Pour une alternative anticapitaliste !
Pour les Etats-Unis socialistes d'Europe !
APPEL DE LA IVe INTERNATIONALE A L'OCCASION DES ELECTIONS EUROPEENNES
Pour la seconde fois se dérouleront, trons. Le Marché commun n'a pas été
E nombreux obstacles juridiques et financiers viennent
D'opposer a la participation des forees révolutionnaires aux élections du Parlement européen qui auront lieu en juin prochain. Toutes les sections de la IVe Internationale concernées feront néanmoins campagne à cette occasion contre l'austérité, les missiles et les politiques anti-ouvrières. Nous publions ci-après l'appel adopté en commun par le Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale et les sections européennes ple publication du matériel officiel de la campagne pour les européennes revient à 5 millions de francs. Cette somme n'est remboursée qu'aux listes ayant dépassé 5 % des voix. Néanmoins, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) mène une campagne dont le temps fort sera le rassemblement contre l'austérité et l'Europe capitaliste, qu'elle organise les 26 et 27 mai au Bourget, près de Paris. En Belgique, le Parti ouvrier socialiste (POS) a réussi à recueillir les 1 000 signatures par province nécessaires pour présenter une liste électorale et sera donc, tout comme la Ligue communiste révolutionnaire (LCR)
du Luxembourg, directement engagé dans la bataille électorale.
En Italie, les questions financières et juridiques constituent aussi un obstacle important à la présentation de listes indépendantes de la Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR), puisqu'il est nécessaire de recueillir 30 000 signatures d'appui dans chacune des cinq zones électorales. Et, qui plus est, ces signatures en juin 1984, les élections du Parlement européen. Les premières avaient eu lieu en 1979. Malgré le fait qu'il s'agisse là d'une assemblée consultative sans pouvoirs réels, ces élections ne sont pas pour autant des élections qui passeront inaperçues sur la scène politique. En effet, les partis qui représentent directement le patronat, ceux de Margaret Tha-
Grande-Bretagne, de
Simone tcher en
Veil, Giscard d'Estaing et Jacques Chirac en France, de Helmut Kohl en RFA, de
Martens-Gol en Belgique et de Rudolf
Lubbers aux Pays-Bas, la Démocratie chrétienne italienne et la coalition bourgeoise au pouvoir cherau Danemark, chent à faire de ces élections un plébiscite en faveur de la politique anti-ouvrière et belliciste qu'ils favorisent, un plébiscite en faveur de l'austérité et de l'implantaà moyenne portée.
tion des missiles
Quant aux partis réformistes de François
Mitterrand, de Bettino Craxi et de Georges Papandreou, au gouvernement en
France, en Italie et en Grèce, ils appliquent la même orientation d'austérité et de réarmement, quoique de manière un peu plus modérée, et se trouvent politiquement sur la défensive, impuissants à opposer une alternative un tant soit peu crédible à l'offensive capitaliste.
NON A LA CEE, INSTRUMENT
DES BANQUES ET DES TRUSTS économique euro-
La Communauté péenne (CEE) constitue l'Europe des pala campagne. créé en faveur des travailleurs, mais pour renforcer la puissance des trusts et des multinationales européennes. Les institutions de la CEE agissent contre les travailleurs. La Commission européenne coordonne les actions contre les sidérurgistes d'Europe. Elle stimule la politique d'austérité dans tous les pays membres. Des voix s'élèvent maintenant pour doter cette Europe des patrons d'une armée européenne, qui serait tout aussi dangereuse pour la paix et l'avenir de l'humanité que l'armée de l'impérialisme américain ou que les armées « nationales » des impérialismes européens.
La IVe Internationale appelle les travailleurs d'Europe à n'accorder aucun crédit à l'intégration capitaliste de l'Europe. Le capitalisme européen n'est en rien plus progressiste que le capitalisme des EtatsUnis. Dans ce sens, nous appuyons la campagne de nos camarades de l'Etat espagnol et de nos camarades du Portugal contre l'entrée de leur pays dans le Marché commun. Nous comprenons la campagne de la gauche travailliste britannique et de la gauche grecque pour que la Grande-Bretagne et la Grèce se retirent de la CEE.
Mais le repli vers « Etat national souverain » capitaliste n'apporterait guère plus d'avantages pour les travailleurs des pays membres du Marché commun. Il servirait en fait de justification pour des politiques d'austérité plus accen-
EDITORIAL doivent être « légalisées » devant notaire, ce qui revient très cher. Compte tenu des luttes ouvrières actuelles contre les décrets d'austérité du gouvernement présidé par le « socialiste »
Bettino Craxi, et des mobilisations anti-missiles autour du site de Comiso, les élections européennes prendront une importante dimension nationale dans ce pays. C'est la raison pour laquelle la LCR, alors que le Parti socialiste (PSI) participe au gouvernement et que le Parti communiste (PCI) chevauche les mobilisations ouvrières, a décidé d'appeler à un vote ouvrier pour les listes de Democrazia Proletaria (DP) et du PCI sur le thème : « Renforcez l'opposition de gauche contre le gouvernement de Craxi et de la Démocratie chrétienne ». La LCR mènera donc campagne contre les missiles et l'austérité, pour l'unité de la gauche en lutte contre le gouvernement. Néanmoins, la LCR réviserait sa consigne de vote si l'attitude actuelle de chevauchement des luttes du PCI se transformait en une trahison ouverte. Au Danemark, la présentation d'une liste est aussi soumise à l'obtention de 60 000 signatures. Le SAP a donc ouvert des pourparlers avec l'organisation des Socialistes de gauche (VS) pour établir un accord électoral sur la base d'une proposition de manifeste se prononçant contre le chômage, pour les 35 heures et le soutien aux luttes sur ce thème, pour une grève européenne contre les missiles, et pour la sortie du pays de la CEE. Si de telles négociations n'aboutissent pas, le SAP proposera à VS des actions communes dans le cadre de tuées, sous le prétexte de défendre l'industrie nationale contre la concurrence étrangère.
