Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Solidarité avec les emprisonnés politiques

Inprecor n° 170, 2 avril 1984 · p. 28 · 1 054 mots

Pologne Syndicalisme

POLOGNE nart

Solidari

les emprisonn

EBUT février 1984, il y avait en Pologne 244 prisonniers politiques, dont 93 avaient déjà été condamnés à des peines allant en général de trois et demi à sept ans de prison. Des informations qui nous sont parvenues depuis lors font état d'une augmentation sensible des personnes soupçonnées plusieurs villes. Une des villes particulièrement touchées par la dernière vague de répression est Wroclaw, la capitale de la Basse-Silésie, région où le syndicat Solidarité et le groupe politique Solidarité combattante sont très actifs.

Durant les derniers jours de janvier, dans de nombreuses usines de Wroclaw, il y a eu des grèves et des actions massives de protestation contre la hausse des prix (cf. dossier Pologne dans ce même numéro d'Inprecor). Une vague d'arrestations et d'interpellations a suivi ces actions, dans les usines, les institutions et les universités. Un peu avant le 10 janvier, la police secrète interpellait une centaine de personnalités scientifiques et culturelles de Wroclaw, coupables d'avoir signé un appel à l'opinion publique polonaise et internationale en solidarité avec les sept dirigeants nationaux de Solidarité et avec les quatre militants du KOR empri sonnés depuis deux ans sans procès. Dans la petite ville de Gorzow, 17 militants de Solidarité ont été arrêtés récemment. A Torun, quatre militants du syndicat ont été enlevés, battus et menacés de mort

Les vagues de répression n'ont pas épargné Varsovie, Lublin, Szczecin et Cracovie. Les médias polonais annoncent chaque semaine de nouvelles arrestations de syndicalistes. La bureaucratie harcèle également les avocats : suspensions, attaques par des « malfaiteurs non-identifiés », cambriolages et arrestations se multiplient à l'encontre de ceux d'entre eux qui se chargent de défendre les militants

A teraz portyshutujemy

zwiarkow !!! zawodowycl

« Et maintenant, nous allons discuter de l'avenir des syndicats. » (DR)

té avec

és politiques

de Solidarité. La répression s'abat également sur les militants du mouvement paysan indépendant. Le 11 décembre 1983 était arrêté le président du Comité national de résistance des agriculteurs (OKOR), Jozef Teliga, âgé de 71 ans, ancien dirigeant de la résistance anti-nazie et ancien prisonnier politique durant les 1950. Le 9 février, le corps de Piotr Bartoszcze, syndicaliste paysan connu de la région de Bydgoszcz, était retrouvé dans un puits ; on s'accorde à penser qu'il a été assassiné par la police secrète. Ce n'est pas la première victime de la terreur ; après le meurtre du lycéen de Varsovie, Grzegorz Przemyk, au printemps dernier, un autre lycéen, Andrzej Debski, battu à mort par une patrouille de la milice, décédait début janvier dans un hôpital de Varsovie.

Dans de nombreuses prisons - Barczewo, Braniewo, Strzelin - des grèves de la faim de syndicalistes emprisonnés ont eu lieu. A Barczewo, les dirigeants connus de Solidarité - Wladyslaw Frasyniuk et Piotr Bednarz (de Wroclaw), Andrzej Slowik et Jerzy Kropiwnicki (de Lodz), Patrycjusz Kosmowski (de Bielsko-Biala), ainsi que le militant socialiste Edmund Baluka - ont obtenu des concessions importantes de la part de l'administration des prisons, à la suite d'une grève de la faim menée en automne 1983. Depuis lors, ils continuent la lutte pour les droits des prisonniers politiques, en commun avec Leszek Moczulski et deux autres dirigeants de la Confédération de la Pologne indépendante (KPN). Le 7 décembre, ils ont été agressés par les matons. Frasyniuk a été inculpé, peu après, pour avoir « insulté » l'adjoint du directeur de la prison pendant qu'il était battu.

A la prison de Strzelin, le 27 janvier, après avoir résisté durant 55 jours, sept militants syndicaux interrompaient leur grève de la faim. Cinq de leurs camarades - dont Janusz Palubicki, qui fut membre de la direction nationale clandestine de Solidarité et président de la région de Poznan - avaient été transférés peu auparavant à l'hôpital, dans un état de grave épuisement. Ils écrivirent ceci dans une déclaration : « Considérant que payer de sa vie ou de détériorations psycho-physiques durables ne serait pas souhaitable d'un point de vue humanitaire, et tenant compte des voix de l'extérieur, nous avons décidé d'interrompre la grève de la faim.»

De la prison de Barczewo, Frasyniuk a écrit : « Nous sommes décidés à tenir. J'en appelle cependant à un large et actif soutien des prisonniers politiques, en particulier de ceux qui peuvent être facilement oubliés. » Le Comité régional de grève de Basse-Silésie écrit pour sa part : « Les grèves de la faim des prisonniers politiques forcent l'admiration et le respect. Elles témoignent de l'attitude inébranlable de personnes qui ont été condamnées pour avoir rempli leur devoir envers Solidarité et la société. Les grèves de la faim des prisonniers sont le plus souvent l'unique forme de lutte à laquelle ils peuvent recourir pour se défendre contre les mauvais traitements infligés par le pouvoir et pour préserver leur dignité. Cette forme de lutte atteint gravement la santé des prisonniers, alors que les forces et la santé de nos camarades seront encore nécessaires à la société. C'est de nous, qui restons en dehors des murs des prisons, et de notre activité, que dépend pour une large part le sort des prisonniers. C'est à nous de créer une situation telle qu'ils ne soient plus obligés de recourir à la grève de la faim. Le RKS s'adresse à toutes les organisations syndicales, à tous les membres de Solidarité, pour qu'ils exigent, sous des formes qu'ils choisiront (appels collectifs ou individuels à la Diète ou au Conseil d'Etat, lettres de protestation aux directeurs de prisons, lettres envoyées aux militants emprisonnés, aide matérielle pour eux et leurs familles), la libération des prisonniers politiques et pour témoigner de leur sort. »

Il revient aussi aux militants du mouvement ouvrier international de répondre à cet appel, en protestant vigoureusement contre l'aggravation de la répression en Pologne, par laquelle la dictature bureaucratico-militaire tente de briser la volonté de résistance de Solidarité.

Envoyez les lettres, télégrammes ou motions pour réclamer un statut du prisonnier politique, et l'amnistie générale et inconditionnelle pour les syndicalistes de Solidarité emprisonnés, au président de la Diète (adresse : Marszalezk Sejmu PRL,

Pologne) et au président du Conseil d'Etat (adresse : Przewodniczacy Rady Panstwa PRL, Warszawa, Pologne). Envoyez les lettres, télégrammes ou motions de soutien aux syndicalistes emprisonnés et à leur lutte pour le statut du prisonnier politique et pour l'amnistie en les adressant à : Wladyslaw Frasyniuk ou Andrzej Slowik, Zaklad Karny, Barczewo, Pologne.

20 mars 1984.

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