POLOGNE Rifeste la continuité IEN ne témoigne de façon plus ma-
Centre l'actuel gouvernement polonais du général Jaruzelski et ceux de Gierek de la décennie précédente que les procès intentés aux militants de l'ex-Comité d'autodéfense sociale (KOR). Celui de quatre d'entre eux - Jacek Kuron, Adam Michnik, Zbigniew Romaszewski et Henryk Wujec - va s'ouvrir dans quelques jours, si l'on en croit le porte-parole du gouvernement.
Les quatre accusés ont été parmi ceux qui, les premiers, se sont élevés contre l'arbitraire bureaucratique, lorsque après les grèves de juin 1976, la répression s'est abattue sur les travailleurs de Radom, Ursus, Plock et d'autres villes de Pologne. Ils ont alors participé à la mise en place d'un réseau d'aide aux familles des ouvriers réprimés qui allait donner naissance au KOR. C'est grâce à leur action que les grévistes, dont certains avaient été condamnés à des peines allant jusqu'à dix ans de prison, ont été finalement libérés à la faveur d'une amnistie octroyée en été 1977. Pour la première fois, la bureaucratie polonaise était amenée à reculer devant la pression sociale que l'action du KOR avait favorisée.
A la suite de cette première victoire, le KOR va diversifier son activité. C'est alors qu'apparaît, en septembre 1977, le bulletin Robotnik (l'Ouvrier), et qu'est fondé le Bureau d'intervention du KOR. Robotnik, qu'anime alors, entre autres, Henryk Wujec, permettra un large échange d'expériences entre travailleurs, brisant leur isolement et conduisant à l'apparition dans les usines de groupes d'ouvriers organisés, dont certains apparaîtront ouvertement en tant que comités constitutifs de syndicats libres. Le Bureau d'intervention, animé par Zbigniew et Zofia Romaszewski, s'attellera, quant à lui, à procurer aide juridique et matérielle à tous ceux qui ont été victimes de l'arbitraire, jouant en Pologne un rôle semblable à celui du Comité de défense des personnes injustement poursuivies (VONS) tchécoslovaque.
Parallèlement à ces deux initiatives naîtront alors diverses revues et éditions indépendantes, au sein desquelles Adam Michnik, par ailleurs animateur de l'Université volante (qui donnait des cours militants, en toute indépendance par rapport à l'enseignement gouvernemental), jouera un rôle clé.
Les bureaucrates
contre les militants du KOR
Dès l'éclatement des premières grèves en juillet 1980, les militants du KOR mettront en place une « banque d'informations », dont l'activité permettra de surmonter l'isolement des entreprises en grève tout en faisant connaître le mouvement, au jour le jour, aux travailleurs du monde entier. Le standard téléphonique établi dans l'appartement de Jacek Kuron fonctionnera ainsi jusqu'à l'arrestation, le 20 août, de dix-huit militants du KOR. Ils seront tous relâchés après la signature des accords de Gdansk, le 31 août, à la demande expresse des grévistes du chantier Lénine.
Quelles qu'aient pu être ses faiblesses, le KOR a joué un rôle dans l'émergence d'un mouvement ouvrier indépendant en Pologne, et c'est bien cela que la bureaucratie entend faire payer aux militants du KOR aujourd'hui.
Après la fondation de Solidarité, les militants du KOR se sont activement engagés dans la construction du syndicat indépendant, soit comme experts - tels Jacek Kuron ou Adam Michnik -, soit comme membres des directions syndicales dans leurs régions (Wujec et Romaszewski étaient membres de la direction de Solidarité de la région de Varsovie, ce dernier étant par ailleurs élu à la Commission nationale du syndicat lors de son ler Congrès).
Au sein de Solidarité, ils se sont toujours prononcés pour la recherche d'un compromis avec le pouvoir en place, qu'ils considéraient comme une garantie face au danger de l'intervention soviétique. Partisans de l'« autolimitation » de Solidarité, ils ont contribué à propager l'illusion d'une stabilisation à long terme des rapports de forces issus de la victoire de Gdansk, illusion qu'ils allaient payer immédiatement lors du coup de force du 13 décembre 1981.
Romaszewski fut le seul parmi eux à échapper alors à l'arrestation. Il participa à la mise en place de Radio Solidarité à Varsovie, et se prononça, au printemps 1982, pour la préparation de la grève générale. Jacek Kuron, interné au camp de Bialoleka, avait également réussi à faire passer des textes allant dans ce sens. Romaszewski, arrêté fin août 1982, a été condamné à quatre ans et demi de prison pour son action au sein de la résistance.
Accusés d'avoir tenté de renverser le régime par la force — ce qui, à la lumière de leurs prises de position durant les quatorze mois d'existence légale de Solidarité est absurde , ils risquent d'être condamnés à des peines allant de cinq ans de prison à la mort. A travers eux, c'est Solidarité tout entier qui sera jugé, car ils en incarnent tant la « préhistoire » que l'histoire tout court, eux qui furent au nombre des dirigeants syndicaux de premier plan. Face à ce procès, une action de solidarité de l'ensemble du mouvement ouvrier international s'impose, dans l'unité la plus large. Nous en serons.
Cyril SMUGA, 28 septembre 1983. Répression d'une manifestation à Wroclaw. (DR)