Les difficultés pour stabiliser la situation au Liban et l'échec des manoeuvres diplomatiques du roi Hussein de Jordanie
MOYEN-ORIENT
E dynamitage de l'ambassade des Etats-Unis à Beyrouth, le ls avril dernier,
La tentative de stabilisation de la situation dans toute la région, amorcée depuis septembre 1982 à l'initiative de l'impérialisme, a abouti jusqu'ici à un échec. L'impasse des négociations libano-israéliennes, qui traînent en longueur sans aucune perspective de succès à une échéance rapprochée, et la faillite de l'opération menée par le roi Hussein de Jordanie, annoncée le 10 avril, en sont une confirmation incontestable (1).
Pour comprendre les aspects essentiels de la situation actuelle au Proche-Orient, il faut revenir sur les événements qui ont suivi la fin de la bataille de Beyrouth, à la israélienne lancée contre les Palestiniens en
La reconstruction de l'Etat néo-colonial libanais a effectivement commencé et, de surcroît, le nouveau régime du président Amine Gemayel a été mis sur pied avec un consensus quasi universel. L'armée a été réorganisée, la capitale réunifiée et l'Etat a repris, début mars, le contrôle du port de Beyrouth, qui était auparavant exclusivement contrôlé par les milices phalangistes et représentait l'une de leurs principales sources de revenu. Par ailleurs, le Mouvement national (MNL), présidé par Walid Joumblatt, et le mouvement ouvrier libanais, sont loin d'avoir surmonté leur crise et, pour l'instant, ils n'ont aucune possibilité ni aucune intention d'ailleurs de contester le nouveau pouvoir central (2).
Ceci dit, la situation est loin d'être stabilisée, et l'Etat libanais est loin de contrôler effectivement le territoire national. En fait, il ne contrôle que la capitale et les zones avoisinantes.
LA SITUATION AU LIBAN
Dans le nord, des conflits sanglants ont éclaté fin décembre et début janvier entre des musulmans alaouites sous influence syrienne et des musulmans sunnites, unifiés, malgré leur hétérogénéité, par l'hostilité commune envers la Syrie. Dans la région de Tripoli, c'est toujours Rachid
Karamé, chef sunnite traditionnel et ancien Premier ministre libanais, qui joue le rôle prédominant, alors qu'à Zghorta, fief de l'ancien président Soleiman Frangié, ce chrétiens maronites adversaires des phalangistes qui font la loi (3).
Dans la région du Chouf, au sud de
Beyrouth, la situation n'a pas été stabilisée non plus. Des batailles se sont déroulées à plusieurs reprises entre les phalangistes et les Druzes de Walid Joumblatt, président du Mouvement national (MNL)
et dirigeant du Parti socialiste progressis-
Un an après
est hautement symbolique. suite de l'agression été 1982. politique dans la région. te (PSP). Toutes les sources d'information soulignent que l'armée israélienne a fait de son mieux pour attiser et prolonger les
Dans le sud, où opèrent aussi les milices chiites du groupe Amal, les sionistes ont encore élargi la zone leur fantoche, le « commandant » Saad Haddad, qui s'est opposé jusqu'ici à toute pénétration dans son fief, aussi bien de l'armée libanaise que des milices phalangistes. Détail significatif : il y a quelques mois, Haddad a décidé d'interdire l'activité de tous les partis politiques, y compris les phalangistes, dans la zone qu'il con-
Quant à la plaine de la Bekaa, proche de la frontière syrienne, elle reste sous le contrôle de Damas. Il faut ajouter, pour compléter cette description de la situation libanaise, que des forces palestiniennes sont toujours présentes, aussi bien dans la Bekaa que dans le nord. D'autre part, un rôle non négligeable est joué par les organisations chiites. Outre la présence de contingents d'Amal dans le sud, des éléments de la fraction d'Amal, dirigée par Hussein Moussavi, opèrent dans la Bekaa en accord avec les Syriens (à Beyrouth existe également une autre fraction
1. Philip Habib, représentant US, négocianuméro un, a déclaré le 16 avril au Caire, qu'« il ne voyait pas d'issue prochaine aux pourparlers sur le Liban » et qu'a il ne partageait pas les vues optimistes exprimées par différentes parties ».
