Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHAD

Non à l'intervention française !

· Inprecor n° 155, 18 juillet 1983 · p. 36, 35 · 875 mots

France Afrique

au Tchad

C'est à une véritable guerre de chefs autour d'un Etat néo-colonial moribond que l'on assiste au Tchad depuis maintenant plusieurs années. Evincé du pouvoir deux années auparavant, c'est en juin 1982 qu'Hissène Habré s'est installé par la force à N'Djamena, avec l'aide du Soudan et de l'Egypte. Il réussissait ainsi à renverser le « Gouvernement d'unité nationale » de Goukouni Oueddeï, soutenu par la Libye et alors reconnu par l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et le gouvernement français. Les armes tardivement envoyées par le gouvernement de François Mitterrand à Goukouni, une semaine seulement avant sa chute, finiront entre les mains des combattants d'Hissène Habré.

Fin juin 1983, c'est Goukouni Oueddei et le colonel sudiste Kamougué, regroupés dans une coalition de vaincus, qui parviennent à reprendre la ville de Faya Largeau au nord. Ils progressent depuis lors vers l'Est du pays où ils occupent Abéché et menacent N'Djamena et le pouvoir d'Hissène Habré. Ils bénéfi-. cient d'une aide de la Libye, dont les visées expansionnistes ne sont plus à démontrer, depuis que ce pays occupe la bande d'Aozou, dans le nord tchadien, région que l'on dit riche en uranium.

Le gouvernement français a réagi rapidement pour appuyer le prétendu gouvernement « légitime » du Tchad. Deux jours après la chute de Faya Largeau, le 24 juin dernier, Christian Nucci, ministre chargé de la Coopération et du développement, se rend à N'Djamena pour assurer Hissène Habré du soutien français. C'est ensuite au rythme de 50 tonnes par jour que lui sont acheminées les armes françaises. Des conseillers techniques civils des firmes d'armement sont déjà sur place pour entraîner les troupes tchadiennes à leur maniement. Un contingent de soldats zaïrois formé par des instructeurs français est aussi à pied d'œuvre. Et Mitterrand ne cache pas que« la France respectera ses engagements, sans limite », et ce en vertu d'un accord militaire signé en 1976, qui prévoit aussi l'envoi éventuel de personnels militaires français (le Monde, 29 juin 1983).

Au-delà de l'hypocrisie qui consiste à présenter l'engagement français à l'image de la manière dont Ronald Reagan justifie son intervention aux côtés des dictatures centro-américaines, l'intervention impérialiste française au Tchad est déjà une réalité. Elle se situe dans le droit fil de la

Communiqué

L'intervention française au Tehad chefs ».

troupes formées par les militaires français depuis plusieurs années.

re, et nullement au profit des populations locales.

d'organiser des interventions comme celle du Zaïre.

de son côté.

- Troupes françaises hors du Tchad !

- Abrogation des accords de coopération militaire !

Troupes francaises au Tchad, en 1981. (DR)

politique menée par les gouvernements réactionnaires précédents qui envoyèrent à plusieurs reprises les militaires français se battre dans ce pays. L'affrontement de « seigneurs de la guerre » auquel nous as(suite page 35)

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sistons aujourd'hui est d'ailleurs en grande partie le leg de cette période.

A force de manipulation des diverses cliques militaristes locales par l'impérialisme et les Etats limitrophes au nom de leurs intérêts spécifiques, la dynamique centrifuge ainsi créée a pris des dimensions telles que l'existence même de l'Etat et de la nation tchadienne est aujourd'hui remise en question. Face à des conflits armés qui cartellisent les populations locales sur des bases ethniques ou ré gionales et les utilisent comme chair à canon, les masses populaires tchadiennes en sont réduites à la misère, à l'exil permanent et à la mort. Se ranger du côté du vainqueur pour éviter d'y laisser sa peau, à peu près la seule latitude qui reste aux combattants tchadiens et à leurs proches entraînés dans ces aventures guerrières lorsque leur fraction est défaite

Seul donc l'arrêt de ces affrontements endémiques, qui minent l'existence quotidienne du peuple tehadien, et la paix, constituent des objectifs dignes de répondre à ses aspirations profondes. Or, ce n'est certes pas en ce sens qu'est intervenu le gouvernement français en introduisant des dizaines de tonnes d'armes nouvelles dans ces combats. En pleine période de politique d'austérité pour les travailleurs, le gouvernement roy a choisi de faire marcher l'industrie militaire française aux dépens des masses populaires tchadiennes.

La référence à l'accord de coopération militaire signé entre le Tehad et la France en 1976 pour justifier cette aide, montre clairement que le gouvernement Mitterrand est prêt à se laisser entraîner jusqu'à une intervention militaire directe, que réclame d'ailleurs déjà Hissène Habré qui se trouve en difficulté. Ce faisant, Paris utilise cyniquement le Tchad et la dénonciation des menaces de déstabilisalibyenne contre ce pays comme un prétexte pour illustrer sa fermeté et ne d'autres Etats africains auxquels l'impérialisme français continue à être profondément lié. C'est de cette manière que le gouvernement Mitterrand entend rer la pérennité des intérêts impérialistes français dans cette région, en montrant que la France est la meilleure garante du maintien en place des dirigeants néo-coloniaux corrompus.

temps qu'une politique soit menée en ce domaine. Et seule la prise en compte des intérêts des peuples concernés, au mépris de ceux des marchands de canon et des dirigeants fantoches locaux, pourra y conduire. C'est donc avant tout aux travailleurs français et à leurs organisations qu'il revient de se mobiliser contre cette intervention impérialiste, pour éviter l'engrenage classique des guerres coloniales et en seul camp qui aujourmérite, celui populations tchadiennes, massacrées, ma-

Vincent KERMEL, 10 juillet 1983.

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