Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Kowalewski ne sera pas expulsé !

Inprecor n° 172, 30 avril 1984 · p. 28 · 851 mots

France Syndicalisme Pologne

_ soutien à Zbieniew Kowalevski, menacé d'expulsion de France, a été telle que le 'exceptionnelle ampleur de la campagne de solidarité qui s'est développée en

• gouvernement français, saisi de protestations affluant de toutes parts, a finalement dû plier. Le 20 avril, après près d'un mois de mobilisations, il a finalement accordé à ce militant bien connu de Solidarité non seulement le droit de résider en France, mais celui de voyager librement, chose qui lui était interdite depuis plus d'un an. L'article que nous publions ci-dessous fait le point sur la campagne internationale de soli-

Lors d'un meeting de solidarité avec la Pologne à Paris, à la Porte de Versailles. A la tribune, parmi d'autres, Lionel Jospin (PS), Edmond Maire

(CFDT), Louis Mermaz (PS), René-Gérard Schwartzenberg (aujourd'hui ministre) et Zbigniew Kowalewski (troisième à partir de la droite). (DR)

FRANCE

Kowalewski

ne sera pas expulsé

darité qui a permis cette victoire.

Le 28 mars dernier, Zbigniew Kowalewski, dirigeant de Solidarité à Lodz avant le 13 décembre 1981, se voyait « invité à quitter la France avant le 28 avril 1984 ». Kowalewski avait été surpris par l'instauration de l'état de guerre, alors qu'il se trouvait en France à l'invitation de deux syndicats nationaux de la CGT et de la CFDT. Depuis lors, il résidait dans ce pays, consacrant le plus clair de son temps et de ses forces à organiser la solidarité avec « Solidarnose » clandestin en Pologne

L'émotion soulevée par la décision du gouvernement français a été immense. Le prétexte officiel invoqué - l'insuffisance de justification de moyens d'existence — ne pouvait apparaître que comme un argument complètement fallacieux. Des la nouvelle connue, un appel etait lancé par une série de personnalités demandant au gouvernement d'annuler cette décision. Et, très vite, c'est par centaines que les signatures individuelles, ainsi que celles d'organisations politiques, syndicales et démocratiques, venaient s'ajouter à celles des initiateurs de la campagne de protestation, dont celles de nombreuses directions locales, régionales et de branches nationales de la CFDT, celles du SNES (Syndicat national des enseignants du secondaire), de la Ligue des droits de l'homme, d'Amnesty Internatiodu Syndicat des avocats de France, etc.

La mobilisation contre cette menace d'expulsion s'est rapidement étendue toute l'Europe, et les autorités françaises ont vu leurs ministères envahis de télégrammes et de lettres de soutien à Ko-

Parmi eux, on comptait de nombreux messages provenant de dirigeants du mouvement ouvrier international, tels Eric Heffer, président du Parti travailliste, Tony Benn, membre du Parlement anglais, Fernando Claudin, Alfredo responsable de la commission internationale de la CISL italienne, Fausto Bertinotti, secrétaire général de la CGIL du Piémont, Mario Capanna, député de Democrazia Proletaria au Parlement italien et au Parlement européen, Herman Rebhan, secrétaire général de la FIOM (Fédération Internationale des organisations des travailleurs de la métallurgie), Dan Gallin, secrétaire général de l'UITA (Union internationale des travailleurs de l'alimentation), ainsi que de nombreuses organisations démocratiques, telles que l'Institut Bertrand Russel, l'Association des droits de l'homme de Madrid, etc. En Suisse en particulier, c'est l'ensemble des forces du mouvement ouvrier qui a riposté à cette mesure scélérate par un. appel signé par des dizaines de députés cantonaux et nationaux du Parti socialiste, et par l'envoi d'une délégation à l'ambassade de France à Berne, au sein de laquelle on comptait Christophe Berger, secrétaire central du Parti socialiste suisse

(PSS), Ruth Dreifuss, secrétaire centrale de l'USS (Union syndicale suisse, principale centrale syndicale du pays) et Karl Gruber, représentant la CSC (syndicats chrétiens). A leurs questions, il répondu que la mesure prise à l'encontre de Kowalewski était certainement une erreur administrative.

Au même moment, en France, une autre délégation composée de représentants des signataires de l'Appel était reçue au ministère de l'Intérieur. Mais elle recevait, elle, un tout autre genre de réponse. Certes, les représentants de Gaston Defferre se disaient « très impressionnés par l'ampleur du soutien, en particulier international » dont bénéficiait Kowa lewski, et ils assuraient que la décision d'expulsion serait rediscutée. Mais, même temps, il ressortait de cette entrevue officielle que le gouvernement avait envisagé d'expulser Kowalewski parce que les services secrets le soupçonnaient d'appartenir aux services secrets polonais.

Pareille accusation est trop grave pour ne pas être fondée sur des preuves. Or, de l'aveu même des autorités, ces preuves n'existent pas. Kowalewski lui-même, et ceux qui le connaissent de lon gue date, peuvent témoigner de son combat pour le socialisme et la révolution au début des années 1970 en Pologne, à Cuba ensuite, de 1975 à 1979, et enfin de son activité de solidarité avec les organisations clandestines de son syndicat mis hors-la-loi par la bureaucratie polonaise.

Dès lors, il en allait de l'honneur, non seulement de Zbigniew Kowalewski, mais de tous les militants du mouvement ouvrier, de remporter la victoire face aux détracteurs anonymes qui, en voulant lui nuire, cherchaient à atteindre un courant de Solidarité qui lutte pour le socialisme autogestionnaire. La force et le nombre des protestations a finalement permis que le droit élémentaire qu'il ré clamait lui soit accordé. C'est une victoire pour toutes les forces du mouvement ouvrier et démocratique qui se sont mobilisées pour empêcher cette expulsion.

21 avril 1984.

Une erreur sur cette page ?