PRES plusieurs mois d'affrontements et une intervention directe des forces impé-
• rialistes dans les combats, dont celle de l'aviation française (cf. Inprecor numéro
-157, du 26 septembre 1983), un cessez-le-feu a finalement été proclamé au Liban, le 25 septembre dernier. Celui-ci n'est que le plus récent d'une longue série, dans
Pour comprendre ce nouvel épisode de la guerre du Liban et sa possible évolution, il faut le resituer dans le contexte de la situation créée par l'invasion israélienne cessez-le-feu ce pays où la guerre semble interminable et a souvent changé de visage. du pays, en juin 1982.
L'opération « Paix en Galilée », déclenchée par le Premier ministre Menahem Begin et son ministre de la Défense, Ariel Sharon, en juin 1982, avait deux objectifs. Un premier objectif, minimal, atteint dès les premiers jours de l'invasion, à savoir l'occupation d'une zone de 45 km de profondeur au Liban-Sud, zone délimitée par la rivère Awali. Et un second objectif, maximal celui-là, cher à Sharon, à savoir la destruction de l'infrastructure autonome de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et l'établissement, à Beyrouth, d'un gouvernement central fort, allié à Israël. Les dirigeants sionistes ne se cachaient point de vouloir permettre à Béchir Gemayel, leader des Forces libanaises - milices chrétiennes fascistes, alliées d'Israël - d'accéder à la présidence de la République libanaise. DE L'INTERVENTION ISRAÉLIENNE
AU GOUVERNEMENT D'AMINE GEMAYEL Ce second objectif faillit être atteint. Begin et Sharon obtinrent le retrait combattants palestiniens de Beyrouth, leur dernière place forte autonome, et parrainèrent l'« élection » de leur allié, Béchir Gemayel, au poste qu'il briguait. C'est là, cependant, que les problèmes commencèrent. Emporté par son simplisme réactionnaire, Ariel Sharon oubliait qu'à la différence de son homologue égyptienne, la bourgeoisie libanaise ne pouvait survivre à un boycott de la part des pays arabes.
Tirant en effet l'essentiel de ses profits de ses relations avec l'« hinterland » (arrière-pays) arabe, la bourgeoisie libanaise ne peut, en effet, s'offrir le luxe d'une rupture avec celui-ci. C'est pourquoi Béchir Gemayel lui-même, une fois « élu », dut adapter ses ambitions politiques. Il dut se rétracter quant au traité de paix qu'il avait promis aux dirigeants israéliens et leur offrir en échange la promesse d'un pâle traité de sécurité. Il chercha à se libérer de l'hypothèque israélien-
LIBAN
Les enjeux du dernier
ne en multipliant les déclarations d'allégeance aux Etats-Unis. Mais, en définitive, le leader fasciste serait resté tributaire d'Israël, son contestée par la Syrie et par la grande majorité des courants politiques musulmans libanais. Son assassinat, septembre 1982, mit fin à toutes les supputations en ce domaine.
par le Parti phalangiste - parti bourgeois chrétien réactionnaire - pour succéder à son frère assassiné, Amine Gemayel fut élu à son tour à la présidence de la République libanaise, mais dans des conditions autrement plus favorables. Alors que l'armée israélienne, prenant prétexte de l'assassinat de Béchir, avait occupé Beyrouth et s'était emparée des énormes stocks d'armes de la gauche libanaise, y compris de ceux que lui avait légué la résistance palestinienne, Amine Gemayel put jouir, lors de son élection, du plus large consensus national jamais réalisé autour d'un président libanais au début de son mandat.
