Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EDITORIAL

Tous aux côtés du peuple palestinien !

· Inprecor n° 130, 12 juillet 1982 · p. 3-4 · 1 753 mots

Palestine et Israël Liban

A re de la décision. L'armée sioniste (Tsahal) encercle com- U moment où ces lignes sont écrites, le Liban est à l'heu-

-plètement Beyrouth en interdisant tout envoi aussi bien de nourriture que d'aide médicale. Le gouvernement BeginSharon confirme par là son ultimatum : l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) doit se rendre sans condition.

Pour l'OLP, c'est l'heure de vérité. Abandonnée à son sort de toute part, elle se trouve acculée par Israël à choisir entre remettre ses armes et subir en même temps une défaite politique majeure, ou se battre jusqu'au bout dans les ruines de Beyrouth dans l'espoir de préserver son avenir politique.

L'Etat sioniste a pu et peut mener sa guerre dans les conditions les plus favorables, en exploitant surtout l'isolement dramatique des Palestiniens. Le nouveau gouvernement égyptien de Hosni Moubarak a dû finalement faire des déclarations pour prendre ses distances avec les actions les plus criminelles de Begin, mais il n'a aucunement rectifié l'orientation fondamentale adoptée par Anouar el-Sadate, dont le résultat — avec les Accords de Camp David de 1978-1979 — a été qu'Israël peut compter sur la neutralisation, c'est-à-dire la complicité, du plus grand Etat arabe. Ancien chef des renseignements militaires, le général israélien Shlomo Gazith a reconnu que « derrière la victoire au Liban, il y a l'accord de paix avec l'Egypte. Si nous n'avions pu compter sur cet accord, l'armée israélienne n'aurait pas pu envoyer au nord des concentrations aussi puissantes ni exercer une telle menace sur le front libano-syrien ». (Yediot Aharonot, 18 juin 1982.)

Le régime syrien a confirmé pour sa part qu'il se préoccupe surtout de sa propre survie et qu'il ne veut pas courir le moindre risque. Ses forces au Liban se sont d'ailleurs limitées à riposter très partiellement aux attaques les plus provocatrices dont elles ont été l'objet. Quant au régime réactionnaire d'Arabie Saoudite, il a confirmé une fois de plus son orientation pro-impérialiste en invitant Bechir Gemayel, le chef des phalangistes libanais d'extrême droite, à la table des négociations sur le sort des Palestiniens, au moment même où l'armée sioniste s'efforçait d'étrangler Beyrouth.

Pour l'instant, s'il n'y a pas eu d'accord, il faut l'attribuer non pas à la préoccupation du gouvernement saoudien de sauvegarder un tant soit peu les intérêts élémentaires des Palestiniens, mais exclusivement aux exigences exhorbitantes de Bechir Gemayel.

Les forces progressistes libanaises se sont embourbées, par l'intermédiaire de Walid Joumblatt, le dirigeant du Mouvement national libanais et chef de la communauté druze, dans le prétendu « Comité de salut national » visant à réaliser l'Union sacrée. Dans le contexte actuel, une telle union ne pouvait qu'amener au lâchage des Palestiniens. En fait, elle a paralysé pendant des journées décisives les forces progressistes, qui ont renoncé à toute initiative autonome. Finalement, le Comité a éclaté et les phalangistes ont été les seuls, en fin de compte, à tirer profit de l'opération.

L'Union soviétique, pour sa part, a rivalisé en passivité avec les Etats arabes, tout en polémiquant - pour la forme -avec eux. A part les bénéfices qu'elle pense pouvoir en tirer sur le terrain de la propagande, elle se préoccupe surtout du sort régime syrien, le seul allié sur qui elle puisse encore compter actuellement dans la région.

Personne ne conteste plus que l'impérialisme nord-américain était parfaitement au courant des projets du gouvernement sioniste et qu'il souhaite, de même que tous les réactionnaires dans le monde, l'étouffement de la résistance palestinienne. Le 15 juin, à la télévision israélienne, le général Ariel Sharon devait d'ailleurs révéler qu'il avait avisé les Etats-Unis

EDITORIAL des intentions israéliennes en déclarant : « Lors de ma dernière visite aux Etats-Unis, j'ai surtout traité du problème du terrorisme palestinien, et les Américains ont compris qu'Israël n'avait pas d'autre choix que de frapper. » Le remplacement du général Alexander Haig par George Schultz au département d'Etat US n'implique pas une révision de fond dans l'orientation des Etats-Unis en la matière. Tout au plus provoquera-t-il quelques rectifications tactiques dans le but de faciliter la tâche aux gouvernements arabes réactionnaires, qui ne peuvent pas se permettre de défier trop ouvertement les sentiments de leurs

En tout cas, si Begin-Sharon jugent nécessaire de ne pas laisser pierre sur pierre de Beyrouth pour mener à bien leur sale guerre, ce ne seront pas ceux qui ont bombardé sauvagement le Vietnam pendant dix ans et qui sont engagés aujourd'hui dans une guerre d'extermination contre le peuple salvadorien qui les retiendront ou les condamneront.

Les gouvernements capitalistes européens ont multiplié ces derniers jours leurs démarches. D'un côté, ils ne peuvent pas négliger complètement les réactions de l'opinion dans leurs propres pays contre les crimes de Begin-Sharon. De l'autre, ils ne peuvent ignorer qu'à long terme, les problèmes brûlants du Moyen-Orient ne sauraient être résolus sur la base de la suprématie militaire sioniste et de la négation puis de la suppression totale des droits les plus élémentaires du peuple palestinien. Mais, au fond, ils ne visent qu'à assurer une reddition de P'OLP permettant aux dirigeants de celle-ci de sauver, dans une certaine mesure, la face. Il est significatif, par ailleurs, qu'alors que les gouvernements européens n'ont pas hésité à adopter des sanctions économiques contre l'Argentine, coupable d'« agression » contre un territoire qui, après tout, lui appartient, ils n'ont pas fait la même chose à l'égard de l'Etat d'Israël, qui s'est lancé dans une véritable guerre sur le territoire d'un Etat souverain, avec l'occupation d'une bonne partie du pays et le siège de sa capitale ...

