Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Le gouvernement Mauroy dans l'étau de la collaboration de classes

· Inprecor n° 148, 25 avril 1983 · p. 3-5, 5-7 · 4 275 mots

France

URVENANT coup sur coup, les élections municipales

Stat intres le a3 mars, de te Pouteau pan tauste tal intervenu le 23 mars, et le nouveau plan d'austérité accompagnant la troisième dévaluation du franc (1), ont accéléré l'évolution de la situation politique en France. Moins, pourtant, que ne l'espérait l'opposition de droite. Celle-ci escomptait une victoire électorale incontestable, afin d'engager une offensive politique frontale contre la majorité issue du Parti socialiste et du Parti communiste (PS-PCF) élue en juin 1981, par exemple sous la forme d'une bataille pour des élections législatives anticipées. Or, la gauche à bien été mise en minorité lors des élections municipales, mais le « sursaut » de l'électorat ouvrier lors du second tour a contraint la droite à déchanter. II lui a montré que la menace de son retour est toujours en mesure de provoquer une réaction des travailleurs.

Pour leur part, le Parti socialiste et le Parti communiste ne peuvent se féliciter de la situation. Obligés d'enregistrer l'avertissement que leur a donné un électorat déçu par la politique gouvernementale, ils se sont hâtés de démontrer, malgré les promesses faites au soir du 13 mars, qu'ils ne sont pas décidés à en tenir compte. En effet. le nouveau plan d'austérité mis en œuvre sous la houlette du ministre de l'Economie et des Finances, Jacques Delors, ne peut qu'aggraver de façon sensible les relations entre le gouvernement et les travailleurs, et provoquer ainsi une nouvelle dégradation de la situation.

François Mitterrand table sur le fait vrait plus être confronté à de nouvelles

Francis SITEL

Les différents appareils politiques de la gauche, tant ceux du gouvernement que ceux des partis et des syndicats, se seraient volontiers dispensés de l'épreuve électorale représentée par les élections municipales.

Pourtant, du temps des premières illusions et des grandes réformes décentralisatrices, Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur et notable du PS, avait peaufiné une loi électorale qui semblait devoir permettre au PS d'affronter avec un esprit serein cette bataille (3). Mais, depuis, avec les effets de la politique gouvernementale, le climat avait viré au pessimisme. Les élections cantonales partielles de mars 1982 avaient montré qu'une fraction de l'électorat ouvrier, rebutée par cette politique et déçue dans ses attentes et ses espoirs, se réfugiait dans l'abstention. D'où une remontée électorale de la droite. Il était clair que la politique du gouvernement, depuis juin

1982, placée sous le signe de la « rigueur », ne pouvait qu'avoir amplifié ce phénomène, ce que confirmaient les sondages effectués avant les élections municipales, dont la direction du PS disposait en priorité.

C'est pourquoi, dans un premier temps, celle-ci s'est efforcée de minimiser l'importance politique des élections muni-

Le nouveau

des travailleurs du Parti socialiste, dans le cadre toire de la gauche le 10 mai 1981. que le régime ne deéchéances électorales vernement resserre sur lui-même. cipales, expliquant que le gouvernement n'était pas en cause dans des élections locales, que sa politique avait besoin de la durée pour porter ses fruits, et qu'il convenait de laisser à ces consultations électorales leur caractère local spécifique. Arguments absolument sans portée, quand on sait constituaient les premières élections générales près de deux ans après le 10 mai 1981. Il était clair pour tout le monde qu'elles allaient représenter un test décisif pour la politique gouvernementale.

D'ailleurs, très vite, la droite a réduit en poussière cette pseudo-argumentation en engageant une campagne électorale très offensive et très politique. Sur le thè-

1. Le 4 octobre 1981 avait lieu un premier réajustement des parités des monnaies du systéme monétaire européen (SME) provoquant une réévaluation de 5,5 % du mark allemand et une dévaluation de 3% du franc. Lors du second réalignement du SME, effectué le 12 juin 1982, la réévaluation du mark allemand fut de 4,25 % et la dévaluation du frane de 5,75 %. Enfin, le troisiême réajustement, intervenu le 21 dernier. s'est traduit par une dévaluation de 2.5 % du franc français et de la lire italienne. et par une réévaluation de 5,5 % du mark allemand, de 3,5 % du florin néerlandais, de 2,5 % de la couronne danoise, et de 1,5 % du franc belge.