L'unanimité de la bourgeoisie libanaise, toutes communautés confondues, rare en soi et devenue impossible depuis fort longtemps, se refit néanmoins autour de lui. La gauche libanaise elle-même, staliniens et nassériens notamment, proclama ses bonnes dispositions son égard. Quant à la population libanaise, elle ne pouvait, dans ces conditions, se de sept années de guerre, la population libanaise espérait ardemment avoir trouvé son « sauveur ». Qui plus est, l'unanimiautour d'Amine Gemayel dépassa le cadre national pour s'étendre à l'ensemble des Etats arabes de la région et aux grandes puissances de la planète. La Syrie, qui avait dénoncé avec véhémence l'élection de Béchir Gemayel, adressa ses féliles dirigeants israéliens et les fascistes des ment due à sa réputation de « modéré »
- contrairement à celle de son frère assassiné —, soucieux de préserver de bons liens entre le pouvoir et les musulmans libanais, et entre le Liban et les Etats arabes de la région. Beaucoup plus représentatif des intérêts bien compris de la bourgeoisie libanaise que ne l'était son frère, Amine Gemayel, lui-même homme d'affaires, ne pouvait en aucun cas choisir l'option israélienne. Sa voie était toute tracée. Il devait s'appuyer sur les deux pôles entre lesquels s'effectue l'intervention économique de la bourgeoisie libanaise, l'impérialisme mondial, et, en premier lieu, les Etats-Unis d'une part, et les Etats pétroliers arabes, dont surtout l'Arabie saoudite, d'autre part. Ces appuis lui ayant été accordés sans réserves, il ne restait plus à Amine Gemayel qu'à manœuvrer habilement pour conserver ses atouts de départ et réaliser le projet bonapartiste dont il se fit l'expression lorsqu'il affirma, le jour de son investiture, qu'il maintiendrait la présidence « au-dessus du conflit des partis et des communautés ».
LES RAISONS D'UNE FAILLITE
Il n'est nul besoin de grandes démonstrations pour affirmer aujourd'hui que le bilan d'un an de présidence d'Amine Gemayel est celui d'une faillite lamentable. Il nous faut seulement expliquer comment le nouveau président s'y est pris pour dilapider le capital politique très précieux dont il disposait au départ, ce consensus intérieur et arabe autour de sa personne.
Sur le plan intérieur d'abord, Amine Gemayel, contrairement à son engagement, est très vite apparu comme le représentant d'un parti et d'une communauté. Tributaire de son parti, le parti maronite réactionnaire des Phalanges, dirigé par son propre père, Gemayel fils dut, bon gré mal gré, désigner des phalangistes ou apparentés à tous les postes clés de l'appareil étatique, et notamment à la direction des principaux organes de toute dietature musclée : l'armée, les services de renseignement militaires et la sûreté générale.
Ainsi, la dictature militaire avec un gouvernement civil qui s'établit alors dans la zone de Beyrouth, loin de prendre une allure bonapartiste, apparut bien plutôt pour ce qu'elle était en fait : une dictature phalangiste. En outre, Amine Gemayel désigna à la présidence du Conseil des ministres, deuxième poste de l'Etat et premier poste musulman selon la répartition traditionnelle en vigueur depuis 1943 (1), une personnalité musulmane tout à fait effacée, le falot Chafik
1. C'est sur la base du dernier recensement de population disponible qu'en 1943, au terme du mandat de protectorat de la France au Liban, il fut décidé un « pacte national » pour une représentation prétendument équitable des différentes communautés au pouvoir central. En vertu de ces décisions, le président de la République devait être maronite, le président du Conseil un musulman sunnite, le président de la Chambre un chiite, le ministre des Affaires étrangères un grec-orthodoxe. ete. Ce « pacte national » consacrait en fait l'hégémonie politique de la bourgeoisie chrétienne maronite.
El-Wazzan. Le cabinet gouvernemental fut composé d'illustres inconus, ne disposant d'aucune représentativité réelle.
Ces pratiques, pour le moins maladroites du point de vue du projet initial d'Amine Gemayel, furent prolongées par diverses nominations de fonctionnaires, phalangistes bien entendu, au fil des semaines. Elles eurent pour résultat inévitable d'aliéner progressivement à Gemayel la sympathie des masses musulmanes libanaises, qui s'était notamment manifestée, au début de son mandat, par la profusion des portraits présidentiels dans Beyrouth-Ouest. Les mêmes pratiques, et à plus forte raison encore, alliénèrent au nouveau président les dispositions favorables de l'« Islam politique » libanais, non pas tant la bourgeoisie musulmane traditionnelle représentée au Parlement que les courants politiques bourgeois musulmans « combattants » qui se sont affirmés depuis 1975, et qui ne sont représentés dans aucune institution étatique.
