NE centaine de jeunes en provenance de France, une soixantaine de République fédérale d'Allemagne (RFA), de Belgique et de suisse, une quarantaine de Norvege, des Pays-Bas et d'Italie, des délégations d'Autriche, de Grande-
Bretagne, du Danemark, du Portugal, de l'Etat espagnol, de
Suède, d'Irlande, du Luxembourg, vont se rencontrer pendant fin juillet, au camp des organisations de jeunesse une semaine, européennes en solidarité politique avec la IVe Internationale.
Seront aussi présents de jeunes militants japonais, une dé.
légation de la YSA (Alliance des jeunes socialistes) des Etats-
Unis, et un représentant de la Jeunesse sandiniste du 19 juillet
(JS-19). Ce sera donc là une occasion, pour les jeunes présents, de s'informer directement sur la révolution nicaraguayenne, de s'approprier cette expérience, et de préparer dans tous les pays des tâches de solidarité concrètes à la rentrée.
Les discussions au cours de cette semaine tourneront autour des thèmes suivants : lutte contre la guerre, contre le chômage et contre le racisme, lutte contre l'oppression des femmes, solidarité internationale. Tous ces débats seront non seulement animés par des jeunes révolutionnaires impliqués dans ces mobilisations, mais aussi par des représentants de mouvements et d'associations de masse. Ainsi, pour la journée de discussion sur les mobilisations antiguerre, des membres de la Campagne pour le désarmement nucléaire (CND) de
Grande-Bretagne et des femmes de Greenham Common seront présents, ainsi que des jeunes du Mouvement lycéen pour la
« L'inquiétude de la jeunesse fait peur parce qu'elle est également la nôtre » (1), écrivent les auteurs d'un rapport intitulé Les études et le travail vus par les jeunes, résultant d'une enquête menée pendant deux ans et demi dans tous les pays membres de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Cette étude donne le point de vue de la bourgeoisie sur la radicalisation de la jeunesse dans les pays capitalistes
UNE BOURGEOISIE INQUIETE
L'étude passe en revue « les valeurs éthiques de la jeunesse ». A l'égard de la famille, « l'impression qui se dégage est celle d'enfants largement satisfaits et parfaitement intégrés ». Les institutions politiques et sociales « ne sont pas rejetées en bloc par les jeunes d'aujourd'hui, mais elles ne leur inspirent certainement aucun enthousiasme ». Les sujets principaux de mécontentement sont « la dégradation de l'environnement, les inégalités sociales fondées sur la richesse ou sur l'origine fal'insuffisance de l'aide sociale versée aux personnes âgées et aux invalides, le sentiment que les travaux pénibles ne sont pas reconnus à leur juste valeur ».
Curieusement, le rapport ne mentionne ni
La crise économique et
sations de femmes maghrébines. parcourir 354 kilomètres. l'ordre de C. Castaing). l'antiracisme, ni le « tiers-mondisme », ni encore l'antimilitarisme ou le comme expressions politiques de la jeunesse, alors même que ces motivations ont fait descendre des centaines de milliers de jeunes dans la rue à travers toute l'Eu-
A propos de l'école, l'enquête de l'OCDE remarque de la part des jeunes à la fois une très forte demande et une nette déception. « L'idée que les études scolaires devraient préparer à la vie professionnelle est très répandue parmi la jeunesse », constate-t-il. Quant à l'attitude des jeunes face au travail, le texte affirme que « l'idée très répandue selon laquelle les jeunes ne tiennent pas en place, abandonnent facilement un emploi lorsqu'ils n'en sont pas contents et ont des exigences entièrement utopiques pour ce qui est de la qualité de la vie professionnelle, est erronée, même si les employeurs l'invoquent invariablement pour justifier leur refus d'engager de jeunes travailleurs ». Et face à la montée du chômage, les jeunes, « au lieu de se montrer de plus en plus ouvertement critiques et difficiles à l'égard des emplois qui leur sont proposés, ont, semble-t-il, plutôt adopté l'attitude inverse ».
Un tel bilan ne devrait donc pas nourrir l'inquiétude de la bourgeoisie. Et le document de l'OCDE conclut en effet en disant que, « contrairement aux ado-
DOSSIER JEUNES paix, de REA. Un de nos camarades emprisonné à Landau fin
1983 fera le point sur les revendications et les luttes des soldats dans les casernes. La journée contre le racisme sera, elle aussi, animee par des militants des organisations de jeunesse immigrée, et par des jeunes investis dans des associations et des comités de jeunes à Dreux, Marseille, Paris, et dans des organi-
En dehors de ces débats organisés en forums et en commissions, une large place sera laissée aux libres discussions, aux échanges informels entre les participants, ainsi qu'aux loisirs.
D'ores et déjà, des ateliers sont proposés par les différentes organisations : danse, karaté self-défense, sérigraphie, football, théâtre, cabaret, gymnastique. Des groupes de musique animeront les soirées, notamment un groupe de rock celtique, un groupe de musique « industrielle », Nebel Joy, etc. Pour aider les jeunes à participer au camp, les organisations de jeunesse ont lancé des souscriptions pour financer une partie des voyages.