2. Libération, Paris, 28 mars 1983. 3. Pour les villes de plus de 3 500 habitants, la nouvelle loi électorale maintient pour l'essentiel le principe du scrutin majoritaire

FRANCE d'ici les élections législatives de 1986. Il n'empêche que la gravité des mesures prises, qui heurtent de front les aspirations reconfirmées municipales, peuvent laisser penser que c'est d'ici là que les jeux se décideront. Cette question va être au cœur des débats prochain congrès, prévu pour l'automne.

directeur, le thème de l'échec possible de l'expérience engagée est venu troubler, pour la première fois, une sérénité qui, jusque-là, faisait recette. Non seulement une partie du PS ne croit pas à la réussite du plan Delors, mais beaucoup de militants et de dirigeants commencent à s'interroger publiquement sur une faillite possible de l'expérience née de la vic-

Lionel Jospin, Premier secrétaire du PS, a, pour décrire la situation de la gauche, usé de l'image de l'étau. « Nous sommes pris en étau, a-t-il déclaré, entre la nécessité de réussir sur le terrain économique en préservant les équilibres, et la nécessité de réussir sur le plan social pour réussir sur le plan politique. (2) » Contradiction effective, voire mortelle, d'une politique de collaboration de classes. Politique dont l'ambition de

« réussite économique » se définit en fonction du respect des critères capitalistes, et dont la prétention à la « réussite sociale » supposerait la volonté de satisfaire les revendications des

C'est donc bien un étau que, progressivement, le goume général de « l'échec du socialisme », il s'agissait pour elle de brandir l'étendard de la revanche et de la reconquête du pouvoir. « Ville par ville, nous allons reconquérir la France », affirmait dans toutes les rues du pays un panneau publicitaire du Rassemblement pour la République (RPR), le parti de Jacques Chirac.

Ce dernier, lors du lancement de la cam.

pagne, avait tracé les grandes lignes d'un programme « à la Reagan » : remise en cause de tous les acquis depuis le 10 mai, de toutes les grandes entreprises, licenciement de fonctionnai-

Face à cette offensive en force de la droite, le PS et le PCF ne purent se contenter de leurs slogans initiaux à de liste à deux tours. Une liste est en effet d'emporter plus des trois quarts des assurée sièges si elle est majoritaire au premier tour, et au moins environ trois quarts des sièges si elle est majoritaire au second tour. Une « pincée de proportionnelle » a été introduite: la moitié des sièges est partagée entre les listes en présence. Mais toutes les précautions ont été prises pour empêcher au maximum les petites listes d'avoir des élus. Une barre de 5 % de voix exprimées a été établie comme minimum pour pouvoir accéder au « partage » des sièges. En cas de second tour, les listes ayant obtenu moins de 5 % sont éliminées, celles qui, au ler tour, ont obtenu entre 5 et 10 % des suffrages peuvent s'apparenter à une des listes présentes au second tour. Seules les listes ayant obtenu plus de 10 % des suffrages exprimés peuvent se maintenir au second tour.

Page 4

« l'eau de rose » (du type « Paris QuilèsParis tendresse »), mais durent accepter tardivement, à reculons, la signification essentiellement politique de ces élections. Ils terminèrent donc la campagne, surtout en ce qui concerne le PCF, autour du thème traditionnel d'« union de la gauche pour battre la droite ». Et les dirigeants évoquèrent le « bilan positif » du gouvernement et la menace du retour de la droite pour combattre, au sein de l'électorat ouvrier, la tentation de l'abstention.

UNE SANCTION

ET UN AVERTISSEMENT Les résultats du premier tour des élections municipales du 6 mars sont venus confirmer, au-delà de toutes les prévisions, les craintes que cette abstention ne provoque un échec de la gauche. Malgré l'inversion de la tendance au second tour, les résultats globaux de ces élections traduisent un échec important pour les grands partis de gauche au gouvernement. Ceux-ci connaissent non seulement un reflux important par rapport à leurs scores lors des présidentielles et gislatives de mai et juin 1981, mais également une régression sensible par rapport à leurs résultats aux municipales antérieures, celles de 1977.

Organisées dans les 36 000 communes de France, ces élections ont, malgré tout, une nature spécifique. Les enjeux politiques nationaux s'y trouvent réfractés en fonction de données spécifiquement locales, de façon très différenciée selon la taille des villes concernées. D'où, en tout état de cause, une situation glo balement favorable à la droite. Ainsi, même en 1977, où il y avait eu une très forte poussée de la gauche, la droite restait malgré tout largement majoritaire en sièges. C'est pourquoi, en ce qui concerne l'ap préciation des rapports de forces nationaux entre la droite et la gauche, on ne prend généralement en compte que les villes de plus de 30 000 habitants, là où les questions politiques nationales sont plus directement déterminantes.

