Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

L'étape actuelle de la mobilisation contre le régime raciste, résolution du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale

· Inprecor n° 205, 21 octobre 1985 · p. 3-4 · 1 849 mots

Afrique australe IVe Internationale Syndicalisme

Résolution du Secrétariat unifié (SU) de la IVême Internationale du 5 octobre 1985.

AFRIQUE DU SUD

L'Afrique du Sud

cadre général de la crise de domination impérialiste, ce qui ouvre contre-offensive impérialiste entre autres en Amérique centrale. Le mouvement de masse sud-africain avait déjà été stimulé par la défaite du colonialisme portugais en Angola et au Mozam-

Aujourd'hui ce sont les luttes contre l'apartheid en Afrique du Sud même qui constituent l'aile la plus avancée des luttes anti-impérialistes dans toute l'Afrique noire.

La nouvelle vague de mobilisations populaires en Afrique du Sud constitue un élément de première importance pour l'ensemble des luttes anti-impérialistes de par le monde. Les gouvernements impérialistes et le grand capital ont tous pris la mesure du danger et chacun cherche d'une manière ou d'une autre à colmater la brèche qui est en train de s'ouvrir en

La place de l'Afrique du Sud dans le dispositif contre-révolutionnaire de l'impérialisme est considérable comme l'est aussi l'importance de ses intérêts économiques dans ce pays. Le régime sud-africain a joué en permanence le rôle de bras armé de l'impérialisme en Afrique australe et a même contribué à armer des dictatures. latino-américaines. De tout ceci découle la place considérable que peut occuper à l'avenir une montée révolutionnaire en Afrique du Sud.

- La situation politique sud-africaine. a connu un très important changement avec l'explosion de révolte actuelle. Ce processus a commencé depuis maintenant une année, avec successivement les boycotts scolaires des étudiants et des lycéens, le boycott des élections bidon proposées par Pieter Botha aux communautés indiennes et métisses, la grève des mineurs de septembre 1984, puis la grève générale (le stay away) du Transvaal en novembre dernier. Toute cette période a été émaillée de nombreux conflits dans les entreprises, les travailleurs entrant en lutte pour des revendications salariales, des demandes d'amélioration des conditions de travail, la défense de droits syndicaux, ou

Le mouvement actuel de mobilisation et de radicalisation est marqué par la combinaison de plus en plus étroite de toute une série de luttes engageant respectivement divers secteurs sociaux des masses opprimées - jeunes, ouvriers, habicontre le régime raciste tants des townships (ghettos noirs, ndlr.). Cette même tendance vers l'unité se rencontre aussi au niveau d'un dépassement dans la lutte du cloisonnement ethnique que le pouvoir s'est évertué à établir par les lois de l'apartheid pour diviser les opprimés entre eux en les classifiant par catégories raciales distinctes.

Cette exigence unitaire de la population opprimée n'a pourtant pas encore été suffisante pour surmonter tous les préjugés raciaux et ethniques que l'apartheid a réussi à introduire parmi les masses. Cette situation reste le produit d'une division des populations dans les différents domaines de la vie économique et sociale, de l'habitat et du travail.

Mais le processus en cours représente déstabilise sérieusement les dispositifs de ségrégation raciale qui constituent fondements du régime actuel. Dans le cadre des nouveaux rapports de force, les propositions de réforme avancées par Botha n'ont finalement satisfait ni les masses, ni l'impérialisme.

L'un des moments clés de cette tendance à l'unité d'action a été la grève générale du Transvaal en novembre 1984 qui a vu entre autres se constituer un front unique englobant notamment les syndicats indépendants et le Front démocratique uni (UDF). Cette grève a mis en particulier en évidence l'importance croissante du mouvement ouvrier, révélée au travers de ses syndicats sans lesquels une action d'une telle ampleur n'était pas envisageable. La formation prochaine d'une fédération unitzire regroupant une grande partie des syndicats indépendants constituera un événement d'une portée considérable et ne pourra que favoriser l'activité propre de la classe ouvrière.

