un congrès pas comme les autres, une crise qui ne se résout pas
La Sin conger, du la best eu du 6 au eo citres de
E 25e congrès du PCF s'est tenu du 6 au 10 février 1985 crise » a commenté la presse, unanime. « Congrès historique » a rétorqué Georges Marchais, qui a été reconduit au poste de secrétaire général, apparaissant ainsi comme le grand vainqueur d'un congrès qui, à en croire aurait pourtant dû signer sa perte. Francis SITEL
L'échec électoral cuisant subi par le PCF lors des élections européennes de juin 1984 — les fameux 11 % des voix qui représentent la perte de la moitié de son électorat depuis 1974 et qui ont mis le PCF au même niveau que le Front national, l'organisation fascisante de Le Pen — ont servi de révélateur et précipité la crise que connaît le PCF (1).
Un tel déclin, qui ne se mesure pas seulement en termes électoraux, tend à engager le PCF dans un processus de marginalisation politique. Lorsqu'il s'agit de l'un des principaux partis communistes occidentaux et de l'un des quatre grands partis politiques français, une telle menace peut être mortelle. La direction du PCF en est consciente, et l'exemple de la situation du Parti communiste espagnol (PCE), ne doit pas être étranger à ses angoisses profondes (2).
Dans ces conditions, pour l'équipe dirigeante, l'enjeu est bien la sauvegarde de l'essentiel, c'est-à-dire de l'appareil du parti. Celui-ci, éprouvé par la crise et par les attaques dont il est l'objet dans le PCF et hors de celui-ci, a été durement malmené ces dernières années. Il a été contraint d'opérer plusieurs tournants brutaux: rupture de l'Union de la gauche en 1977, réconciliation en catastrophe avec le Parti socialiste (PS) à la veille de la victoire électorale de François Mitterrand, trois années de participation gouvernementale pour cautionner une politique de plus en plus ouvertement anti-ouvrière et, finalement, sortie du gouvernement en 1984... On comprend, dans ces conditions, qu'il devenait urgent pour la direction de régler un certain nombre de comptes et de rehomogénéiser l'appareil autour d'une orientation actualisée. Telle était la fonction du 25e congrès.
L'ART DE MENER UN DÉBAT Alors qu'une révolte sourde grondait dans le parti confronté à la politique gouvernementale d'austérité, l'échec lors des élections européennes de juin 1984 a constitué un véritable traumatisme pour les militants et a obligé la direction à
Pour le PCF,
certains spécialistes, bien différent des précédents. promettre, une nouvelle fois, un débat de fond qui risquait, dans ces conditions, d'être explosif. Fin juillet 1984, le remaniement gouvernemental - Laurent Fabius remplaçant Pierre Mauroy comme Premier ministre - a offert à la direction du PCF l'occasion de quitter le gouvernement aux moindres frais. Devant le comité central du parti de septembre, Marchais présentait, dans un long rapport, la nouvelle orientation d'un PCF dégagé du piège de participation gouvernementale. Ce rapport constituait le document de travail de la direction du parti pour le 25e congrès convoqué pour février 1985. Ce véritable tour de force bureaucratique permettait de conclure un débat avant de l'ouvrir !
La décision de sortir du gouvernement ne pouvait que satisfaire la majorité des militants et mettre en difficulté les diverses oppositions qui s'étaient déterminées politiquement en fonction de la situation antérieure. Il s'agissait donc de s'appuyer sur la dynamique ainsi créée pour étouffer le débat qui avait éclaté au sein du parti au lendemain des élections européennes, bousculer les oppositions à la direction et imposer au parti, avec l'acceptation de la nouvelle orientation, la reconduction de l'ancienne direction.
Au terme du 25e congrès, la direction a incontestablement marqué des points. De ce point de vue, la réélection de Marchais et, à ses côtés, de l'ensembie du vieux noyau de dirigeants, prend figu-
FRANCE
Congrès historique ? L'appréciation, à condition de conserver la mesure relative des mots et des choses, n'est peut-être ni fausse ni contradictoire avec le constat difficilement niable de crise que connaît le PCF. La profondeur de cette crise, conjuguée aux efforts d'une direction empirique et retorse pour en maîtriser les effets, a produit en effet un congrès
QU'EST-CE GUE C'EST
QUE CETTE HISTOiRE-
DE THEOLOGIE DE
LA LiBÉRATION?
