Campagne de meetings de lOST Depuis plusieurs mois, l'Organisation socialiste des travailleurs (OST, IVe Internationale), a entrepris une campagne de dénonciation de la politique économique du gouvernement d'Abdou Diouf, et plus particulièrement de sa décision de « ré ajustement des prix ». Sous les directives du Fonds monétaire international (FMI) et pour tenter de faire face à la crise du système néo-colonial et à la gabegie géné. ralisée qu'elle engendre, le gouvernement sénégalais a en effet fortement augmenté les prix des biens de première nécessité, réduisant encore un peu plus les moyens de survie de la population.
Cette politique s'inscrit dans le contexte économique d'une catastrophique récolte d'arachide (principal produit d'exportation), des conséquences de la hausse du dollar et de la dépréciation du franc (le Sénégal appartient à la Zone franc et sa monnaie, le franc CFA, a une parité fixe avec le franc français), et du coût de l'entretien d'un important corps expéditionnaire sénégalais dans la Gambie voisine.
L'OST a donc pris l'initiative, en octobre dernier, réunions publiques qui, à l'échelle de ses forces militantes et de ses moyens encore qu'une telle action était payante. Plusieurs de ces meetings ont eu lieu à Dakar, la capitale, réunissant 150 personnes dans le quartier populaire de Niayes Tio. ker, 60 à Médine, 50 à Liberté V, 50 à Baobab, et ce, malgré les intimidations de la police destinées à entraver l'accès à cerréunions publiques pour tant légales. L'OST a aussi tenu des meetings dans des villages, comme au village de pêcheurs de Joal (60 personnes) ou à Palmerin (50 personnes).
Bien que modeste, le succes de ces meetings est à l'image de l'activité actuelle de l'OST. Il a amené cette organisa-
tion a tirer, dans la pratique, les leçons de la paralysie traditionnelle d'une opposition sénégalaise engluée dans la vielle tradition de la palabre mais peu à même d'agir concrètement pour la mobilisation des masses populaires.
Avant les élections présidentielles de mars 1983, les militants de l'OST avaient campagne pour la présentation d'une candidature unique des organisations ouvrières (cf. Inprecor numéro 141 du 17 janvier 1983). Toutefois, l'essentiel des organisations ouvrières de l'opposition choisirent de soutenir des candidats bourgeois. Bien que les chances purement électoralistes de ces candidats aient été à peu près nulles, l'impact d'une telle soumission à des candidats bourgeois et leurs programmes ne pouvait avoir que des conséquences très négatives sur la conscience de classe des masses populaires. Après la victoire frauduleuse du candidat gouvernemental du Parti socialiste sénégalais s'ouvrit une phase de contestation généralisée des résultats par toute l'opposition. Mais plutôt que de suivre les propositions de l'OST allant dans le sens d'une mobilisation organisée de la population contre cette fraude électorale, les autres formations d'opposition préférèrent s'engager dans une interminable et stérile discussion sur la constitution d'un front permanent et multiclassiste de l'opposition, débattant sans fin de son orientation stratégique et des personnalités les plus aptes à le diriger, sans se soucier le moins du monde de sa capacité réelle d'intervention de masse et de mobilisation.
Il y a là aussi matière à tirer le bilan des pratiques stériles traditionnelles de l'opposition sénégalaise. C'est ce qu'a fait l'OST, en cherchant à montrer, en pratique, qu'une organisation qui désire réellement s'adresser aux masses populaires avant tout faire des propositions concrètes d'action pour œuvrer à la mise en marche du mouvement des masses.
Le silence des autres organisations sur la question de l'augmentation des prix est un silence complice qui s'inscrit objectivement dans le soutien au projet gouvernemental d'union nationale. A un moment où de nombreuses grèves ouvrières éclatent, exprimant la réelle combativité de secteurs de la classe ouvrière, la passivité de l'opposition n'en est que plus criminelle. Dans ce contexte, les meetings de quartier organisés par l'OST dans la rue constituent, d'une certaine manière, une forme nouvelle de s'adresser aux masses populaires et, pour ces dernières, une forme nouvelle de rapport avec une organisation politique ouvrière. L'OST souhaite que ce soit sur ce genre de terrain que puissent s'exprimer les débats entre courants politiques, et non par des relations personnelles entre dirigeants ou par simples communiqués communs d'états-majors, sans lendemain dans l'action.
Dans un pays où la légalisation des organisations d'opposition est encore très récente et demeure en tout état de cause précaire, beaucoup ont fait le choix du confort douillet de la critique idéologique, afin de ne pas prendre trop de risques avec la répression. Mais c'est finalement faire peu de cas du sort du peuple travailleur sénégalais qui, lui, attend des solutions concrètes à ses problèmes présents et des perspectives de mobilisation pour exprimer son mécontentement.