Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRAN

La guerre avec l'Irak et la mobilisation des masses, interview de Saber Nikbeen, dirigeant du HKS

· Inprecor n° 137, 22 novembre 1982 · p. 7-13 · 7 448 mots

Iran Golfe et Irak Mexique

La guerre avec l'Irak et l'état de la mobilisation des masses

Force militaire iranienne en octobre 1980. Le front de la guerre se situait alors à l'intérieur du

EPUIS maintenant plus de deux ans, une guerre oppose l'Irak et l'Iran le long de leur frontière commune. L'attaque irakienne initiale — le 21 septembre 1980 — contre l'Iran, tout en faisant le jeu de l'impérialisme américain,

(trop content de voir ainsi affaiblir la révolution iranienne) et des forces de restaurationnistes en Iran même, correspondait aussi à des objectifs spécifiques de la direction baassiste et du président Saddam Hussein. Après plusieurs mois d'affrontements meurtriers, l'Iran parvenait à repousser l'agresseur hors de son territoire national. C'était l'occasion pour la direction

Khomeini, qui avait profité de cette situation de guerre pour mettre un peu plus au pas le mouvement des masses populaires iraniennes, de tenter une contre-offensive pour porter la guerre sur le sol irakien.

En juillet 1982, Téhéran lançait une attaque contre le port irakien de Bassorah, au sud du pays, sans parvenir à ses fins.

Une nouvelle offensive militaire iranienne est en cours. Le président du Parlement iranien (Majlis), l'ayatollah Rafsandjani,

«INTERNATIONAL VIEWPOINT »:

Qu'a signifié politiquement la guerre Iran-Irak pour le Hezb-e-Kargarane-Socialist (HKS) ? Quelles en étaient les motivations politiques et qu'a-t-elle représenté pour la révolution iranienne ?

Saber NIKBEEN : - La guerre entre le régime baassiste de Saddam Hussein et le régime iranien dominé par Khomeini et les forces qui l'appuient entre maintenant dans sa troisième année. Ces deux dernières années, la nature de la guerre, et par là-même l'attitude des travailleurs et des masses opprimées vis-à-vis d'elle, a connu des changements considérables.

Ces changements ont suivi l'évolution d'un certain nombre de facteurs politiques décisifs en Iran, à savoir les étapes du développement de la révolution iranienne et du processus de reconstruction de l'Etat bourgeois après la destruction de l'appareil d'Etat par le mouvement de masse et l'insurrection de 1978-1979.

Le changement le plus significatif survenu dans le courant de cette guerre, c'est qu'alors qu'elle avait été déclenchée par l'invasion irakienne, Saddam Hussein a fini par se trouver obligé de retirer ses forces en-deçà de la « frontière internationale » et que ce sont maintenant les soldats de Khomeini qui sont lancés dans des offensives massives à l'intérieur du territoire iranien.

Si l'on ne tient pas compte des phases successives par lesquelles la guerre est passée, on peut facilement tomber dans le piège des explications erronées et simplistes, et penser que les buts poursuivis actuellement par les deux régimes sont les mêmes qu'au début du conflit. Il serait

Interview de Saber Nikbeen dirigeant du Parti socialiste des travailleurs (HKS) d'Iran plieront pas à nos conditions. » Saber Nikbeen, faux, par exemple, d'accepter comme telles les déclarations du régime iranien seIon lesquelles il mène actuellement « la même guerre défensive » qu'avant, alors que ses troupes sont maintenant de l'autre côté de la frontière irakienne.

La population irakienne ne peut certainement pas croire à ces déclarations, surtout quand la presse et le gouvernement iraniens font tout le tapage possible, comme lors de l'offensive de juillet dernier, en proclamant que les « combattants islamiques » se trouvaient à une centaine de kilomètres de Bagdad (en fait c'est à peu de choses près la distance qui sépare la capitale irakienne de la frontière avec l'Iran), ou quand le gouvernement iranien prétend que son intention premièterritoire de l'Iran. (DR)

IRAN en précisait récemment les objectifs en déclarant : « Nous ne poserons pas de limites. Nous ne cesserons pas tant qu'ils ne se

Sur l'origine de l'agression irakienne, les conséquences des affrontements sur le processus de la révolution iranienne, l'attitude des masses iraniennes face à la guerre et bien d'autres questions encore, Gerry Foley, rédacteur de la revue International Viewpoint, a interrogé le 16 octobre dernier, à Londres, un dirigeant du Hezb-e-Kargaran-e-Socialist

(HKS, Parti socialiste des travailleurs), l'un des trois groupes se reconnaissant dans la IVe Internationale en Iran, avec le

Hezb-e-Kargaran-e-Enghelabi (HKE, Parti révolutionnaire des travailleurs) et le Hezb-e-Vahdat-e-Kargaran (HVK, Parti de l'unité des travailleurs). Nous publions ci-dessous cette interview que d'éventuels lecteurs anglophones peuvent trouver dans le numéro 16 du ler novembre dernier de la revue International re est de libérer les villes saintes chiites de

Nejaf et de Kerbala, dans le sud de l'Irak.

En fait, le quartier général de la force d'invasion iranienne se nomme « Base Nejaf».

Il ne peut y avoir de doute, pour autant qu'il y en ait jamais eu, sur le fait que Saddam Hussein a déclenché cette guerre avec le soutien tacite des Etats arabes réactionnaires et de l'impérialisme mondial, dans le but d'affaiblir la révolution iranienne et de réduire les menaces qu'elle faisait planer sur les intérêts de la réaction au Moyen-Orient. Les marxistes révolutionnaires ne pouvaient done pas adopter une position neutraliste face à ce conflit. La guerre n'était pas simplement une guerre entre deux Etats bourgeois

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réactionnaires. Elle ouvrait la possibilité aux forces réactionnaires d'étrangler la révolution iranienne. Et, il faut bien le comprendre, elle n'avait pas pour but d'écraser la révolution iranienne de l'extérieur, mais également de changer le rapport des forces dans le pays-même au profit de la réaction, y compris la réaction bien en place dans le gouvernement Khomeini.

