Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Entretien avec une représentante de la Fédération syndicale révolutionnaire

· Inprecor n° 161, 21 novembre 1983 · p. 28, 27, 27 · 1 571 mots

Syndicalisme El Salvador Femmes

ouvrière nécessaire avec les travailleurs et syndicats d'El Salvador. Parmi les objectifs de cette solidarité : un soutien matériel à la fois pour les chômeurs et les grévistes salvadoriens actuellement en lutte, les travailleurs du Salvador n'ayant ni caisse de chomage, ni fonds de greve, et un soutien politique et syndical, sous la forme d'un appui à la plate-forme revendicative de la FSR et de l'envoi d'une dé légation syndicale au prochain congrès de la FSR, prévu pour le 25 janvier.

EL SALVADOR

Le mouvement syndical sous la dictature

Fédération syndicale révolutionnaire

RISTINA Elisabeth Marin, représentante de la Fédération syndicale tionnaire (FSR), membre du Comité d'unité syndicale (CUS), a effe

Europe une tournée d'information pour stimuler la solidarité syndi présence vadoriens un minimum de protection contre la répression.

son numéro du 5 novembre dernier.

- LA BRECHE : Peux-tu présenter à nos lecteurs les conditions dans lesquelles travaillent les syndicats au Salvador ?

Cristina Elisabeth MARIN : Ces conditions sont très dures, car depuis

1979, année où se développèrent de grands mouvements de masse, la répression est devenue très forte. En plus de ses moyens militaires, le gouvernement dispose d'un arsenal juridique pour réprimer les travailleurs. Il y a le décret interdisant toute augmentation de salaire depuis 1980, il y a celui qui légalise la détention arbitraire des dirigeants syndicaux, celui qui interdit la grève, celui qui intègre automatiquement les fonctionnaires à l'armée et qui permet la militarisation de certains secteurs publies. Ou encore celui qui permet de dissoudre les syndicats dans des secteurs stratégiques, comme celui de l'énergie électrique. A ces décrets s'ajoute aussi le dynamitage des locaux syndicaux.

Dans cette situation, les syndicats sont obligés de travailler dans une semi-clandestinité.

- Quelles en sont les conséquences pour les travailleurs ?

- Le célèbre décret 544, dit de économique », interdit

« stabilisation l'augmentation des salaires depuis 1980, alors que de décembre 1982 aujourd'hui, l'inflation a progressé de 54 %. Les salaires versés aujourd'hui ne permettent plus de couvrir les besoins élémentaires.

n'arrivent

Nombre de travailleurs tout simplement plus à payer un loyer avec leur salaire et vivent dans des cabanes, le long des rivières. Il y a aussi le chômage

(38,17% dans le seul secteur industriel).

Le chômage est un problème terrible pour le peuple salvadorien, car il n'y a pas de caisse de chômage. En outre, la militarisation transforme les lieux de travail en

Entretien avec Cristina Elisabeth Marin, représentante de la révoluctué en cale et

Burope une tournee dintormation pour sumuler la solidarite syndicale et

La d'une délégation internationale assurerait en effet aux syndicalistes sal-

EL PUEBLOE

* LOS ARTICH O5 casernes. Tous les services publics sont militarisés et certaines entreprises ont leur propre troupe de civils armés.

- Et malgré ce fantastique arsenal, les travailleurs salvadoriens luttent encore ?

- Face à cette répression, face aux difficultés de la lutte, l'ouvrier salvadorien est de plus en plus conscient que la seule issue est de s'organiser. Vu cette poussée vers l'organisation, le Comité d'unité syndicale (CUS) a appelé le ler mai de cette année à une réunion large de travailleurs. De cette réunion est né le MUSYGES (Movimiento unitario syndical y gremial de El Salvador - Mouvement syndical et des organisations professionnelles du Salvador). Cette réunion, devenue congrès de fondation du MUSYGES, fut un grand succès de la lutte contre la dictature. Le jour du congrès, tout le Salvador était quadrillé par l'armée; malgré cela, les militaires n'ont pas trouvé l'endroit où se déroulait la réunion. Ce congrès a permis un accord très imporsuite page 27 La cathédrale de San Salvador (DR).

Page 27

suite de la page 28 tant autour d'une plate-forme unique des travailleurs, avec des revendications centrales sur le plan politique, économique et social. Sur le plan politique, les travailleurs exigent la suppression de tous les décrets antisyndicaux, la libération de tous les prisonniers politiques et syndicaux. Au niveau économique, ils revendiquent une augmentation des salaires et une baisse du prix des aliments de base. Et dans le domaine social, une prise en charge des traitements médicaux de tous les travailleurs — y compris ceux de la campagne -par l'Institut de sécurité sociale.

- Car ce n'est pas le cas aujourd'hui ?