En France, les JCR diffusent des souscriptions de 10 francs pour « bons kilométriques », qui permettront à un jeune de
Les contributions peuvent être adressées aux JCR, 9, rue de Tunis, 75 011 Paris (chèques à
Le présent dossier d'Inprecor, abordant la politique de la bourgeoisie face à la jeunesse et les formes de radicalisation et de lutte des jeunes autour d'exemples spécifiques, s'intègre donc dans le cadre de la préparation politique de ce camp.
lescents des années 1960 à 1970, ceux de la fin des années 1970 ne se font pas une idée particulièrement révolutionnaire de la société, et ils ont tendance à faire preuve d'une certaine désaffection à l'encontre des institutions politiques et sociales de leur pays. Ils tiennent avant tout à répondre à leurs besoins personnels, tels que les définissent leur entourage immédiat et leur famille. » Mais à côté de cet individualisme rassurant, la crise conduit, d'après cette même étude, les jeunes à envisager l'avenir « avec incertitude et mêl'angoisse : ils ont l'impression d'avoir été laissés de côté par la société ».
Deux catégories de jeunes retiennent particulièrement l'attention du rapport de
TOCDE. Il y a d'abord la « jeunesse bourqui a de plus en plus souvent le sentiment qu'elle n'a ni pouvoir ni emprise sur la vie. Or, ces jeunes gens n'ont pas les traits de caractère propres à leurs camarades moins favorisés, qui se rendent responsables de leur situation personnelle.
Contrairement à ces derniers, ils sont capables d'établir le rapport entre leurs difficultés d'une part, la politique de l'emploi et la politique économique d'autre part. » Deuxième plaque sensible : les jeunes chômeurs. « Ils ne sont pas d'impénitents révolutionnaires. La plupart
1. « Les études et le travail vus par les jeunes », OCDE, 1983.
d'entre eux ne semble nullement vouloir détruire la société existante. Toutefois, la passivité avec laquelle tant d'entre eux continuent à subir leur chômage ne doit pas nous tromper. (...) La persistance du chômage ou du sous-emploi dans une grande fraction de la population pourrait détruire le tissu social même de notre civilisation. »
Telle est donc, en résumé, l'analyse bourgeoise de la radicalisation de la jeunesse. D'après elle, les années de la révolte sont passées, mais la crise réunit les conditions de nouvelles explosions.
LES POLITIQUES BOURGEOISES
AVANT LA CRISE C'est à la fin des années 1960 que la bourgeoisie prend conscience de l'existence de la jeunesse comme couche sociale appelée à recevoir de sa part un traitement particulier. Les gouvernements capitalistes concentrent alors leurs efforts sur l'« adaptation » du système d'enseignement. Ils y sont contraints par deux
Le premier, c'est l'émergence d'un mouvement de masse dans la jeunesse scolarisée, notamment universitaire. La révol-
Best universelle : Tokyo, Nanterre, Mexico, Berkeley. Le mouvement puise sa force d'une part dans l'anti-impérialisme et la solidarité avec les révolutions coloniales, d'autre part dans le redevenir social promis aux étudiants, dans le refus d'être « les chiens de garde » de la bourgeoisie. La bourgeoisie en tire une amère conclusion : la scolarisation prolongée forme des frustrés, des révoltés, en donnant à des générations entières de jeunes les moyens de critiquer les mécanismes de l'exploitation capitaliste. Le coût social de l'enseignement supérieur et secondaire est décidément trop élevé. Il faut donc, pour la bourgeoisie, reconquérir idéologiquement les universités, y réduire la place de la formation générale et critique, et y intensifier la sélection. La tâche ne sera pas facile, mais elle
Une deuxième contrainte pèse lourdement sur la bourgeoisie : au coût social de la scolarisation, s'ajoute son coût financier, le « baby boom » des années d'après-guerre et l'augmentation de la demande en matière d'éducation ayant entraîné une véritable explosion scolaire. L'enseignement secondaire « de masse » s'est en effet développé après la Deuxième Guerre mondiale. En France, c'est la Ve République, instaurée par au pouvoir de de Gaulle en 1958, qui a prolongé l'âge de la scolarité obligatoire, de 14 à 16 ans. Dans les lycées, les effectifs ont été multipliés par 3,5 et dans les facultés par 4,1 entre 1958 et 1982. Le taux de scolarisation des jeunes dans la première année d'école non obligatoire est passé, entre 1950 et 1975, de 40% à 90 % au Japon, de 30 % à 75 % au Danemark, et de 50 % à 71 % en France.
La conséquence financière de cette évolution est considérable. « Entre 1960 et 1970 dans les pays de l'OCDE, les dépenses publiques d'éducation en prix cou-
TES
MAIRES
Manifestation des JCR en France. (DR) rants ont augmenté à un taux annuel moyen de plus de 14 % et le nombre d'enseignants a augmenté environ d'un tiers », notait l'OCDE en 1977. Dans le budget de l'Etat français, la part de l'Education nationale est passée de 7,2% en 1952 à 17 % en 1970, augmentant donc de 5 % tous les dix ans. Face à ce gouffre financier à l'efficacité sociale réduite, la bourgeoisie se devait de réagir. Elle le fait dans trois directions :
- Tout d'abord, par une politique de restrictions budgétaires. Il s'agit d'inverser la courbe des dépenses en matière de scolarisation. Cela suppose de favoriser la privatisation du système d'enseigne. ment public, d'accroître la sélection pour réduire le nombre d'élèves, et de « professionnaliser » les études, c'est-à-dire de les mettre en rapport étroit avec le débouché professionnel afin de les délester de leur contenu superflu. Mais cette volonté se heurte à de fortes résistances, celle de la jeunesse, celle de la classe ouvrière dont la mobilisation est en plein essor, et celle des « usagers » dont la demande d'éducation n'a pas diminué. C'est seulement avec la crise économique que l'austérité pour l'école entrera dans les faits. En
France, la bourgeoisie devra attendre 1979 pour parvenir à réduire la part de l'Education nationale dans le budget de l'Etat.