Les guerres entraînent de vastes bouleversements sociaux, politiques et économiques ; ce ne sont pas de grandes joutes sportives. Généralement, il existe une certaine complicité entre les régimes bourgeois en guerre, c'est-à-dire une complicité contre leurs classes ouvrières et leurs populations opprimées respectives. Il est rare qu'un régime bourgeois essaie de détruire la structure sociale bourgeoise d'un autre pays ; ils essaient généralement d'arriver à un accord à un moment ou à un autre.

S'imaginer que le régime de Khomeini cherchait à détruire les fondements mêmes du régime de Saddam Hussein serait dès lors affirmer qu'il voulait étendre la montée révolutionnaire à toute la région. En fait, son objectif n'était autre que celui de tout régime bourgeois dans une telle situation de crise : liquider la montée des luttes dans son propre pays, et non pas faciliter leur extension. Alors que le régime de Khomeini a essayé d'utiliser le mécontentement massif en Irak contre Saddam Hussein jusqu'à un certain point, il a bien pris garde de ne pas aller jusqu'à encourager une montée des masses qui aurait pu prendre des proportions incontrôlables. La ville iranienne de Dezfoul détruite par l'aviation irakienne. (DR)

Au contraire, le gouvernement Khomeini a tiré avantage des coups portés contre la révolution iranienne par l'invasion irakienne pour renforcer son emprise sur la situation dans son propre pays. Au sein du régime Khomeini, la droite a aussi cherché la façon dont elle pourrait se servir de l'invasion pour consolider ses positions. En résumé, la guerre n'a pas été un conflit militaire à deux dimensions, mais plutôt une lutte politique, sociale et militaire à trois dimensions, dont l'enjeu principal est l'avenir du mouvement de masse en Iran. Donc, ce que les révolutionnaires, en Iran et dans toute la région, devaient faire, était d'essayer de mobiliser les masses opprimées des deux pays pour s'opposer à l'agression baassiste. Cette campagne devait être centrée autour de la tâche fondamentale de défense de la révolution iranienne et de cessation de la guerre.

— Le régime de Saddam Hussein agissait-il simplement comme l'instrument de l'impérialisme en ouvrant les hostilités ?

- Non. Les relations entre les régimes néocoloniaux et l'impérialisme ne sont pas simples. Le régime baassiste avait ses propres intérêts sociaux, ses propres objectifs et sa propre stratégie en mancuvrant avec l'impérialisme, de même, il défendait les intérêts nationaux spécifiques de la bourgeoisie irakienne.

Nulle part ailleurs dans la région, la révolution iranienne n'a eu d'impact plus grand qu'en Irak. Elle a déclenché une montée de la prétendue opposition « chiite » à Saddam Hussein qui, en réalité, n'est autre que le mouvement des paysans pauvres, tout particulièrement dans le sud de l'Irak. Elle a ouvert la voie au renforcement du mouvement de lutte du peuple contre son oppression nationale. Elle a encouragé une nouvelle vague de sentiments anti-impérialistes dans une période où la bourgeoisie irakienne se préparait à s'orienter dans le sens d'une intégration encore plus grande dans le marché capitaliste mondial.

La réaction du régime de Saddam Hussein face à la révolution iranienne s'est traduite par son évolution plus accentuée vers la droite, à la fois au plan national et international, incluant la collaboration avec des politiciens iraniens évincés et des généraux du régime du chah, comme l'ex-Premier ministre Chapour Bakhtiar et le général Oveissi. Le régime irakien a commencé par appuyer ouvertement les projets de renversement du régime de Khomeini par les forces de droite et par aider systématiquement les projets et plans de coups d'Etat contre-révolutionnaires en Iran. L'agression militaire à grande échelle lancée en septembre 1980 n'était que la conclusion logique de cette politique.

Cependant, en montant cette opération, Saddam Hussein a su tirer parti de la politique chauvine et réactionnaire suivie par la direction khomeiniste, comme de la répression brutale qui s'est abattue sur la minorité nationale arabe d'Iran, comme des déclarations chauvines sur le « Grand Iran » faites par le régime sous couvert d'une rhétorique « panislamique », ou encore comme du refus par le nouveau gouvernement de Téhéran de renoncer aux termes du traité frontalier de 1975 imposé unilatéralement par le chah à l'Irak. Quoique les Etats et les organisations du monde arabe n'aient pas ouvertement émis de protestations face à la répression menée contre les arabes iraniens, l'impact de celle-ci a été important. Par exemple, Khomeini a ordonné la fermeture du bureau de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Ahwaz, l'une des principales villes de la région arabe d'Iran.

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Le régime baassiste a également cherché à se consolider en obtenant le soutien des Emirats du golfe Persique et de l'Arabie Saoudite. Il a tenté, jusqu'à un certain point, de remplir l'espace laissé vide par la chute du chah, principal gendarme de l'impérialisme dans la région, et d'établir des relations privilégiées avec l'impérialisme.

Les bassistes espéraient également que la guerre les aiderait dans leur projet de changement d'alliances aux dépens de PURSS et au profit des Etats-Unis, processus qui était déjà enclenché depuis 1979, après la rupture de l'Irak avec le régime syrien. A la veille de la guerre, le ré gime irakien se voyait prodiguer des signes d'encouragement par l'impérialisme américain, de façon indirecte, par l'entremise des dirigeants saoudiens. Plus directement, les impérialistes français offraient leur aide, comme moyen de recouvrer une position d'influence dans la région au tra-

Cependant, des contradictions demeuraient entre les buts recherchés par l'impérialisme américain et ceux du régime baassiste. D'abord, après le renversement du chah, les Etats-Unis ont dû s'appuyer de plus en plus sur Israël comme leur « allié stratégique » au Orient. Ils ne pouvaient en aucun cas compter sur Saddam Hussein pour être leur principal gendarme. Et les sionistes ont clairement fait la démonstration qu'ils ne sauraient accepter le renforcement du régime irakien.

