Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOUVELLE-CALEDONIE

La lutte des Kanaks pour leur indépendance

· Inprecor n° 186, 17 décembre 1984 · p. 3-4, 4 · 1 468 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

France

A ve ette coloniale depuis a guere de gie. ampleur de robime pole gues VEC les récents événements de Nouvelle-Calédonie, la France connaît sa plus gra-

-et sociaux que concentre ce territoire, situé à 20 000 kilomètres de la France, ne pouvait que déboucher sur les affrontements actuels. Dans un prochain numéro d'Inprecor nous traiterons plus longuement de la crise qui secoue actuellement la Nouvelle-

Calédonie et des problèmes qu'elle pose à l'impérialisme français et au gouvernement

Mitterrand-Fabius. L'article ci-dessous explique brièvement le rôle du colonialisme francais dans cette île du Pacifique et donne les éléments de base pour comprendre

La lutte des Kanaks

pour leur indépendance

la situation actuelle. Claude GABRIEL

La colonisation de la Nouvelle-Calédonie par la France, commencée en 1853, présente des similarités avec celle de l'Ouest des Etats-Unis. La population autochtone, les Kanaks, a été rapidement concentrée dans des « réserves », l'essentiel des bonnes terres ont été accaparées par les colons, tandis que pour l'exploitation minière, la France, plutôt que d'employer des Kanaks, a fait venir des travailleurs de ses autres colonies. La Nouvelle-Calédonie a donc été considérée comme une colonie de peuplement afin, principalement, d'y minoriser sa population kanake (voir encart). Un Premier ministre de la Ve Républque, Pierre Messmer, expliquait parfaitement cet objectif en 1972, dans une lettre à son ministre chargé des colonies : « La Nouvelle-Calédonie, colonie de peuplement, bien que vouée à la bigarmultiraciale, est probablement le dernier territoire tropical nonindépendant au monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants. (...) A long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. » Le colonialisme français dans ce territoire a donc pris l'allure d'une sorte d'apartheid, le Kanak y occupant le plus bas niveau de l'échelle sociale.

Ces formes de domination n'ont par conséquent pas permis l'éclosion d'une réelle petite bourgeoisie kanake cossue, comme cela a pu être le cas dans d'autres colonies françaises, comme à la Réunion ou aux Antilles. Les Kanaks n'ont rien, les Français ont tout ! Cela limite donc fortement les possibilités d'un consensus avec une couche privilégiée autochtone, ou d'une solution combinant les intérêts coloniaux et l'enrichissement d'une classe dirigeante kanake. Depuis la Seconde Guerre mondiale étaient peu à peu apparus des mouvements politiques plus ou moins réformistes, comportant des Kanaks dans leurs rangs et dans leurs directions. Mais ces militants kanaks restaient

NOUVELLE CALEDONE

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enfermés dans le cadre des institutions co. loniales. Deux éléments allaient peu à peu radicaliser le mouvement politique kanak. Le premier élément est constitué par les atermoiements de la France en ce qui concerne le statut particulier du territoire. Tantôt disposant d'une forte autonomie vis-à-vis de la métropole, tantôt remises sous une stricte tutelle, les institutions de la Nouvelle-Calédonie n'offrirent finalement aucun espoir d'émancipation aux responsables politiques kanaks.

Le second élément de radicalisation, et sans doute le plus important, a été celui des revendications de terres. La société mélanésienne est socialement organisée par une tradition fortement égalitaire, la « coutume ». Refoulés dans des réserves, les deux tiers des Kanaks ont donc maintenu et défendu cette tradition, sans que les lois du capitalisme ne viennent réellement déstabiliser leurs communautés. C'est pourquoi la terre n'est généralement pas, au sein des communautés kanakes, une marchandise au sens capitaliste du terme, et sa répartition et son utilisation entre les différents clans familiaux se fait au nom de l'ensemble de la tribu. Considérée comme sacrée, la terre ne peut donc être ni vendue ni achetée. C'est pourquoi l'écrasante majorité des Kanaks estime que les terres que se sont approprié les colons depuis des décennies doivent absolument être rendues aux tribus et aux clans auxquelles elles appartenaient traditionnellement. L'accaparement capitaliste de la terre n'a aucune légitimité pour ce peuple, ce qui confère à l'actuel mouvement indépendantiste sa force, son unité et son radicalisme. LE MOUVEMENT INDÉPENDANTISTE

En 1979 se formait le Front indépendantiste (FI) (1), regroupant un certain nombre d'organisations kanakes. L'arrivée de la gauche au pouvoir en France en 1981 donna un véritable espoir de libération Barrage du FLNKS sur le pont qui isole la ville de Thio. (DR) aux Kanaks, qui attendaient du nouveau régime qu'il applique ses promesses sur le droit à l'autodétermination. Il n'en fut rien, et le gouvernement de gauche manœuvra afin de gagner du temps. En mai 1984, le pouvoir s'engagea finalement, en promettant un référendum d'autodétermination pour 1989. Plutôt que de calmer les indépendantistes, cette affaire accéléra les décantations politiques en leur sein. Ils prirent cette offre gouvernementale pour ce qu'elle était, c'est-à-dire une ultime manœuvre visant à maintenir les intérêts français en Nouvelle-Calédonie. Le gouvernement envisageait en effet que l'essentiel de la population vivant en Nouvelle-Calédonie (mis à part les fonctionnaires y demeurant peu de temps) puisse voter lors du référendum pré-