Ces trois courants politiques émanant de trois communautés musulmanes attendaient en effet de Gemayel qu'il les fasse participer au pouvoir en proportion de leur influence réelle : le courant nassérien sunnite, dont l'organisation la plus connue est celle des Mourabitoun, le plus faible des trois pour des raisons sociologiques, mais aussi, parce que contrairement aux deux autres, il a été désarmé par l'invasion israélienne de Beyrouth en septembre 1982 ; le courant confessionnel chiite représenté par l'organisation Amal, dont le recrutement s'est effectué au cours des dernières années autour des thèmes de l'anticommunisme, de l'hostilité aux Palestiniens, et de la défense des revendications socio-confessionnelles chiites, dernier élément prenant le dessus cours des derniers mois face au régime Gemayel ; enfin, le courant confessionnel druze représenté par Walid Joumblatt, féodalo-bourgeois du soi-disant Parti socialiste progressiste (PSP), membre de l'Internationale socialiste et à la remorque duquel se placent les staliniens li-
Pour que l'opposition de ces trois courants au gouvernement de Gemayel se traduise en affrontements avec l'armée « légale », il faudra la rupture d'un autre soutien au régime, celui de la Syrie, à laquelle les trois courants sont liés à des de.
DÉSACCORD ET ACCORD
LIBANO-ISRAÉLIEN Mais avant d'én venir à la rupture proprement dite de Gemayel avec la Syrie, il nous faut revenir aux relations du régime Gemayel avec Israël, dont cette rupture fut une des conséquences. En fait, Gemayel a réussi en un an la prouesse de se mettre tout le monde à dos, sauf ses protecteurs impérialistes. Avec Israël, il était déjà en froid dès son arrivée au gouvernement, ayant exprimé d'emblée la priorité qu'il accordait à ses relations avec les pays arabes. En outre, les dirigeants israéliens en voulaient âprement aux pha-
----- pull-quotes on this page -----
Troupes impérialistes hors du Liban
langistes d'avoir nié la participation de irrecevables par le régime Gemayel, bien leurs milices aux massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila et d'en avoir rejeté la responsabilité sur la seule armée israélienne (3). C'était en effet, de la part des dirigeants libanais, une manière hypocrite et lâche de se dédouaner vis-à-vis des opinions publiques intérieure, arabe et mondiale, que le
Begin-Sharon et ses acolytes n'ont jamais digérée.
de ressentiment l'égard des phalangistes s'ajoutait, pour le pouvoir sioniste un sujet de mécontentement tout aussi profond vis-à-vis du protecteur américain des phalangistes. Non seulement en raison de la participation de Washington au rejet de toute la responsabilité des massacres de Sabra et Chatila sur le gouvernement israélien, mais aussi, et plus fondamentalement, en raison du fameux plan de Ronald Reagan, dans lequel l'administration américaine s'était prononcée, début septembre 1982, pour le gel des implantations sionistes en Cisjordanie et pour la restitution de ce territoire occupé à la Jordanie du roi Hus-
La présence de leur armée au Liban deviendra, dans ces conditions, le principal atout des dirigeants israéliens dans leur confrontation avec le grand frère amé ricain. C'était sur la base d'un marchandadonnant-donnant qu'ils exigeaient l'abandon du plan Reagan contre le retrait israélien du Liban. Mais cette condition était inacceptable pour Washington, dont les relations avec le gouvernement Begin-Sharon atteindront alors le point le plus critique. Les dirigeants choisirent donc d'entraver les négociations sur le retrait de leurs forces du Liban, en avançant une série de conditions plus draconiennes que celles imposées en son temps à l'Egypte en échange du retrait israélien du Sinaï. Cependant, la présence israélienne au Liban se révéla très vite être une arme à double tranchant, dont l'un devenait de plus en plus blessant. Avec le développement de la résistance multiforme contre l'occupation sioniste, le fardeau de celle-ci s'alourdit sans cesse, neutralisant de plus en plus sa fonction d'atout diplomatique.