2. Le Mouvement national libanais (MNL). diverses formations dont le Parti communiste (PCL) et le Parti socialiste progressiste (PSP) de Walid Joumblatt, a méme suspendu ses activités en vue d'une res-
Pour sa part, le PCL a amorcé une autocritique intéressante sous plusieurs angles. Son secrétaire général Georges Haoui a entre autres reproché aux Syriens « leurs hésitations et leur manque de clairvoyance manifeste » : à la résistance palestinienne de s'étre livrée à des surenchères « qui l'ont poussée amasser des quantités fabuleuses d'armements dans le seul but de consolider la position de
Le retrait des forces de l'Organisation de libération de la
Palestine (OLP) de Beyrouth et l'occupation israélienne d'une partie du Liban ont créé un rapport de forces plus favorable aussi bien au sionisme et à l'impérialisme qu'aux régimes arabes conservateurs. Les uns et les autres visaient à exploiter cette évolution de la situation pour contraindre l'OLP à renoncer à sa lutte pour la création d'un Etat palestinien réellement indépendant et à accepter une solution néo-coloniale, dont les termes précis resteraient par ailleurs à définir. L'émergence d'un Liban « normalisé » sous le contrôle des forces les plus réactionnaires, dominées par les phalanges chrétiennes, représentait une pièce maîtresse de la recomposition de la situation chiite dirigée par Nabil Behri). Il ne faut pas oublier non plus les Pasdars (combattants de la révolution) iraniens, qui sont, eux aussi, présents dans la Bekaa, et d'autres groupes se réclamant de l'idéologie khomeiniste, dont l'Organisation de la
Jihad islamique, qui a revendiqué la responsabilité de plusieurs attentats contre multinationale d'intervention
(nord-américains, français, italiens et brirécent dynamitage de
Pambassade des Etats-Unis à Beyrouth (4).
Finalement, malgré les restrictions qui leur ont été imposées, les milices phalangistes maintiennent dans une large mesure leur autonomie, et l'opération d'intégration dans l'armée libanaise reconstruite n'a pas été menée à bien jusqu'à maintenant. Pour utiliser une expression de Samir Kassir, correspondant du Monde diplomatique, les Forces libanaises des phalanges continuent à constituer « des structures para-étatiques ».
Les dirigeants sionistes qui contribuent, directement ou indirectement, à prolonger cette situation d'instabilité du
« nouveau » Liban, y trouvent toujours nouveaux prétextes pour prolonger leur occupation. En fait, ils craignent de ne pas pouvoir exploiter à fond l'opératelle ou telle tendance palestinienne » à son propre parti d'avoir été « timoré » dans la critique des abus commis par l'OLP, dont la mise sur pied au Liban d'un mini-Etat embryonnaire opposé au pouvoir légal et contrôlant de nombreuses régions du pays. En même temps, il a critiqué l'incapacité du Mouvement national libanais à organiser la vie quotidienne dans les zones qu'il contrôlait (voir un numéro revue Al Tarik, paru au début de 1983 et citée par le Monde des 17-18 avril 1983).
3. Le Monde diplomatique, février 1983.
A l'époque où cet article a été rédigé, les milices de Frangié déconnectaient tous les soirs les relais de diffusion de Télé-Liban pour le nord, à l'heure des informations officielles, et diffusaient leur propre journal parlé.
4. Libération du 9 avril 1983, El Pais du
économique, diplomatique, et du point de vue de leur politique intérieure — qu'ils ont lancée au mois de juin de l'an passé. Le leitmotiv servant à justifier l'invasion du Liban, qui consistait à prétendre assurer ainsi la tranquillité de leurs frontières, disparaît peu à peu, même de la propagande sioniste officielle. En réalité, ce que Menahem Begin et son gouvernement veulent, c'est obliger les Syriens à se retirer, chasser du Liban les forces de l'OLP qui s'y maintiennent, et provoquer un exode massif des réfugiés palestiniens. Ce n'est un secret pour personne que ce départ des Palestiniens était le but du massacre des camps palestiniens de Sabra et Chatila de septembre 1982 (voir Inprecor numéro 133 du 27 septembre 1982). C'est seulement dans la mesure où les dirigeants israéliens pourront atteindre ces objectifs qu'ils envisageront le retrait de leurs troupes.