C'est justement à cause de l'ampleur de leur succès militaire que Begin-Sharon se trouvent de nouveau acculés à un choix radical. Il ne faut pas oublier que, comme le reconnaissent maintenant de nombreux journalistes bourgeois, la guerre en cours a été préparée de longue date. Les dirigeants sionistes ne s'en sont d'ailleurs pas cachés (Cf. Michel Warschawski, « Le gouvernement Begin toujours à la recherche de la guerre ». Inprecor numéro 125, du 3 mai 1982). Le général Sharon, encore lui, a reconnu aussi avoir préparé cette guerre « dès (sa) nomination comme ministre de la Défense » en août 1981. (Yediot Aharonot, 18 juin 1982.)

En dépit des mystifications propagandistes des premiers jours, qui limitaient l'opération « Paix en Galilée » à un nettoyage à 40 km à l'intérieur du Liban, elle avait été conçue dès l'origine comme une opération stratégique de grande envergure visant à surmonter une triple difficulté face à laquelle le régime sioniste se trouvait : l'existence au Liban d'une force politique et militaire palestinienne substantielle ; la mobilisation croissante des masses dans les territoires occupés ; la crise économique avec ses répercussions socio-politiques dans des couches de plus en plus larges de la population israélienne.

C'est dans ce but que le gouvernement Begin-Sharon voulait porter un coup majeur à l'OLP et assurer la reconstruction d'un Etat libanais sur des bases réactionnaires, donc favorable à ses desseins. Le général Sharon a d'ailleurs précisé à la télévision israélienne, le mercredi 16 juin, qu'il fallait au Liban « un gouvernement pro-occidental, avec lequel Israël pourrait signer un accord de paix ».

Au-delà, le régime sioniste semblait avoir des visées enco-

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re plus ambitieuses : porter un coup à la Syrie, voire à la Jordanie, et élargir ultérieurement le territoire, ou du moins la zone d'influence du « Grand Israël ». Cela frise de toute évidence la mégalomanie et représenterait, en fin de compte, une leur propre pays? de Begin-Sharon implique la destruction de l'OLP et un coup politique à la résistance palestinienne sans commune mesure avec ce que celle-ci a dû subir dans le passé. Menahem Begin a en fait besoin d'une reddition sans condition de l'OLP et de son expulsion du Liban. S'il n'obtient pas cela, il risque de compromettre sa victoire militaire par une défaite politique majeure.

C'est une perspective qu'il peut d'autant moins accepter que la situation est en train d'évoluer rapidement en Israël. Les militants révolutionnaires, qui avaient connu de longues années d'isolement dans leur dure bataille contre le sionisme, avaient perçu, notamment au cours de la dernière année, qu'une nouvelle situation était en train de mûrir. Des manifestations importantes - surtout celle du samedi 27 mars - avaient déjà montré qu'ils n'avaient pas pris leurs désirs pour la réalité. Aux premiers jours de la guerre, la vague chauvine semblait tout submerger. Mais, assez rapidement, au fur et à mesure que l'opération de Begin-Sharon apparaissait dans toute son ampleur criminelle et que les sources officielles elles-mêmes devaient admettre que l'armée israélienne n'était pas exactement en train de faire une promenade de santé, l'opposition se réanimait et reprenait l'initiative. L'énorme manifestation du samedi 3 juillet, qui a mobilisé dans les rues près de 100 000 personnes, se passe de tout commentaire.

Face à cela, Begin a encore plus besoin de démontrer que son action est payante, qu'il valait la peine d'affronter des sacrifices dans la mesure où la « paix » sera finalement assurée sur la base de l'élimination complète de l'organisation « terroriste » et de la capitulation politique des Etats arabes.

Il est donc plus que jamais nécessaire de riposter à l'offensive sioniste et de se mobiliser sans perdre un seul instant. Il faut reconnaître une réalité incontestable : si les Palestiniens se trouvent acculés à un choix dramatique, si Begin-Sharon ont pu aller de l'avant, la responsabilité en incombe aussi au mouvement ouvrier et aux forces anti-impérialistes de par le monde, qui ne se sont mobilisés que dans des proportions dérisoires, et cela à un moment où de gigantesques manifestations contre le réarmement et la menace de guerre nucléaire ont prouvé qu'un énorme potentiel combatif existe à l'échelle planétaire.

Il faut que tout le monde prenne conscience de l'enjeu : le risque d'un véritable génocide et d'une victoire des forces les plus réactionnaires dans une région cruciale.

Il est nécessaire qu'un tournant radical s'opère au plus vite. Le mouvement ouvrier et anti-impérialiste doit assurer son aide à la résistance palestinienne et sa solidarité à ceux qui, en Israël, s'opposent à la politique criminelle de BeginSharon. Il n'y a pas un seul jour à perdre.

Nous devons exiger :

condition des troupes salennes du liban ste et retrait sans

- Retrait de toutes les forces d'occupation des territoires occupés !

- Reconnaissance des droits des Palestiniens à maintenir leurs positions, à conserver leurs armes et leurs organisations !

- Aide militaire et économique des Etats ouvriers à la résistance palestinienne et à toutes les forces libanaises qui luttent à ses côtés !

Livio MAITAN Lundi 5 juillet 1982.

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