Inprecor 1974–2004

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EDITORIAL

Après Beyrouth ...

· Inprecor n° 132, 13 septembre 1982 · p. 3 · 1 247 mots

Liban Palestine et Israël

toutes les forces bourgeoises et impérialistes voulaient A bataille de Beyrouth s'est achevée par le résultat que

/ atteindre : le départ des contingents militaires de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) du Liban. L'adieu chaleureux de la ville martyre aux combattants et le sentiment de ces derniers d'avoir sauvé leur honneur en livrant des semaines durant un combat acharné ne peuvent cacher la réalité : la résistance palestinienne vient de subir une défaite majeure, la plus sérieuse de toute son histoire. Elle a perdu l'essentiel de ses positions militaires, ses militants sont dispersés dans une série de pays, désarmés, condamnés à vivre dans des ghettos, soumis à un contrôle rigoureux par des régimes qui ont tout à la fois l'intérêt et la volonté de les neutraliser au maximum. Des centaines de milliers de réfugiés restent au Liban sans défense, livrés au bon vouloir des sionistes, des phalangistes de Bechir Gemayel, des forces arabes les plus réactionnaires, en dernière instance de l'impérialisme.

Les impérialistes ont ainsi atteint leur but. La guerre de Menahem Begin et d'Ariel Sharon avait été préparée depuis longtemps. Personne n'ignorait qu'elle serait déclenchée. Personne n'a bougé pour l'éviter, justement parce que tout le monde était d'accord pour priver la résistance palestinienne de sa force militaire et contraindre l'OLP à la capitulation. Les divergences apparues à plusieurs reprises entre Israël et certaines puissances impérialistes voulant ménager l'opinion arabe, ne sont jamais allées au-delà du domaine tactique.

Il va de soi que la défaite de l'OLP marque une évolution du rapport de forces dans la région en faveur des impérialistes et de toutes les forces conservatrices. Ronald Reagan s'est immédiatement efforcé d'exploiter cette situation pour relancer la logique des accords de Camp David. Il est significatif que sa manœuvre, concertée avec certains gouvernements arabes réactionnaires, ait rencontré des échos favorables dans les rangs de l'OLP. Depuis un certain temps, la majorité de sa direction a mis de l'eau dans son vin, par exemple en se déclarant ouverte à la discussion sur la base du plan Fahd (Arabie Saoudite) et en envisageant même une solution qui n'impliquerait pas la création d'un mini-Etat palestinien. Si la résistance devait s'engager dans une telle voie, la défaite militaire serait inévitablement suivie par une catastrophe politique.

Finalement, la situation intérieure au Liban a évolué elle aussi en faveur des forces les plus réactionnaires. L'élection de Bechir Gemayel à la présidence de la République est en elle-même symbolique. Le dirigeant phalangiste, qui s'est affirmé dans son propre camp par le massacre de ses rivaux et concurrents, et qui a déjà imposé un régime autoritaire fascisant dans les zones sous son contrôle, peut aujourd'hui espérer devenir le maître du pays tout entier avec l'aide du sionisme et de l'impérialisme et le feu vert d'une série de régimes arabes. Il peut s'adonner à la tâche de restructurer l'Etat libanais en se basant sur l'appareil militaire, politique et administratif phalangiste. Après avoir subi les bombardements meurtriers de Begin-Sharon, l'instauration d'un régime « fort » qui n'hésitera pas à déclencher une répression masse, ses organisations et ses dirigeants.

Certes, Bechir Gemayel se heurtera à des obstacles sérieux dans le parachèvement de sa tâche. Les forces centrifuges restent puissantes. Il ne lui sera pas facile d'imposer son autorité dans le camp réactionnaire lui-même (il suffit de penser au problème représenté par le major Haddad, dont la zone d'influence le long de la frontière avec Israël s'est considérablement étendue). Il lui sera encore plus difficile de réaliser cette stabilisation d'ensemble dont la bourgeoisie commerciale et financière, qui le soutient, et l'impérialisme ont besoin. Par ailleurs, l'évolution du rapport de forces dans la région n'implique aucunement que l'impérialisme pourra désormais contrôler la situation et éviter de nouvelles crises. Les foyers explosifs subsistent au Moyen-Orient, ne serait-ce qu'à cause de l'instabilité substantielle de tous les régimes arabes.

