Be procès qui a abouti à la condamnation de Wladyslaw Frasyniuk (trois dans et demi de prison), Bogdan Lis (deux ans et demi de prison) et Adam Michnik (trois ans de prison) est tristement exemplaire à plus d'un titre, par les conditions de sa tenue, les accusations retenues et la personnalité des condamnés.
Ce procès fut un modèle d'arbitraire d'abord par son déroulement. Les trois accusés ont été constamment interrompus par un président musclé, qui a profité de chaque occasion pour les exclure des débats. La presse étrangère n'a pu assister au procès. Les avocats ont été fouillés, on leur a confisqué à plusieurs reprises Bodgan Lis. (DR) leurs notes et ils n'ont pu s'entretenir avec leurs clients qu'à la suite de protestations répétées. Ce procès a eu lieu de fait à huis clos, seuls les parents les plus proches des accusés ayant pu pénétrer dans la salle d'audience, remplie par des policiers en civil. Lorsque l'un des avocats, Me Jan Olszowski, déclarait à la sortie de l'audience que ce procès lui « rappelait les pires procès de la période stalinienne », ce n'était pas là seulement un effet de style.
Les accusations retenues contre Frasyniuk, Lis et Michnik illustrent bien la démarche du pouvoir. Fondée sur les seuls témoignages de la police politique et sur les écoutes téléphoniques des accusés et de leurs amis, elles mettent en évidence non pas des actes réellement commis, mais des procès d'intention. Frasyniuk, Lis et Michnik ont été accusés d'avoir « participé à la direction et aux activités d'une organisation illégale dénommée Commission provisoire de coordination (du syndicat Solidarité dans le but de provoquer des bles publics en organisant, au mepris de la loi, une grève de protestation de quinze minutes le 28 février 1985 »(1). Outre le fait, connu de tous, qu'aucun des trois n'était membre de cette instance lors de leur arrestation, l'instance en question avait de plus annulé ce mot d'ordre de grève. L'accusation retient contre Frasyniuk sa participation avec ses anciens camarades de travail de l'entreprise des transports en commun de Wroclaw à une rencontre qui s'est déroulée en août 1984 dans l'enceinte même de l'entreprise où voulait reprendre son travail sortie de prison. Contre Lis a été retenu le «fait» d'avoir envisagé des conSolidarité et d'avoir déclaré aux fonctionnaires de la Sûreté qu'il n'avait pas modifié son opinion sur la situation en Pologne et comptait agir en conséquence. Tous les trois se sont vus reprocher des rencontres avec d'autres anciens dirigeants du syndicat, au cours desquelles ils auraient discuté de la situation du niveau de vie et de la hausse des prix. Il faut noter que les autres participants à ces rencontres, dont Lech Walesa, n'ont pas été inquiétés Quant au fait qu'un arrêt de travail d'un quart d'heure pourrait constituer un « trouble de l'ordre public », cela qualifie suffisamment en soi la nature des accusateurs. L'arbiraire de ce procès est ainsi manifeste dès la lecture de l'acte d'accusation.
Depuis janvier 1985, la dictature polonaise a de nouveau accentué la répression, plus de 200 prisonniers politiques se trouvent actuellement dans geôles. Mais l'arrestation et la condamnation de trois personnalités syndicales de premier plan a valeur de symbole pour le régime. Il prétend démontrer que nul, quel que soit sa renommé, n'est à l'abri de l'arbitraire. Frasyniuk et Lis, deux diriguants nationaux élus de Solidarité, qui furent par la suite membre de la direction clandestine du syndicat, emprisonnés puis libérés après l'amnistie de juillet 1984, font partie des militants les plus populaires. Il en est de même de Michnik, ancien animateur du KOR, expert de Solidarité, emprisonné nombreuses reprises pour son action en faveur des libertés démocratiques et des droits des travailleurs. Au travers de leurs personnes, c'est une nouvelle fois Solidarité qui est condamné, c'est la révo-
Adam Michnik. (DR) lution polonaise que Jaruzelski voudrait exorciser.
Ces condamnations iniques appellent une réponse des travailleurs du monde entier, et en premier lieu du mouvement syndical. Par sa détermination à défendre les emprisonnés politiques en Pologne, celui-ci doit grâce à ses actions et à ses prises de position s'opposer efficacement à l'arbitraire anti-ouvrier dans ce pays. Il est de la responsabilité des militants marxistes révolutionnaires que ces protestations soient les plus importantes et les plus unitaires possibles.
Cyril SMUGA, 19 juin 1985. L'acte d'accusation ne mentionne pas le nom de Solidarité, quitte pour cela à être contraint d'amputer le nom d'une ses instances. Wladyslaw Frasyniuk. (DR)