Le bilan de l'opération du gouvernement Begin-Sharon au Liban devenait, lui aussi, celui d'une faillite consternante. Le gouvernement israélien n'avait pas réussi à établir un régime allié au Liban. Il s'était, en outre, aliéné Washington et avait rendu P'OLP de Yasser Arafat plus crédible pour l'impérialisme mondial, dans la mesure où, paradoxalement, elle était plus faible et moins autonome que jamais, et donc apte à s'intégrer sans conditions majeures dans le plan américain.
Par réaction de dépit, les dirigeants sionistes qui avaient permis aux milices de Béchir Gemayel de pénétrer en force, durant l'été 1982, dans les régions d'Aley et du Chouf, chasses gardées du PSP de Walid Joumblatt depuis 1976, permettront ensuite à ce dernier de prendre les armes contre les Forces libanaises, et même d'en importer massivement depuis les régions
2. Walid Joumblatt était en effet président du Mouvement national libanais auquel participe, entre autres, le Parti communiste libanais.
3. Sur les massacres de Sabra et Chatila, cf. Inprecor numéro 133, du 27 septembre 1982.
4. Une analyse du plan Reagan est fournie par la résolution du Secrétariat unifié (SU) de Liban : un tournant dans la situation au Moyen-Orient » et publiée dans Inprecor numéro 135,
contrôlées par l'armée syrienne. En clair, n'ayant pu obtenir l'établissement d'un gouvernement central libanais qui leur soit totalement dévoué, les dirigeants sionistes pariaient de nouveau sur le démembrement confessionnel du Liban. Cette ambition sioniste aurait à leurs yeux le mérite de créer deux mini-Etats, l'un maronite, l'autre druze, tous deux « clients » d'Israël, le reste du pays étant partagé entre ce dernier et la Syrie. Maigre solution de rechange l'ampleur du fiasco israélien au Liban. Ariel Sharon, bouc émissaire de Menahem Begin, devait payer; les conclusions de l'enquête sur les massacres de Sabra et Chatila en furent l'occasion. L'ex-bras droit de Begin fut remplacé au poste de ministre de la Défense par l'ex-ambassaArens. L'objectif du nouveau promu était de dégager Israël du bourbier libanais et de rétablir de bons rapports avec l'administration américaine.
Nouvelle vedette du gouvernement israélien, Moshe Arens exposa un point de vue très simple, se résumant comme suit : Israël ne perdrait rien en passant un accord avec le Liban « légal », même si cet accord semblait « sacrifier » le fidèle pantin d'Israël, Saad Haddad et ses milices au Liban-Sud. Et ce, pour la bonne raison que cet accord, même en ne comportant que le minimum de conditions acceptées par Amine Gemayel sur conseil de Washington, n'avait aucune chance d'être approuvé par la Syrie. Il serait donc caduc avant même d'être signé, puisque son application devait dépendre du retrait syrien du Liban. C'était une manière de satisfaire à bon compte les Américains, en envoyant la balle dans le camp des Syriens. Ceux-ci exigeant à leur tour des garanties au sujet du plateau du Golan — territoire syrien occupé par Israël depuis la guerre pour coopérer avec Washington, Israël resterait maître du jeu tout en prenant ses distances du bourbier libanais. Il ne resterait plus alors qu'à replier l'armée israélienne sur la ligne de la rivière Awali, à l'égard de laquelle le gouvernement sioniste se comporte de plus en plus, dans les faits, comme à l'égard du Jourdain (5). Il s'en suivrait naturellement une aggravation du conflit druzomaronite qui n'aurait rien pour déplaire à l'équipe de Menahem Begin.
LA RUPTURE GEMAYEL-ASSAD
Amine Gemayel, « conseillé » par Washington, tomba dans le piège tendu par Moshe Arens. Il se retrouva signataire, en mai 1983, d'un « accord » avec Israël sans aucune validité, mais se mettait à dos le régime syrien qui s'y opposa (6). En effet, ce dernier prit prétexte de l'accord libano-israélien pour lancer une offensive contre le régime Gemayel, grand perdant de cette opération.