- Deuxième type de mesures : des réformes scolaires allant dans le sens d'une déscolarisation de la jeunesse. La formation permanente sert à justifier les abandons dans la formation initiale, puisque les jeunes pourront compléter « plus tard » leur formation. L'apprentissage sur le tas est réhabilité au détriment de la formation professionnelle à l'école. Des tentatives sont faites d'introduire la sélection à l'entrée des universités. Cette politique est doublée d'une offensive idéologique d'ampleur, tandis que le patronat mène une campagne pour l'« ouverture » de l'école sur la société capitaliste. Paradoxalement, un certain gauchisme pédagogique, dans sa critique de l'« enfermement de l'école », va prêter le flanc à bien des récupérations. Cependant, la crise n'est pas encore parvenue à réduire le taux de scolarisation des jeunes, ni même à l'empêcher de croître, car la crainte du chômage à la sortie de l'école incite les jeunes à prolonger leurs études et à augmenter leurs chances d'obtenir un diplôme qui les protège mieux sur le marché du travail.
La déscolarisation de masse reste encore
- Enfin, les bourgeoisies vont s'efforplanifier les flux d'élèves selon les besoins du marché de l'emploi, afin de ne pas donner à chacun plus de formation qu'il n'en aura besoin dans sa vie professionnelle. Au début des années 1970, le de l'«adéquation emploi/formation » était très en vogue. C'est une des raisons, par exemple, de la création en France du Centre d'études des qualifications et de l'emploi (CEREQ). Et les plans prévoient tel pourcentage jeunes sans qualification, tel pourcentage d'ouvriers qualifiés, tel pourcentage d'étudiants. Or, si la méthode révèle le cynisme de la bourgeoisie, elle est peu efficace. Une chose est de prévoir, autre chose est de parvenir à planifier une telle évolution.
D'une part, la planification intégrale des formations supposerait d'adopter des procédures autoritaires que la résistance des jeunes, des familles et des enseignants empêche d'imposer. D'autre part, du point de vue de la bourgeoisie, il n'est pas certain qu'une planification réussie des formations ne conduise pas à freiner la « mobiprofessionnelle » indispensable aux restructurations capitalistes. La mode de I'« adéquation emploi/formation » donc passée.
Les pays capitalistes avancés entrent dans la crise économique avec un triple problème : éviter que les jeunes quittant l'école ne viennent grossir les rangs des chômeurs ; réduire le temps passé à l'école, devenue trop coûteuse; amener les jeunes générations à renoncer à l'obtention d'une qualification liée à un seul métier. Et tout ceci n'est pas sans contradictions. Ainsi, garder les jeunes à l'école permet de masquer le chômage mais augmente le coût de l'Education.
LES EFFETS DE LA CRISE La jeunesse scolarisée éprouve de plus en plus durement les conséquences de l'austérité budgétaire : locaux insuffi-
Get en mauvais état, machines équipements pédagogiques non renouvepar manque d'enseignants, supd'enseignements, réduction des aides et des bourses aux élèves et aux fa. milles, augmentation des frais d'inscription à l'université, etc. Les jeunes sont également frappés dans leur protection sociale : réduction drastique des indemnités de chômage (Belgique, Pays-Bas) ou aggravation des conditions donnant droit à ces indemnités (France).
fait majeur, d'une ampleur dans l'histoire du capitalisme, c'est le chômage massif des jeunes. Dans les sept grands pays capitalistes, il y avait un million de jeunes au chômage en 1970, et ils étaient 9,5 millions en 1983. Le taux de chômage des jeunes est deux fois plus grand que celui des adultes au Canada, en Finlande et au Japon. Il est trois fois plus grand aux Etats-Unis, en France, au Royaume-Uni et en Suède. Il est quatre fois plus grand en Espagne et au Portugal et six fois plus grand en Italie. Ainsi, le nombre de jeunes dans le total des chômeurs atteint 45 % aux Etats-Unis, 57 % en Espagne, 62 % en Italie. Et, parmi les jeunes chômeurs, les couches les plus opprimées sont surreprésentées : filles, Noirs et Chicanos (latino-américains USA), enfants d'immigrés.
Le chômage des jeunes renforce la précarité de leur emploi. En France en 1980, la moitié des 16-21 ans disposant d'un Certificat d'aptitude professionnel (CAP) ou d'un Brevet d'études professionnelles (BEP) occupait un emploi précaire. Les moins de 25 ans constituaient 55 % des travailleurs intérimaires. Pressés de trouver un emploi, les jeunes acceptent plus facilement des contrats à durée déterminée. Le chômage favorise également la déqualification à l'embauche, patrons sont en mesure d'embaucher des jeunes pour des emplois d'un niveau de qualification de salaire inférieurs à leurs qualifications. Il en résulte que les non diplômés, les seuls qui ne peuvent pas être déclassés à l'embauche, sont les derniers embauchés.