Tout ceci illustre le niveau de développement atteint dorénavant par le mouvement de masse. Deux formes principales d'organisation se sont souvent développées depuis 1980 sur des terrains complémentaires : d'une part les associations civiques communautaires regroupant les militants sur leurs lieux d'habitation, et d'autre part les syndicats non-raciaux indépendants qui organisent maintenant une partie substantielle de la classe ouvrière noire (non blanche). C'est le problème de la combinaison de ces deux formes d'organisation du mouvement de masse qui devra être résolue pour pouvoir passer à une étape supérieure de la confrontation avec le pouvoir.

L'unification effective des différentes formes d'organisation du mouvement populaire n'a pu trouver sa dans l'UDF, nal (NF). Le niveau présent atteint par les luttes populaires avec urgence question de l'autodéfense des initiatives prises sur ce terrain pour que puisse se dégager le potentiel combat offensif du mouvement des mas-

L'absence actuelle de réponse à ces questions est déjà un problème pour une nouvelle étape de développement des mobilisations. La lutte d'émancipation qui connaît un nouvel essor sera donc une lutte longue et complexe. Son dénouement dépendra notamment du résultat des orientations politiques qui, au travers des expériences présentes, seront adoptées sur les questions stratégiques et tactiques.

- En effet, la radicalisation du mouvement de masse et les objectifs politiques qu'il se donne ont mis en évidence les divergences politiques et les débats stratégiques qui opposent divers courants et organisations en son sein. Tant au niveau des questions tactiques qu'à celui des ob. jectifs sur le long terme, il existe au sein mouvement de masse différentes Parmi celles-ci, il y a d'abord celle du Congrès national africain (ANC) qui dispose d'un appui massif dans certains secteurs du mouvement de masse, notamment dans les associations civiques, et qui bénéficie d'une audience large au-delà de son réseau d'organisation. Il y a aussi celle de la Conscience noire, avec plus particulièrement l'Organisation du peuple d'Azanie (AZAPO). Parmi les principaux courants organisés, il faut compter certaines Eglises, membres du Conseil mondial des Eglises réformées, qui ont une pratique politique spécifique et disposent d'une base militante active. Enfin, certaines directions des principaux syndicats agissent de manière indépendante dans les mobilisations, en suivant leurs propres perspectives et en apparaissant comme des composantes à part entière de la diversité politique actuelle.

Le mouvement ouvrier sud-africain est le produit des mutations de la structure sociale de ce pays à la suite du processus d'industrialisation commencé dans les années 1960. L'importance du prolétariat industriel dans les futurs combats est donc tout d'abord le produit de sa réalité numérique et de son degré de concentration, c'est-à-dire de son poids social dans la société sud-africaine. Durant la dernière période, le prolétariat noir a ainsi fait la preuve de sa capacité à introduire ses

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propres méthodes d'action et d'organisation sur le terrain de la lutte anti-apartheid, après avoir fait ses premières armes sur le terrain de la lutte revendicative et pour

- La lutte actuelle, par bien des aspects, mais non de manière exclusive, démarre sur le terrain des revendications démocratiques et nationale. Les masses opprimées veulent s'émanciper du joug de l'Etat raciste, elles veulent une nation égalitaire, démocratique et non raciale. Elles réclament le suffrage universel, sans discrimination d'aucune sorte, sous la forme du mot d'ordre « une personne, une voix ». L'immense majorité des couches de la population noire opprimée est intéressée à la réalisation de ces revendications démocratiques et nationale. Mais déjà à cette étape de la mobilisation, des exigences ouvrières vis-à-vis du patronat et de l'Etat, liant la question de l'apartheid à celle de la domination capitaliste, sont clairement apparues dans les luttes.