Au double mirage de l'intégration capitaliste européenne et de la souveraineté nationale bourgeoise, la IVe Internationale oppose la lutte pour les Etats-Unis socialistes d'Europe, pour un combat commun, une solidarité commune et un objectif socialiste commun aux travailleurs de tous les pays.
L'AUSTÉRITÉ
NE CRÉE PAS D'EMPLOIS
Avec l'appui de tous les gouvernements en place, le patronat des dix pays d'Europe membres du Marché commun, comme d'ailleurs ceux d'Espagne et du
Portugal, a pu mener des attaques de grande ampleur contre les travailleurs, les allocataires sociaux, les femmes, les immigrés, les jeunes. Les gouvernements ont justifié leurs politiques d'austérité et de rigueur par les nécessités de la concurrence internationale. Mais le même argument est utilisé dans tous les pays, entraînant ainsi systématiquement une spirale à la baisse du pouvoir d'achat et des avantages sociaux. Il suffit qu'un pays diminue les
« coûts du travail » pour qu'une baisse encore plus prononcée soit justifiée dans un pays voisin au nom de la « solidarité nationale », c'est-à-dire, en fait, de la collaboration de classe, à l'avantage exclusif des profits patronaux. Car il est faux d'affirmer que l'austérité crée l'emploi. Depuis que cette politique est appliquée, le
possibles, deux sont particulièrement op- ment une solution valable aux masses lachômage a plus que triplé en Europe, passant de 4 millions à 17 millions de personnes. Et ce ne sont pas les différentes variantes de la politique de reconversion qui arrêteront cette hémorragie emplois. Bien au contraire, les experts des institutions bourgeoises prévoient eux-mêmes que, d'ici quelques années, le chômage touchera 18 millions de personnes en Europe.
A L'ACTION, A L'ÉCHELLE
EUROPÉENNE, POUR LES 35 HEURES
TOUT DE SUITE, SANS REDUCTION
DU SALAIRE ! Une autre politique économique, avec d'autres priorités, est parfaitement possible. Mais, au lieu d'entrer dans la logique du capital, celle de la concurrence et du profit, elle doit partir de la logique du travail, celle de la solidarité des exploités. La priorité doit être accordée au plein emploi et à la satisfaction des besoins matériels élémentaires des masses.
Lors des premières élections européennes de juin 1979, l'appel de la IVe Internationale avait déjà affirmé : « Nous sommes près de 40 millions de syndiqués. Cette force mobilisée peut imposer la semaine des 35 heures sans réduction du salaire hebdomadaire ou mensuel, avec embauche proportionnelle obligatoire avec contrôle ouvrier sur les cadences pour empêcher leur accélération. (1) ». Cet appel correspondait bien à une nécessité, puisqu'aujourd'hui, le syndicat ouest-allemand de la métallurgie, l'IG-Metall, a déclenché une vaste action, y compris gréviste, en faveur de la semaine des 35 heures. De nombreux syndicats d'autres pays se sont prononcés dans le même sens. C'est le moment ou jamais d'organiser, à côté des travailleurs allemands de la métallurgie, une campagne péenne, en faveur de l'introduction immédiate de la semaine des 35 heures.
Ce serait aussi le moment pour tous les députés se réclamant du mouvement ouvrier d'introduire simultanément, aux Parlements nationaux et au Parlement européen, des propositions de loi limitant la semaine légale de travail à 35 heures. Ce serait le moment, pour les syndicats européens, de lancer un appel aux syndicats d'Amérique et du Japon à se joindre à cette action. Voilà le seul moyen efficace pour arrêter l'hémorragie des emplois, pour éviter les effets diviseurs et démoralisateurs du chômage massif sur le mouvement ouvrier, pour faire payer au capitalisme international les coûts de la crise, dont il est seul res-
A L'ACTION CONTRE LES EUROMISSILES ! Les gouvernements de l'Europe capiréduisent les dépenses sociales, mais tous trouvent de plus en plus d'argent pour financer les dépenses d'armement, pour assurer l'intervention de leurs troupes impérialistes aux Malouines, au Liban, au Tchad, en Irlande. On applique un calcul de rentabilité et de rendement à l'enseignement et à la médecine, gouvernement n'évalue le « rendement » des dépenses militaires.