Car nul n'est dupe, ce n'est pas au pouvoir phalangiste que le régime de Damas en veut. Il s'en est très bien accomodé jusqu'à la conclusion de l'accord mort-né libano-israélien, de même qu'Hafez el-Assad s'est bien allié aux phalangistes en intervenant à leurs côtés, en 1976, contre la résistance palestinienne et la gauche libanaise. Au-delà de leur opposition phalangistes, dirigeants syriens recherchent, c'est la reconnaissance de la place centrale de la Syrie dans tout règlement israélo-arabe par les protecteurs américains de ces derniers.
1975-1976, les dirigeants baasistes syriens avaient soutenu les forces palestino-progressistes au Liban, en réaction à l'accord égypto-israélien sur le Sinai parrainé par le diplomate américain Henry Kissinger en septembre 1975. Mais seulement jusqu'au moment où, devant la menace d'une victoire à l'arraché des forces anti-phalangistes, Washington passait un accord avec Damas, lui promettant de l'intégrer à toute démarche diplomatique ultérieure dans le cadre du règlement régional, en échange de l'intervention syrienne au Liban pour juguler l'action des Palestiniens et de la gauche libanaise (7). La lune de miel syro-américaine fut, par la suite, compromise par la victoire du Likoud aux élections israéliennes en 1977.
Dans la crise actuelle, les dirigeants syriens veulent faire comprendre à l'administration américaine que si Israël détient une clé du plan Reagan, ils en détiennent l'autre, tout aussi indispensable. La dictature du parti Baas syrien de Hafez el-Assad se retrouve aujourd'hui dans une position bien plus forte encore vis-àvis de Washington qu'elle ne l'était en 1975-1976, et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, en raison même de l'invasion israélienne au Liban de l'été 1982 En effet, du fait même de l'agression sioniste, la résistance palestinienne et les forces libanaises opposées aux phalangistes sont plus que jamais dépendantes de la Syrie. En même temps, s'étant soldée par un échec, cette intervention israélienne ne constitue plus une épée de Damoclès suspendue au-dessus du pouvoir syrien. Bien au contraire, le « syndrome libanais » est, aujourd'hui, au moins aussi fort dans l'opinion publique en Israël que ne l'était le « syndrome vietnamien » aux EtatsUnis après 1973. Moins que jamais le pouvoir sioniste n'est, aujourd'hui, en mesure de mener une guerre autre que défensive. Le profil bas qu'il a adopté par rapport aux affrontements qui ont lieu au Liban en est la meilleure preuve.
L'OPPOSITION LIBANAISE
Ainsi, à partir de la conclusion de l'accord israélo-libanais en mai 1983, Damas donna son feu vert à l'opposition libanaise renouvelée pour croiser le fer avec les phalangistes. Un « Front du salut national » fut constitué, groupant sous l'égide de la Syrie les trois principales figures libanaises dépendant de celle-ci : Soleiman Frangié, ex-président de la République, devenu l'ennemi des phalangistes après avoir longtemps été leur allié (jus-
1978!); Rachid Karamé, président du Conseil des ministres à la même époque, aussi dépendant des Syriens que l'est sa ville, Tripoli, au Liban-
Get, bien entendu, Walid Joumblatt.
Les staliniens se sont, comme de coutume, alignés derrière ce Front qui n'a rien de populaire, puisqu'il est trois fois bour-
Quant à l'organisation chiite Amal, sans adhérer audit Front - ce qui traduit sa relative autonomie par rapport aux Syriens — elle a vu dans l'escalade de l'opposition anti-phalangiste une
Usa présence renégocier sa participation au « chiites » dont elle s'est érigée en porteayant exprimé son intention de se retirer incessamment jusqu'à la rivière Awali — en dépit de l'inpressante de Washington auprès du cabinet Begin pour différer ce retrait jusqu'à ce que les soient réunies pour que l'armée libanaise « légale » puisse investir la zone évacuée par Tsahal (armée israélienne) dans le sillage de celle-ci - le signal était donné pour une bataille visant au contrôle de la région s'étendant de l'Awali jusqu'à la route Beyrouth-Damas. Auparavant, l'organisation Amal avait pris les armes à Beyrouth, et notamment dans la banlieue à dominante chiite de la capitale libanaise, pour y affirmer sa présence. A peine le retrait israélien était-il effectué, au début de l'été dernier, que la montagne du Chouf s'embrasait. Les Forces libanaises furent d'autant plus vite défaites qu'elles se battaient-là sur un terrain qui n'était pas le « leur ». L'armée « légale » libanaise prit alors le relai des phalangistes, et les combats se concentrèrent autour de la localité
Souk-El-Gharb, dont l'importance stratégique provient du fait qu'elle permet de commander les accès du sud et de l'est à la capitale.