Quelle que soit la difficulté à donner une évaluation rigoureuse et définitive du rapport de forces national entre la gauche et la droite à l'occasion de ces municipales, il est incontestable que la gauche a été mise en minorité. Dans le Monde du 17 mars 1983, Jérôme Jaffré, spécialiste des questions electorales, proposait d'estimer à environ 5% le recul de la gauche par rapport à la victoire présidentielle. Ce qui donnerait un rapport gauche-droite l'ordre de 47 %-53 % ... Cette extrapolation fournit une indication très approximative de ce qu'a été le recul de la gauche. Mais, quoi qu'il en soit, ce recul est incontestable.

Ainsi, en ce qui concerne les villes de plus de 30 000 habitants, la gauche perd 30, dont de très grandes villes comme Nantes, Brest, Saint-Etienne, et des longtemps, comme Grenoble, Nîmes, Béziers. Ces pertes donnent la mesure du reflux de la gauche et, en même temps, de ses limites. En 1977, c'est une soixantaine de villes que la droite avait dû céder, et son espoir était d'en reconquérir un nombre analogue.

Qu'est-ce qui explique ce recul? Tout d'abord, une offensive vigoureuse de , par un gouvernement de droite. la droite, qui a mobilisé le ban et l'arrière-ban de son électorat. Après avoir, durant près de deux années, fait descendre dans la rue toutes les couches et catégories sociales sensibles à ses arguments, depuis les professions libérales jusqu'aux gros et moyens paysans, en passant par les défenseurs de l'école libre, ses axes d'agitation politique trouvaient un débouché naturel dans les élections municipales : accusée d'être incompétente sur le plan politique, de mener une politique de régression sociale et de menacer les libertés, la gauche devait être mise en minorité. Les leaders de la droite ne dissimulaient pas l'enjeu : minoritaire à ces élections, la gauche serait déclarée « illégitime », et le terrain serait libre pour préparer son renversement.

En outre, il apparaît que dans les couches petites-bourgeoises - voire dans certaines fractions de l'électorat populaire - des électeurs qui avaient voté à gauche en 1981 ont, cette fois, viré à droite. Devant l'incapacité des partis ouvriers majoritaires à engager un réel changement, ces éléments peu politisés ont été réceptifs à la démagogie de la

Mais le phénomène déterminant a été la désaffection, au premier tour, sous forme de l'abstention, d'une partie significative de l'électorat traditionnel du PS, et surtout du PCF. Ceux que l'ancien de la République, d'Estaing, a appelé les « déçus du socialisme » sont des travailleurs qui ont assuré la victoire de François Mitterrand et de la majorité PS-PCF mais qui, le 6 mars 1983, ont refusé de se déplacer pour voter une nouvelle fois pour ces partis, et ce, malgré les appels répétés qui leur ont été adressés et une campagne principalement orientée dans leur direction. L'état d'esprit de ces abstentionnistes est facile à interpréter : c'est celui de travailleurs et de travailleuses qui ont le sentiment que, contrairement à ce que disent les diri geants du PS et du PCF, la politique gouvernementale ne va pas « dans le bon sens » et, plus profondément, qu'il n'est

Ri Ces Masmis Rasetement

par la

Réaction!

admissible qu'un gouvernement de gauche prenne des mesures que les travailleurs et leurs organisations avaient refusées lorsqu'elles étaient mises en œuvre

Simple manifestation de grogne ou volonté de faire entendre son mécontentement, cette forme particulière d'expression politique que représente, dans ces conditions, l'abstention, a constitué le fait politique clé de ces élections. Il s'agissait d'un avertissement clair adressé aux dirigeants du PS et du PCF. LE « SURSAUT » DU SECOND TOUR s'est traduit, soir du premier tour, par un échec électoral cuisant pour le PS et le PCF, échec que la droite espérait bien voir se transformer en débâcle au soir du second tour. La logique habituelle de ce genre d'élections, qui voit généralement le second tour confirmer et amplifier le mouvement du premier tour, pouvait le laisser croire. Mais, contre toute attente, une mobilisation, partielle mais réelle, des abstentionnistes du premier tour, est venue inverser la tendance générale.