Marchais s'adressant à Juquin. (DR)
re de symbole (3). Très discrédité, le secrétaire général, qui porte le poids des multiples tournants et des échecs de ces dernières années, apparaissait en difficulté. On avait parlé, ces dernières semaines, d'une reconduction provisoire et de façade de Marchais à son poste de secrétaire général, avec la présence à ses côtés de deux secrétaires généraux adjoints, qui auraient dû être Charles Fiterman, ancien ministre des Transports, et André Lajoinie, président du groupe parlementaire communiste à l'Assemblée nationale. Il n'en a rien été. Après avoir présenté le rapport qui a ouvert le débat au comité central de septembre, Marchais inaugura le 25e congrès par un rapport fleuve et prononca l'allocution de clôture.
René
Piquet, chargé de présenter devant le congrès la liste des candidatures au comité central, glissa dans son rapport,
1. Voir l'article de Jean Lantier, « Le déspectaculaire du PCF », dans Inprecor clin
187 du 7 janvier 1985, consacré aux numéro partis communistes européens.
2. Voir l'article de Miguel Romero,
« Le
Parti communiste espagnol à la dérive », dans Inprecor numéro 187 du 7 janvier 1985.
3. Le « nouveau » secrétariat du comité central (véritable direction du parti) est composée de Charles Fiterman, Maxime Gremetz, André Lajoinie, Paul Laurent, Georges Marchais.
Gisèle Moreau, Gaston Plissonnier. A ces membres du précédent secrétariat est venu s'adjoindre un rouveau, Jean-Claude Gayssot.
monument de rhétorique creuse, un éloge appuyé de Marchais, en déclarant : « Notre stratégie nouvelle ne procède d'aucune génération spontanée. Son élaboration a été progressive, avec des avancées plus ou moins rapides. Pour la construire, il a fallu de la lucidité -permettez-moi de dire du courage - un effort d'analyse, de réflexion peu commun. Ce n'est pas le moindre mérite de la direction sortante et particulièrement du secrétaire général de notre parti. » (4)
C'était mettre un terme définitif à l'avalanche des rumeurs et annoncer une des conclusions de ce congrès : la réélection de Georges Marchais, seul, au poste de secrétaire général du parti. Cette élection représente le symbole d'une victoire plus substantielle de la direction sortante : le fait que le congrès ait avalisé les décisions fondamentales de cette dernière, et tout d'abord le fait de nier, devant les militants et les travailleurs, toute responsabilité du PCF dans la situation actuelle. Reprenant l'ancienne thèse du « retard • stratégique de 1956 » (5), la direction a en effet développé une prétendue autocritique portant sur 25 années. C'était là un moyen pour elle de diluer toute remise en cause de sa propre politique, en particulier de sa participation aux gouvernements dirigés par Pierre Mauroy entre 1981 et 1984 (6)
« Cela dit, a expliqué Marchais dans son rapport introductif, il est nécessaire de répondre à la question qui nous est posée : est-ce dans notre propre activité qu'il faut chercher les raisons principales de la situation actuelle ? La réponse du projet de résolution, que nous proposons au congrès de confirmer, est : non » (7). Du même coup, la direction a fait adopter l'élément fondamental de son orientation présente : la rupture radicale avec la ligne d'union de la gauche. sommet », cette orientation, qui a guidé le PCF depuis la fin des années 1960, est accusée de tous les maux et jetée aux poubelles de l'histoire. La signature du Programme commun de gouvernement en 1972 aurait donc conduit à développer les « illusions » au sein des masses et, de ce fait, aurait permis le progrès du Parti socialiste (PS) aux dépens du PCF et l'échec de ce dernier. sont celles qui ont été mises en avant à la fin de l'année 1977. Elles sont aujourd'hui systématisées et