La politique israélienne va donc à l'encontre de la stabilisation du Liban sur le plan politique, mais également sur le terrain économique. Voilà un aspect de la situation qu'il ne faut pas minimiser. Il n'est pas besoin de souligner à quel point la guerre a affecté l'industrie et l'agriculture libanaises. La relance de l'économie du pays est maintenant sérieusement entravée par la « libre » circulation des marchandises imposée par les forces d'occupation. Les dirigeants sionistes mènent de véritables opérations de dumping, en vendant à bas prix des produits de leur industrie alimentaire qui font concurrence aux produits libanais, aussi bien que des produits agricoles de base. L'agriculture du Sud-Liban se trouve donc particulièrement menacée. En même temps, les autorités israéliennes utilisent le Liban comme tremplin pour la pénétration économique d'autres marchés de la région. Dans les zones qu'elles contrôlent, l'on procède au réemballage de marchandises israéliennes pour falsifier leur origine. Ainsi, Israël peut les vendre, via Beyrouth, à d'autres pays arabes qui n'accepteraient pas de produits provenant ouvertement d'Israël. Autre manœuvre : le port israélien de Haifa a été ouvert aux marchandises destinées au Liban avec une taxe portuaire inférieure à celle pratiquée au port de Bey-
LA POLITIQUE DE LA SYRIE ET DE LA JORDANIE Une telle évolution de la situation au Liban ne peut que se répercuter sur l'attitude des Etats arabes les plus directement concernés.
La Syrie, dont le gouvernement ne peut pas faire abstraction d'une situation intérieure qui, malgré la répression et certaines apparences, reste précaire, se voit obligée d'accroître son poids spécifique par tous les moyens pour pouvoir mener à bien ses buts propres dans la région. Pour atteindre ces buts, elle cherche à renforcer ses positions en essayant d'élargir son influence sur certaines organisations palestiniennes. Le régime syrien tente ainsi de polariser les secteurs du
10X D200 ACNISH RODUCTS mouvement palestinien en désaccord avec la politique de Yasser Arafat, principal dirigeant de l'OLP. En second lieu — et cet élément est l'aspect le plus imporrégime syrien s'efforce réorganiser et d'augmenter son potentiel militaire en ayant recours, encore une fois, à l'Union soviétique. Le remplacement de son dispositif de missiles Sam-6, détruit par les attaques israéliennes au mois de juin 1982, par un dispositif plus efficace, basé sur des Sam-5, en est un
De son côté, la bureaucratie soviétique a tout intérêt à accepter les demandes d'un gouvernement qui, à l'heure actuelle, est le seul allié sur lequel elle puisse compter dans la région. Par ce biais, elle espère ne pas être entièrement coupée des grandes manœuvres politiques qui s'y développent (6).
A son tour, la Jordanie s'est vue obligée de monter encore une fois en première ligne. Depuis le tournant effectué par Anouar el Sadate en 1977, l'un des buts avoués de l'impérialisme a été de pousser la Jordanie à suivre le même chemin que l'Egypte. Mais pour toute une série de raisons - parmi lesquelles le fait que la population jordanienne est compo-
5. Voir notamment le Monde diplomatique, février 1983, le Monde, 16 février 1983, International Herald Tribune, 15 mars 1983. Revue d'études palestiniennes, numéro 7, El Pais, 6 décembre 1982
6. Les préoccupations syriennes ont été exprimées récemment par le quotidien pro-gouvernemental Tichrine, qui a rejeté l'idée d'un retrait simultané des forces syriennes et israélien-
Centre autres: « La Chtaura, dans la Bekaa libanaise, est plus proche de Damas que toute ville syrienne. Il est par conséquent impossible de séparer la sécurité du Liban de celle de la Syrie, dans l'état de guerre qui prévaut entre la Syrie et Israël. » envoyé par Reagan à la mi-avril 1983 au président syrien esquissait une petite ouverture, dans la mesure où il soulignait que « la résolution 242 du Conseil de sécurité (des Nations-Unies) s'appliqué à la Cisjordanie,
Soldats israéliens dans les rues de Gaza occupée. (DR) sée de Palestiniens dans une proportion de 55 à 60 %, les séquelles de la guerre de 1967, dont la perte de la Cisjordanie, etc. -, le roi Hussein dispose de marges de manœuvre beaucoup plus étroites que celles de Sadate. Il doit beaucoup plus tenir compte des réactions de l'OLP et de celles des autres Etats arabes. C'est pourquoi les pressions de Washington n'ont pas donné les résultats espérés (7).