De façon générale, il était de l'intérêt de l'impérialisme de voir le régime irakien maintenu dans une position de faiblesse et de dépendance pour ne pas voir bouleverser son axe Israel-Egypte-Arabie Saoudite. Cela semble en fait expliquer, partiellement au moins, la raison pour laquelle la bureaucratie soviétique est prête à continuer de payer le prix politique élevé et sans cesse croissant qu'implique son soutien renouvelé à l'Irak dans une guerre contre la révolution iranienne.

En fait, le Parti Toudeh (le Parti communiste iranien) et le Parti communiste irakien (PCI) ont tous les deux condamné l'agression baassiste. Le Kremlin n'en a pas moins continué à fournir une aide militaire significative à l'Irak. On ne peut simplement expliquer cela du seul fait des intérêts diplomatiques soviétiques, puisque l'allié principal du Kremlin dans la région est la Syrie, ennemi juré du gouvernement de Bagdad, et que Moscou a par ailleurs énergiquement courtisé la République islamique d'Iran.

Aussi, quant les révolutionnaires de la région ont déclaré que cette guerre servait les intérêts de l'impérialisme (et de Washington tout particulièrement), ce n'était pas parce qu'ils croyaient que le régime irakien menait une politique inspirée par les Etats-Unis. La guerre servait lisme, en créant une situation dans laquelle ce dernier pouvait renforcer sa position militaire dans la région et accélérer ses préparatifs pour une intervention militaire à un stade ultérieur. Dans ce contexte, du point de vue général de l'impérialisme,

QASR CHIRIN •KHANA BAOUHA

Irak MANDALI

BAGHDAD MEHRAN

KERBELA

NAJAF hai 1900 - Reme La carte de l'affaiblissement du régime irakien était également souhaitable. Pour toutes ces raisons, la question de la mobilisation des masses contre l'agression irakienne a mis les révolutionnaires devant d'épineux pro-

Tout en mettant l'accent sur la nécessaire condamnation de cette guerre entre deux Etats bourgeois néocoloniaux et sur la lutte pour le retrait inconditionnel des troupes irakiennes derrière les frontières avant le 21 septembre 1980, nous avons insisté sur le fait que cette guerre ne servait en rien les intérêts des masses irakiennes et iraniennes. Ce qui signifie que, tout en travaillant à la mobilides masses iraniennes l'agression militaire, nous mettions en garde contre la possibilité de tomber dans le piège de la défense du régime de Khomeini, ce qui signifierait l'aider à mener à bien ses objectifs visant à utiliser le sentiment de masse contre l'agression irakienne comme moyen de pousser plus avant

Il nous fallait également tenir compte du fait que la menace qui pesait de l'intérieur sur la révolution était au moins aussi grande que celle de l'extérieur, et qu'en réalité, elles étaient liées. Nous ne pouvions pas défendre la révolution iranienne contre Saddam Hussein en nous offrant pieds et poings liés à la contre-révolution en Iran, dont le régime de Khomeini est partie prenante.

- Comment était-il possible de mobiliser les masses contre l'attaque irakienne de façon indépendante et même en opposition au régime de Khomeini, qui est issu de la montée révolutionnaire et de l'insurrection ?

KERMANCHAH

Iran DEZFUL CHUCH BOWEZA AHWAI KHORRAMC BASRAH ABRIOTEA GOLFE

KOWEIT l'évolution du front de la guerre Iran-Irak. (DR)

- C'est simplifier à l'extrême que de considérer le régime de Khomeini comme le résultat de la montée des masses et de l'insurrection. Il s'est appuyé sur les mobilisations de masse contre le gouvernement iranien, afin d'essayer de le contraindre à lui transmettre le pouvoir d'en haut. L'insurrection a, en fait, été dirigée à Téhéran, lieu d'importance décisive, par la gauche, par les Moudjahidines et les Fedayines.

Au Kurdistan, les Kurdes ont mené leur propre révolution, parallèlement à celle qui était en cours dans les villes perses, mais sous leur propre direction. Ils n'ont jamais accepté la direction de Khomeini. Ce qui explique, que quelques mois seulement après la chute du chah, en février 1979, Khomeini ait lancé des attaques militaires contre l'ensemble des villes kurdes. L'auto-organisation des masses a été plus loin au Kurdistan que dans les parties du pays où les forces de Khomeini exerçaient leur contrôle effectif. Les paysans ont d'abord commencé à occuper les terres au Kurdistan et au Turkmenistan, une région habitée par un peuple mongol qui parle une langue turque et qui est en butte à une répression brutale. Aucune publication dans leur langue n'a jamais été autorisée. Le premier livre dans leur langue, un petit recueil de poêmes, est sorti après la chute du chah. Les gardiens de la Révolution (pasdarans) de Khomeini ont brûlé tous les exemplaires sur lesquels ils ont pu mettre la main.

De plus, le mouvement de masse qui a conduit à l'insurrection s'est rapidement divisé. En l'espace de deux mois après le renversement du chah, les forces khomeinistes avaient réussi à détruire ou à isoler et à intimider les comités de

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quartier et d'usine, et commencé à organiser des attaques violentes contre les masses. Le mouvement masse n'a pas été écrasé ; on a assisté à de nouvelles montées, mais les politiques sont demeurés.