dramatisées, dans la mesure où l'enjeu est tout autre qu'en 1977. Il ne s'agit plus de la prétendue bataille pour empêcher le PS de renier ses engagements à l'occasion de la réactualisation du Programme commun, et dans ce cadre, de l'échec des élections de 1978, mais de l'affirmation que la politique actuelle du gouvernement scelle l'échec de la stratégie poursuivie pendant toute une période historique, celle de la recherche de l'union de la gauche. « L'expérience de cette période désormais achevée », - selon les termes mêmes de Marchais dans son rapport (8) —, conduit le PCF à se désintéresser de l'échéance des élections législatives de 1986, par rapport à laquelle
Marchais a été réélu secrétaire général du PCF à ce 25e congrès. (DR) le secrétaire général du PCF refuse d'annoncer ce que sera la consigne de vote du PCF face à la droite. « Dans la discussion préparatoire (au congrès, ndlr.), a-t-il expliqué, il est arrivé que des camarades disent : "Nous comprenons cette démarche. Mais les élections de 1986, c'est pour bientôt ! Que ferons-nous au deuxième tour des élections législatives de 1986? Nous désisterons-nous ? " N'est-il pas évident que répondre aujourd'hui par "non" ou par "oui", alors que nous ne connaissons même pas la loi électorale qui sera appliquée, c'est tenir pour nuls les luttes populaires, l'activité du Parti, le vote communiste; c'est choisir soit l'isolement systématique, soit la capitulation devant les exigences et la politique du Parti socia-
L'essentiel aujourd'hui pour la direction du PCF est bien de se dégager de toute responsabilité par rapport à la politique menée par la gauche depuis son arrivee au gouvernement et de parier sur la défaite du PS en 1986 pour se reconstruire.
En attendant, l'orientation avancée est celle du Nouveau rassemblement populaire majoritaire (NRPM), qui transcende le clivage traditionnel entre gauche et droite ainsi que les alliances dites « au sommet », pour préconiser le rassemble-
4. L'Humanité, organe du PCF, 11 février 1985.
5. Depuis 1981, le PCF explique en partie sa crise actuelle en faisant référence à ce « retard stratégique ». Ce concept apparaft dans le projet de résolution pour le 24e congrès du parti adopté par le comité central en octobre de cette année-là. Ce retard découlerait de la résistance de la direction du parti de l'époque à la « déstalinisation » entamée par Khrouchtchev au 20e congrès du Parti communiste de l'Union soviétique en 1956, aussi bien que du fait que « nous n'avons pas su dire assez tôt et assez ment à la base des forces prêtes à adhérer aux solutions anti-crise du PCF. Censée être la voie du « socialisme à la française », cette orientation est présentée à la fois comme anticapitaliste et susceptible de rassembler autour du PCF non seulement les travailleurs, mais toutes les couches et catégories sociales frappées par la crise : paysans, cadres, intellectuels, chefs d'entreprise ...
Ainsi se trouveraient complétées les « avancées » des 22e, 23e et 24e congrès, et le PCF, comblant une fois pour toutes le retard stratégique accumulé depuis 1956, serait doté d'une orientation révolutionnaire adaptée à la réalité contemporaine de la France. On peut à juste titre ironiser sur cette prétention et mettre en lumière la médiocrité d'une telle construction idéologique. N'empêche que, juchée sur cette haridelle, la direction a su, au moins à cette étape, désarçonner ses opposants.
DES OPPOSITIONS EN DIFFICULTÉ
La direction du PCF s'est trouvée, ces dernières années, confrontée à une forte contestation interne alimentée par des oppositions d'origines différentes. Avec l'empirisme qui la caractérise, elle a clair : c'est le socialisme qu'il faut à la France » (Résolution du 24e congrès de février 1982).