retrait de l'OLP de Beyrouth, l'évolution du rapport des forces en faveur des Etats les plus modérés du camp arabe, la résolution adoptée par le sommet des pays arabes qui s'est tenu à Fès en septembre 1982, au lendemain de la victoire israélienne au Liban (voir Inprecor numéro 133 du 27 septembre 1982), offraient au gouvernement d'Amman la possibilité de prendre une initiative diplomatique. Dès le début des négociations qui ont été entamées entre l'OLP et les dirigeants des pays arabes, il est clair qu'Hussein cherche à concilier le « plan de paix » proposé par Reagan et celui qui a été adopté à la réunion de Fès. Il peut espérer y réussir, dans la mesure où Yasser Arafat et ses proches collaborateurs ont ments nuancés sur le plan Reagan et parlé même explicitement de ments possibles entre les deux plans en à la bande de Gaza et aux hauteurs du Golan ».
de Begin : « Seule la loi d'annexion prononcée par la Knesset (Parlement israélien) le 14 décembre 1981 prévaut pour le statut du plateau du Golan » (le Monde des 19 et 22 avril 1983).
7. Le correspondant du Monde à Amman résume comme suit des arguments qui seraient avancés dans les débats qui ont lieu dans les milieux dirigeants de cette capitale : « La Jordanie pourrait difficilement survivre à un isolement comme celui qu'a connu l'Egypte après conclusion des Accords de Camp David, d'autant plus qu'il lui en coûterait sans doute l'aide financière des pays pétroliers. En outre, en cas d'échec, le monde arabe ferait du royaume ha chémite un bouc émissaire, ce que les dirigeants jordaniens veulent à tout prix éviter. » (Le Monde des 27-28 mars 1983).
question (8). Plus concrètement, ils s'efforcent d'obtenir de l'OLP qu'elle n'avance pas la reconnaissance du droit des Palestiniens à un Etat indépendant comme préalable aux discussions et qu'elle accepte un compromis sur la question de sa participation, refusée par Israël, aux négociations. Pour sa part, Hussein avance comme conditions, outre une participation palestinienne aux négociations, le retrait des Israéliens du Liban et le gel des implantations juives dans les territoires occupés.
Il est évident que le prolongement sine die de l'occupation israélienne du Sud-Liban et la décision de Menahem Begin de multiplier les implantations sionistes dans les territoires occupés mettent Hussein dans une très mauvaise posture. Quant à l'OLP, il lui est impossible, dans un tel contexte, d'envisager d'autres concessions, qui seraient unilatérales et gratuites. «Je n'ai pas les moyens de faire des cadeaux à Israël et aux Etats-Unis » a pertinemment déclaré Yasser Arafat le 15 février dernier. C'est pourquoi, début avril, la direction de l'OLP faisait connaitre à Hussein qu'elle ne renonçait pas à la condition préalable de l'acceptation du droit à l'indépendance palestinienne et maintenait sa demande de participation directe aux négociations. Elle réitérait en même temps le jugement négatif sur le plan Reagan exprimé par son Conseil national, réuni en février à Alger (9).
