'ailleurs en train de quadriller le monde entier avec de tels engins. La proposition américaine de « réduction » des missiles intercontintentaux au sol revient done à vouloir tout simplement imposer un désarmement partiel unilatéral ... de l'URSS

Même si les légitimes aspirations des travailleurs du monde entier au droit à la libre disposition de leur sort et à la paix n'ont rien à attendre de prétendues négociations de désarmement entre les fauteurs de guerre impérialistes et les inspirateurs du général polonais Jaruzelski, on ne peut qu'être profondément révolté du culot et de l'hypocrisie sans bornes du président américain.

LES PREPARATIFS

D'INTERVENTION

EN AMERIQUE CENTRALE

Au moment même où Ronald Reagan tenait des propos conciliants sur la paix, le 9 mai dernier, 45 000 soldats américains, 60 navires de guerre et 350 avions participaient à des manœuvres mi-

Page 5

MONEY FOR JOBS, NOT WAR!

US. OUT OF EL SALVADOR !

litaires qui ont duré trois semaines dans la Caraibe. Ces manœuvres, dénommées « Ocean Venture 82 », se sont déroulées à partir des bases US de la région, celles de Californie aux USA, de Porto Rico, des îles Vierges et de Guantanamo à Cuba. Ces manœuvres navales ont constitué de véritables préparatifs de guerre contre-révolutionnaire, une sorte de grande répétition générale de ce que l'impérialisme pourrait entreprendre pour s'opposer à la montée révolutionnaire en Amérique centrale.

Selon le quotidien américain Miami Herald du 9 mai, ces manœuvres, entamées deux jours auparavant, simulaient l'invasion de l'ile de Vieques à Porto Rico : « Vieques représente un pays mythique appelé "Marron". Les Etats-Unis, chargés de protéger les voies maritimes vitales mais incertaines de la Caraibe, sont en guerre contre "Marron" qui est intervenu dans la région et a envoyé des armes en Amérique centrale. Les forces "Marron" à Vieques - un millier d'hommes environ - sont équipées d'uniformes marrons et de casques semblables à ceux des soldats de l'Union soviétique. » Ces entraînements, qui n'ont rien d'innocent, contribuent à préparer les forces américaines à toute une palette de possibilités d'interventions militaires contre la révolucentro-américaine, comme l'avait exigé le Pentagone il y a quelques mois.

Le dispositif contre-révolutionnaire en Amérique centrale s'est d'ailleurs considérablement renforcé ces derniers mois. Après la mise en place, sous l'influence de l'ambassade US de San Salvador, d'un véritable cabinet de guerre autour du nouveau président salvadorien Alvaro Magana, les opérations répressives de la dictature ont repris de plus belle. Le comité des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américain vient d'approuver, le 12 mai, la demande de l'administration Reagan d'une aide de 60 millions de dollars à la dictature salvadorienne.

Parallèlement au renforcement considérable de l'encadrement des forces armées honduriennes, en préparation de l'encerclement contre-révolutionnaire du Nicaragua, les Etats-Unis organisent la reprise de l'aide militaire à la junte du général Rios Montt au Guatemala. Le 2 juin, le secrétaire d'Etat adjoint aux Affaires interaméricaines de l'administration Reagan s'est rendu à Ciudad Guatemala. Après s'être entretenu avec les représentants de la nouvelle équipe au pouvoir depuis le coup d'Etat du 23 mars dernier, il s'est déclaré satisfait des progrès du régime en matière de droits de l'homme, alors même que les opérations contre la guérilla et les massacres de populations indiennes font rage dans certaines régions du pays.

Enfin, au Nicaragua, les raids contre-révolutionnaires des anciens gardes somozistes se multiplient à partir des frontières, tandis que les projets d'opposition réactionnaire aux sandinistes commencent à se formaliser. Ainsi, la trajectoire actuelle de l'ex-commandant Eden Pastora est significative des magouilles diplomatiques d'isolement de la révolu-

« Des crédits pour les emplois pas pour la guerre » : manifestation aux Etats-Unis. (DR) tion sandiniste qui s'articulent avec les agressions armées des anciens partisans de Somoza. Expulsé du Costa Rica vers le Portugal où il a été reçu par Mario Soares, le dirigeant du Parti socialiste portugais (PSP), Eden Pastora a annoncé la formation d'un gouvernement révolutionnaire d'unité populaire (GRUP) en exil, le 3 juin, dont l'objectif avoué est le renversement du gouvernement sandiniste.

