Mauvais résultats de la gauche aux présidentielles 30 mai dernier en Colombie triomphe du candidat du Parti conserva2 200 000 voix en mars, lors des élections générales (cf. Inprecor numéro 122 du 5 avril 1982) mais, le 30 mai, ses résultats ont grimpé à 3 200 000 voix. Alors que le Parti conservateur s'est présenté uni aux élections - les deux chefs de cette formation, l'ex-président Pastrana Borrero et le
Gomez Hurtado appuyant la candidature de Belisario Betancourt —, le Parti libéral s'est présenté divisé entre la candidature « officielle» dent Alfonso Lopez Michelsen et celle du sénateur « dissident » Luis Carlos Galan soutenue par l'ex-président Lleras Res2 200 000 voix en mars et 2 800 000 voix aux présidentielles, tandis que Luis Carlos Galan les 700 000 voix obtenues dans la première.
De fait, dans les deux élections, la majorité des voix est revenue aux libé. raux , avec un total de 3 100 000 voix en mars et 3 500 000 voix pour l'élection présidentielle de mai.
La participation électorale a sensiblement augmenté entre les deux consultations. Si, pour celle de mars, la frange abstentionniste était majoritaire avec 64 %, en mai, les proportions étaient inversées, les votants devenant majortaires, autour de 64 à 70 %, pour un corps électoral de 13 millions de personnes.
Ces élections montrent que le système bipartite, avec ses candidatures et ses affrontements, est parvenu à polariser l'électorat bien au-delà du clientélisme et du militarisme qui en constituent les appuis
Les trois candidats du systè me, Belisario Betancourt, Alfonso Lopez
Michelsen et Luis Carlos Galan se sont disputés l'étiquette de « progressiste ». Les grands problèmes du pays : la paix civile et l'amnistie pour les insurgés et les prisonniers politiques, le chômage et la surexploitation, la dépendance et le retard économiques, ont été traités par les du bipartisme de façon déformée et démagogique, avec l'immense puissance des moyens de communication leur disposition pour manipuler l'opinion
Les candidats du bipartisme se sont présentés pour défendre le systême capisemicolonial. Leurs se sont surtout situées au niveau de l'approche et de la méthode. Belisario Betancourt a fait une campagne ouvertement populiste centrée sur les problèmes sociaux, se proposant de résoudre le chômage, l'analphabétisme, le manque de logements, de santé, d'hôpitaux, d'approvisionnement en vivres ... Un des slogans les plus couramment utilisés dans sa campagne a été celui de « Accès au logement sans caution ! », dans un pays où le manque de logements peut être chiffré Belisario Betancourt et ses liens avec l'Eglise catholique ont réussi à donner à sa campagne l'image de celle d'un homme préoccupé par les problèmes sociaux en opposition à la « politique politicienne » et au « clientélisme » traditionnel en vigueur en Colombie. L'autre aspect est que Belisario Betancourt a promis de gouverner avec le Parti libéral pour assurer la stabilité du système et de continuer, dans le du Front national, à former des gouvernements de coalition des grands partis traditionnels.
Alfonso Lopez Michelsen, pour sa part, a fondamentalement insisté sur des thèmes directement politiques comme celui de l'affiliation du Parti libéral colombien à la social-démocratie internationale, sans prendre aucun engagement en matiè re sociale et économique autre que celui de gérer avec prudence la grave crise sociale et économique. En ce qui concerne l'amnistie, et bien qu'il ait fait de la paix avec les insurgés son cheval de bataille,
Michelsen appuyer le gouvernement de Julio César Ayala, qui refuse toute amnistie réelle et réclame la reddition pure et simple des
La candidature de Luis Carlos Galan s'est faite sous le signe d'un Nouveau Libéralisme, centré autour de l'appel à battre le « clientélisme politique » exercé par les deux derniers gouvernements, d'Alfonso Lopez Michelsen et celui de Julio César Turbay Ayala.
Le résultat électoral de la s'est caractérisé par un recul à la fois en nombre de voix et en positions parlementaires, avec la perte de plusieurs mandats électifs. En mars, elle a obtenu environ 95 000 voix et le 30 mai un score identique. Le principal candidat du mouve ment FIRMES, Gerardo Molina, appuyé par le Parti communiste (PCC), bien qu'il ait disposé d'une plate-forme avancée, l'a amputée de ses aspects les plus radicaux
pour insister seulement sur la lutte « pour les manifestations contre l'agression siol'Etat de droit », contre les monopoles, créant ainsi la confusion en abandonnant une véritable d'affrontement avec les candidats de la bourgeoisie.
Parce qu'elle était la seule candidature de gauche, le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale, a appelé à voter pour Gerardo Molina, sur la base d'une position d'indépendance de classe, tout en cridature de gauche, celle du Mouvement ouvrier indépendant et révolutionnaire (MOIR) de Marcelo Torres, avait été lancée avec une politique sectaire un mois avant les élections.
Le mouvement de masse a connu ces dernières années un recul en Colombie. Les résultats électoraux viennent confirmer cette tendance et même la renforcer provisoirement, tout en mettant en évidence le manque d'enracinement social de la gauche colombienne, alors que se poursuit la période d'instabilité sociale et politique, sur un fond de crise économique aigue dont les effets n'ont jamais pu être mis au centre des débats électoraux, mais qui alimenteront les luttes sociales et povenir du prolétariat et du Ricardo SANCHEZ Bogota, juin 1982.