Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LES NOTRES

Pierre Frank (1905-1984)

Inprecor n° 172, 30 avril 1984 · p. 27 · 805 mots

France IVe Internationale Italie

Pierre Frank est né en 1905 à Paris. Ses parents, d'origine russe, y travaillaient comme ouvriers tailleurs. Au cours de ses études d'ingénieur-chimiste il participa, en 1924-1925, à la fondation de l'Union générale des étudiants techniciens de l'industrie, du commerce et de l'agriculture (UGETICA), sous le patronage de l'Union syndicale des techniciens de l'industrie, du commerce et de l'agriculture (USTICA), première organisation syndicale de techniciens créée en France après la guerre de 1914-1918. L'engagement politique de Pierre Frank, qui débuta dès l'âge de 15 ans, l'amena à donner son adhésion au Parti communiste cinq ans plus tard, en 1925. Sur le plan syndical, il milita à l'USTICA et aussi, pendant plusieurs années, à la Fédération des produits chimiques, adhérente à la Confédération générale du travail unitaire (CGTU).

En 1927, il reconnut dans la plateforme de l'Opposition unifiée du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) dirigée par Trotsky et Zinoviev, la réponse au cours néfaste de la direction Boukharine-Staline. Aussi, il se prononça pour les thèses de l'Opposition. Il fut au cencréation du premier organe trotskyste français, en 1929, la Vérité, dont il devint le gérant. Ses prises de position amenèrent son exclusion du rayon du PC d'Aulnay-sous-Bois.

Participant à la fondation de la première organisation trotskyste en France, la Ligue communiste, en 1930, il en resta membre de la direction jusqu'en 1934. En mai 1931, il devient membre du Secrétariat international de l'organisation trotskyste internationale animée par Trotsky.

En juillet 1932, il se rendit en Turquie auprès de Trotsky, toujours exilé à Prinkipo, et fut son secrétaire durant un

Revenu en France, il fut un militant de premier rang dans les combats politiques que menèrent les trotskystes en 1934, alors que la division faisait rage dans les rangs ouvriers confrontés au péril fasciste.

Fin 1934, la Ligue communiste décida publiquement d'envoyer tous ses militants dans le Parti socialiste (SFIO à l'époque), où ils formèrent le Groupe bolchevik-léniniste (GB-L). Elu par le congrès de Mulhouse de juin 1935 comme suppléant du CAP (Commission administrative permanente) de la SFIO, il fut exclu de cette organisation en octobre 1935, avec les autres dirigeants du GB-L, sous des prétextes disciplinaires. Le Parti socialiste s'engageait alors dans la constitution du Front populaire avec le Parti radical et le PCF.

A cette époque, une divergence apparut entre les trotskystes français, à la suite des exclusions de trotskystes de la

Pierre Frank (1905-1984) SFIO. Pierre Frank créa, en décembre 1935, avec Raymond Molinier, un nouveau journal, la Commune, qui prônait un regroupement large à l'extérieur de la SFIO, s'opposant à la ligne des révolutionnaires regroupés dans les Jeunesses socialistes révolutionnaires et soutenue alors par Trotsky. Ces dissensions amenèrent à la création du PCI, à côté du GB-L, en mars 1936. Après une éphémère réunification qui donna le Parti ouvrier internationaliste (POI), le PCI reprit son activité propre. Cet éclatement des organisations trotskystes françaises devait durer jusqu'au milieu de la Seconde Guerre mondiale.

En 1939, un mandat d'arrêt fut lancé contre Pierre Frank. Condamné par défaut à plusieurs années de prison, il dut rentrer dans la clandestinité. Arrêté en 1940 en Angleterre, il fut emprisonné dans un camp de l'île de Man, jusqu'en

Malgré la fin de la guerre, il lui fallut attendre encore un an avant de pouvoir reprendre librement ses activités en France, en 1946, où il participa à la conférence de la IVe Internationale qui consacra la réunification des trotskystes. Dès lors, il fut inlassablement aux premiers postes de la direction de l'Internationale et de sa section française, assurant à lui seul après 1948 la continuité avec la génération militante d'avant-guerre en France. Il joua donc un rôle de premier plan dans la formouvement à l'échelle internationale. Il continua parallèlement son activité dans le PCI en France, notamment lors du combat contre la guerre d'Indochine et contre la guerre d'Algérie. A ce titre, il fut une nouvelle fois arrêté et condamné pour ses activités de solidarité avec le FLN algérien.

Le petit noyau qui avait assuré la nouveau avec le renfort des jeunes qui, exclus de l'Union des étudiants communistes (UEC) et du PCF, formèrent la JCR en 1966. Fin juin 1968, après la dissolution du PCI et de la JCR par le gouvernement gaulliste, Pierre Frank fut gardé à vue pour complot contre la sûre-

Après la fusion du PCI et de la JCR et la création de la Ligue communiste, en avril 1969, Pierre Frank continua encore pendant de longues années son travail de dirigeant, avant de renoncer à toute fonction dirigeante à la fin des années 1970.

Organisant la publication de nombreux ouvrages de Trotsky, ayant fait connaître en France la première manifestation d'opposition à la bureaucratie en Pologne (la Lettre ouverte au POUP, de Kuron et Modzelevski), il rédigea lui-même plusieurs ouvrages politiques, et notamment l'Histoire de l'Internationale communiste, à laquelle il se consacra ces dernières années.

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