Le chômage des jeunes bouleverse donc l'ensemble de leur rapport à la société. Ils ne sont pas seulement exclus du travail, ils se trouvent aussi exclus de l'autonomie financière, moyen de l'indépendance à l'égard de la famille, de la consommation de biens et de loisirs auxquels ils aspirent fortement, de la reconnaissance sociale attachée à l'exercice du métier. Ce faisant, ils sont aussi exclus des liens du travail, y compris politiques et syndicaux. Ainsi, le statut de la jeunesse n'est plus seulement le résultat de la prolongation de la durée de l'enfance - liée à la durée de la scolarisation - au-delà de l'âge biologique, il est maintenant renforcé par du monde du travail. Le capitalisme tardif a fait de l'« insertion sociale et professionnelle » de la jeunesse (titre d'un rapport remis à François Mitterrand) un problème en soi. Il n'y a jamais eu d'expression plus nette du rejet de la jeunesse par un système social.
Le chômage des jeunes est trop important et trop durable pour ne pas modifier le comportement de la jeunesse, et pas seulement de sa fraction qui est directement touchée. D'abord parce que tout jeune scolarisé est un chômeur en puissance et le sait. « No future » (Pas d'avenir), telle est la perspective qu'offre le capitalisme aux jeunes générations. Il n'est pas acquis d'avance que les jeunes réagissent à cette situation par un mouvement collectif, par la recherche d'une issue socialiste à la crise. Le poids du chômage renforce la concurrence entre individus, favorise la compétition à l'école, le bachotage pour la quête du diplôme. Et une fois que l'on a franchi une certaine barrière sélective, on veut conserver l'avantage acquis. Ceux qui ont réussi à pénétrer dans la place n'ont pas « individuellement » intérêt à lutter contre la sélection qu'ils ont vaincue, et ceux qui n'y sont pas sont trop
Mais le chômage des jeunes est aussi un facteur explosif. La bourgeoisie ne s'y trompe pas. L'OCDE multiplie les avertissements et coordonne les politiques de gestion du chômage des jeunes. Les sept chefs d'Etat impérialistes réunis au sommet de Williamsburg, en mai 1983, ont trouvé la place dans leur courte déclaration pour mentionner le chômage de la jeunesse. C'est une des hantises du président Mitterrand, la raison pour laquelle il affiche notamment son intérêt pour les cités de banlieue, concentrations de jeunes chômeurs et immigrés de la seconde génération. Toujours en France, la place prise par le ministère de la Formation professionnelle (à côté du ministère de l'Education nationale) ou bien les propositions répétées du patronat d'embaucher plusieurs centaines de milliers de jeunes, à prix réduit bien sûr, sont d'autres signes de l'inquiétude qui ronge la bourgeoisie.
POURQUOI
LE CHOMAGE DES JEUNES ? Il n'y a pas de mensonge plus répandu que celui qui impute la responsabilité du chômage des jeunes à l'école, avec le raisonnement suivant: « Puisque les jeunes ne trouvent pas d'emploi à la sortie de l'école, c'est que celle-ci ne les a pas préparés à la vie active. » Il est vrai que plus un jeune dispose d'un diplôme élevé, moins il a de probabilités de chômer. Mais cela ne prouve finalement qu'une seule chose : que les patrons ont un rapport de forces en leur faveur qui leur permet de faire le tri et de recruter, pour chaque emploi et pour chaque poste offert, des jeunes surqualifiés. Le diplôme protège donc, mais uniquement à condition que tous les jeunes n'y accèdent pas.
Les arguments ne manquent cependant pas pour démontrer que le système de formation n'est pas responsable du chômage. Ainsi, on ne constate pas d'offres d'emplois qualifiés non satisfaites qui permettraient d'incriminer l'inadaptation des jeunes aux emplois proposés ! Par ailleurs, le nombre de jeunes quittant l'école avec un diplôme augmente. En France, entre 1973 et 1979, la part des diplômés à la sortie du système scolaire est passée de 33% à 44 %. Mais les jeunes diplômés sont aussi condamnés au chômage, puisque celui-ci a augmenté dans la même période. Enfin, dans la pratique, les patrons ne manifestent pas de désaffection particulière vis-à-vis des jeunes : toujours en France, la part des jeunes dans les embauches, autour de 12%, n'a pas varié entre 1973 et 1979.
Si donc la formation n'est pas la cause du chômage des jeunes, l'acharnement de la bourgeoisie à prétendre le contraire cache quelques mauvaises intentions. En attaquant ainsi l'école, le patronat cherche bien sûr à se disculper, mais aussi à faire avancer ses intérêts dans le système de formation, pour imposer ses volontés dans le système public d'éducation et développer la formation sur le tas, sans qualification préalable. « Donnez-nous la responsabilité de la formation professionnelle des jeunes et nous les embaucherons », tel est en quelque sorte le chantage des dirigeants capitalistes.
