Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Des militants de Solidarité pour le soutien à la lutte des mineurs britanniques

Inprecor n° 186, 17 décembre 1984 · p. 28 · 1 183 mots

Grande-Bretagne Pologne Syndicalisme

U dixième mois de la lutte des mineurs britanniques, un des éléments permettant au gouvernement Thatcher de tenir face à cette grève est constitué par l'augmen-

-tation significative des importations de charbon. Pour le mouvement international de solidarité avec les mineurs, la tâche devient urgente de tenter de bloquer ou, au

Un des principaux fournisseurs de charbon à la Grande-Bretagne est le gouvernement du général Jaruzelski en Pologne. Le dirigeant du Syndicat national des mineurs

(NUM), Arthur Scargill, a récemment dénoncé ce comportement du régime polonais comme étant antisocialiste. Par contre, au sein de Solidarité, des militants posent la question de savoir comment, dans les conditions difficiles que connaît le mouvement syndical clandestin, organiser concrètement la solidarité avec les mineurs britanniques.

C'est là le contenu même de l'article publié dans Front Robotniczy (1), du 24 août

POLOGNE

Des militants de Solidarité

des mineurs britanniques

moins, de réduire ces livraisons. dernier, que nous reproduisons ci-dessous.

En Grande-Bretagne, des mineurs semblables à ceux assassinés il y a peu en Pologne, sont tués par la police au service du gouvernement conservateur (le dernier assassinat remonte au lundi 13 août). Aurons-nous un jour le droit moral d'espérer de leur part cette aide dont nous avons tant besoin si, aujourd'hui, nous restons indifférents à leur tragédie ? Si nous n'allons pas au-delà des déclarations de solidarité qui sont nécessaires, mais sans conséquences pratiques, ne pourra-t-on pas nous accuser de pure courtoisie ? Les directions politiques de la bourgeoisie monopoliste britannique et de la bureaucratie totalitaire polonaise - les gouvernements de Thatcher et de Jaruzelski - ont trouvé une nouvelle fois le langage anti-ouvrier commun aux groupes dominants. La junte contre-révolutionnaire en Pologne utilise la « conjoncture » de la grève des mineurs britanniques pour augmenter les exportations du charbon et, sous ce prétexte, pour accroître l'exploitation des mineurs polonais. D'autre part, le gouvernement britannique s'empresse d'utiliser cette aide pour affaiblir la pression économique exercée par la grève des mineurs britanniques, afin de les mettre à genoux et appliquer les mesures économiques qui correspondent aux intérêts du grand capital supranational, au détriment de la classe ouvrière. Contrairement à ce qui apparaît à la surface des choses, ce n'est pas la première fois que le capital et la nomenklatura se donnent les mains. Le fait qu'ils rivalisent habituellement entre eux pour l'exploitation du travail salarié n'entame pas leur solidarité d'exploiteursconcurrents. Et que doit répondre le monde du travail ? Y a-t-il contre la solidarité des dominateurs une autre arme efficace que la solidarité internationale des travailleurs ? « Si Thatcher arrive si bien à s'entendre avec Jaruzelski, il est temps d'en tirer les leçons » (Robotnik numéro 68). Justement ! La grève des mineurs britannipour le soutien à la lutte ques dure déjà depuis 25 semaines. L'utilisation du travail des mineurs polonais pour briser la résistance de leur grève dure depuis le même temps. N'oublions pas que les salariés de Grande-Bretagne ont entrepris des actions de solidarité avec Solidarité. Pouvons-nous, à notre tour, leur refuser notre soutien ? La nécessité d'une action de solidarité pratique avec les mineurs britanniques est, à notre avis, clairement établie. Reste la question des méthodes et des moyens. COMMENT RÉALISER PRATIQUEMENT