Les masses laborieuses d'Europe rejettent de plus en plus cette course insensee aux armements, qui risque de transformer, tôt ou tard, notre continent en contre l'implantation des missiles ont connu une ampleur sans précédent : des millions de manifestants en Allemagne occidentale, plus d'un million en GrandeBretagne et en Italie, plus d'un demi-million aux Pays-Bas, 400 000 en Belgique, l'action continue des femmes de Greenham Common en Grande-Bretagne contre la base de l'OTAN.
Cette opposition de masse a une nette orientation anti-impérialiste, unilatéraliste, qu'il faut stimuler, amplifier, généraliser par des propositions d'actions précises et de plus en plus coordonnées au niveau international. Parmi toutes celles qui sont portunes : celle concernant l'organisation d'un référendum contre l'implantation et le maintien des euromissiles sur le territoire de chaque pays, et celle relative à la préparation et à l'organisation par les syndicats d'une grève générale, à l'échelle européenne, contre la présence des missiles.
POUR L'ALTERNATIVE
ANTICAPITALISTE POUR LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE Le mouvement ouvrier doit organiser son opposition à l'Europe des patrons, des trusts et des multinationales, à l'Europe de l'austérité et de la remilitarisation. Il doit le faire à l'échelle internationale. Le mouvement syndical n'y est pas encore parvenu, ni pour les sidérurgistes en lutte pour l'emploi, ni pour la conquête de la semaine des 35 heures.
De grands combats ces derniers mois, tels les grèves des services publics en Belgique et aux Pays-Bas, la mobilisation exemplaire des travailleurs italiens pour défendre l'échelle mobile des salaires, la grève des mineurs en Grande-Bretagne, la résistance des travailleurs espagnols contre l'austérité, la grève l'usine de Talbot-Poissy en France, ont vu la combativité ouvrière buter sur les divisions des directions traditionnelles du mouvement ouvrier, sur leur refus d'organiser la lutte et de défendre une alternative anticapitaliste, sur leur capitulation devant les prétendues « contraintes inter-
Get « contraintes de concurrence », c'est-à-dire leur capitulation devant les règles du jeu capitaliste.
France, ni en Espagne, ni en Italie, ni en Suède, ni en Grèce, ni au Portugal, ni hier en partis sociaux-démocrates et communistes au gouvernement ne répondent aux attenluttent contre l'austérité et contre la politique ultra-militariste de l'OTAN. La raison en est que ces partis et ces directions syndicales ne prennent pas le mal à la racine. Pour casser la crise, il faut casser la puissance des banques et des groupes financiers, en les nationalisant sans indemnités ni rachats et sous contrôle ouvrier. Le but doit être la mise au pouvoir de gouvernements des travailleurs, appuyés sur les travailleurs mobilisés et organisés dans leurs entreprises et leurs quartiers. Cela implique une orientation vers l'expropriation du grand capital, une réorganisation de l'économie fondée sur une planification démocratiquement élaborée par les travailleurs.
Ce combat, lié à la lutte antibureaucratique dans les pays du bloc de l'Est - qui se manifeste à présent par le développement d'un mouvement indépendant pour la paix, avec lequel il faut se déclarer solidaire face à la répression à laquelle il est exposé —, ouvrirait la voie aux EtatsUnis socialistes d'Europe, la seule alternative valable à l'Europe déchirée d'aujourd'hui, en butte à la crise parallèle du capitalisme à l'Ouest et de la domination bureaucratique à l'Est. Les Etats-Unis socialistes d'Europe n'offriraient pas seuleborieuses de ce continent. Ils fourniraient également une aide puissante aux peuples surexploités du «tiers-monde » pour qu'ils sortent du bourbier de la misère dans lequel impérialisme et capitalisme les ont empêtrés. La percée vers le socialisme en Europe serait le moyen d'offrir à toute l'humanité l'espoir de sortir des sombres perspectives de famine, de chômage, de dictature et de guerre, pour retrouver la voie du progrès et de l'avenir assurés.
- En avant vers la solidarité agissante de tous les travailleurs d'Europe en lutte pour leurs objectifs de classe !
- En avant vers la solidarité mondiale de tous les exploités et de tous les opprimés, en premier lieu ceux qui, en Amérique centrale, au Moyen-Orient, en Afrisont les cibles d'agressions - En avant vers la révolution socialisSecrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale.
Belgique : Parti ouvrier socialiste (POS). Danemark : Socialistik Arbejderparti (SAP). Etat espagnol : Liga Comunista Revolucionaria (LCR-LKI). France : Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Grande-Bretagne : section britannique de la IVe Internationale. Grèce : Organosis Kommounistike Diethnistike tes Elladas (OKDE). Irlande : People's Democracy (PD). Italie : Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR). Luxembourg : Ligue communiste révolutionnaire bas : Socialistiese Arbeiderspartij (SAP). Portugal : Partido Socialista Revolucionario (PSR). RFA : Gruppe Internationale Marxisten (GIM).
9 avril 1984. 1. Cf. pour les Etats-Unis socialistes d'Europe : « Manifeste des sections européennes de Parlement européen », Inprecor numéro 45 du