1. Voir l'interview d'Eloi Machoro, dirigeant du Front indépendantiste, dans Inprecor numéro 178 du 23 juillet 1984.

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vu pour 1989. Pour les Kanaks, il s'agissait-là d'une provocation, dans la mesure où la France, qui avait tout fait pour les minoriser dans leur propre pays, demandait maintenant aux colons de voter pour ou contre l'autodétermination des Kanaks. Ecœurés, les indépendantistes décidèrent alors de sortir du cadre des institutions et d'appeler au boycott actif des élections territoriales qui se sont tenues le 18 novembre dernier pour renouveler la composition de l'Assemblée territoriale.

Cet ensemble de décisions s'accompagna d'un élargissement du mouvement indépendantiste. Le FI devenait, en septembre 1984, le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), englobant l'essentiel des groupes politiques et syndicaux se réclamant de l'indépendance. C'est le FLNKS qui allait organiser le boycott actif des élections. Celui-ci fut un réel succès, montrant ainsi la représentativité du Front parmi la population kanake. pas voter, laissant donc l'Assemblée-bidon à une majorité de députés blancs réactionnaires et à une infime minorité de Kanaks collaborateurs. Sur la base de ce succès, le FLNKS conserva l'initiative pour exiger, d'une part, la libération des militants arrêtés durant les actions résolues entreprises lors du boycott actif et d'autre part, pour obtenir du gouvernement français l'annulation de ces élections et l'ouverture de négociations pour l'autodétermination du seul peuple kanak. Aujourd'hui, le gouvernement français est contraint de tenir compte de ce nouveau rapport de forces, l'intérieur de l'île étant en partie sous le contrôle du FLNKS.

CUVELLE CALESONE

CE QUE VEULENT LES KANAKS

our une Indépendance

kanake et sociallste

OLCR

Dossier ROUGE ""

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LA SOLIDARITÉ EN FRANCE

En France, l'organisation de la solidarité avec le peuple kanak a été, pour l'essentiel, prise en charge par la seule LCR

(section française de la IVe Internationale). Depuis plusieurs années, la LCR suit avec attention les événements de Nouvel-

- VIENT DE PARAITRE -

Un dossier publié par la LCR sur la Nouvelle-Calédonie et la lutte des

Kanaks, comprenant notamment :

- Des extraits des résolutions adoptées par ie congrès de fondation du FLNKS.

— La lettre de démission du député Roch Pidjot de son apparentegroupe socialiste à l'Assemblée nationale.

- Le mouvement syndical en

Nouvelle-Calédonie :

l'Union des syndicats des travailleurs kanaks et exploités (USTKE) se présente.

- Un bilan du congrès de fondation du FLNKS tiré par l'USTKE.

- La position du FLNKS face au statut Lemoine adopté par l'Assemblée nationale en juillet 1984.

On peut obtenir cette brochure, au prix de 10 francs plus frais de port, à l'adresse suivante : Librairie

La Brèche, 9, rue de Tunis, 75011

Paris.

le-Calédonie. Plusieurs de ses militants se

La LCR était la seule organisation française invitée et pré sente au congrès de fondation du FLNKS, ouvrier français a généralement gardé un silence honteux sur les cas de colonialisme tardif de « son » impérialisme. Le PS et le PC s'étaient bien gardés, depuis 1981, de dévoiler ce qu'était la situation faite aux Kanaks dans leur propre pays. Aujour d'hui, il est un peu tard pour eux de polémiquer avec la droite, qui les accuse de ne rien faire pour rétablir l'ordre dans la colonie. Comment pourraient-ils jourd'hui la vérité sur ce cas de colonialis.

alors qu'ils se sont montrés, jusqu'à présent,

L'affaire calédonienne est donc devenue un nouveau thème d'affrontement politique en France même. La Nouvelle-Calédonie est, avec la Polynésie et les îles Wallis et Futuna, l'un des maillons de la présence française dans le Pacifique. Celle-ci est importante aussi bien pour des raisons commerciales La Nouvelle-Calédonie est d'ailleurs présentée par la bourgeoisie comme « porte-avions » français à partir duquel peut développer ses réseaux commerciaux dans tout le Pacifique. Donner l'indépendance aux Kanaks pourrait alors faire tâche d'huile. Les Polynésiens de Tahiti pourraient eux aussi vouloir s'émanciper, alors que l'impérialisme français a inpérativement besoin de ce groupe d'îles pour y effectuer ses essais nucléaires. Organiser la solidarité en France avec la lutte du FLNKS est donc une tâche de première importance.

Claude GABRIEL, le 6 décembre 1984.

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