Hussein décidait, en riposte, de retirer pour l'instant son épingle du jeu, en déclarant que la Jordanie laissait désormais à l'OLP et au peuple palestinien « les moyens de sauvegarder leur territoire et de réaliser leurs objectifs ». Arafat s'empressait de faire savoir, pour sa part, que les relations entre Jordaniens et Palestiniens n'étaient pas rompues et qu'il y avait eu « un malentendu sur certains points ». Par la suite, le Comité central du Fath se prononçait explicitement pour la reprise des pourparlers (La Presse, 26 avril 1983). Cependant, les efforts diplomatiques engagés depuis des mois se soldaient par un échec.
LE CONSEIL NATIONAL
PALESTINIEN C'est au mois de février qu'a eu lieu, après une préparation assez mouvementée, la XVIe session du Conseil national palestinien (CNP). Yasser Arafat l'abordait dans des conditions difficiles. Il était essentiel pour lui de faire la preuve que le retrait palestinien de Beyrouth, tout en impliquant un affaiblissement militaire de l'OLP, pouvait s'avérer payant sur le terrain politico-diplomatique. Les résultats qu'il pouvait présenter n'étaient pas encourageants. Il y avait, certes, eu des ouvertures de la part de certains gouvernements d'Europe capitaliste, notamment la Grande-Bretagne, qui avait renoncé à son intransigeance en acceptant la présence d'un membre de l'OLP dans la délégation des pays arabes qui avait visité le pays sur décision du sommet de Fès. Mais sur les points cruciaux, comme, avant tout, la reconnaissance du droit à
Extraits de la résolution du CNP d'Alger
L'UNITÉ NATIONALE PALESTINIENNE
* La résistance courageuse au Liban et à Beyrouth a concrétisé l'unité na-
l'auto-détermination, aucun progrès n'avait été enregistré.
Par ailleurs, dans le camp palestinien, la situation de crise entraînait une série de conséquences. Des manifestations de mécontentement et de démoralisation se sont produites parmi les réfugiés au Liban, qui avaient le sentiment d'avoir été abandonnés à leur destin. Des contestations ouvertes ont eu lieu parmi des fedayins transférés dans d'autres pays
8. Voir notamment la déclaration de Nabil Shaat, conseiller d'Arafat, qui affirme entre autres choses : « L'OLP n'a pas rejeté le plan Reagan, mais seulement ses lacunes en ce qui concerne nos droits. (...) Nous cherchons le moyen de rapprocher le plan Reagan du projet arabe de Fès. (...) Nous envisageons, par exemple, la possibilité d'introduire dans le plan Reagan principe du référendum pour l'exercice de notre droit à l'autodétermination et celui de la mise en place d'une force multinationale dans les territoires occupés même avant un retrait ainsi que le droit au retour. " (Le Monde du 8 décembre 1982).
Rappelons, par ailleurs, que dans une déarabes, en Tunisie par exemple. Qui plus est, une véritable offensive avait été déclenchée par des organisations et des dirigeants palestiniens se différenciant de l'orientation de Yasser Arafat. Par exemple, au mois de décembre, Abou Saleh, l'un des porte-parole de la gauche de l'OLP, avait critiqué les contacts établis par Arafat avec les dirigeants jordaniens, de même que le voyage en Egypte d'Abou Zaïm, l'un des adjoints militaires du pré claration faite à Alger à la mi-février, le président du CNP, Khaled Al Fahoum, a précisé que la réalisation des droits nationaux du peuple palestinien impliquait « notamment le droit à un Etat en Cisjordanie et à Gaza avec pour capitale Jérusalem » (Libération, 17 février 1983).
9. Sur la base de certaines informations et de certains passages de la déclaration du gouvernement jordanien du 10 avril de cette année, on pourrait tirer la conclusion que le point de vue d'Arafat. favorable à une négociation ultérieure, aurait été minoritaire. Il nous est difficile de vérifier le bien-fondé d'une telle interprétation.
