Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRLANDE

Grève pour boycotter les produits sud-africains

Inprecor n° 204, 7 octobre 1985 · p. 26-27 · 655 mots

Syndicalisme Afrique australe Irlande

Grève pour boycotter les produits sud-africains Le 13 septembre 1985, Ruari Quinn, ministre irlandais du Travail, annonça la conclusion d'un accord pour le retrait progressive des produits sud-africains des étagères des quatre principales chaînes de supermarchés du pays, tout en précisant que l'application de cette décision risquait d'être étalée dans le temps à cause difficultés pour trouver des fournisseurs de rechange. Cet accord ne représente en aucune façon une initiative du gouvernement irlandais pour isoler le régime de l'apartheid. Au contraire, c'est la conséquence directe d'une lutte courageuse initiée et menée depuis maintenant 14 mois par un petit groupe de vendeurs dans un magasin de la chaîne de supermarchés Dunnes' Stores à Dublin.

Cette lutte a démarré le 19 juillet 1984, quand une jeune vendeuse, Mary Manning, fut licenciée pour avoir refusé de vendre des fruits sud-africains. Douze sur les dix-sept autres travailleurs à temps plein du magasin ont débrayé pour la soutenir et depuis ces travailleurs ont maintenu leur grève et mis un cordon de piquet de grève devant le magasin. Comme Dublin est une ville de forte tradition syndicale, beaucoup de travailleurs ont refusé de traverser ce cordon, surtout après que celle-ci ait été reconnue officiellement par la confédération syndicale du pays, Congrès des syndicats irlandais (ICTU).

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Cette grève, la première en soutien aux masses opprimées d'Afrique du Sud en dehors du continent africain, a permis de populariser la lutte contre l'apartheid, aidée bien sûr par la montée des luttes dans le pays même depuis un an, ainsi que par le fait que les Irlandais ont eux-mêmes une expérience considérable de la contre l'impérialisme britannique et sont en butte au racisme anti-irlandais très répandu en Grande-Bretagne.

Malheureusement, PICTU n'a pas dépassé le stade de déclarations de principes. Les tâches d'organisation de la solidarité avec la grève, de la collecte d'argent et du renforcement du piquet de grève ont été laissés aux militants et aux structures de base des syndicats. Le mouvement Fein et les organisations d'extrême gauche, notamment People's Democracy, section irlandaise de la IVème Internationale, ont aussi apporté un soutien actif. Les grévistes ont d'ailleurs remporté une victoire de taille en obtenant le soutien des dockers de Dublin, qui ont refusé de traiter les importations en provenance de l'Afrique du Sud pour Dunnes' Stores, obligeant ainsi cette société à faire passer ces importations par le port de Belfast

La grève a montré aussi l'hypocrisie du gouvernement de Dublin sur la question de la collaboration avec le régime de Pretoria. Malgré des déclarations de soutien à l'initiative des grévistes de la part de membres des deux partis qui constituent la coalition au pouvoir à Dublin, le parti bourgeois Fine Gael et le Parti travailliste irlandais, aucune action n'a été prise au niveau gouvernemental. D'autres représentants de ces partis se invoquant les effets nuisibles d'un boycott d'Afrique du Sud sur le niveau de vie des masses noires, prétendant ignorer le fait que la demande de boycotter le régime raciste vient précisément des organisations représentatives de

Quatrième

Internationale

XIIe CONGRES MONDIAL de la QUATRIEME INTERNATIONALE janvier 1985 Numéro spécial 17/18 septembre 1985

En juillet 1985, les grévistes ont été invités par l'évêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, à visiter l'Afrique du Sud. Une délégation des grévistes et de leurs partisans a même pris l'avion pour à Johannesburg. à l'aéroport, elle a été refoulée par les autorités sud-africaines qui avaient manifestement peur de la mauvaise publicité qui aurait résulté d'une telle visite.

Malgré l'accord annoncé le 13 septembre, la grève continue. Les grévistes ont formulé la revendication minimum que tout employé de la chaîne doit avoir le droit de refuser de traiter les produits sud-africains pour raison de conscience. Cette revendication n'a pas été acceptée par la direction, qui menace de ne pas réembaucher les grévistes. Ces derniers ont toujours besoin de la solidarité en Irlande et ailleurs, dans une bataille qui doit être celle de tous les opposants au système de l'apartheid.

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