- Non : il y a justement un scandale à dénoncer. Les ouvriers paient en effet une cotisation à la Sécurité sociale. Cette cotisation est retenue par les patrons. Mais il arrive souvent que lorsque le travailleur va demander des soins à l'Institut de sécurité sociale, on lui réponde qu'il n'a pas payé de cotisation et qu'il ne peut donc se faire soigner. Car les patrons n'ont pas versé les sommes retenues sur les salaires. Les travailleurs considèrent qu'en fait, ils paient ainsi un véritable impôt de guerre, puisque les patrons utilisent cet argent pour financer la répres-

Mais pour en revenir aux revendications, il faut ajouter que la plate-forme demande également que l'Université redevienne autonome. Placée sous contrôle gouvernemental depuis 1980, l'Université n'est plus un endroit où les travailleurs peuvent se cultiver, elle est devenue en fait, une vraie caserne.

Voilà les principaux points de cette plate-forme revendicative, pour laquelle la FSR s'engage à organiser la lutte.

- Tu as parlé au début de notre entretien d'un mouvement de grève au

- Depuis le 27 septembre, un mouvement de grève s'est déclenché au Salvador. A son origine, il y a les travailleurs de l'Institut de l'habitat, institut gouvernechargé de construire des logements à bon marché, qui demandent la réembauche de 1 257 de leurs camarades licenciés, une augmentation de 25 % des salaires et surtout l'abolition du décret leur interdisant de se syndiquer et de celui qui les incorpore automatiquement à l'armée, ainsi que la négociation d'un contrat collectif. Ils ont été rejoints dans cette lutte par les travailleurs des banques et des instituts financiers. Plusieurs usines sont entrées en grève de solidarité dans le textile et l'alimentation (usines textiles Minerva et Leon, usine Lido dans l'alimentation). Les travailleurs de la Sécurité sociale, ceux du Syndicat du café, ceux de l'Institut de contrôle des prix ont aussi mené des grèves de solidarité. Il y a ainsi, en gros, 10 000 travailleurs en grève, plus ceux qui ont débrayé, observé des arrêts de travail, par solidarité.

Page 27

ment interdits, sous une dictature mili- salvadoriens se sont engagés à fond dans

- Mener une telle lutte, avec des syndicats semi-clandestins, sinon carrétaire, cela ne doit pas être sans risques ni

- Le coût humain du mouvement est lourd, car la seule réponse du patronat et du gouvernement c'est la répression. Cinq dirigeants syndicaux ont déjà depuis le début de l'action. Les travailleurs de l'usine Minerva se sont fait mitrailler. Tous ceux qui ont des responsabilités syndicales mènent une vie difficile : ils ne peuvent jamais dormir deux fois de suite au même endroit, ils doivent constamment veiller à ne pas être suivis. Tout cela pèse lourdement, psychiquement parlant, créant une tension

Best fait de manière moins clandestine: les tracts, l'information, les réunions. On ne peut car celui qui les prend risque la mort, s'il est vu. Cela représente un sacrifice de plus pour l'ouvrier, qui doit ainsi risquer sa vie pour avoir le droit de s'organiser syndicalement, pour avoir le droit de réclamer ce qui lui revient.

C'est pourquoi nous venons chercher en Europe la solidarité nécessaire. Nous voulons aussi que cette solidarité dénonce l'intervention des Etats-Unis. Pas seulement leurs livraisons leur soutien financier au gouvernement et leurs conseillers militaires. Mais aussi cette intervention sur les - Peux-tu donner des exemples - Les décrets antisyndicaux ont été rédigés par un ministère où derrière chaque responsable se trouve un conseiller juridique nord-américain qui lui indique la marche à suivre. En outre, les entreprises multinationales ou transnationales ont recu des Etats-Unis des circuits fermés de télévision qui leur permettent de surveiller constamment leur personnel. Voilà pourquoi nous demandons aux syndicalistes, aux ouvriers du monde entier, un soutien matériel, financier, pour aider les travailleurs en grève. Les travailleurs une lutte pour la conquête de droits fondamentaux, comme le droit au travail, le droit au logement, le droit à des conditions de vie meilleures. Ils sont prêts à

Une dernière remarque, enfin : j'aimerais ici, dénoncer aussi la répression que subissent les femmes sur leur lieu de travail. Les femmes salvadoriennes, dont 75 % environ travaillent et qui sont sur tout présentes dans le textile, l'alimentation et les banques - branches à mainmajoritairement sont soumises à une répression particu-

Par exemple, inférieur et des horaires plus longs, simplement parce que ce sont des femmes. Généralement payées à la semaine, elles sont toujours menacées de perdre le bé. néfice du septième jour de congé si elles ne travaillent pas plus, n'acceptent pas de faire des heures supplémentaires non payées. Elles font souvent les travaux les plus lourds et les plus pénibles. Vietimes de la répression sexuelle des pavoient aussi refuser les congés pour soigner leurs enfants, par mêmes à l'Institut de la sécurité sociale.

travaillent dès avant quinze ans. Et les contrats de travail des femmes le droit aux primes de fin d'année et à une série de prestations.

- Comment réagissent-elles ? - Elles sont de plus en plus nombreuses à se syndiquer, à participer à la lutte face à l'ennemi commun. Au Salvador, il y a une intégration massive des femmes à la lutte, sous toutes ses formes, pas seulement syndicale. Avec les hommes, les femmes participent pleinement à la lutte politique et militaire.

LA BRECHE, 5 novembre 1983.

Une erreur sur cette page ?