EDITORIAL Quant à Israël, le régime sioniste ne cessera confronté à des problèmes très aigus, allant de la crise économique à la situation dans les territoires occupés. Les grandes manifestations qui ont eu lieu, au cours même de la guerre, indiquent sans possibilité d'équivoque que le temps de l'unanimité est à tout jamais révolu et que l'édifice sioniste révèle des fissures dans ses fondements mêmes.

Tout cela ne doit pas amener, toutefois, à estomper sous quelque forme que ce soit le bilan essentiel. La résistance palestinienne a essuyé une défaite majeure, et toute une phase de sa lutte est terminée.

Il en découle qu'il est maintenant d'une nécessité vitale de dresser un bilan global de la stratégie que la résistance palestinienne a suivie jusqu'ici. De nombreux militants ont déjà commencé à aborder de façon critique les conceptions et les orientations de l'OLP au cours des semaines dramatiques de la bataille de Beyrouth, stimulés par la dure réalité de leur isolement, et d'autres sont en train de le faire dans leur nouvel

Toute une campagne de propagande inspirée par les impé rialistes et les opportunistes de tout bord vise à avaliser l'inter prétation selon laquelle l'erreur de l'OLP aurait résidé dans le fait d'avoir choisi le terrain militaire au détriment du terrain plus proprement politique. Il s'agit d'une thèse parfaitement hypocrite et inconsistante. L'OLP s'est effectivement placée sur le terrain militaire et elle n'aurait pu faire autrement face à l'ennemi sioniste puissamment armé et soutenu sans réserve par l'impérialisme. Mais son orientation militaire était dictée en dernière analyse par une stratégie politique. Cette stratégie visait à réaliser une conciliation extrêmement difficile, voire impossible, entre les interets les plus elementaires des masses démunies de tout et des couches palestiniennes privilégiées ins tallées dans les différents pays de la région. La construction d'un appareil d'Etat politico-militaire embryonnaire ne pouvait donc qu'être conditionnée d'une façon décisive par ses bailleurs de fonds, les régimes arabes en place, qui n'ont jamais eu la volonté de lutter contre le sionisme, ni pour l'indépendance de la Palestine, et encore moins de régler son compte à l'impérialisme, principal soutien du sionisme. Les événements de Beyrouth ont démontré, sans contestation possible, que cette stratégie a mené à une impasse tragique. Toute illusion est tombée, même aux yeux des plus naifs, et les Palestiniens se sont trouvés dramatiquement isolés à l'heure décisive.

C'est cette stratégie qui doit être remise en question. Sinon, les Palestiniens seraient dépendants de leurs « amis » et « alliés » encore plus que par le passé, dans la mesure où ils ne disposent même plus d'un instrument militaire un tant soit

La question qui se pose est de savoir par quelles orientations et quelles méthodes la résistance palestinienne pourra se restructurer en s'appuyant essentiellement sur les mouvements de masse, sur leur construction et leur mobilisation, dans tous les pays ou territoires où vivent plus de 4 millions de Palestiniens. L'impact qu'ont eu les luttes de masse dans les territoires occupés par Israël et le coup qu'elles ont porté au sionisme donnent une idée du potentiel énorme qui peut être exploité. Une telle orientation permettra d'affronter en même temps le problème en dernière analyse décisif : celui de la manière de lier d'une façon indissoluble la lutte de libération de la Palestine à la lutte plus générale des masses arabes pour l'émancipation de leurs pays de l'impérialisme, pour le renversement de ces régimes néocoloniaux qui, qu'ils se donnent un masque progressiste ou qu'ils apparaissent sous les traits hideux de la réaction la plus cynique, ne cessent d'exploiter les classes opprimées et de nier aux masses les droits démocratiques les

Livio MAITAN Lundi 6 septembre 1982.

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