Il est faux et dangereux d'affirmer qu'au moment où les Irakiens ont lancé leur attaque, en septembre 1980, la révolution était, comme en février 1979, un an et demi auparavant, un mouvement de masse des opprimés sous la direction de Khomeini. A cause des attaques des khomeinistes contre les masses et à cause des espoirs grandissants des masses elles-mêmes, la révolution avait acquis deux significations complètement opposées pour la grande majorité des travailleurs et des opprimés d'Iran. Il y avait la Révolution, c'est-à-dire la lutte des travailleurs et des opprimés pour l'extension et l'unification des conseils d'usine indépendants (les shoras) et pour le contrôle ouvrier. Et il y avait la « révolution », c'est-à-dire la révolution islamique, qui était synonyme de destruction des shoras indépendants par la mise en place de shoras islamiques non élus, non démocratiques et hostiles aux forces de gauche, et par l'instauration de comités de chiens de garde à la solde du régime, dénommés sociétés islamiques (anjomanhaye eslami), dépendants du Parti de la République islamique (PRI) et liés à l'appareil de répression extérieur à l'usine.

La véritable Révolution englobait le mouvement des nationalités opprimées en lutte pour leur auto-détermination, luttes des paysans pauvres pour l'élection de shoras ruraux, les luttes des femmes, des étudiants, des soldats et de toutes les pour l'extension des droits démocratiques. La « révolution » de Khomeini, c'était le génocide des minorités nationales, la destruction de paysans, de tous les droits démocratiques.

C'est la première Révolution qui était menacée par la guerre. La seconde était déjà perçue comme synonyme de contre-révolution par la grande majorité des masses révolutionnaires. Elle s'est arrangée pour profiter de l'agression menée par le régime irakien.

Au moment de l'attaque irakienne, les masses avaient déjà connu une mobilisation très forte et acquis l'expérience de la trahison de cette mobilisation et de ces expériences sous les coups et les attaques des forces khomeinistes. Dans ce contexte, il était possible d'appeler à réactiver les comités d'usine et de quartier indépendants du régime, afin de lutter efficacement contre ces attaques. Cela ne signifiait pas pour autant une opposition directe au régime, mais il s'agissait d'en appeler à la compréhension des masses de la nécessité de s'organiser de façon indépen-

Diverses approches tactiques étaient envisageables, mais le problème fondamental restait d'éviter d'être amené construire des comités qui auraient été en fait des moyens de contrôle politique et de répression pour le régime. C'était essentiel, parce que la guerre offrait le prétexte de renforcer les instruments de répression, comme l'armée et les milices armées de l'Etat, déjà employées contre la révolution iranienne. Deuxièmement, elle offrait le prétexte d'étendre répression au mouvement des opprimés et des travailleurs, au nom de la « défense nationale ». Troisièmement, menaçait de préparer le terrain pour le retour des forces de l'ancien régime par l'entremise d'un coup d'Etat lié à une intervention militaire extérieure.

En fait, l'attaque irakienne est survenue à un moment très dangereux pour la révolution iranienne, à un moment où les masses rompaient avec l'emprise de Khomeini, ce qui a correspondu à un moment de réflexion et de division qui s'est traduit par une chute des mobilisations de masse et par un certain scepticisme de la part de larges couches de la population. La désillusion ressentie face à Khomeini menaçait de tourner à la démoralisation.

au lendemain de l'occupation de l'ambassade américaine et de la prise d'otages qui a suivi, l'Iran s'est trouvé isolé internationalement, et les chances de protestations étrangères étaient diminuées d'autant.

D'un côté, l'Iran était isolé diplomatiquement. D'un autre côté, la diversion démagogique offerte aux masses par des opérations symboliques et un anti-amé. ricanisme émotionnel avaient énorme confusion et isolé la révolution iranienne du mouvement anti-impérialiste mondial authentique.

L'agression est survenue après l'occupation et la fermeture des universités, c'est-à-dire après la nouvelle vague de répression lancée par les forces khomeinistes au printemps 1980 et après que l'insurrection de l'automne 1979 ait été détournée avec succès de son objectif, et que la vague qui l'avait portée se soit épuisée. Alors, les locaux de la gauche demeurés ouverts ont été attaqués, et une nouvelle campagne massive a été lancée contre le Kurdistan.

En fait, l'insurrection kurde suivi la défaite de la première tentative du de restabiliser l'Etat bourgeois dans la première guerre contre le peuple kurde. Cette guerre, lancée sur une grande échelle en juin 1979, s'est accompagnée d'une campagne répressive dans l'ensemble de l'Iran. Le peuple kurde défaisait les forces khomeinistes en août-septembre 1979. Après que l'affaire de l'ambassade ait joué son rôle de diversion, le gouverne. ment est de nouveau entré en guerre contre le peuple kurde, et la répression et la campagne de restabilisation de l'Etat bourgeois ont repris. Finalement, au moment du déclenchement de l'attaque irakienne, l'armée iranienne était le théâtre de luttes d'influence entre les officiers formés et promus sous l'ancien régime impé. rial et les pasdarans, les gardiens de la Révolution de Khomeini.

Donc, les Irakiens ont apparemment cru qu'ils pouvaient rapidement remporter des victoires décisives, et établir une base pour les forces de droite en Iran dans des « zones libérées ».

- Quel type de victoire les Irakiens voulaient-ils remporter ? Etait-il envisageable de renverser purement et simplement le régime, et d'établir un protectorat sur les régions pétrolières, là où existe historiquement une majorité arabe ?