Les forces druzes de Joumblatt, renforcées, avec la bénédiction syrienne, par des combattants palestiniens de la dissidence du Fatah, et appuyées par l'artillerie syrienne, auraient probablement pu l'emporter militairement, sonnant le glas du régime d'Amine Gemayel, si la force impérialiste multinationale présente Liban, et en particulier la force américain'était directement intervenue pour
L'INTERVENTION IMPÉRIALISTE
La force multinationale, regroupant des soldats de trois puissances impérialistes, les Etats-Unis, la France et l'Italie, auxquels se sont joints par la suite ceux de la Grande-Bretagne, était intervenue à Beyrouth, en août 1982, avec un double
5. Les multiples informations concernant les préparatifs israéliens pour une occupation à long terme du Sud-Liban permettent de faire le parallèle avec l'occupation israélienne de la rive occidentale du Jourdain en Cisjordanie.
6. Des extraits de l'accord libano-israélien ont été publiés et commentés dans Inprecor numéro 155, du 28 juillet 1983.
7. Pour une analyse plus approfondie de la guerre civile de 1975-1976, de l'attitude de la Syrie, et de l'orientation des forces de la gauche libanaise, se reporter aux articles de Salah Jaber parus dans Inprecor numéro 47-48 (ancienne série), du ler avril 1976.
langage : pour protéger les civils de Beyrouth pendant l'évacuation des combattants palestiniens, selon les uns, et pour s'assurer de la réalité de cette évacuation, selon les autres. En fait, cette force multinationale a surtout aplani le terrain devant l'invasion ultérieure de la capitale libanaise par l'armée israélienne, prenant soin de démanteler les fortifications de déminer toute la ceinture défensive aménagée par les assiégés de Beyrouth. Une fois cette tâche accomplie, dans laquelle le contingent français se distingua particulièrement, la force multinationale se retira, laissant le champ libre devant Tsahal et ses alliés libanais, qui allaient perpétrer l'affreux massacre des camps de réfugiés de Sabra et Chatila.
De retour peu après au Liban, la force multinationale nouvelle mouture maintenait son double langage. D'après Claude Cheysson, ministre français des Relations extérieures, son rôle devait être de protéger les civils, tandis que pour Ronald Reagan, il s'agissait d'aider Amine Gemayel à construire son Etat. De fait, cette fois encore, l'intervention de la force multinationale n'eut rien de philantropique. Ses soldats, et notamment les parachutistes français, se distinguèrent dans le ratissage de Beyrouth, aux côtés de l'armée de Gemayel, tandis que le contingent américain se spécialisait, quant à lui, dans l'entraînement des recrues de l'armée libanaise. La force multinationale était, sans aucune ambiguité possible, non pas une force de « paix », mais bien une force de l'ordre, et pas n'importe lequel : l'ordre nouveau phalangiste.
Avec le nouvel embrasement de la guerre libanaise, durant l'été 1983, les gouvernements impérialistes force multinationale se trouvèrent face à un dilemme, combinant le risque de s'enliser dans des sables mouvants où nombreux avant eux se sont noyés à celui d'être définitivement discrédités aux yeux de leurs autres clients néo-coloniaux, par un nouveau non-assistance à un régime libanais allié en
C'est pourquoi Washington, en premier lieu, devait intervenir en soutien à l'armée libanaise et aux forces phalangistes, par crainte d'ajouter le nom du prési dent Gemayel à la liste des protégés finalement abandonnés par l'impérialisme US, où figurent déjà, pour la période récente, le shah d'Iran et Somoza au Nicaragua. Washington se devait donc d'intervenir directement dans la guerre libanaise pour démontrer aux dictatures d'Amérique centrale et d'ailleurs qu'elles ne seront pas, le moment venu, abandonnées à leur sort. Mais toujours «syndrome » né de l'échec militaire américain au Vietnam, l'administration Reagan ne pouvait pas, tout de go, engager ses troupes dans la bataille. Elle choisit done d'avancer prudemment mais sûrement, en brandissant la menace d'une intervention directe de ses troupes (2 000 marines se tiennent prêts à débarquer au large de Beyrouth en soutien au contingent déjà présent) et en utilisant, pour la première fois depuis la guerre du Vietnam, ses moyens de destruction pour porter secours à un régime allié. Washington est même allé jusqu'à dévier le New Jersey, navire de guerre « le plus puissant du monde », libanaises. Mais, en plus de l'enjeu mondial, il y avait, bien entendu, aussi un enieu local à l'intervention impérialiste. L'administration Reagan tenait à faire comprendre aux dirigeants syriens la limite qu'ils ne devaient pas dépasser dans militaire des forces qu'ils soutenaient.