sident de l'OLP. Par ces initiatives, aux dires d'Abou Saleh, ce dernier s'était « pla-
Deux mois auparavant, une attaque avait été lancée par le côté syrien. Ahmed Iskander, avait contesté à Arafat le droit de parler au nom de l'OLP dans ses pourparlers avec Hussein (11). Le président syrien Hafez-el-Assad lui-même n'avait pas fait mystère de ses divergences avec Yasser Arafat. A l'occasion de la réunion de décembre du Conseil central de
(CCOLP), deux organisations d'obédience syrienne, la Saika et le Front de lutte populaire (FLP) s'étaient exprimées dans le même sens. Le Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-C) d'Ahmed Jibril avait pris une attitude analogue. En janvier, le Front démocratique et populaire de libération de la Palestine (FDPLP) de Nayef Hawatmeh, le FPLP-C, la Saika, le FLP et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache ont manifesté une opposition plus spectatulaire en diffusant en Libye une déclaration rejetant non seulement le plan Reagan mais aussi les décisons du sommet
Pour Yasser Arafat, il s'agit donc de reprendre en main la situation et de s'assurer, après la session du CNP, une plus grande marge de manœuvre. Pour obtenir ces résultats, et dans le cadre d'une situation où toutes ses démarches diplomatiques n'avaient pas eu de réelle contrepartie, il se devait de radicaliser ses prises de position en réaffirmant, entre autres, la nécessité de la lutte armée, en condamnant le plan Reagan, en modérant ses ouenvers l'Egypte, en ses distances par rapport aux éléments les plus modérés, et en adoptant une attitude plus prudente dans les rapports avec des personnalités israéliennes opposées à
La résolution finale de cette session du CNP reflète ces orientations. Elle contient en particulier un soutien chaleureux au plan proposé par Brejnev. Il s'agit-là d'une démarche qui répond à des besoins internes, mais une portée diplomatique guit surto
'est pourquoi la tâche d'exalter le rôle et la politique de PURSS a été confiée au chef de la diplomatie palestinienne, Farouk Kaddoumi. En effet, d'un côté, le soutien de l'OLP au plan Brejnev satisfait la Syrie et donne apaisements aux organisations qui avaient critiqué Arafat avec l'encouragement syrien et celui de Khadafi. De l'autre, il représente un avertissement aux puissances impérialistes et aux gouvernearabes modérés. On ne saurait pourtant oublier que le plan Brejnev implique la reconnaissance de l'Etat d'Israël. Le jeu est done vraiment subtil ...
Quoi qu'il en soit, le cadre de l'OLP a été maintenu et ses institutions politiques, sociales et culturelles seront re-
En même temps, le principe de l'unification des groupes militaires
« armée nationale palestinienadopté. Finalement, Yasser
Arafat a vu son autorité maintenue (14). Quant à la résolution adoptée, il vaut la peine de citer un commentaire savoureux émanant d'amis d'Arafat, dans les couloirs, à l'issue de la session du Conseil : « Généralement, les résolutions adoptées peuvent être interprétées de neuf façons différentes pour satisfaire toutes les organisations qui composent l'OLP, mais c'est la sienne, la dixieme, qu Arafat met en pratique. »
Les organisations qui s'étaient lancées dans les opérations de contestation mentionnées plus haut n'ont pas de quoi
Leurs porte-parole ont exprimé des propos apparemment radicaux, dont le but était de maintenir le moral de leurs troupes et de resserrer certains liens diplomatiques avec des régimes de la région. C'est le cas notamment du discours d'Hawatmeh, dirigeant du FDPLP, qui a fait l'éloge de la Syrie, présentée comme base de la révolution palestinienne. Mais ces courants se sont avérés incapables, encore une fois, d'exprimer une alternative à l'orientation d'Arafat et de la majorité de son organisation, le Fath, lors d'une échéance importante. A l'avenir, ils continueront fort probablement à faire alterner les déclarations fracassantes avec des ralliements aux modérés de l'OLP sur les questions décisives (15).