- D'après certains documents, il semble bien qu'un accord avait été passé entre les hommes de la droite iranienne pour mettre en place un « gouvernement provisoire ». Il est possible que ces politiciens aient trompé les Irakiens sur la situation en Iran. Ils ne pouvaient donner qu'une image complètement erronée s'ils voulaient faire croire que le régime pouvait être renversé de cette façon. Renverser le gouvernement depuis l'Irak, par des moyens militaires, serait une entreprise énorme, incluant une longue marche à travers le désert et les montagnes. Le gouvernement irakien ne pouvait absolument pas envisager une telle perspective. gouvernement américain a mis en garde les Irakiens contre toute tentative mainmise sur les champs pétrolifères. Et, en fait, tout au long du conflit, ils n'ont jamais vraiment tenté de s'en saisir ni de les mettre hors d'usage. De par sa nature même, le régime irakien ne pouvait pas tenter de mobiliser les Arabes du Khouzistan, car cela aurait représenté un danger aussi grand pour lui que pour Khomeini. En fait, les Irakiens ont mené une campagne de caractère purement militaire, qui a chassé les Arabes d'Iran de chez eux et les a rendus hostiles aux Irakiens, dans la mesure où ils ont également été victimes de pillages et d'atrocités de la part de ces derniers.

D'autre part, il y avait un très net danger que, dans une situation où la démoralisation allait grandissante parmi les sacrifices en vies humaines et en matériel imposés par la guerre n'affaiblissent d'autant leur volonté de résister, et par là-même n'ouvre la voie à une consolidation plus rapide de

- Quels ont été, en Iran, les effets politiques de cette agression ?

- Les effets immédiats ont tendu à confirmer le projet irakien. Les officiers réactionnaires emprisonnés ont été libérés pour réorganiser l'armée iranienne. Un comité a été mis sur pied immédiatement pour négocier un réglement du conflit des otages américains, qui a pris fin avec l'ac cord d'Alger, traité qui a signifié pour l'Iran l'abandon de ses droits sur la moitié de ses avoirs à l'étranger. Les détails de cet accord n'ont jamais été rendus publies en Iran. Par ailleurs, des négociations ont d'armes à quiconque voulait en vendre. Au nombre des revendeurs, on compte Israël, pour au moins deux ventes impor-

Les grèves avaient été interdites auparavant. Mais elles furent, à ce moment, l'objet d'interventions directes de l'armée, pour les briser à l'intérieur même des usines. Pour participer à l'effort de guerre, les travailleurs se sont trouvés

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L'introduction du projet de Loi de qu'on avait commandé à l'armée de se re-

L'ayatollah Khomeini accueilli triomphalement à Téhéran : c'était le ler féurier 1979. (DR)

« d'augmenter la production », ce qui a impliqué parfois jusqu'à quinze heures de travail par jour, et de donner une partie de leur salaire, en moyenne trois jours par mois. Ils ont également été obligés d'accepter la militarisation des usines par les

Men armes, qui voyaient ainsi offrir une bonne ouverture pour mener à bien leur intervention réactionnaire dans les usines.

Tous les acquis démocratiques obtenus par les soldats ont été réduits à néant, et un Code de discipline militaire extrêmement répressif et sévère a été remis en vigueur au sein des forces armées.

Sous le prétexte de la guerre, la campagne contre le peuple kurde a été intensifiée. Le régime prétendait que « les Kurdes servent fondamentalement buts guerriers de Saddam Hussein ». En fait, le Parti démocratique kurde d'Iran (PDKI) a offert au gouvernement une « trève » en échange d'une campagne commune contre l'armée irakienne. réforme agraire a été repoussé jusqu'à ce que « soient défaites les forces de l'infidélité ». Toute discussion politique a été interdite dans les lycées, et les étudiants se heurtent chaque jour aux membres armés des sociétés islamiques présents dans les

On a interdit les partis politiques de gauche, y compris les Moudjahidines, qui avaient obtenu près de 2 millions de voix aux élections législatives du printemps 1980, selon les chiffres officiels, et en réalité bien plus. Le prétexte en a été qu'ils sabotaient l'effort de guerre.

Nous opposant à tout cela, nous avons appelé à l'armement des masses au travers de leurs shoras, ce qui impliquait de lutter contre la tentative du régime de dissoudre ces organes, et à la réactivation des comités de quartier démocratiques pour organiser les tâches de défense et d'entraînement militaire, et done combattre la politique du gouvernement qui utilisait les comités de l'Imam pour bâillonner le mouvement de masse dans les quartiers.

Nous avons appelé les soldats à exercer un contrôle sur leurs officiers par l'entremise de leurs propres shoras, et done de combattre la politique du gouvernement de réintroduction dans les casernes de la discipline existant à l'époque du chah.

En dépit du repli de la Révolution et malgré la démoralisation des masses, l'attaque irakienne a provoqué une nouvelle vague de mobilisation contre la guerre et pour la défense de la révolution. Les comités de quartier ont repris vie et les comités de défense indépendants des travailleurs ont été mis sur pied dans de nombreuses usines. A Téhéran, le lendemain . du déclenchement de la guerre, des manifestations de masse spontanées ont eu lieu, appelant le gouvernement à armer le peuple. Ces manifestations ont été réprimées par les pasdarans.

- Etait-il réaliste de penser que les comités de quartier et de travailleurs, naissant spontanément, pourraient jouer un rôle réel dans l'opposition à une invasion menée sur une grande échelle par une armée importante et bien équipée ?

- En fait, la bataille décisive de cette guerre a été remportée par des combattants organisés indépendamment du régime. C'est la bataille de Khorramchar qui a arrêté la guerre éclair irakienne. La population de cette ville, dont la grande majorité est composée d'Arabes, a pris les armes et a stoppé l'armée irakienne durant neuf jours. L'armée régulière et les pasdarans avaient fui.

On murmurait à l'époque que le gouvernement avait délibérément retiré ses troupes, afin d'éviter une confrontation avec les masses. Ultérieurement, des documents ont été mis en circulation par le PRI, visant à prouver que l'ex-président de la République, Bani Sadr, avait ordonné ce retrait dans le cadre de sa « conspiration pour la destruction de la révolution islamique ». Cela montre au moins tirer, même si le PRI, pour des raisons qui lui sont propres, essaie d'en faire porter la responsabilité à Bani Sadr.