LA GUERRE

ANGLO-AMERICAINE DES MALOUINES Enfin, le militarisme des Etats-Unis et leur politique de grande puissance se sont aussi exprimés lors de l'agression britannique contre l'Argentine. C'est sans hésitation que l'impérialisme américain s'est rangé aux côtés de Margaret Thatcher. Et son soutien n'est pas resté seulement diplomatique. Outre le rôle de tête de pont qu'a joué à cette occasion la base américaine de l'ile de l'Ascension - mise à la disposition des forces britanniques comme pour mieux rappeler à la face du monde la fonction de telles bases militaires —, l'administration Reagan vient de reconnaître qu'elle ne s'est pas contentée de fournir un ravitaillement en carburant et des facilités de communications aux Britanniques. Le correspondant du Monde à Washington note, dans l'édition du 29 mai de ce journal, que les USA « ont officiellement reconnu jeudi (26 mai) que des livraisons de matériels militaires à la Royal Navy avaient été intensifiées depuis le début du conflit. Il s'agit de trois sortes d'équipements : des missiles mobiles sol-

CISPES

air Hawk, des missiles air-air et des plaques de métal pour allonger les pistes de décollage et d'atterrissage sur les îles ». Cette aide est indispensable à la GrandeBretagne. Le New York Times du 26 mai précisait à ce propos que les forces britanniques avaient utilisé ce matériel pour « résister aux attaques de l'aviation argentine ».

Par delà leur aide immédiate à l'impérialisme britannique, les USA veulent tirer un profit politique de la guerre des Malouines sous plusieurs angles. Tout d'abord, en démontrant par la force la capacité militaire de l'impérialisme de mettre au pas tout Etat dominé, en n'importe quel point du globe. Cette leçon s'adresse à tous les peuples en lutte de par le monde. Elle est destinée à ob. tenir un renforcement politique de l'impérialisme. Par ailleurs, les Etats-Unis entendent aussi démontrer l'utilité du parapluie militaire américain aux bourgeoisies européennes. En période de crise internationale, tout Etat impérialiste peut être amené à avoir un besoin pressant de l'aide logistique et diplomatique américaine. Selon Ronald Reagan, une plus grande cohésion du camp occidental sous le leadership américain est une nécessité démontrée par la guerre des Malouines. Les généraux des pays de l'Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord (OTAN) semblent d'ailleurs dans l'ensemble assez sensibles à ces arguments. Enfin, les dirigeants des Etats-Unis vont tirer profit des combats de l'Atlantique-Sud pour leur politique de renforcement du potentiel militaire conventionnel des Etats impérialistes.

Les fameux 3 % d'augmentation, en

Page 6

grand-chose à refuser au grand frère yankee, les Etats-Unis peuvent se sentir satis-

Page 6

termes réels, des dépenses militaires conseillés par Ronald Reagan aux Etats membres de l'OTAN se verraient ainsi justifiés. Tout comme les efforts pour améliorer et développer les capacités militaires des différentes forces navales. La hiérarchie militaire britannique se trouve aujourd'hui bien embarrassée, pour son entreprise imd'avoir décidé il y a quelques années de réduire les crédits de la Royal Navy. Car, pour les USA, il ne suffit pas de disposer d'une puissante force de déploiement rapide, encore faut-il disposer des navires et de l'infrastructure nécessaires à son acheminement. Les problèmes de communications et de ravitaillement se posent done. D'où la politique impérialiste de multiplication des bases militaires dans le Pacifique ou l'Océan Indien. Les USA entendent amener leurs alliés occidentaux à comprendre, comme l'a déclaré le secrétaire d'Etat à la Défense, Caspar Weinberger, au New York Times du 16 mai, que « les membres de l'Alliance atlantique ont des intérêts hors des frontières de l'OTAN et doivent être prêts à envoyer des forces pour protéger ces intérêts ». Demain en Amérique centrale, contre la Révolution iranienne ou encore pour as-

Page 6

surer l'approvisionnement en pétrole des Etats occidentaux...