La bourgeoisie pousse d'ailleurs l'hy-
dont le seul fil conducteur est de balader prunte des formes particulières suivant les pocrisie assez loin, car dans les documents à diffusion restreinte elle reconnaît les faits contraires à ce qu'elle ressasse dans les grands médias. Voici, par exemple, ce qu'écrivait à ce sujet l'OCDE, en 1977 : « Avec les progrès de l'éducation, coup ont maintenant de plus hautes visées, et espèrent trouver un emploi et faire une carrière dans laquelle ils pourront utiliser leurs connaissances et trouver davantage de possibilités de satisfaction et d'épanouissement structure de l'emploi dans l'économie et le contenu de la plupart des tâches ne correspondent plus à ce niveau supérieur d'instruction et d'aspirations. Certains signes laissent même prévoir une augmentation à long terme de la sous-utilisation de la main-d'œuvre, que laisse prévoir en partie l'augmentation du niveau de chômage d'une récession à l'autre. »
La véritable explication du chômage des jeunes brille donc par sa simplicité, elle renvoie à la diminution globale du volume des emplois créés. Quand les créations d'emplois s'arrêtent ou régressent, il n'y a pas de place pour les jeunes à la recherche du premier emploi. Dans ce cadre général interviennent des paramètres particuliers : en Irlande, la forte industrialiannées 1970 a relativement « profité » à l'emploi des jeunes, mieux aux techniques modernes. Portugal, le rapatriement des colons des ex-territoires portugais 1975, le retour des adultes immigrés partis travailler dans d'autres pays d'Europe, et l'exode rural ont, au contraire, renforcé les effets de la crise contre l'emploi des jeunes. Mais, au fond, le mécanisme est partout le même, et les jeunes en sont les premières victimes.
Ce constat, pour banal qu'il soit, démontre clairement que la bourgeoise ment par deux fois. La première, quand elle affirme que l'école est la cause du chômage des jeunes. La seconde, lorsqu'elle prétend traiter le problème du chômage des jeunes par des médications particulières, qui feraient échapper ces conséquences d'une crise économique dont ils sont pourtant les premières victimes. Or, il n'y a pas de traitement spécial, de « solution jeune » au chômage des jeunes, parce que celui-ci n'a pas d'autre racine que le chômage des adultes. Il n'y a pas de solution en dehors de la sortie de la crise.
On doit donc conclure que si la bourgeoisie maintient des « programmes spéciaux » pour l'emploi des jeunes, c'est pour des raisons qui n'ont pas forcément à voir avec les intentions affichées.
LES PROGRAMMES D'EMPLOI Au cours des années 1970, tous les gouvernements bourgeois ont adopté, direction des jeunes chômeurs, des programmes dont la ressemblance témoigne de l'intégration internationale des politiques bourgeoises pour la jeunesse. Ils s'articulent tous en effet autour de trois séries de mesures : développement de l'apprentissage sur le tas, mise en place de stages alternant travail et formation, ouverture de grands travaux et incitation des jeunes à réaliser des « projets ». Ces mesures s'accompagnent d'une part du financement public à l'embauche des jeunes sociales, coût de la formaune partie du salaire du stagiaire), d'autre part de mesures d'encouragement aux petites et moyennes entreprises (PME) relativement plus pour les jeunes que les grands groupes in-
Ces plans se sont appelés Youth Opportunities Programmes en Grande-Bretagne, stages EIFU au Danemark, Youth Employment and Demonstration Projects Act aux USA, Pacte national pour l'emploi en France. Ils ont tous évolué. L'OCDE décrit ainsi les deux « générations » de programmes :
- Dans les années 1975-1980, l'idée prédominait d'un chômage passager, et les plans ne devaient donc être que provisoires. « Tous ces programmes ont rapidement montré qu'ils avaient le plus souvent des effets bénéfiques négligeables sur la carrière professionnelle ultérieure. (...) Aussi, faute d'en retirer des avantages tangibles pour leur avenir, les jeunes ont commencé à demander que ces programmes soient sanctionnés par une qualification officielle et que les mesures prises en leur faveur aient une portée beaucoup plus grande », note l'OCDE. En un mot, ces programmes ont commencé à poser qu'ils servent à quelque chose. D'où une deuxième génération de programmes.
- A partir des années 1980, il s'agit de mettre en place un système, non de résorption mais de gestion du chômage des
Toujours d'après l'OCDE, « les programmes ont dorénavant pour objet de créer, après la scolarité obligatoire, une période d'attente de quelques années pendant laquelle tous les adolescents qui ne peuvent entrer immédiatement dans la vie d'adulte auraient droit à un travail, à des études ou à une formation ».
Aménager une période de transit entre l'école et la vie active, pour éviter les risques sociaux du chômage, telle est solution bourgeoise au triple problème évoqué plus haut. Dans un rapport l'OCDE en décembre 1980 sur les politiques d'emploi en faveur des jeunes, la représentante britannique Shirley Williams (ancien ministre travailliste, qui a quitté le parti en 1981 sur des positions de droite) déclarait que « l'idéal serait qu'une période de stage soit rendue obligatoire pour tous les élèves de quatrième ou de cinquième année (d'enseignement secondaique les adolescents puissent choisir, à l'âge de 15 ou 16 ans, de poursuivre leurs études ou d'accomplir, à plein temps, une année d'enseignement professionnel ou une année en alternance, et qu'ils puissent ensuite passer, en fonction du métier qu'ils auront choisi, à l'un ou l'autre des très nombreux cours de préparation à la vie active, qui iraient de brèves périodes d'initiation à un stage ou à un apprentissage complet ». Idéal complexe, les jeunes de stage en stage et de les faire quitter l'école plus tôt.