LES PROJETS
DES DIRIGEANTS SIONISTES
ET LA POLITIQUE DES ETATS-UNIS
Une constatation élémentaire s'impose pour tirer un bilan d'ensemble de la situation dans la région. Aucune des forces politiques en présence — que ce soient les diverses ou les différentes tendances du Mouvement national palestinien - mesure de mettre effectivement en pratique leurs propres projets. Mais tous peuvent entraver sérieusement, et même contribuer à réduire à néant, les projets d'autrui. Cette considération ne vaut pourtant que très partiellement pour l'Etat sioniste. Celui-ci peut non seulement exercer, de toute évidence, une action de blocage très efficace, voire décisive, sur les projets et les opérations politico-diplomatiques qui ne lui conviennent
10. Le Monde, 11 décembre 1982. 11. Libération, 12 octobre 1982, Corriere 12. Le Monde, 18 janvier 1983. (D'après le Monde diplomatique de mars 1983, ce seraient six organisations qui se seraient réunies à Tripoli, en janvier, mais elles ne sont pas énumérées.) D'après Khadafi, la réunion avait mis au point « un programme d'action politique et militaire de la résistance palestinienne » en accord avec la Libye (qui, rappelons-le, n'avait pas participé
13. Arafat avait renoncé à poser comme au rétablissement des rapports avec ¡'Egypte le rejet des accords de Camp David (cf. le Monde, 19 janvier 1983). La résolution du CNP réaffirme, bien qu'avec des formules relativement souples, la nécessité pour le gouvernement égyptien de rejeter ces accords.
En ce qui concerne l'attitude envers l'aile modérés, il faut souligner qu'Issam n'avait pas pu prendre la parole à la réunion, et qu'à la suite de cela, il avait démissionné du pas, mais aussi avancer concrètement dans la réalisation de sa stratégie à court et à moyen terme.
Il suffit de rappeler l'attitude de Menahem Begin au moment du tournant pris sur les rapports avec l'Egypte. Son attitude de l'époque peut se synthétiser sous la forme du triple « non » adressé à Sadate : non au retour aux frontières de 1967, non à la restitution de la partie occidentale de Jérusalem, non à l'Etat palestinien indépendant. Depuis sa dernière agression au Liban, Israël est incontestablement en meilleures conditions pour mener à bien, malgré les difficultés extérieures et intérieures qu'il rencontre, sa stratégie de consolidation des conquêtes de 1967 et d'élargissement de ses marges de manœuvre. La colonisation accélérée des territoires occupés par Israël est devenue désormais un volet essentiel cette stratégie. Au fur et à mesure qu'elle se concrétise, la composition même de la population des zones concernées subit des changements profonds. Le projet existe, à l'implantation d'une soixantaine de nouveaux centres de colonisation d'ici à 1987, ce qui constitue une augmentation de 50 % par rapport au nombre d'implantations actuelles dans ces territoires. Malgré tout, Begin continue et continuera à apparaître comme le seul allié stratégique crédible pour l'impérialisme dans cette région. Il a maintenu fondamentalement ses positions sur le terrain de la politique internationale.
Il est à peine besoin de souligner que si Begin a pu et peut espérer mener ses objectifs à bien, à court et à moyen terme, c'est aussi grâce à l'attitude des autres forces politiques israéliennes. Les massacres de Sabra et Chatila avaient provoqué une crise majeure en Israël. Mais Begin a pu remonter la pente parce que l'opposition travailliste — par ailleurs toujours divisée — n'a pas d'orientation vraiment alternative, et parce que le mouvement Paix maintenant (Peace Now) lui-même n'a pas su exploiter à temps toutes les potentialités du mouvement de masse qu'il avait contribué à faire naître (16). Cette donnée de la situation ne changera pas à courte échéance. Une confirmation en est
14. Le CNP a été élargi à l'initiative d'Arafat, notamment par l'élection de 23 militaires sur lesquels Arafat a et aura une autorité en tant que chef des forces armées de P'OLP. La plupart de ces militaires venaient de camps situés en Syrie ou dans des zones contrôlées par
Par ailleurs, les pouvoirs décisoires du Comité exécutif du CNP ont été accrus, ce qui pourra lui permettre de prendre davantage décisions en dehors d'une convocation du
15. Rappelons que Georges Habache, dont l'organisation, le FPLP a signé la déclaration Aden, à l'engagement commun des dirigeants de POLP d'accepter comme base les résolutions du sommet de Fés (le Monde, 18 décembre 1982). Quant à Jibril, du FPLP-C, il a repris ré cemment sa gymnastique habituelle, en se félicitant de l'assassinat du « modéré » Issam Ser-
16. Cf. à ce sujet l'article de Michel Warschawski dans Inprecor numéro 114 du 28 fé-
Rencontre entre Hussein de Jordanie et Yasser Arafat à Amman, le 2 avril dernier. (DR) fournie par les sondages et les appréciations presqu'unanimes selon lesquels, si des élections avaient lieu maintenant, Begin remporterait une victoire plus nette encore qu'aux précédentes élections.