6. Dans son rapport introductif au congrès, publié dans l'Humanité du 7 février 1985, Georges Marchais affirmait avec aplomb : « Ce n'est pas nous qui avons infléchi la politique gouvernementale dans le sens d'une rigueur à sens unique dès 1982, et qui enfonçons le pays dans la crise : c'est François Mitterrand et les dirigeants socialistes. »
7. L'Humanité, 7 février 1985. 8. Ibid. 9. Ibid.
jusqu'à présent manœuvrer pour échapper à la conjonction des tirs croisés et, surtout, empêcher que ne s'affirme un courant organisé apte à proposer une expression politique positive au désarroi profond des militants.
Le courant « néo-stalinien », regroupé derrière Jeannette Thorez-Veermersch, veuve de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF sous l'ère stalinienne, a très durement attaqué la direction Marchais pour ses critiques à l'égard de l'URSS et pour sa collusion avec la social-démocratie, même si à la différence de Santiago Carrillo, et même d'Enrico Berlinguer, Georges Marchais a toujours évité de se heurter aux Soviétiques. Il est ainsi parvenu à contenir le développement d'un réel courant pro-soviétique au sein du PCF. Avec sa sortie du gouvernement et l'engagement d'un cours anti-Parti socialiste, la direction n'avait guère de crainte de ce côté de l'échiquier politique interne. Et, en effet, quelle que soit sa défiance profonde vis-à-vis de la direction actuelle du PCF, ce courant a été très largement condamné au silence lors des débats du
Cela a permis à la direction de con centrer son attaque sur le courant dit « rénovateur », représenté par Pierre Juquin, membre du bureau politique et, jusqu'à une date récente, porte-parole officiel du parti. S'inspirant de l'exemple du Parti communiste italien (PCI), les dirigeants représentatifs de ce courant prônent une plus grande prise de distance avec les pays « socialistes », la démocratisation de la vie interne du parti, et une orientation d'inspiration ouvertement eurocommuniste. C'est de ce côté que pouvaient venir les critiques les plus vives concernant le tournant de 1984, sortie du gouvernement et le raidissement
Reste que pour opposer une orientation alternative à la direction, il aurait fallu surmonter les divisions existant entre tous ceux qui étaient censés se référer au « modèle rénovateur » et mettre celui-ci au clair. Il aurait fallu assumer toute la logique de cette démarche et mener la bataille devant les militants pour le maintien de l'alliance avec le PS et la condamnagouvernement. Toutes choses que lesdi. rénovateurs étaient bien incapables de faire. La direction a donc eu tout loisir de mener l'offensive contre eux et de les abattre, même si Juquin, se sachant perdu, a eu le courage de maintenir ses critiques et son abstention sur le rapport Marchais jusqu'au
Juquin a été de ce fait écarté du bureau politique mais maintenu au comité central, ainsi que Rigout, ancien ministre et dirigeant de la puissante et prestigieuse fédération de la Haute-Vienne, et Félix Damette, théoricien de la « stratégie autogestionnaire » et seul membre du comité central à s'être abstenu sur le rapport préparatoire au congrès, dès le mois de septembre. Une dizaine de cadres fédéraux, qui se rattachaient à ce courant, n'ont pour leur part pas été réélus au comité central (10).
Il convient de signaler, à côté de ces courants, que plusieurs contributions publiées dans la tribune du quotidien du PCF, l'Humanité, ont développé une analyse originale de la crise du PCF et ont défendu une orientation susceptible de dessiner une « opposition de gauche » à la direction (11). L'une était signée par Damette, dont on a vu qu'il est généraleteur », deux autres par Ooghe, ancien membre du comité central, et Lanternier, maire de Gennevilliers, bastion communiste de la banlieue parisienne. Pourtant, cette opposition spécifique ne s'est pas affirmée en tant que telle à l'occasion de ce 25e congrès. De telles positions constituent malgré tout une précieuse indication sur la réalité et la diversité du débat actuel qui traverse le PCF, réalité et diversité qui interdisent de réduire les nombreux votes contre la résolution de la direction et les abstentions lors des conférences de section à la stricte expression des courants « néo-stalinien » et « rénovateur ». Cela permet également d'oser un pronostic : bien que la direction soit parimposer au PCF sa nouvelle orientation, les jeux ne sont pas faits pour autant et, surtout, la crise n'est pas réglée.
