Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

YOUGOSLAVIE

Procès de Belgrade, le pouvoir recule

Inprecor n° 191, 4 mars 1985 · p. 24-25 · 1 082 mots

Europe de l'Est

Procès de Belgrade - le pouvoir recule Quand le 4 février, le président du tribunal, Zoran Stojkovic, se mit à lire les considérants de la condamnation du cinéaste Miodrag Milic, du sociologue Milan Nikolic, et du journaliste Dragomir Olu-

L'INTERNATIONALE jic, une importante partie du public qui remplissait la grande salle d'audience du palais de justice de Belgrade quitta celle-ci en signe de protestation. Certes, si les condamnations de un a deux ans de prison pour « propagande hostile » traduisent un compromis au sein de la direction de la Ligue des communistes yougoslaves, selon le commentaire de Milan Nikolic l'énoncé du verdict, l'indignation suscitée chez les intellectuels critiques n'en est pas moindre pour autant.

Plus de 300 amis et sympathisants des accusés étaient venus entendre le verdict de la troisième partie du procès concernant les intellectuels yougoslaves. L'afétait telle que le tribunal dut la salle dans laquelle il siégeait depuis 3 mois, pour occuper la plus grande salle disponible dans le bâtiment, ce qui, dans une situation analogue, avait été refusé au début du procès, malgré la demande de la défense et du public. Un fort déploiement de la milice à l'intérieur et autour du palais montrait que les autorités craignaient visiblement produise des manifestations de rue. Sans doute plus d'un ami des accusés avait même dû espérer en la possibilité d'un acquittement. Au cours des dernières semaines, procès avait pu laisser croire qu'à la direction du parti s'étaient imposées des forces qui souhaitaient réparer le tort causé à la Yougoslavie par ce procès dans l'opinion internationale. (Sur le procès des six de Belgrade, voir Inprecor numéros 181 du 8 octobre 1984 et 188 du 21 janvier 1985).

A la mi-janvier, le procureur de la République, Danilo Manovic, avait dû laisser liée « universités libres », intitulée « création d'association contre-révolutionnaire » et « tentative de renversement du système social ». Le traducteur Pavlusko Imsirovic fut alors libéré de toute inculpation, tandis que la procédure engagée contre les 2 principaux accusés, Vladimir Mijanovic et Gordan Jovanovic, fut stoppée. procès des 3 derniers accusés continua seulement sous l'inculpation de « propagande hostile ». Un seul témoin, considéré par les accusés comme « un malheureux mouchard de la police », appuya les accusations du procureur. Chacun des 19 autres témoins les a complètement récusées. Des témoins cités par la défense n'étaient pas autorisés à témoigner par le tribunal. Mais pendant les trois mois qu'a duré le procès, laps de temps pourtant considérable même pour un procès politique en Yougoslavie, le procureur de la République n'a pas pu parvenir à établir ne serait-ce que l'ombre d'une preuve du soi-disant caractère de « conspiration » des « universités libres ».

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En fin de compte, les 3 accusés ont été condamnés pour des propos tenus dans des discussions et portés sur des manuscrits que la police a saisis dans leurs bureaux. Dans le cas de Milan Nikolic, il s'agissait d'une thèse de sociologie vieille

Men anglais, intitulée « Les structures sociales et la maîtrise des conflits dans la société yougoslave », effectuée sous la direction du sociologue marxiste anglais très connu Ralph Miliband, et d'un manuscrit d'une intellectuelle britannique sur le problème du Kosovo, destiné à la revue New Left Review publiée à Londres. Miodrag Milic, qui travaille à une « Histoire de la révolution yougoslave », est condamné à deux ans de prison à cause de passages du texte où il qualifie de stalinien le parti yougoslave d'avant 1948 et où il critique certains aspects de sa politique dans la lutte de libération antifasciste. Le crime d'Olujic consiste en ce qu'il aurait parlé de la possibilité d'une vague de grèves dans la situation de crise que connait actuellement la Yougoslavie et se serait prononcé en indépendants que possible.

Dans sa conclusion, la défense souligna qu'il s'agissait purement de délits d'opinion, car il n'y avait pas la moindre preuve que les accusés aient fait une réelle « propagande » conceptions. Quant aux accusés, ils ont repoussé toute accusation et se sont défendus politiquement. Au cours du procès, tous les 3 se sont clairement définis comme marxistes et socialistes. remercie le procureur, a ironisé Olujic dans sa conclusion, de nous avoir expliqué comment le pouvoir de la classe ouvrière pouvait être diminué par l'idée

C'est un véritable programme de démocratie socialiste qu'a esquissé Milan Nikolic au cours de sa dernière intervention. Il a mis en garde contre le danger d'une restauration stalinienne ou capitaliste en Yougoslavie et désigné l'évolution vers la démocratie socialiste comme la seule issue souhaitable à la crise actuelle du pays: « La démocratie socialiste doit être plus développée que la démocratie bourgeoise. La persécution des intellectuels critiques doit cesser. Ouvriers, paysans, employés ont besoin de la liberté de prendre l'initiative politique, de la liberté de critiquer le gouvernement, de la liberté de s'auto-organiser et de défendre leurs

Une véritable autogestion dans l'économie et dans l'Etat suppose l'abolition de toute forme de monopole organisationnel et idéologique. » Des copies de cette intervention circulent aujourd'hui dans toute la Yougoslavie.

Il serait cependant faux de considérer comme socialiste l'ensemble de l'intelligentsia critique à l'égard du régime, qui s'est mobilisée en faveur des accusés. Sur la base de la défense des droits de l'homme et du citoyen s'est constituée une alliance entre les oppositionnels socialistes venus de la tradition de la revue Praxis et du mouvement étudiant de 1968, et de personnalités humanistes libérales, ce qui s'exprima à l'automne dernier par la constitution, à Belgrade, d'un Comité pour la défense des libertés de pensée et d'expres-

Si le but de l'aile dure de la direction du parti, autour du Slovène Stane Dolanc et du Bosniaque Branko Mikulic, était de museler l'opposition intellectuelle, alors l'opération s'est sans aucun doute soldée par un échec total. On a même abouti à la tenue d'une « université libre » fin janvier à Belgrade. Le jour où son inculpation fut levée, Pavlusko Imsirovic lança devant le tribunal une invitation à tenir un débat, dans son appartement, sur « la démocrales délits d'opinion et le procès en cours ». Près de 30 personnes s'y sont rendues et la discussion s'est poursuivie toute la nuit.

Par ailleurs, la vieille inculpation de « création d'association tionnaire » contre les ex-principaux accusés, Vladimir Mijanovic et l'étudiant Gordan Jovanovic, tient toujours, au moins formellement, et on ne peut exclure l'éventualité d'un deuxième procès. Les 3 condamnés du 4 février, qui ont fait appel, restent en liberté et ont d'ores et déjà annoncé qu'en cas d'emprisonnecommenceraient une grève

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