La fonction politique des programmes pour l'emploi est donc d'éponger le chômage par l'ouverture de parkings d'attente, et de modifier les structures de la formation initiale des jeunes tionnalisant des réseaux de formation parallèle qui ne dispensent aucune qualification reconnue. Cependant, ces stages peuvent apparaître à des jeunes sans autre alternative comme une « deuxième chance ». Il ne suffit donc pas de dénoncer cette fausse solution, il faut aussi intervenir sur son contenu pour y défendre les droits des jeunes — qualité de la formation, reconnaissance de la qualification acquise, rémunération — et pour y dénoncer le financement public de l'embauche des jeunes par les entreprises, ce qui revient à faire payer les travailleurs contribuables pour que d'autres travailleurs soient exploités comme salariés.
DES AXES DE LUTTE POUR
LA MOBILISATION DES JEUNES
Finalement, il n'y a pas de meilleur juge de l'efficacité de ces programmes que leurs propres défenseurs. Le rapport de l'OCDE déclare ainsi que « ces programmes n'améliorent qu'accidentellement les perspectives d'emploi de leurs bénéficiaires et ont rarement pour effet de réduire le taux de chômage ». Et, plus loin, que les mesures adoptées 1970 n'ont pas ouvert une nouvelle voie d'accès à l'âge adulte, mais plutôt créé dans la société un espace, un enclos protégé, dans lequel des jeunes qui auraient été autrement en chômage pouvaient se faire leur place dans la société, tout comme l'a fait la prolongation des études secondaires ». Un « enclos pour la jeunesse », voilà donc le programme réel des gouvernements bourgeois, face auquel doit être proposé un programme de mobilisation de la jeunesse comprenant les axes de lutte concernant le droit à l'emploi et aux
- Le droit à l'emploi. Parce que le chômage des jeunes a les mêmes racines que celui de leurs aînés, ils ont le même intérêt dans la défense des revendications immédiates et transitoires suivantes : non aux licenciements, réduction immédiate de la durée du travail pour répartir le travail entre toutes les mains disponibles, ouverture des livres de compte des entreprises, contrôle des travailleurs sur le marché des affaires, expropriation des capitalistes et des cumulards.
Le « non » aux stages parkings doit s'articuler autour des revendications suivantes : à travail égal salaire égal, rémunération des heures de formation comme un temps de travail, garantie d'embauche en fin de stage, reconnaissance de tous les droits acquis des travailleurs, pas de formation sans qualification reconnue pour la sanctionner, prise en charge de l'ensemble du salaire direct et indirect par les en-
La mobilisation de la jeunesse em-
bâtiment à même de construire les éta- cours à des fonds privés. La mobilisation pays. En Belgique, à deux reprises, en 1983 et en 1984, les jeunes chômeurs ont imposé la réalisation de l'unité du mouvement ouvrier pour la défense de leurs droits, au cours de deux marches nationales des jeunes contre le chômage (2). C'est là une bonne voie pour la mobilisation de la jeunesse aux côtés du mouvement ouvrier. Il est possible, dans d'autres pays, d'organiser les jeunes, chômeurs ou non, des comités pour l'emploi intervenant auprès des files de chômeurs devant les agences pour l'emploi ou les bureaux de placement, dénonçant les négriers modernes du travail intérimaire et recherchant la solidarité militante des organisations ouvrières.
- Le droit aux études. C'est là un droit légitime des jeunesses, dont la défense passe par un « non » aux programmes d'austérité en matière d'enseignants, de locaux et de crédits. La jeunesse n'accepte pas la « logique » implacable du système capitaliste, suivant laquelle il y aurait trop d'étudiants diplômés susceptibles d'enseigner, trop de travailleurs du blissements scolaires qui manquent, trop de richesse créée, et qui conduit, au nom
GHOUR
du protit, aux licenciements et a la destruction du potentiel de production. Elle sait que les moyens matériels et humains existent pour en finir avec l'austérité et que les gouvernements bourgeois retirent finalement à l'école et à la santé ce qu'ils donnent aux généraux et aux patrons.