Deux raisons, éclairées par le déroulement même du 25e congrès, justifient une
10. Parmi les membres non réélus au comité central, notons les noms suivants : Yvonne Allegret (fédération de la Drôme), Alain Amicabile (Fédération de Meurthe-et-Moselle), François Asensi (fédération de la Seine-Saint-Denis), Ellen Constans (fédération de la Haute-Vienne), Jacky Laplume (fédération de la Creuse), Ivan Tricart (fédération de l'Essonne), Marc chei (fédération de la Moselle). A ces dirigeants de fédération, il faut aussi ajouter deux « vétételle appréciation.
Il s'agit d'abord du handicap de la crédibilité. Une chose est de faire adopter une orientation par un congrès, autre chose est de convaincre le parti de la validité de cette dernière. L'orientation actuelle est marquée par un raidissement politique dont portent témoignage l'officialisation de la rupture de l'union de la gauche, le fait que le PCF se place dans une situation d'extériorité par rapport à la majorité de gauche, l'adoption d'une ligne de dénonciation du PS, du gouvernement et de Mitterrand, et une perspective d'ensemble qui est celle du rassemblement, à la base, autour du PCF, sur des objectifs anti-crise. En même temps, cette lutte contre la crise, censée être le « socialisme pas à pas », s'inscrit toujours dans un cadre de gestion du système capitaliste : il ne s'agit que de diriger autrement l'économie par l'application de « nouveaux critères de gestion ».
Quelles peuvent être les concrétisations d'une telle orientation ? Quels succès peuvent escompter les travailleurs de l'application d'une telle ligne ? Alors que se profilent les élections cantonales, en mars 1985, et les élections législatives, début 1986, la direction du PCF ne semble pas se fixer d'autre objectif de « lutte » que la remontée électorale du parti. Couturier, cette dernière entrée au comité central en 1945.
11. Se reporter à Critique communiste, publication mensuelle de la LCR, numéro 37, du mois de janvier 1985. Par ailleurs, la LCR a publié une brochure spéciale consacrée à la crise du PCF et intitulée : « Où va le PCF. » Celle-ci est disponible au prix de 10 francs (plus frais de port) en s'adressant à la PEC, 2, rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil, ou à la librairie La Brèche, 10, rue de Tunis, 75011 Paris.
Des lendemains difficiles pour Juquin. (DR) Qu'est-ce qui va rendre celle-ci possible, en l'absence de points marqués dans la lutte des classes permettant d'apporter la preuve de l'utilité pratique du PCF et de la validité de son orientation actuelle ?
Or, et c'est la seconde raison, tout montre au sortir de ce congrès que la direction ne peut s'appuyer sur la confiance aveugle de la majorité des militants, ni escompter un chèque en blanc de leur part. Cette situation, en partie nouvelle, s'explique par la réalité présente du PCF et la profondeur de la crise qu'il connaît. Un parti communiste de masse, imprégné de décennies d'électoralisme, profondément inséré dans les mécanismes de la société bourgeoise, ne se manœuvre pas sans difficultés, et un tournant brutal ne saurait suffire à régler une crise comme celle-là. Telle est l'une des leçons essentielles de ce 25e congrès.
Ce dernier n'a pas permis non plus de surmonter la contestation interne. En un certain sens, celle-ci peut même s'en trouver confortée. Et l'on peut penser, autre différence avec le passé, que nomManifestation du PCF en octobre 1980. (DR)
PANI
NOC bre de militants démoralisés, prêts à quitter le parti, vont malgré tout y rester pour poursuivre le débat et le combat inter-
Tout d'abord, la direction, tout en sanctionnant les opposants en leur retirant une partie de leurs responsabilités, a estimé nécessaire de prendre un certain nombre de précautions : pas d'exclusions du parti et maintien au comité central des trois principaux opposants, Damette, Rigout et Juquin. De fait, ce que la presse a qualifié du comité central les dirigeants des fédérations qui s'étaient opposées à la direction. Mais, dans ces conditions, la fronde de ces fédérations - la Haute-Vienne, la Meurthe-et-Moselle, le Doubs, la Drôme, les Hautes-Alpes, la Corse du Sud, ...ne saurait être étouffée rapidement.
