Halte à l'invasion impérialiste!
Déclaration du Bureau du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale, 29 octobre 1983
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E débarquement des marines américains, le 25 octobre volutionnaire destinée à anéantir la révolution en cours dans cette petite fle de la Caraibe depuis la chute du dictateur Eric Gairy le 13 mars 1979. Cette invasion s'inscrit dans la tradition sanglante des crimes de l'impérialisme US dans la région, depuis l'occupation de Cuba au début du siècle jusqu'à l'expé dition de 40 000 marines à Saint-Domingue en avril 1965, en passant par les interventions massives et prolongées en Amérique centrale depuis les années 1930.
En engageant plus de 3.000 hommes des forces militaires de l'impérialisme le plus puissant de la planète pour venir à bout de l'aspiration à l'indépendance, à la démocratie et au changement social des 110 000 habitants de Grenade, Ronald Reagan veut à la fois faire de cette opération une démonstration de force exemplaire et un avertissement aux peuples en lutte.
L'impérialisme américain entend montrer à tous les peuples de la Caraibe et du continent latino-américain, exaspérés par la crise, la misère et la famine, que les USA feront payer cher toute tentative sérieuse d'émancipation nationale et sociale. En quatre ans, le régime révolutionnaire du New Jewel Movement (NJM) avait amélioré les conditions de vie des travailleurs, développé la santé et l'éducation, défié les menaces de l'impérialisme. Une telle audace, qui pouvait devenir contagieuse dans une région que les Etats-Unis ont défini comme leur chasse gardée, appelait à leurs yeux un châtiment
L'agression des marines est aussi un avertissement donné aux révolutionnaires d'Amérique centrale et à Cuba pour les prévenir de l'ampleur des moyens militaires que l'impérialisme US est prêt à mettre en œuvre pour empêcher la consolidation de nouveaux régimes révolutionnaires et l'extension de la révolution dans cette région. Le débarquement à Grenade constitue done une sommation directe à la révolution salvadorienne, au Nicaragua sandiniste et à l'Etat ouvrier cubain.
C'est avec le plus profond cynisme, et en l'absence du moindre des prétextes diplomatiques traditionnellement mis en avant dans ces circonstances, que les USA ont agi. Reagan a sans doute ainsi voulu mettre à l'épreuve ses propres alliés et tester les réactions de l'opinion publique nationale et internationale dans la perspective d'autres actions militaires d'envergure dans la région. Ce ne sont donc pas les quelque 300 soldats de la Barbade et autres îles de la Caraibe, maintenus à l'arrière des combats, qui vont conférer au contingent US une couverture « multinationale ». Par contre, cette manipulation par l'impérialisme des Etats de la Caraibe dans son combat contre Grenade, illustre les tentatives du même genre de manipulation d'Etats centro-américains contre le Nicaragua. C'est brutalement et sans détour que les porte-parole américains ont exprimé dès le début leur intention, en affirmant qu'ils voulaient châtier à Grenade ceux qu'ils ont qualifié comme une bande de « voyous gauchistes » et de « bandits », dans une démarche identique à celle qui avait conduit le président Nixon à bombarder les digues du Nord-Vietnam en traitant les Vietnamiens de « bandits internationaux ».
L'opération de débarquement américain n'a pourtant pas été improvisée. Elle était planifiée bien longtemps avant les événements qui allaient précipiter sa mise à exécution. Dès la prise du pouvoir par le New Jewel Movement, les Etats-Unis tramaient leur plan criminel, organisant un véritable blocus économique de l'ile et multipliant les provocations militaires. Les USA ne pouvaient supporter qu'un peuple de la région prenne en main son propre destin, après des décennies de domination impérialiste. Ils ne pouvaient pardonner au gouvernement de Maurice Bishop de s'être opposé, dans le cadre de l'OEA, à une opération de sauvetage de Somoza en juillet 1979. A plusieurs reprises, et en mars dernier encore, Maurice Bishop mettait en alerte la population de l'ile contre les préparatifs d'agression des USA. Mais il était encore bien difficile à Reagan de justifier un tant soit peu sa croisade impérialiste au nom de la lutte contre le totalitarisme, alors que le gouvernement révolutionnaire grenadien disposait d'un soutien de masse parmi la population, préparait une nouvelle constitution démocratique, et envisageait l'élection d'une assemblée nationale populaire. Et ce alors même que dans la région les USA soutiennent des régimes comme ceux de « Bébé Doc » en Haiti et portent à bout de bras les dictatures militaires meurtrières du Guatemala et du Salvador.
Reagan aura donc attendu et saisi la première opportunité correspondant à l'affaiblissement de la révolution grenadienne pour lancer ses marines à l'assaut de l'ile. Les affrontements au des masses grenadiennes, propices à l'opération américaine. Les manifestations populaires en défense de Maurice Bishop ont été réprimées, la milice populaire désarmée, les masses démobilisées et paralysées par le couvre-feu.