Le sentiment des masses était si fort que le régime de Khomeini a été forcé d'admettre qu'il lui fallait les armer et les mobiliser en dehors de l'armée régulière et des pasdarans. Des comités de mobilisation (baseej) ont été mis sur pied dans de nombreux quartiers pour enrôler les volontaires et canaliser ainsi ce sentiment. Les comités ont été ensuite placés sous l'autorité des pasdarans et utilisés comme chair à canon dans des assauts de masse

Le régime s'est arrangé de deux façons pour maintenir la mobilisation des masses dans des limites contrôlables. En premier lieu, •la zone de guerre a été évacuée de ses civils. D'autre part, les bases militaires ont été installées au beau milieu de villes très peuplées. Aucun effort n'a été fait pour construire des abris de défense civile. De plus, la pénurie alimentaire a pu continuer, malgré le soutien massif de l'ensemble de la population iranienne pour le front.

A Ahwaz, le principal dépôt de munitions a été placé au centre de la ville. Une nuit il a sauté, et le jour suivant un tiers de la population au moins était en fuite.

Les cités vidées de leur population ont été placées sous le contrôle étroit des pasdarans et toute mobilisation indépendante a été réprimée brutalement.

Dans les premiers mois de la guerre, au moins une vingtaine de partisans de l'Organisation des Moudjahidines du peuple (Kalq) d'Iran (OMPI) et une douzaine de militants d'extrême-gauche, et encore bien plus d'Arabes, ont été passés par les armes dans la zone de guerre, comme « saboteurs armés ». En fait, ils n'avaient fait que combattre contre l'armée irakienne. Même l'aide médicale indépendante était interdite.

Les tentes médicales des Moudjahidines et des Fedayines dans la région ont été attaquées par les pasdarans, et le personnel jeté en prison, alors que ces organisations ont joué un rôle primordial dans la défense de Khorramchar.

La deuxième raison pour laquelle le gouvernement a réussi à établir son emprise sur la situation, c'est que les principaux groupes et partis de gauche et d'extrême gauche ont fait son jeu. Le Parti Toudeh et les Fedayines (Majorité) ont adopté une ligne difficilement discernable de celle du régime, appelant les masses à travailler plus durement, à réclamer moins et à aider le gouvernement à organiser son effort de guerre.

Il en va de même pour les Moudjahidines, qui avaient appelé à des mobilisations populaires indépendantes au début de la révolution et qui ont rapidement abandonné ce mot d'ordre. Ils ont fait alliance avec le président de la République Bani Sadr, qui essayait d'utiliser la guerre pour renforcer sa fraction dans l'appareil dirigeant (appuyée sur l'armée, les technocrates et une partie du clergé) comme alternative au PRI. Cette alliance impli quait l'abandon des mobilisations indé pendantes, Bani Sadr y étant opposé.

Les Moudjahidines ont commis une erreur identique à celle de ceux qui ont pensé qu'il était nécessaire de soutenir Khomeini pour s'opposer aux Irakiens.

Bani Sadr a essayé de s'appuyer sur les revendications croissantes des droits démocratiques, et sur les réactions de masse contre la démagogie et les attitudes anti-démocratiques des mollahs

C'est à ce sentiment que Bani Sadr doit sa victoire écrasante aux élections présidentielles du 28 janvier 1980. Il est apparu comme le représentant de la volonté populaire, sur la base d'une élec-

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En fait, la lutte armée telle qu'ils la vie a chuté de 50 % par rapport à ce qu'il tion qui était moins frauduleuse que les élections parlementaires lors desquelles le PRI avait réussi à contrôler les urnes et à s'assurer ainsi que ses hommes soient

Certes, l'élection présidentielle n'a pas été si libre que cela non plus, puisque étaient écartés, mais, en comparaison avec les précédentes, elle sentait la rose.

Les Moudjahidines, influencés par le maoïsme et le populisme bourgeois à leur origine, ont donc décidé que Bani Sadr était le représentant de la bourgeoisie démocratique et donc de l'alternative bourgeoise. En fait, ce dernier était tout aussi résolu à supprimer la mobilisation indépendante des masses, seule base d'une réelle démocratie dans les conditions de crise révolutionnaire de l'Iran.

Les Moudjahidines ont décidé, à la suite de la répression du gouvernement à de se retirer des mobilisations de masse pour mettre toutes leurs forces derrière la solution de Bani Sadr, c'est-à-dire une révolution de palais.

Le régime de Khomeini a progressivement réussi à consolider son emprise au travers du Parlement dominé par le PRI, des pasdarans renforcés, et du gouvernement du PRI. En liaison avec les prétendus comités de masse, devenus des instruments de répression - les comités de l'Imam, la Croisade de reconstruction (Jihad Sazendegi) et les baseej — le gouvernement de Khomeini a commencé à se préparer pour un règlement de compte avec sa fraction prétendument « libérale », après avoir écrasé la gauche.

- Quel effet cela a-t-il eu sur l'attitude des masses face à la guerre ?

- Dès ce moment-là, soit six mois après le début du conflit, des secteurs toujours croissants des masses ont commencé à considérer que l'effort de guerre du gouvernement était simplement une manœuvre pour consolider les assises du PRI et détruire la révolution. Cela ne veut pas dire qu'elles ne voulaient pas voir la défaite de l'armée irakienne. Cela signifiait qu'elles comprenaient que le gouvernement voulait écraser le mouvement de masse, sabotant ainsi l'effort de guerre et ne combattant donc pas les plans de l'im-

Dans cette phase, seul le gouvernement affirmait que « la question centrale à laquelle nous devons faire face est la guerre contre Saddam Hussein l'infidèle ». Les masses se mobilisaient déjà dans les principales villes sur des mots d'ordre démocratiques et un programme de réfor-

En l'absence d'une forte organisation révolutionnaire, ce mouvement pouvait être facilement récupéré par Bani Sadr, qui cherchait à consolider la position de sa fraction au sein de la classe di-

Le régime a utilisé les trois mois qui ont suivi pour se préparer à renverser Ba-

Sadr et à réduire l'influence du mouvement de masse luttant contre la répression et pour la justice sociale. Dans cette période, la démagogie autour des visées « panislamiques » de la guerre est allée s'intensifiant. Des rapports fantastiquement exagérés de révoltes de masse en Irak contre le régime de Saddam Hussein constamment repris dans organes de presse et les médias totalement

Dans de nombreuses villes, les forces extrêmement renforcées de l'appareil d'Etat étaient ouvertement utilisées pour acrépression. Des membres des étaient attaqués dans les rues. On a dénombré au moins 100 cas dans le nord de l'Iran. On a intensifié les purges de militants dans les usines. A Téhéran, plus de 1 500 travailleurs ont été arrêtés ou licenciés.