Cependant, la résistance qui s'amorce au Sud-Liban et les pertes que l'armée israélienne a déjà subies (17) sont une première indication majeures auxquelles finira par se heurter une stratégie inspirée par les fondements idéologiques du sionisme et les nécessités politiques du maintien de son Etat. Cela n'empêche pas que, dans les conditions actuelles, à court et à moyen terme, la sioniste ait dans son jeu des atouts plus décisifs que ceux de tous ses adversaires dans la région.
En ce qui concerne la politique des Etats-Unis, il est de leur intérêt, aujourd'hui, de continuer à miser sur l'Etat sioniste comme base essentielle de leur stratégie dans la région. En effet, en premier lieu, à l'étape actuelle, il n'existe dans la région aucun Etat qui puisse prendre la relève du rôle qu'avait joué l'Iran du Chah comme pilier de la stratégie impérialiste néo-coloniale. De ce point de vue, les choses n'ont pas progressé beaucoup du côté de l'Egypte depuis Camp David, et en ce qui concerne l'Arabie Saoudite, sa faiblesse intrinsèque sur le plan social et politique risque d'être accentuée dangereusement par la chute de la production pétrolière, et done de celle des revenus du pays (18). Pour Washington, le problème n'est done pas de comprendre qu'il est dangereux de ne miser que sur Israël, mais qu'il n'y a pas, aujourd'hui, de choix alternatif concret. En second lieu, aucune pression politique ne saurait, par elle seule, amener la direction sioniste à rectifier son cours. Dans l'hypothèse où cela serait dans les intentions de Washington d'y parvenir, sa seule chance serait de couper l'aide économique en menacant Israël d'asphyxie. C'est un risque qu'aucun dirigeant américain n'est disposé à courir, encore moins dans une période qui est déjà, de fait, prélectorale (19). En réalité, loin d'être suspendue ou substantiellement ré duite, l'aide économique et militaire provenant des Etats-Unis sous différentes formes est à nouveau en train de croître (20).
Au blocage qu'oppose la direction sioniste à toute concession un tant soit peu sérieuse aux Palestiniens, s'ajoute celui que constitue le refus de la direc tion impérialiste nord-américaine d'imposer à Israël un changement substantiel de sa stratégie. Cela conduit done à une situation d'impasse, avec toutes les conséquences qui peuvent en découler (21).
En ce qui concerne la résistance palestinienne, la conséquence en sera que Yasser Arafat, et plus généralement les modérés de l'OLP, ne pourront mettre en pratique leurs options. En même temps, une relance de la lutte sur le terrain révolutionnaire se heurterait, vu le nouveau encore plus grandes. La possibilité que s'ouvre une nouvelle étape de la lutte de libération nationale est liée à l'adoption par la résistance palestinienne d'un stratégique basé sur l'organisation et la mobilisation des masses dans les territoires occupés, l'organisation et la mobili-
17. Selon des chiffres officiels, les attentats contre les forces israéliennes au Liban auraient provoqué, au 15 avril dernier, 96 morts et 126 blessés (le Monde, 20 avril 1983).
18. La production de pétrole saoudien a subi une réduction très importante, de plus de 50 % par rapport au moment de sa production maximale.
19. D'après certains sondages du Chicago Council for Foreign Relations. la * cote d'amour » pour Israël, tombée à 32 % après Sabra et Chatila, est remontée à 48 %. (Le Monde du 20 avril 1983).
20. Indication significative : tout a fait récemment, Israël a été autorisé à acheter des pièces de production américaines pour un nouvel avion de chasse.
21. La situation d'impasse est bien saisie dans un éditorial du New York Times, repris par l'International Herald Tribune du 19 avril dernier.