C'est ainsi que la gauche a pu préserver des villes très menacées, où des ministres socialistes de premier plan étaient en lice : Marseille avec Gaston Defferre, Belfort avec Jean-Pierre Chevènement, Neavec Pierre Bérégovoy, Clichy avec Jacques Delors ... L'écart important que s'est donc réduit. L'impact politique de ce sursaut électoral de la gauche a été considérable : alors que la droite se préparait à triompher, l'avertissement donné à la gauche au premier tour se retournait contre elle au second. L'électorat ouvrier lui signifiait que, malgré ses désillusions et ses déceptions, il n'était pas prêt à lui laisser développer librement son entreprise de reconquête.

François Mitterrand, dans son discours du 23 mars, a interprété à sa façon ce mouvement, en expliquant qu'après avoir exprimé son « inquiétude », l'électorat lui avait redonné sa « confiance ». L'interprétation est plus qu'abusive, car rien ne permet de penser que l'avertissement du premier tour a été oublié au second. Par contre, ce qui est apparu de manière incontestable à tout le monde, c'est

Page 5

que, d'une part, par leur politique, le PS et le PCF démobilisent leurs électeurs, et, d'autre part, que seule la volonté de ne pas favoriser les projets de la droite a permis le sursaut du second tour. Une enquête établie sur la base de sondages concluait ainsi son analyse du scrutin : « Populaire et méfiant, cet électorat qui a volé au secours de la gauche est apparemment plus motivé par son hostilité envers la droite que par son attachement au gouvernement. (4) »

Ainsi, ce courant abstentionniste constitue un indice remarquable de l'état d'esprit d'une partie de la population laborieuse. Il s'agit, en effet, de travailleurs qui ont manifesté leur volonté de sanctionner le PS et le PCF pour leur politique gouvernementale. Mais cette réaction s'est manifestée sous une forme passive - le refus d'aller voter pour ces partis -et non, du moins a cette étape, en positif, par le geste de voter pour l'extrême. gauche et d'affirmer ainsi un appui à une politique alternative à celle des partis majoritaires (5).

En même temps, ces travailleurs ne sont ni démoralisés ni démobilisés au point de se désintéresser de l'enjeu des élections. Au deuxième tour, pour faire barrage à la droite, ils sont allés voter et ont inversé la tendance du premier tour, donnant ainsi une grande leçon politique que le gouvernement n'était pas décidé à entendre. En effet, après quelques belles paroles sur le thème : « Nous tiendrons compte de l'avertissement », ce fut l'annonce du plan d'austérité.

Le plan d'austérité, qui accompagne la troisième dévaluation du franc, engage une rupture dans la politique menée par la gauche depuis l'élection de François Mitterrand.

Certes, Jacques Delors a pu expliquer que son programme n'était « pas un changement, mais l'approfondissement de celui de juin 1982 (6) ». A cette époque, en effet, un tournant avait été opéré par le gouvernement qui, à l'occasion des mesures accompagnant la seconde dévaluation du franc, avait engagé une politique placée sous le signe de la « rigueur ». Cédant déjà aux pressions des milieux d'affaires internationaux, cette politique suspendait les objectifs jusque-là officiellement visés. Abandonnant la perspective de la relance par la consommation et le combat contre le chômage, le gouvernement se fixait pour priorité la lutte contre l'inflation et la défense du franc, qui s'est traduite par des économies budgétaires et le blocage des salaires.

En ce sens, Jacques Delors a incon-

Lionel Jospin, dirigeant du Parti socialiste, et François Mitterrand. (DR) testablement raison: le plan actuel d'austérité s'inscrit dans l'exacte continuité de la politique de rigueur engagée en juin 1982 (7). Mais les différences sont importantes : non seulement parce que le plan 1983 est beaucoup plus brutal, mais aussi parce qu'il prend une tout autre signification politique.

Cette politique apparaît débarrassée des artifices et des alibis dont prétendait se parer la « rigueur » de 1982. Cette dernière se présentait comme une cure provisoire, indispendable pour redresser une situation plus gravement hypothéquée qu'on ne le croyait par l'héritage légué par le régime précédent, situation qui devait étre corrigée rapidement si l'on voulait maintenir, sur des bases assainies, le cap d'une politique dont les grandes ambitions devaient rester inchangées.

Aujourd'hui, il ne s'agit plus de tenir ce type de discours, mais bien d'affirmer une orientation d'ensemble qui devrait être tenue jusqu'aux prochaines législatives de 1986.