La défense du droit aux études justifie aussi la revendication de scolarité prolongée. Ainsi, au Portugal par exemple, le passage de 6 années d'études obligatoires à 9 années est une revendication cratique avancée ouvrier. Ailleurs, c'est la prolongation de la scolarité, de 16 à 18 ans, qui est exi-
En Espagne, la LODE, en France, la loi Savary, institutionnalisent le financement public des écoles confessionnelles et privées. Le gouvernement italien s'apprête à en faire autant. Les fonds publies doivent aller aux écoles publiques. Les écoles privées doivent choisir soit les fonds publics et la nationalisation laïque, soit le statut privé avec alors seulement un recontre la confessionnalisation de l'enseignement se développe autour de la revenLes marcheurs contre le racisme et pour l'égalité. (DR)
dication démocratique d'un système d'enseignement unique concrétisé par le mot d'ordre d'une seule école, l'école publi-
L'opposition à la sélection, aux discriminations dans les études doit se concrétiser autour du mot d'ordre du refus des examens d'entrée dans les établissedu refus de la hiérarchisation des établissements et de la concurrence entre eux dans le service public, de la demande de reconnaissance des diplômes sur tout le territoire national, revendication de la gratuité réelle des études, de la lutte contre le sexisme dans les filières de recrutement et dans les manuels scolaires, de la défense des minorités opprimées comme lors de la bataille du « busing » aux Etats-Unis (3), du rejet des écoles-ghettos réservées aux plus défa-
Tant que les lycées étaient réservés à leurs propres enfants, les bourgeois les ont conçus comme des lycées-casernes et ont tout fait pour protéger « leurs » écode la contamination du monde extérieur. Aujourd'hui, les bourgeois sont les plus chauds partisans de l'« ouverture » de l'école, c'est-à-dire qu'ils sont en fait favorables à l'ouverture des portes de l'école pour qu'en sortent les jeunes des familles populaires, pour que ces derniers. ne s'attardent pas trop sur les bancs de l'école. Cela concerne en particulier les jeunes ouvriers en formation, auxquels ils proposent le développement de l'apprentissage sur le tas et l'alternance école/entreprise. S'il faut dire « oui » à l'école du travail, l'on ne peut que s'opposer à cette conception patronale de l'alternance, car de telles formules d'enseignement se font' au détriment de l'acquisition de la qualification et livrent les jeunes à l'exploitation du travail. Le pays le plus souvent cité en exemple par les bourgeoisies européennes pour avoir poussé le plus loin ce type d'enseignement alterné, la République fédérale allemande lui-même contraint aujourd'hui de remettre partiellement en cause cette alternance. La RFA a ainsi dû instaurer une « année de formation professionnelle de base » (Berufsgrundbildungsjahr, BGJ) comme première des trois années d'enseignement alterné, afin de relever le niveau de la formation acquise dans les entreprises.
La liaison entre la formation et la production, qui permettrait aux jeunes de se former au contact de la réalité sociale, de participer à la production de biens utiles, n'est pas réalisable dans une économie soumise à la loi du profit, c'est-à-dire à l'exploitation de la main-d'œuvre salariée et à la déqualification du travail.
Mme Shirley Williams a récemment fait une proposition « révolutionnaire » dans le cadre d'un rapport à l'OCDE, en affirmant que « les adolescents ne seront guère tentés de poursuivre leurs études
2. Cf. l'article publié sur ce thème dans le présent numéro d'Inprecor.
3. Le « busing » est le nom donné à une campagne démocratique contre la ségrégation dans les bus de ramassage scolaire et dans les écoles aux Etats-Unis.
concrétisent par un déplacement du point jeunesse a fourni les plus gros bataillons s'ils sont privés du gain que leur procurerait un emploi ou un apprentissage. Par conséquent, ceux qui poursuivent leurs études à l'école devraient recevoir une rémunération financière à peu près égale à celle des adolescents qui entrent en apprentissage. » Quelles que soient les motivations propres de Mme Shirley Williams, cette idée rejoint la revendication justifiée d'une allocation d'études pour les jeunes en formation. Shirley Williams doit donc être prise au mot.
LA RADICALISATION DES JEUNES
ET LA CONSTRUCTION D'ORGANI-
SATIONS RÉVOLUTIONNAIRES DE LA JEUNESSE La plupart des militants venus à la politique au travers des grandes luttes de la jeunesse scolarisée dans les années 1960 reconnaissent plus la jeud'aujourd'hui. Ils sont naturellement portés à croire qu'elle s'est détournée de la politique et a reporté son intérêt sur des activités culturelles ou sur des préoccupations individuelles. Mais c'est là une vue superficielle et paralysante. La pas à comprendre les changements concrets de la radicalisation des jeunes, et encore moins à en déduire des tâches pour les militants révolutionnaires.
Dans la jeunesse scolarisée, la crise économique a accéléré le passage de luttes offensives qui prenaient la forme de critiques actives et massives du caractère de classe de l'école, à des luttes défensives pour la préservation des conditions matérielles et des droits démocratiques dans le système de formation. Cette évolution objective, de même que le statut social des jeunes en formation, fondent la nécessité d'une intervention syndicale dans les lycées et les universités. La rotation rapide des générations et la discontinuité des mouvements de masse ont entraîné dans un certain nombre de pays une rupture des traditions. Dès lors, ce qui était acquis hier ne l'est plus spontanément aujourd'hui, notamment dans le domaine des formes démocratiques de lutte blées générales, comités de grève, coordinations). Beaucoup de choses sont donc à réapprendre. La jonction du mouvement de la jeunesse avec la classe ouvrière est loin d'avoir la même force d'évidence que dans les années 1960 et 1970. L'adoption de mots d'ordre, de revendications, de plate-formes en convergence avec les intérêts de la classe ouvrière, de même que la recherche de la solidarité et de l'unité avec les organisations ouvrières ne s'imposent pas naturellement et deviennent l'objet de batailles de masse prolongées et difficiles. Dans ce cadre, les conséquences, notamment à l'université, de l'offensive idéologique anti-marxiste, ne doivent pas être sous-estimées. C'est donc un effort considérable que doivent fournir les jeunes révolutionnaires dans les lycées et les universités.