La campagne contre le peuple kurde a atteint des proportions proches du génocide, avec le bombardement de villages et l'évacuation forcée de la population de régions d'importance stratégique, comme celles de Saghez et de Baneh.

Les groupes politiques qui avaient refusé de lutter pour la mobilisation indépendante des masses et qui avaient aidé au renforcement des instruments de répression des mollahs, en leur fournissant une couverture gauche, se trouvaient maintenant dans la position d'aides actifs de la

Les membres des Fedayines (Majorité) et du Parti Toudeh, parties prenantes des sociétés islamiques, espionnaient des militants ouvriers et les dénonçaient aux autorités gouvernementales.

la fraction khomeiniste était prête à agir. Bani Sadr, sentant le vent venir, lança un appel à un référendum, pour que les gens puissent montrer qui, de lui ou du Parlement dominé par le PRI, ils soutenaient. Cependant, il n'a pas appelé à la mobilisation pour l'aider dans cette entreprise. Et rapidement, il s'est trouvé démis de ses fonctions, dans un premier temps de chef des forces armées et, plus tard, de président de la République islamique d'Iran.

Des manifestations de soutien à Bani Sadr, essentiellement organisées par les Moudjahidines, furent brutalement écrasées. Un meeting central devant les bâtiments du Parlement à Téhéran a été mitraillé, faisant plus de 170 morts.

Une solution expéditive a été trouvée pour les dirigeants de l'armée qui étaient considérés comme des partisans de Bani Sadr. Le hasard a voulu qu'ils trouvent la mort lors d'un étrange accident d'avion, quelques mois plus tard ...

La réponse des Moudjahidines à cette vague de terreur a été d'adopter la tactique de la lutte armée, à partir du 20 juin 1981. En pratique, cela signifiait de dirigeants gouvernementaux. Ils n'ont pas lancé d'appels aux mobilisations et aux grèves, et encore moins essayé de les organiser, bien qu'ils aient été, à cette époque, une organisation de masse capable, à elle seule, de mobiliser des centaines de milliers de personnes dans les rues. L'opposition croissante des masétait principalement polarisée autour d'eux.

mènent est le résultat de leur ligne politique de collaboration de classes. Ils pensaient qu'en affaiblissant la fraction proKhomeini, la voie serait ouverte à la fraction la plus libérale, la plus « progressiste » pour accéder au pouvoir en collusion avec l'armée, et qu'une telle alternative serait alors soutenue par les masses. Leurs amis bourgeois au gouvernement n'auraient bien sûr pas vu d'un bon œil des grèves générales et des mobilisations de masse.

Cette tactique a tout simplement fait le jeu du régime. Les masses ne s'en sont trouvées que plus démoralisées et démobilisées. Les forces de la répression se sont déchaînées avec toute la férocité impitoyable que l'on sait. Le jour qui a suivi l'explosion au quartier général du PRI, on a arrêté au moins 15 000 personnes à Téhéran, dont 3 000 à peu près étaient des militants ouvriers des diverses usines. De la prison d'Evin, où réside le procureur général de la République islamique, une caravane a pris la route de Karaj, dans le faubourg industriel de Téhéran, faisant halte dans chaque usine et se saisissant de travailleurs dénoncés par les sociétés islamiques.

Des exécutions dans les rues, des raids dans les maisons, des purges de toute sorte, des arrestations et des exécutions de masse ont suivi. En un an, plus de 20 000 détenus politiques ont été exé cutés en Iran et plus de 60 000 sont toujours sous les verrous pour des motifs po-

Evidemment, une terreur de cet ordre était dirigée contre le mouvement de masse dans son ensemble. Toutes les organisations indépendantes ont été détruites ou forcées à la clandestinité, et les acquis de la révolution ont été anéantis. C'est pourquoi, malgré les victoires sur le front, nous n'avons pas assisté à la montée du mouvement de masse et, qu'en fait, on a vu s'étendre la répression.

Cela confirme tragiquement position initiale selon laquelle la seule façon de défendre effectivement la révolution était d'éviter de tomber dans le piège et d'être désarmés par notre ennemi intérieur. Le danger existe que nous puissions gagner la guerre et perdre la révolution. rêtée et contrainte de reculer, le régime a commencé à revenir même sur ses intentions démagogiques premières de plans de nationalisation et de réforme agraire.

Il a bien poursuivi l'effort de guerre contre l'Irak. Mais cela a pris un caractère toujours plus chauvin, s'accompagnant de déclarations d'intention constantes, tendant à imposer un gouvernemen « réellement islamique » à l'Irak.

On a appelé les masses à payer l'addition par des sacrifices grandissants en vies humaines et en matériel. L'armée irakienne a été défaite dans des batailles décisives, mais au prix de la vie de plus de 70 000 jeunes Iraniens, de 150 000 mutilés et de plus de 2 millions de réfugiés denrées de première nécessité sont maintenant rationnées. Le niveau de

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Manifestants iraniens brülant le drapeau américain sur l'ambassade occupée en 1979. (DR)

100 000 manifestants, un chiffre relative- produirait une situation politique explosiétait dans les dernières années du règne du chah. Le marché noir, dirigé par les pasdarans et les bureaucrates, s'est développé. Tout le pays pleure ses morts.

Des victoires remportées dans de telles conditions n'ont pas amené des torrents de joie dans la population, qui a simplement poussé un soupir de soulagement et a exprimé le souhait que la guerre prenne fin très rapidement.

victoire de Khorramchar n'a pas été saluée par des manifestations de masse. La manifestation appelée par le gouvernement à Téhéran pour célébrer la victoire n'a guère rassemblé ment petit, vu les circonstances.

A cette époque, avec son armée démoralisée et face à la défaite, Saddam Hussein fut soumis à une énorme pression pour terminer la guerre. De plus, les capitalistes en Irak avaient atteint la plupart des objectifs recherchés par la guerre. Il y avait pas mal d'argent à gagner au travers des nombreuses affaires conclues avec des intérêts impérialistes occidentaux, que l'on estime à 65 milliards de dollars. Et, pour une grande partie, ces contrats ne prendront effet qu'après la fin de le gouvernement iranien a insisté sur la nécessité de poursuivre la guerre, parlant de l'établissement d'une République islamique en Irak et d'une révolution panislamique s'étendant à l'ensemble de la région. Il y avait certaines contradictions entre cette ligne et celle de quelques-uns des chefs militaires qui proposent de pénétrer sur le sol irakien seulement assez loin pour être sûr que le bombardement des cités iraniennes ne pourra se faire à partir de positions irakiennes. L'imam Khomeini en personne a mis fin à de telles hésitations immédiatement apres l'invasion israélienne du Linombre de gens se sont portés volontaires pour aller au Liban pour se battre aux côtés des Palestiniens Le gouvernement a craint que cela ne bouleverse ses propres desseins réactionnaires. Khomeini a déclaré qu'en fait, l'invasion du Liban était « une conspiration impérialiste pour détourner l'attention des victoires iraniennes » dans la guerre contre Saddam Hussein. Il a ajouté que les « forces de l'Islam étaient prêtes à aller au Liban, mais uniquement en passant par Badgad ».

Les motivations du régime ne sont pas difficiles à saisir. La fin de la guerre ve en Iran. De plus, la saison des pluies ne tardera pas à faire son apparition, rendant impossibles les opérations militaires sur le front Sud. Le froid dans les montagnes pourrait avoir un effet similaire au Nord. Donc, le gouvernement peut mener une guerre bidon durant plusieurs mois.

Si la guerre se terminait, les réfugiés de guerre devraient regagner le Khouzistan, et un nouveau mouvement national réclamant des réformes sociales et économiques se développerait. De plus, il serait difficile pour le gouvernement de justifier le maintien des structures militaires forgées au cours de cette guerre, un corps démesuré de pasdarans et de multiples autres

Enfin, le gouvernement en Irak, parallèlement à l'avance de l'armée iranienne, comme solution miracle à tous ses problèmes politiques et sociaux.

Pour toutes ces raisons, le régime iranien s'est embarqué dans un cours dangereux, qui ne peut qu'amener à des pertes plus lourdes en vies humaines et en matériel et donc, tôt ou tard, à une crise politique plus profonde. Ce cours a pour effet d'augmenter la menace d'intervention impérialiste dans la région, y compris

Et cela, parce que la guerre divise les peuples opprimés de la région face à l'impérialisme, et parce que l'avance iranienne est considérée par une majorité écrasante du peuple irakien comme une menace pour son indépendance nationale, pour les acquis de sa révolution nationale et pour les aspiration du peuple arabe. Cette guerre reconsolide le régime réactionnaire baassiste et fournit une justification à la passivité des régimes arabes face aux attaques impérialistes au Liban.

De plus, dans un contexte où le régime de Khomeini suscite la désillusion d'une majorité grandissante des masses iraniennes, la défaite militaire, qui est probable si la guerre se poursuit plus long temps, pourrait précipiter un changement radical du rapport des forces en faveur de l'impérialisme et de ses agents les plus ser viles de la région.

C'est dire qu'une défaite de l'armée iranienne, suivie de la démoralisation des masses, pourrait fournir les conditions favorables aux vieilles forces contre-révolutionnaires capitalistes en Iran. La contre-révolution « islamique » de Khomeini ne iranienne, qui entraînerait la destruction de son propre régime.

L'étendue de la répression, dont personne ne peut nier lampleur, montre le véritable état du mouvement de masse et le rapport réel des forces dans le pays Afin de combattre efficacement, les masses doivent se voir offrir une perspective politique concrète par une direction qui représente réellement leurs intérêts. Il existe des exemples historiques de l'effondrement d'un mouvement de masse puissant, quand ces facteurs décisifs

J'ai expliqué comment le développement d'une direction politique de masse a été dévié et écrasé. Ceux qui maintiennent toujours, contre toute évidence, que le mouvement de masse continue d'aller de l'avant sont obligés, en fait, d'essayer de présenter Khomeini et le PRI comme une sorte de direction révolutionnaire, quoiqu'avec ses contradictions. Cela présente une certaine logic'est politiquement de la - Dans une telle situation, que devraient faire les révolutionnaires?

- Nous devons appeler à l'arrêt immédiat de la guerre et mettre en avant un programme de revendications économiques et sociales qui représentent les intérêts et les besoins fortement ressentis par les masses travailleuses et opprimées.

Nous devons appeler les masses à ré sister par tous les moyens à ce régime de bourreaux et de menteurs, et retourner aux traditions et à l'expérience du mouvement de masse qui a renversé le chah et que ce gouvernement ne représente en aucune façon. Il en est, au contraire, le fossoyeur.

Propos recueillis par Gerry FOLEY Londres, 16 octobre 1982.

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