Inprecor 1974–2004

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LIBAN

« Deuxième lettre ouverte aux organisations libanaises combattantes », de la section libanaise de la IVe Internationale

· Inprecor n° 132, 13 septembre 1982 · p. 7 · 1 067 mots

Liban IVe Internationale Palestine et Israël

Deuxième lettre ouverte aux dirigeants des organisations libanaises combattantes

Camarades et frères, salutations résistantes ! Nous nous adressons publiquement à vous pour la deuxième fois, soixante-dix jours après notre première lettre ouverte (1), soixante-dix jours durant lesquels les peuples libanais et palestinien, ainsi que leurs forces combattantes, ont été les héros d'une épopée qui figurera en bonne place dans l'histoire des luttes populaires ; épopée qui a vu néanmoins l'ennemi sioniste imposer sa volonté à travers des moyens politiques après avoir échoué en utilisant les moyens guerriers. La cause de cela, camarades et frères, il faut la chercher dans le grand contraste existant entre l'héroïsme de nos deux peuples et de nos combattants d'une part, et la ligne politique qui a présidé à la bataille menée par notre camp patriotique d'autre part (et qui tient tant à la ligne suivie par la direction palestinienne qu'à la ligne libanaise dominante).

En effet, la direction de l'Organisation de libération la Palestine (OLP) n'était pas tant préoccupée de libérer le territoire libanais envahi (sans parler du territoire palestinien) que d'obtenir une reconnaissance américaine, en admettant la légitimité de l'entité sioniste, faisant ainsi fi de trente-cinq ans d'une lutte nationale tenace. Cette reconnaissance de la légitimité de l'entité sioniste n'a pas eu de contrepartie, et la direction de l'OLP a finalement préféré quitter Beyrouth, dernier bastion de la résistance palestinienne, afin de sauvegarder sa tête pour garantir la continuité de la ligne choisie en remplacement de la lutte populaire, c'est-à-dire les négociations diplomatiques s'appuyant sur les régimes arabes lâches et agents de l'impérialisme.

Là, camarades et frères, réside votre responsabilité : que ce soit par la pression exercée par certains d'entre vous sur la résistance palestinienne afin qu'elle se retire de Beyrouth ou par le fait que d'autres n'aient pas élevé la voix pour appeler les combattants palestiniens à rester, contrecarrant ainsi les intentions capitulardes de la direction palestinienne. En effet, camarades et frères, le retrait des combattants palestiniens de Beyrouth n'est pas seulement une soumission à la volonté de Menahem Begin et de Ronald Reagan, mais c'est aussi, et en premier lieu, un changement très grave du rapport de forces au profit de l'offensive sioniste, impérialiste et fasciste, menée contre les masses libanaises et palestiniennes et leurs forces patriotiques.

Cela dit, permettez-nous, camarades et frères, de vous rappeler ce à quoi nous avions consacré notre première lettre ouverte, en l'occurrence l'attitude à adopter à l'égard des institutions liées à la prétendue « légalité ». Nous vous avions appelés à vous départir de la ligne de collaboration avec ces institutions et à prendre l'initiative de créer une nouvelle légalité prenant sa source dans le sacrifice des martyrs pour la défense du Liban et balayant la « légalité » pourrie s'appuyant sur un Parlement plus que caduc. Au lieu de cela, vous avez choisi d'attendre et de miser sur un jouet constitutionnel factice qui a fini par accoucher d'une souris fasciste comme président d'une République occupée.

Beaucoup de choses peuvent être dites concernant l'évaluation de la période que nous avons traversée, mais ce n'est pas le but de cette lettre. L'histoire se chargera de tirer les bilans. A travers cette lettre, nous voulons attirer votre attention sur la gravité de la période qui s'ouvre, où toute attitude de compromis avec le plan sioniste-impérialiste-fasciste de la part d'une organisation patriotique est une attitude suicidaire qui continue à creuser la tombe de l'ensemble du Mouvement na-

DOCUMENT tional. Il n'est nul besoin de vous démontrer que le chef de la bande fasciste, Bechir Gemayel, qui a liquidé ses propres alliés, n'hésitera pas un seul instant à liquider ses ennemis historiques, et ce quelles que soient les intentions proclamées au début de son investiture.

Il est nécessaire à cet égard d'être conscient qu'il existe une séparation de classe objective dans les rangs de ce que vous appelez « camp islamique et patriotique » : les forces bourgeoises qui sont les agents du pouvoir saoudien, lui-même agent de l'impérialisme et qui sont représentées par Sueb Salam, réaliseront probablement un accord avec les fascistes après s'être assurés de leur participation au pouvoir. C'est pourquoi, tout en affirmant que nous sommes pour le plus vaste et le plus large Front d'opposition au projet de dictature fasciste, nous insistons sur la nécessité de ne pas miser sur le maintien de ces forces bourgeoises dans ce Front, mais plutôt d'œuvier dès maintenant à la construction d'un système d'institutions capable de diriger et d'organiser la résistance patriotique à l'occupation sioniste et à son instrument libanais.

Nous vous proposons une nouvelle fois ce que nous croyons être le seul programme permettant de s'opposer avec succès à l'offensive que nous subissons, programme s'inspirant de celui que nous vous avions appelés à appliquer il y a soixante-dix jours (afin d'éviter ce qui se produit aujourd'hui), programme que nous avons modifié à la lumière des nouvelles circonstances, et qui s'articule autour des propositions suivantes :

1) Refus de tout compromis avec les fascistes, qui viserait à permettre l'entrée de forces armées à leurs ordres, et notamment l'armée « légale », dans notre Beyrouth patriotique ;

2) Unification et centralisation de toutes les capacités militantes dans le cadre d'une Garde nationale, et ce dans le but d'augmenter l'efficacité de ces forces et d'empêcher que l'armement ne soit utilisé par des groupes suspects à des fins servant les ennemis;

3) Constitution d'une direction de la Garde nationale, responsable de la direction de la bataille, direction élue par un Conseil central formé de délégués élus par les unités combat-

4) Mise en application des projets des « conseils locaux » pour que ces conseils organisent la résistance de notre Beyrouth patriotique sous toutes ses formes civiles ;

5) Mainmise sur tous les organismes de pouvoir présents dans notre Beyrouth patriotique, et notamment les organes d'information, pour les mettre au service de la lutte menée par les forces patriotiques.

Tels sont, camarades et frères, les mesures que nous jugeons nécessaires pour organiser la défense de notre Beyrouth assiégée. C'est votre dernière chance de vous hisser au niveau de l'enjeu de la bataille. Sinon, vous n'échapperez pas à la guillotine de l'histoire, même si certains d'entre vous arrivent à échapper à celle de Bechir Gemayel.

Recevez nos salutations résistantes et que notre cri de guerre soit : « Le fascisme ne passera pas ! ».

GROUPE COMMUNISTE REVOLUTIONNAIRE (GCR), section libanaise de la IVe Internationale, Beyrouth-Ouest, jeudi 26 août 1982.

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