PERSPECTIVES ET TACHES
L'intervention américaine a placé la guerre libanaise devant une impasse, rendant un accord diplomatique inévitable. Damas estimant, de son côté, que la leçon avait été assez claire pour les Américains, un cessez-le-feu put donc être proclamé, le 25 septembre dernier.
La question qui se pose est de savoir sur quoi il débouchera. La « réconciliation » sous l'égide syro-saoudienne aura-t-elle lieu comme prévu ? En d'autres termes, la bataille en cours débouchera-t-elle sur un nouveau partage du pouvoir central, ou alors sur la partition du pays?
restent entières, mais une chose est certaine, aujourd'hui comme en 1976 : l'issue de la guerre sera déterminée par l'évolution des rapports entre la Syrie et les USA, qui reste liée à l'évolution de la politique intérieure israélienne. l'après-Begin, qui s'annonce avec la dé. mission du Premier ministre israélien, donne lieu à un cabinet gouvernemental d'union nationale sioniste et si, donc, le pouvoir israélien fait preuve de meilleures dispositions à l'égard d'un règlement régional négocié, l'entente syro-américaine s'en trouvera facilitée.
En tout cas, le régime syrien cherche à montrer à Washington qu'il est non seulement en mesure de contrôler l'opposition libanaise, mais aussi la résistance palestinienne. Tel est le sens de l'ultimatum récemment adressé aux troupes palestiniennes de Yasser Arafat stationnées dans la Bekaa (plaine libanaise où Israéliens et Syriens se trouvent face à face) pour qu'elles se replient vers le Liban-Nord, ce qu'elles firent. Quand il le jugera nécessaire, le régime syrien n'hésitera pas à intimer l'ordre, à l'ensemble des combattants palestiniens au Liban, de se regrouper là où « bon » lui semblera. Une éventuelle entente syro-américaine ne pourra déboucher que sur une réanimation du constitutionnel » début 1976, par les Syriens avec Frangié alors président de la République, et reste depuis lettre morte. Cela signifierait une redistribution des cartes du pouvoir « légal » libanais entre les différentes fracla classe dirigeante, redistribution dans lanullement concernées.
Si, par contre, Syriens et Américains ne parviennent pas à s'entendre, les combats reprendront tôt ou tard. La tâche des communistes révolutionnaires sera d'agir pour que ces combats ne dévient pas de l'unique objectif qui corresponde aujourd'hui aux intérêts des masses laborieuses, à savoir le départ des forces impérialistes et, partant, la chute du régime phalangiste de Gemayel et le démantèlement de son
C'est dans cette optique que les militants du Groupe communiste révolutionnaire (GCR), section de la IVe Internationale au Liban, ont participé aux récents combats. Deux camarades sont tombés dans la région de Souk-El-Gharb où ils habitaient, alors qu'ils défendaient leur village contre les attaques de l'armée de Gemayel. Ils sont tombés non pas pour Joumblatt ou pour Assad, mais pour la défense des leurs et de leur propre bannière, de leur propre programme.
C'est la tâche urgente de toute la IVe Internationale que de se joindre à la lutte des camarades libanais pour le retrait immédiat et inconditionel des troupes impérialistes et sionistes du Liban.
Salah JABER 29 septembre 1983.