LE SOUTIEN AUX MINEURS BRITANNIQUES? L'internationalisme - la solidarité internationale des travailleurs - restera un slogan (et, de même, notre liberté restera un mot creux), tant que nous ne serons pas capables d'établir une liaison pratique entre les différents bataillons nationaux de la classe ouvrière grâce à la lutte commune. Si nous voulons réellement aider les mineurs britanniques en grève, nous n'avons qu'une chose à faire : interrompre, ou du moins limiter, les livraisons du charbon polonais à la Grande-Bretagne tant que dure cette grève. Le gouvernement Thatcher ne serait pas aussi inflexible, si la lutte des mineurs commençait à affaiblir sérieusement l'économie capitaliste et à menacer financièrement le grand capital intimement lié à la bureaucratie économique de l'Etat britannique. Ce gouvernement, si indifférent au malheur du monde du travail, est particulièrement sensible aux intérêts du monde des riches. Le but est donc clair : imposer au gouvernement polonais la proclamation et la réalisation de l'embargo des livraisons de charbon à la Grande-Bretagne jusqu'à la fin de la grève des mineurs là-bas. La méthode : le boycott ouvrier de l'exportation du charbon vers la Grande-Bretagne

(ici, les mineurs, les travailleurs des transports - cheminots et chauffeurs -, et les dockers ont un rôle primordial à jouer). Les mineurs pourraient limiter l'extraction du charbon en refusant de travailler le samedi -les mineurs polonais perdraient ainsi une partie du salaire, mais les mineurs britanniques ne perdraient pas leur travail. « Nous ne nous laisserons pas acheter avec les livrets "G" ou avec les bons pour les voitures et autres biens difficilement accessibles. » ( Wolny Robotnik numéro 20) (2). Les rédacteurs de Wolny Robotnik ont raison : dans cette lutte pour la liberté et le pouvoir, la classe ouvrière n'évitera pas les sacrifices, mais ces derniers doivent servir à sa libération et non au renforcement de ses ennemis. Un boycott éventuel devrait être bien préparé par des actions préliminaires, afin de convaincre les gens de la nécessité des actions de solidarité, et afin de préparer l'action du point de vue technique et organisationnel. Pour cela, il y a trois moyens pas trop dangereux pour agir :

- Pétitions, tracts, articles, « bombages » et prises de position publiques exigeant que ce parti (le POUP, parti au pouvoir, ndlr), qui se nomme lui-même ouvrier - faisons contre mauvaise fortune cœur ! - proclame immédiatement l'embargo deslivraisons de charbon à la GrandeBretagne, voire qu'il rompe les relations diplomatiques avec le gouvernement Thatcher, à cause de la répression qu'il mène contre le mouvement svndical.

- Nous pouvons répondre en Pologne à l'appel du Syndicat national des mineurs (NUM) publié dans l'édition spéciale du journal The Miner (du 31 juillet) d'augmenter la consommation d'énergie électrique sur les lieux d'habitation et de travail (plus nous consommerons de charbon et moins il en ira en Grande-Bretagne).

- Organiser des grèves de solidarité symboliques : dans toutes les entreprises, tous les jours tant que dure la grève des mineurs britanniques, arrêter le travail à midi pour une minute. Ces « minutes de solidarité ouvrière » seraient une expression pratique à l'échelle de masse de la compréhension du fait que, sans la solidarité internationale, il n'y aura pas de Solidarité.

Nous attendons une critique constructive de nos propositions.

- Prolétaires de tous les pays, unissez-vous, pour votre liberté et pour la nôtre !

Front Robotniczy (Front ouvrier), numéro 2, Varsovie, 24 août 1984. 1. Sur ce courant, voir l'article « La naissance d'une nouvelle gauche », dans le dossier Pologne d'Inprecor numéro 185 du 3 décembre 1984.

2. Livrets « G » ou « livrets des mineurs » : sorte de compte spécial sur lequel sont inscrites les sommes versées pour les heures supplémentaires du samedi et du dimanche. Jusqu'à concurrence des sommes perçues pour ce travail supplémentaire, les mineurs ont le droit d'acheter des biens introuvables sur le marché (réfrigérateurs, postes TV-couleur, matériel stéréo, meubles, etc.) dans des magasins qui leur sont réservés.

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