Page 5

La conjonction des élections municipales, du remaniement gouvernemental, de la crise monétaire et des négociations auxquelles elle a donné lieu à Bruxelles dans le cadre du réajustement des parités des monnaies du système monétaire européen (SME), ont créé une situation de mini-crise qui a dramatisé les enjeux. Certaines rumeurs ont fait état d'une position, au sein des sphères gouvernementales, préconisant la rupture avec le SME et op tant pour un certain protectionnisme. Face à cette orientation, la décision finale de François Mitterrand est apparue

4. Libération, Paris, 30 mars 1983. 5. Sur la plate-forme et les considérants politiques de la liste unitaire LCR-LO, « La voix des travailleurs contre l'austérité ». voir Inprecor, numéro 144, du 28 février 1983.

6. Le Monde, Paris, 27-28 mars 1983 7. Pour une analyse des glissements successifs de la politique gouvernementale d'austérité, voir Inprecor numéro 145, du 14 mars 1983, « Le gouvernement Mitterrand, de l'austérité .. a la rigueur».

Page 6

comme un soutien à Jacques Delors, qui dirigeait les négociations de Bruxelles pour la France.

Jacques Delors sort en effet comme le grand vainqueur de

C'est lui qui, depuis toujours, prône une d'austérité et qui, pour cela, politique peut se revendiquer de la confiance des milieux d'affaires français et internationaux. Et il apparaît aujourd'hui comme le véritable vice-Premier ministre du troide Pierre Mauroy sième gouvernement formé le 22 mars dernier.

Incontestablement, Jacques Delors se trouve au cœur de ce nouveau gouvernement, dont toute la politique est organisée autour du plan d'austérité. Dans son discours du 23 mars, Mitterrand l'a avali-

Les mesures du plan Delors

- Un emprunt obligatoire égal à

10 % de l'impôt sur le revenu et sur les grandes fortunes (estimé à

20 milliards de francs).

- Des mesures visant au rétablissement de l'équilibre de la Sécurité sociale par :

- un prélèvement de 1 % institué sur l'ensemble des revenus imposables (soit entre 9 et 11 milliards de francs),

- un programme supplémentaire d'économies de 4 milliards de francs,

- un impôt supplémentaire sur les alcools et les tabacs,

- l'établissement d'un « forfait hôtelier » à la charge des personnes hospitalisées (ces deux dernières mesures devraient rapporter 13 milliards de francs),

- Des économies budgétaires de l'ordre de 15 milliards de francs, afin de maintenir le déficit du budget de l'Etat à 3% du produit intérieur brut (PIB) en 1983 et 1984.

- Réduction du déficit des grandes entreprises nationales (soit 7 milliards d'économie).

des tarifs publics (gaz, erectricité, téléphone, SNCF).

- Economie sur les budgets des collectivités locales et les grands travaux (4 milliards de francs).

- Hausse de fiscalité la sur produits pétroliers (5 milliards de francs).

- Encadrement des dépenses des touristes français à l'étranger (2 000 francs par adulte et par an, et

1000 francs enfant, par

1000 francs par personne pour chaque voyage). Les négociations menées avec les responsables des agences de voyage ont d'ores et déjà diminué l'impact de cette mesure pour les touristes utilisant les services de ces agences.

cette « crise ».

sée, non plus la lutte contre le chômage, mais le combat contre l'inflation et l'effort pour surmonter le déficit du commerce extérieur. « l'avertissement des municipales ». A ce propos, le Monde du 24 mars précisait : « Toutes ces indications montrent clairement que l'avertissement, élections municipales, du moins du "psychodrame" de Bruxelles, a été entendu : il faut redresser la balance commerciale, diminuer les déficits sociaux, freiner encore P evement l'inflation et, si possible, redonner confiance aux entreprises, surtout les petites et moyennes entreprises (PME), le tout sans soulever la réaction violente des syndicats ni la défiance du patronat ! » ANATOMIE les D'UN PLAN D'AUSTÉRITÉ ponction de 65 milliards de francs sur la demande globale, soit 2% du produit national brut (cf. encadré). Pour parvenir à plus cet objectif, qui suppose de restreindre considérablement les dépenses, le gouvernement utilise l'arsenal classique des politiques déflationnistes : augmentation des impôts, création de nouvelles taxes, épargne forcée, augmentation des tarifs publics et des prix des produits pétroliers, économies budgétaires et restrictions des dépenses en matière de santé.

nat sera, sais per satisfait,

PATRONAT

Le gouvernement Mauroy-Ill, de la rigueur à l'austérité. (DR)

donnant pour objectif premier

Ainsi, les

On est évidemment très loin de ménages, sinon des

Le plan Delors vise à opérer une de se distinguer.