D'autant que ces précautions organisationnelles se sont accompagnées de concessions politiques de la part de la direction. Pour la première fois, celle-ci a dû accepter un réel débat au sein du parti : les exclusions n'étaient pas possibles parce que l'anathème n'a pas pu être utilisé par la direction du parti. Le poids des opposants et la crédibilité réduite de la direction ne le permettait pas. Georges Marchais, dans son rapport introductif, Paul Laurent, dans le rapport de la commission de la résolution, ont répondu à leurs contradicteurs. Face à ceux-ci, ils ont dû argumenter, débattre.
C'est profondément nouveau. Cela témoigne du fait que la direction, pour la première fois, a été contrainte de rompre avec le traditionnel monolithisme. Faute de pouvoir empêcher le débat dans le parti, elle a préféré s'efforcer de le maîtriser et de l'utiliser. La publication dans l'Humanité de quelques contributions réelleCOM
FLANCAIS K
CECC LE: INES DE S NGALE ment critiques, puis la polémique publique avec leurs auteurs, lui ont permis d'opérer pédagogiquement. D'abord en montrant que le « centralisme démocratique » était susceptible d'améliorations, ce qui simule une réponse positive à une demande de débat de plus en plus forte dans les rangs du parti. Ensuite, en faisant mieux comprendre la nouvelle ligne, grâce à la polémique avec les éléments critiques.
La direction a ainsi retardé de possibles explosions au sein du parti, mais elle n'a pas pour autant déminé le terrain, car, du coup, elle a dû admettre qu'il était possible de débattre de questions aussi fondamentales que celles de la politique d'union avec le PS, des rapports avec les pays de l'Est, du fonctionnement interne. On retrouve ici les problèmes soulevés par les contributions signalées plus haut. Dès lors, une chance existe que la confrontation de la réalité et de la nouvelle ligne imposée par la direction se conjugue avec la poursuite d'un débat interne au PCF. Débat éclaté et limité, sans nul doute, mais de fait légitimé dans la conscience de beaucoup de militants, compte tenu des conditions de préparation et du déroulement du 25e congrès.
La direction est certainement consciente de ce risque. Elle a fermement et à plusieurs reprises condamné tout ce qui, de près ou de loin, pourrait ressembler à des tendances organisées, en agitant l'épouvantail des partis social-démocrates (12). Marchais a longuement expliqué pourquoi Juquin et les autres demeuraient au comité central : « Ces camarades ne sont pas réélus parce qu'ils ont des désaccords et que ceux-ci doivent être exprimés au sein de la direction ; ils sont réélus malgré leurs désaccords, et parce que le congrès pense que notre parti a la force, la maturité nécessaires pour faire-face à cette situation, effectivement sans précé dent à ce niveau, et pour la faire évoluer positivement. » (13)
Reste que face aux questions inévitables liées à l'attitude des militants communistes dans les luttes et face aux échéances électorales, la crise du PCF ne peut que se prolonger et le débat rebondir. C'est un facteur de première importance qui va peser à la fois sur les bouleversements que connaît actuellement le mouvement ouvrier et sur la situation politique française tout entière.
Francis SITEL, 18 février 1985.
12. Sur cette question des tendances, Marchais fut particulièrement explicite en déclarant dans son discours de clôture du 25e congrès du PCF : « Une seule règle, finalement, s'impose à tous : le respect de la volonté majoritaire, le respect des décisions prises démocratiquement par le Parti tout entier. Encore une fois, transiger sur cette question, ce serait, implicitement ou explicitement, jeter les bases d'une organisation en tendances. Le congrès s'est prononcé clairement sur ce point : c'est non. Le Parti communiste français n'a pas choisi une politique social-démocrate, tout au contraire; pas question, donc, de social-démocratiser le Parti communiste français ! » (L'Humanité, 11 février 1985).
13. L'Humanité, 11 février 1985.