REAGAN SUIVI

PAR LES BOURGEOISIES OCCIDENTALES Au-delà de l'hypocrisie des propositions américaines de « désarmement », celles-ci sont aussi un élément de la poursuite de l'objectif fondamental de l'impérialisme américain : entraîner à sa suite l'ensemble des gouvernements occidentaux. Derrière des formulations faussement « pacifistes », Ronald Reagan l'a réaffirmé récemment : « Notre but est la paix. Nous pouvons obtenir cette paix par le renforcement de nos alliances, en parlant franchement des dangers qui se pré sentent à nous, en assurant nos adversaires potentiels de notre fermeté, en mettant à profit activement chaque chance de négociation honnête et fructueuse. » (International Herald Tribune, 1982). Or, force est de constater que les dernières réactions des capitales occidentales représentent un succès pour la diplo-

Au moment où l'Espagne intègre l'OTAN et où la Grande-Bretagne n'a pas faits des prises de positions social-démocrates en France et en Allemagne fédérale. La social-démocratie allemande pouvoir à Bonn, qui avait réaffirmé, lors de son récent Congrès, son soutien à la décision de l'OTAN d'installation des fusées Pershing sur le territoire de l'Allemagne fédérale, s'est empressée de féliciter Ronald Reagan de ses propositions de négociations avec l'URSS. Le Parti socialdémocrate (SPD) a, en effet, abolument besoin de ces petits gestes de l'impérialisme US pour faire contre-feu aux propositions de désarmement unilatéral et aux revendications de retrait des fusées Pershing qui mobilisent une bonne partie du mouvement pacifiste. La nouvelle «ouverture » de Ronald Reagan devrait faciliter la tâche des sociaux-démocrates leurs efforts pour diviser le mouvement pacifiste sur cette question.

« La remarquable identité de vues » de François Mitterrand et de Ronald Reagan sur les objectifs de l'Alliance atlantique, affirmée par Alexander Haig des son arrivée à Paris, début juin, illustre le cours pro-atlantiste de la politique du gouvernement français. La direction du Parti socialite (PS) français a dénoncé la manifestation d'opposition à la politique aggressive de l'impérialisme US du 5 juin à Paris comme « unilatérale dans son inspiration ». Le PS a réaffirmé dans un récent document la nécessité du renforcement du potentiel militaire de la France. « La France doit contribuer à la sécurité de ses partenaires et à l'existence d'une véritable dissuasion sur le Vieux Continent », laquelle est, comme on s'en doute, exclusivement orientée contre l'URSS et les pays du Pacte de Varsovie. Dans la foulée de Ronald Reagan, le PS souhaite qu'un « démantèlement des SS-20 soviétiques rende possible un accord sur la limitation de nouveaux systèmes stratégiques des deux grandes puissances implantées en Europe ».

Voilà donc un langage et une politique qui a de quoi, au-delà de quelques divergences, satisfaire pleinement Ronald Reagan.

Reste toutefois que le mouvement de masse contre la militarisation et les guerres impérialistes sera certainement plus lucide que les dirigeants sociaux-démocrates sur la véritable nature des propositions américaines. En descendant dans la rue, des dizaines et des centaines de milliers de personnes à travers toute l'Europe crieront en ce début de juin leur opposition à à la politique américaine et à celle de leurs gouvernements respectifs qui lui emboîtent le pas. Dans ces mobilisations, les sections de la IVe Internationale seront parout présentes. Ces manifestations représentent un palier décisif de la construction d'un vaste mouvement mondial anti-interventionniste, pour le soutien aux révolutions centro-américaines et contre la militarisation de l'impérialisme.

Vincent KERMEL 4 juin 1982.

Une erreur sur cette page ?