Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Nouvelle flambée des luttes des opprimés

· Inprecor n° 180, 24 septembre 1984 · p. 28 · 715 mots

Afrique australe IVe Internationale Syndicalisme

A lutte des opprimés en Afrique du Sud vient de connaitre de nouveaux développements. En quelques semaines, on a vu se combiner des mobilisations pour le boycott des élections aux chambres « métis » et « indienne » (qui ne concernaient pas les 20 millions de Noirs), des grèves et manifestations scolaires, des rébellions dans certaines townships, et ce sont les mineurs qui se préparent maintenant à la grève. Tout ceci s'inscrit dans une période marquée par la multiplication des luttes ouvrières dans les entreprises, le renforcement des syndicats indépendants non-raciaux et les progrès vers leur unification.

La preuve la plus éclatante de l'opposition résolue et du rejet viscéral de l'apartheid par la population vient d'être, entre autres, administrée par le boycott des élections raciales de la fin août 1984. Moins de 20 % des « Métis » et moins de 10 % des Indiens se sont rendus aux urnes pour la mascarade organisée par Pieter Botha. Celui-ci poursuit néanmoins la mise en place de ses réformes constitutionnelles et vient d'être désigné comme président de la République à la tête d'un Parlement à trois chambres séparées sur la base de critères raciaux. Fort de ses succès diplomatiques, qui lui ont permis la signature d'accords avec l'Angola et le Mozambique et le voyage de Botha en Europe, le régime raciste pensait pouvoir organiser en paix le ravalement de façade de l'apartheid. Il a bénéficié, pour cela, du soutien de l'administration Reagan et, en général, de celle de tous les gouvernements impérialistes.

Aujourd'hui, il se trouve pourtant confronté à des problèmes sur le front intérieur. Les réformes de façade qui, en fait, approfondissent la discrimination raciale, n'ont semé aucune illusion parmi les masses sud-africaines, dont le degré d'organisation va croissant. Les récentes mobilisations confirment la place centrale qu'occupent dorénavant les syndicats indépendants et les associations civiques. Ce sont des centaines de milliers de travailleurs, de femmes et de jeunes qui se retrouvent maintenant dans ces organisations. Les récentes luttes ont également montré un besoin de centralisation politique. A leur manière, le Front uni démocratique (United Democratic Front, UDF) et le Forum national (National Forum, NF) cherchent à combler ce vide, ce qui les place immédiatement sous les coups de la répression, au même titre que les militants clandestins du Congrès national africain (African National Congress, ANC).

L'une des leçons les plus importantes de ces derniers événements, c'est la combinaison des revendications sociales, économiques et politiques qui s'y est exprimée, ainsi que l'entrée en lutte, simultanément, de secteurs très divers du mouvement de masse. Les scolaires ont exigé la reconnaissance des conseils d'élèves et l'arrêt des sévices corporels ; les habitants des townships refusent les augmentations de loyers ; les mineurs demandent une augmentation des salaires. Mais toutes ces revendications se combinent avec une lutte pour les droits démocrati-

Nouvelle flambée de luttes

des masses opprimées

Déclaration du Secrétariat unifié de la IVe Internationale Répression systématique de toute forme d'expression des masses opprimées. (DR) ques et syndicaux, lutte qui est assumée par tous ces secteurs comme un affrontement central avec le pouvoir raciste.

Cela démontre le caractère explosif de la situation, l'ampleur des tensions sociales accumulées et l'intensité de la question nationale. Cette combinaison des revendications montre que les masses opprimées ne désirent pas une réforme du régime, mais veulent abattre l'apartheid et l'exploitation.

L'arrestation de dizaines de dirigeants et de centaines de manifestants, l'assassinat de dizaines de Noirs durant les dernières manifestations illustrent ce qu'est la prétendue démocratisation de l'apartheid. Cela représente l'unique réponse du régime raciste à chaque mobilisation. Il est par conséquent nécessaire que les masses opprimées d'Afrique du Sud puissent trouver un appui international systématique. Il faut que le mouvement ouvrier et démocratique apporte son soutien permanent aux organisations que se sont données les masses noires sud-africaines et qu'il s'oppose, par ses mobilisations, aux collaborations en tout genre des pays impérialistes et autres avec le régime sud-africain.

La plus grande attention doit être portée à la situation actuelle en Afrique du Sud.

La IVe Internationale appelle ses sections et ses militants à participer à toutes les mobilisations de solidarité envers le peuple opprimé d'Afrique du Sud et à défendre toutes ses organisations.

Le Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale, 9 septembre 1984.

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