Face à ces événements, la direction cubaine a condamné l'exécution de Bishop et de ses camarades, décrété un deuil de trois jours en leur mémoire, et pris ses distances politiques envers le Conseil militaire révolutionnaire du général Hudson Austin, tout en maintenant sa collaboration économique avec Grenade. Le Conseil d'Etat et le bureau politique du Parti communiste cubain (PCC) affirmait, le 20 octobre, qu'« aucune doctrine, aucun principe ou position prétendument révolutionnaire ne peuvent justifier une procédure aussi atroce que l'élimination physique de Bishop. Les circonstances de la mort de Bishop et de ses compagnons doivent être éclaircies. (...) Et s'ils furent exécutés de sang-froid, les coupables doivent recevoir un châtiment exemplaire. (...) Bien que profondément choqués, (...) nous prendrons avant tout en considération les intérêts du peuple grenadien, en ce qui concerne notre collaboration économique et technique, si celle-ci s'avère encore possible. Mais nos relations politiques avec les nouveaux responsables de Grenade seront soumises à une sérieuse et profonde analyse ». Cette déclaration précisait aussi : « Maintenant, l'impérialisme cherchera à utiliser cette tragédie et les graves erreurs commises par les révolutionnaires de Grenade pour balayer le processus révolutionnaire. »
Malgré les moyens militaires américains mis en œuvre, des combats acharnés se sont poursuivis pendant plusieurs jours dans différents points du pays. Les USA ont maintenu le black-out sur l'information, et le nombre exact des victimes de l'invasion n'est pas connu. Les 3 000 marines débarqués représentent l'équivalent de 3% de la population locale, soit un pour 35 habitants. C'est un engagement considérable, équivalant à un débarquement de 300 000 marines à Cuba. Mais la résistance pied à pied autour des points de chute des marines (les deux aéroports de l'ile), dans les montagnes et dans la capitale St-Georges, a montré que la « pacification » de cette petite ile ne sera pas aussi aisée que prévu et que les troupes américaines auront quelques difficultés à mettre en selle un gouvernement « made in USA ». Car, pour rétablir à la manière de Ronald Reagan la « démocratie bafouée », les troupes US devront museler un peuple qui avait pris goût à la démocratie au cours de ces quatre dernières années, mettre au pas ou dissoudre ses organisations de masse, et installer une équipe fantoche à la tête d'un régime pro-américain.
La résistance militaire des combattants révolutionnaires grenadiens accroît donc chaque jour un peu plus le prix politique que l'impérialisme aura à payer pour son crime, et montre que le projet de « normalisation » impérialiste n'est nullement assuré de la réussite. Elle taille en pièces la duplicité des
discours de l'administration Reagan et de ses comparses locaux sur leur conception de la défense des libertés et de la démocratie. Elle prouve enfin que d'autres interventions impérialistes projetées au Salvador, au Nicaragua ou à Cuba auraient à affronter une résistance encore nation des combattants révolutionnaires de Grenade est une contribution à la lutte de libération de tous les peuples et constitue le plus pressant appel à la solidarité internationale Car, pour en finir avec elle, les marines sont parfaitement capables d'aller jusqu'au massacre.
C'est à la lumière de cette résistance, le dos au mur, dans le mouchoir de poche que représente la petite ile de Grenade, que l'hypocrisie des gouvernements impérialistes alliés USA s'étale avec le plus d'indécence. Alors même que Reagan viole la souveraineté de Grenade, ses alliés détournent pudiquement les yeux et s'essuyent les pieds sur les principes proclamés du « droit international ». Les François Mitterrand, Margaret Thatcher, Bettino Craxi, Helmut Kohl et consorts avalent et digèrent sans trop sourciller le fait accompli américain. La prime de l'ignominie revient sans doute aux partis sociaux-démocrates qui se contentent de protestations discrètes, alors même que le NJM est membre de leur internationale prétendument socialiste. Le Premier ministre social-démocrate portugais, Mario Soares, est pour sa part allé jusqu'à soutenir l'action impérialiste destinée soit-disant à « restaurer l'harmonie dans l'ile ». Quant aux gouvernements français ou italien, on comprend qu'il leur soit difficile d'élever la voix, alors qu'ils sont engagés aux côtés des USA au Liban (et au Tehad pour la France) et qu'ils réclament à grands cris le déploiement des
De son côté, l'Union soviétique s'en est tenue à des protestations de simple forme qui ne sont pas de nature à rassurer Cuba ou le Nicaragua sur la fermeté de son soutien en pa-
Au niveau des gouvernements bourgeois latino-américains, les condamnations les plus fermes sont venues de pays comme le Mexique, qui craignent les effets de l'escalade américaine dans un contexte de crise économique propre à exaspérer le sentiment anti-impérialiste des masses latino-américaines. L'agression américaine à Grenade s'ajoute, au passif de l'impérialisme, à l'intervention britannique aux Malouines, politique de famine imposée par l'exploitation impérialiste et le FMI dans les négociations de la dette extérieure de ces pays, etc. L'exemple de Grenade souligne donc l'antagonisme irréductible qui oppose les intérêts de ces masses populaires et ceux de l'impérialisme. Des dizaines de milliers de travailleurs l'ont compris en manifestant, au Mexique ou à Saint-Domingue, contre l'intervention US
Seuls parmi les gouvernements, ceux de Cuba et du Nicaragua ont appelé à une mobilisation de masse en défense de Grenade, tandis qu'une première riposte de rue s'organisait, notamment en Amérique latine, en Europe et aux Etats-Unis, à l'initiative des mouvements de solidarité avec l'Amérique
Get des organisations révolutionnaires ou des partis communistes. Cette mobilisation internationale doit se poursuivre et s'amplifier pour exiger le retrait immédiat des forces impérialistes de Grenade, sous quelque vocable qu'elles se dissimulent (force multinationale, marines US ou force du Commonwealth), et s'opposer aux menaces d'intervention impérialiste en Amérique centrale. Dans ce cadre, il s'agit aussi de rejeter toute reconnaissance d'un gouvernement fantoche issu de l'intervention impérialiste qui serait installé à Saint-Georges par les USA.
- Non à l'occupation de Grenade, dehors les troupes US et leurs acolytes !
- Non à la reconnaissance d'un gouvernement installé par l'impérialisme !
- Libération immédiate des prisonniers de guerre et libertés démocratiques pour les masses grenadiennes !
- Soutien total à la révolution salvadorienne !
- Bas les pattes devant Cuba et le Nicaragua ! •
Bureau du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale,