Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Le plan d'invasion somoziste a échoué

· Inprecor n° 141, 17 janvier 1983 · p. 28 · 1 070 mots

Nicaragua Amérique centrale

Malgré leurs tentatives d'occuper mi- de tabac et de véhicules de transport de

NICARAGUA litairement une localité du nord-ouest du

Nicaragua pour constituer une tête de pont et y installer un « gouvernement provisoire » et ensuite continuer à avancer vers le reste du pays, les unités d'anciens gardes somozistes entraînées au Honduras viennent de subir le revers le plus sérieux de leurs derniers mois d'opérations. La ville de Jalapa qui se trouve dans le département de Nueva Segovia, à 286 km au nord de Managua, était la cible visée par les contre-révolutionnaires, dans le cadre d'un plan qui prévoyait la prise de la localité par encerclement à partir de trois points alentours. L'axe principal de cette offensive aurait dû être une attaque militaire lancée depuis la frontière hondurienne et appuyée par des opérations lancées au même moment depuis l'est et le sud du territoire nicaraguayen.

Ce plan, - dont le point culminant était planifié pour les 13, 14 et 15 décembre - avait été conçu en octobre dernier, aprés l'échec de la tentative d'occupation militaire du port de Puerto Cabezas sur la côte Atlantique.

Cette fois-ci, les somozistes - qui sont au nombre de 2 000 dans la région -ont utilisé une force estimée à 450 hommes, se déplaçant en groupes de 40, 50 et 100 éléments, tout le long de la ligne frontière, et ont livré au cours de ces huit derniers jours d'importants combats contre l'Armée populaire sandiniste (EPS), utilisant de l'artillerie lourde dans les régions de La Providencia, Yumpali, El Aguila, San Francisco, El Carbon, La Esperanza et Cerro Nubarrones. A la suite de ces affrontements, on estime que les assaillants ont subi entre 60 et 100 pertes, et la perte de quelque 30 animaux de charge utilisés pour transporter leurs blessés et leurs morts.

L'assassinat de paysans et de techniciens agricoles, le sabotage de plantations

Le plan d'invasion des somozistes a échoué grains, ont été quelques-unes des actions menées ces derniers mois par les unités somozistes armées, aux abords des hauteurs de Nubarrones. A 200 m de la ligne frontière a été découverte une fosse commune naire. « Nous ne triompherons pas, mais nous tuerons », telle était la consigne des somozistes, selon les témoignages de soldats nicaraguayens.

Au milieu des tirs nourris des fusils d'assaut FAL et M-16, des mortiers de 107 mm (arme réglementaire de l'armée hondurienne) et des rafales d'AK-47 de fabrication chinoise, on entend souvent des cris comme « Avec Dieu et sans communisme! », une des devises favorites des ex-gardes de Somoza. Des bibles et des livres de cantiques religieux ont été trouvés dans l'un des postes de commandement de la contre-révolution détruit par l'EPS. A côté de ces textes, il y avait des vivres et des médicaments fabriqués au Honduras et de l'équipement militaire d'origine nord-américaine.

Ce poste de commandement localisé sur les hauteurs de La Providencia en territoire nicaraguayen a été bombardé au mortier par les troupes sandinistes le vendredi 10 décembre, action au cours de laquelle ont été tués des chefs d'un grade élevé de la bande contre-révolutionnaire, action après laquelle - selon ce qu'ont affirmé les dirigeants de l'EPS présents dans la région — « les plans d'agression ont été désarticulés ». A La Providencia qui, durant presqu'un mois est restée aux mains des ex-gardes somozistes, on peut voir aujourd'hui plus de dix postes de tir, des tranchées et des refuges construits par les contre-révolutionnaires pour défendre leurs positions et favoriser leur avance à l'intérieur du pays.

Après la désorganisation de la pointe avancée du plan des somozistes tendant à occuper Jalapa, leurs forces ont commencé à agir de manière désordonnée dans les autres positions établies à l'est et au sud de cette ville. Actuellement, d'intenses combats se poursuivent à La Pita et à Buena Vista, à 12 km au sud de Jalapa, points à partir desquels les contre-révolutionnaires cherchent à se replier vers le Honduras, en rompant l'encerclement opéré par l'armée nicaraguayenne.

Les hameaux existant tout le long des 15 km de la bande frontière sont inhabités. Une grande partie de leurs occupants ont cherché refuge à Jalapa, où les autorités régionales étudient des projets de réinstallation dans des endroits sûrs.

En attendant, la population de la vallée de Jalapa accroît son niveau d'autodéfense militaire, des milliers de miliciens et de réservistes montent la garde jour et nuit dans les centres de travail, les rues et les habitations de la zone.

Parmi eux, Franklin Castillo, âgé seulement de douze ans, monte la garde non loin d'un chemin désolé et obscur. L'enfant, qui depuis un an appartient aux milices de Jalapa, a participé récemment à un combat de quatre heures contre une unité somoziste qui a attaqué les hauteurs de La Cruz, toutes proches de la ville.

Plusieurs bataillons de réservistes - dans leur majorité formés de paysans — sont répartis dans toute cette région montagneuse, où l'on s'attend à ce que les combats se poursuivent encore pendant plusieurs semaines : « Ici nous passerons les fêtes de la Nativité en tirant des coups de feu pour que les autres Nicaraguayens passent la fin de l'année en paix », affirme Leonardo Canales, un officier de l'EPS en fonction sur les hauteurs de El Coyolito, à seulement 3 km de la frontière avec le Honduras.

Du fait des difficultés d'approvisionnement, le bataillon qui se trouve dans cette zone a dû s'alimenter durant une semaine avec seulement des citrons et des oranges dont les arbres poussent sur ces hauteurs. El Coyolito a été défendu par l'EPS lors du long affrontement du 9 décembre dernier, quand les somozistes l'ont attaqué pendant deux jours au mortier et à la mitrailleuse lourde. « Cela a été très dur, nous avons dû combattre nuit et jour ... Nous avons dû creuser nos postes de tir avec les ongles, jusqu'à ce qu'arrivent les renforts », nous indique Leonardo Canales.

Le nombre exact des pertes occasionnées aux contre-révolutionnaires n'a pas encore été comptabilisé par les autorités, mais des cadavres de somozistes continuent à être retrouvés dans la forêt. Il n'y a pas non plus de chiffre exact des morts et des blessés dans les rangs des troupes sandinistes, mais le commandant Manuel Salvatierra, chef de la Ile Région militaire qui a son siège dans la ville d'Ocotal, au nord du pays, a assuré que « le coup porté à la contre-révolution a été efficace ».

Agencia NUEVA NICARAGUA (ANN)

Jalapa, Mercredi 15 décembre 1982.

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