Matamin

Jt. .

L'effort imposé est très important. mesures adoptées (incluant un emprunt forcé) représentent une augmentation de 25 milliards de franes de l'impôt sur le revenu, soit un alourdissement de 13% de la fiscalité directe. Cet effort va essentiellement porter sur les qui subissent une ponction supplémentaire de l'ordre de 37 milliards de francs sur leur revenu disponible.

Le fait que ces mesures, préparées de longue date, soient prises officiellement au lendemain de la crise monétaire, est une arme à double tranchant. Pour Jacques Delors, il s'agit de frapper un grand coup. Une mesure aussi spectaculaire et inefficace que le contrôle des changes pour les touristes français se rendant en vacances à l'étranger semble avoir pour fonction principale d'amplifier le choc. Il s'agit de faire comprendre à la population que le temps des illusions est fini et qu'au capitalistes mènent des politiques d'austérité, il n'est pas question pour la France

Mais, opérée dans ces conditions et aussi brutalement, une telle rupture dans le discours officiel du gouvernement se soldera par un prix politique à payer d'autant plus élevé qu'elle survient au lendemain même des élections municipales. Et cela, après que les dirigeants du PS et du PCF, ainsi que le chef du gouverne-

Page 7

ment lui-même, aient juré qu'il n'y aurait pas d'aggravation de la rigueur ! Et après l'engagement à tenir compte de l'avertissement donné par le résultat des élections municipales. Dans ces conditions, le plan d'austérité prend ouvertement l'aspeet d'un reniement pur et simple des promes-

Mitterrand, en supervisant le remaniement ministériel et en solennisant son intervention à la télévision, s'est efforcé d'amortir les effets de cette rupture politique. Tout en justifiant la nouvelle orientation politique, il a voulu replacer celle-ci dans une perspective qui serait celle de la continuité. D'où les changements limités dans la composition du gouvernement, le maintien de Pierre Mauroy au poste de Premier ministre et de la participation du PCF au gouvernement. consiste à laisser entendre qu'en passant du gouvernement Mauroy-I au gouvernement Mauroy III, l'« austérité », c'est une même politique qui se poursuit, avec presque les mêmes hommes ... Il reste qu'elle ne sera sans doute pas suffisante pour calmer les remous provoqués par la décision de mettre en œuvre, cynique, un plan d'austérité qui n'a rien à envier ni à ses prédécesseurs, ni à ses frères jumeaux des autres pays.

L'inconnue demeure évidemment, dans ces conditions, la réaction des traadoptant explicitement Torientation préconisée de longue date par Jacques Delors, François Mitterrand et Pierre Mauroy se sont donnés tort à eux-mêmes et ont invalidé leurs propres

A quoi bon avoir dénoncé l'héritage désastreux du régime giscardien en matière d'affaiblissement de l'industrie et de développement du chômage, si c'est pour reprendre aujourd'hui à son compte les mêmes objectifs économiques : la défense du franc, la lutte contre l'inflation et le déficit du commerce extérieur ? Et à quoi bon s'être réclamés d'une « autre logique économique » que celle des capitalistes si c'est pour justifier les difficultés rencontrées, expliquer l'hostilité des milieux financiers internationaux et appeler les travailleurs à la patience, au calme et à l'effort, si c'est pour infliger, aujourd'hui, une austérité sans précédent aux travailleurs, au nom des contraintes de l'économie capitaliste mondiale, de la place de la France dans le cadre de ses alliances et des exigences qui en découlent ?

Durant vingt-deux mois, Pierre Mauroy s'est efforcé, devant les travailleurs, d'harmoniser le lyrisme du verbe, sous le signe du changement à venir, avec le prosaisme d'une gestion capitaliste de la crise, toute en rigueur. Avec un plan d'austérité qui ne tolère ni nuance ni fausse note, un tel equilibre n'est plus tenable. D'autant qu'à présent, loin de l'« état de grace », c'est sous l'effet conjugué du double choc des municipales et de la mise en œuvre du plan Delors qu'il va falloir affronter la zone des tempêtes.

Francis SITEL 13 avril 1983.

Une erreur sur cette page ?