Il est probable que les développements sociaux de la crise économique se sensible de la radicalisation de la jeunesse, depuis la couche des scolarisés de l'unides jeunes travailleurs, qu'ils soient en formation, au chômage ou en entreprise. Ainsi, en France, ce sont les jeunes issus de l'immigration qui ont entraîné, avec la marche contre le racisme, l'ensemble de la jeunesse dans sa plus grande mobilisation depuis des années (4). Ces jeunes sont les premières victimes du chômage, et leurs parents sont en très grande majorité des ouvriers, souvent peu ou pas qualifiés. En même temps qu'ils combattent contre le racisme, les jeunes issus de l'immigration se mobilisent pour la reconnaissance de leurs droits, brutalement attaqués en cette période de crise. De même, en Belgique, le rôle joué par les jeunes chômeurs est le signe tangible que dans les mouvements de la jeunesse à venir, les couches les plus prolétariennes prendront, sinon l'initiative de ces mobilisations, du moins une place déterminante.
Cela exige, pour les jeunes révolutionnnaires, une capacité à se lier à des couches de jeunes très sous-représentés dans les organisations révolutionnaires à l'étape présente de leur développement. Il est sans doute plus conforme aux habitudes d'intervenir dans une grève lycéenne ou étudiante que de déployer un travail de masse patient dans une cité, un quartier, une école professionnelle, un foyer de jeunes travailleurs. Il est encore plus difficile de parvenir à combiner des campagnes politiques centralisées avec des initiatives locales souples. Ce constat ne signifie pas qu'il faille se désintéresser des étudiants et des lycéens, également victimes de la crise. Et il n'est pas plus aisé de dans le fonctionnement organisation révolutionnaire de jeunes un style, des méthodes qui la rendent ouverte et attrayante à sans expérience politique. Là encore, les jeunes ont à enseigner aux organisations révolutionnaires « adultes » ce que peut et doit être une organisation de jeunes, à l'avant-garde dans son activité, mais de masse dans ses critères de recrutement et de fonctionnement.
L'anti-impérialisme n'a pas disparu des terrains de radicalisation de la jeunesse. Sans doute, la révolution nicaraguayenne n'a pas fait se lever une génération entière de militants, comme l'avait fait vingt ans plus tôt la révolution cubaine. La politique bureaucratique des pays de l'Est tout comme l'intervention de l'URSS en Afghanistan n'ont pas peu contribué à confiner le « tiers-mondisme » des jeunes au seul terrain de la défense élémentaire des droits de l'homme. Mais le pillage du Tiers-Monde, la faim à laquelle l'impérialisme condamne des centaines de millions d'êtres humains, restent dans la conscience des jeunes, comme l'un des actes d'accusation les plus terribles contre la domination capitaliste. Dans les dernières années, les mobilisations contre la guerre ont largement occupé la place que tenaient dans les années passées les mouvements de solidarité avec les révolutions
Dans le mouvement antiguerre, la des mobilisations. La lutte contre la militarisation a entraîné plus de jeunes qu'aucune action de solidarité avec la révolution cubaine ou vietnamienne n'avait pu mobiliser. Il est vrai que s'il est incomparablement plus massif, le mouvement antiguerre est aussi moins radical que le furent les mouvements de soutien à des révolutions socialistes en cours. Mais il confronte directement la jeunesse dans chaque pays à la politique de son propre gouvernement. Il la conduit à la prise de conscience des risques mortels que le capitalisme et ses perspectives pour échapper à la crise font courir à l'humanité.
Ce phénomène de masse n'a pas donné naissance à des courants révolutionnaires structurés, mais les organisations révolutionnaires existantes seraient aveugles si elles se contentaient de mesurer la portée du mouvement antiguerre à l'aune de leur propre recrutement dans ce mouvement.
Le capitalisme renforce, dans sa phase de déclin historique actuel, la dépendance et l'oppression de la jeunesse. C'est cette réalité objective qui trace l'arrière-plan de toutes les mobilisations des jeunes. Quels que soient les thèmes sur lesquels elles se développent, ces mobilisations se nourrissent et s'alimenteront de plus en plus de l'exclusion sociale et professionnelle des jeunes. Elles se fraieront un chemin que nul ne peut deviner l'avance. La pire des politiques pour les jeunes révolutionnaires serait donc de tenter d'enfermer le mouvement de masse de la jeunesse dans le cadre de prévisions ou de campagnes volontaristes.
Une organisation de jeunes révolutionnaires peut vivre et se développer même avec quelques dizaines de membres, pour autant que ces derniers soient là où il faut être. L'insertion dans le milieu d'une organisation révolutionnaire de la jeunesse ne dépend pas du nombre initial de ses militants mais de leur implantation, de leur capacité à se porter là où. la jeunesse bouge, même si elle le fait sous des formes nouvelles, surprenantes, différentes, qui échappent aux canons tradide l'activité politique. Cette insertion ne signifie pas pour autant une dispersion et un éclatement de l'organisation révolutionnaire. Au contraire, elle militants d'ancrer campagne nationale de leur organisation dans le mouvement réel de la mobilisation des jeunes. Cette insertion ne signifie pas non plus une disparition de l'expression politique autonome de l'organisation. Tout au contraire, elle libère l'apparition politique de l'organisation, en aidant les jeunes révolutionnaires à devenir fiers de leurs traditions et de leur orientation programmatique, sans complexes vis-à-vis d'organisations d'adultes, parce qu'écoutés dans leur milieu, dont ils comprennent les formes de radicalisation.
Nicolas JEANSON, 10 mai 1984. 4. Cf. l'article sur ce thème dans le présent numéro d'Inprecor.