La raison de cette combinaison réside dans l'imbrication entre l'histoire du capitalisme dans ce pays et l'histoire des institutions racistes. L'apartheid est un instrument de domination raciale, mais c'est aussi un moyen de garantir une exploitation particulière de la main-d'œuvre ouvrière. L'apartheid, c'est la forme spécifique qu'a prise l'exploitation capitaliste dans ce pays. Et cela a des conséquences immédiates dans la manière dont le mouvement ouvrier identifie ses ennemis de classe, y compris dans les luttes démocra-

Certes, d'un certain point de vue, l'apartheid est lourd de contradictions pour divers secteurs capitalistes (étroitesse du marché intérieur, manque de main-d'œuvre qualifiée etc.). Mais aujourd'hui, c'est directement le danger d'explosion révolutionnaire qui fait qu'une partie de la classe dirigeante sud-africaine cherche à accomplir des réformes. Les libéraux, qui sont pour l'essentiel soutenus par une partie du capital financier et industriel sud-africain, ont ainsi entrepris la recherche d'une solution politique, y compris en rencontrant l'ANC ou en tentant de modérer l'UDF. Mais précisément à cause du lien entre apartheid et capitalisme, ils sont incapables de proposer l'abolition de toutes les lois discriminatoires et l'instauration du suffrage universel. Leurs tentatives de réforme ne dépassent pas pour l'instant des projets fédératifs qui tournent délibérément le dos à l'espoir populaire d'une seule nation non-raciale. En dernière instance, le vrai compromis que les libéraux devront faire sera celui qu'ils passeront avec le reste de leur classe, c'est-à-dire avec les secteurs réactionnaires représentés aujourd'hui par le Parti national (au pouvoir, ndlr.).

La nouvelle situation en Afrique du Sud est d'une importance mondiale, étant donné le rôle stratégique de ce pays pour l'impérialisme et l'ampleur des intérêts économiques en jeu. L'impérialisme avait jusqu'à présent soutenu sans faille le régime raciste. La nouvelle situation impose certaines rectifications politiques afin de trouver les moyens d'une solution à la

Certains secteurs des banques et des multinationales ont entrepris de peser sur le régime sud-africain par un certain nombre de mécanismes financiers et commerciaux. L'ampleur conjoncturelle de ces pressions ne doit pas faire oublier que les pays impérialistes recherchent fondamentalement la stabilité du régime capitaliste en Afrique du Sud veulent éviter la radicalisation des mobilisations. Pour ce faire, ils s'appuient de plus en plus sur le courant libéral et le grand capital sud-africain.

- Pour toutes ces raisons, le processus révolutionnaire sud-africain se conformera à la réalité sociale, économique et politique de ce pays, c'est-à-dire à la réalité de sa structure de classe, laquelle confère au prolétariat industriel un rôle central pour l'unification des masses opprimées dans la lutte contre l'apartheid.

Le mouvement populaire de masse cherche à résoudre avant toute chose la liquidation du régime d'apartheid par la formation d'une nation unique et non-raciale, par la question de l'égalité des droits civiques et politiques et par la question de la terre.

Si la plus grande attention doit être apportée à la lutte immédiate pour ces revendications qui intéressent l'ensemble des opprimés, il est décisif que le mouvement ouvrier puisse fournir au mouvement de masse sa direction sociale. Le renforcement du mouvement ouvrier et la construction d'une direction révolutionnaire prolétarienne reconnue sont des tâches nécessaires afin d'empêcher les luttes actuelles d'aboutir à des impasses, sans même avoir pu régler les principales exigences démocratiques.

Une direction prolétarienne serait la seule garantie pour que soient pleinement résolues les questions démocratiques et nationale. La solution véritable complète à ces questions ne peut passer que par la dictature du prolétariat, comme moment décisif d'un processus de révolution permanente, y compris si certaines tâches socialistes devaient être repoussées à beaucoup plus tard. Seule la dictature du prolétariat est susceptible de résoudre et de défendre les exigences de la révolution démocratique nationale. Celle-ci est possible en Afrique du Sud parce que les rapports sociaux et politiques existant dans ce pays sont mûrs pour porter au pouvoir le prolétariat en tant que leader des masses exploitées et opprimées.

Résolution du Secrétariat unifié (SU) de la IVème Internationale du 5 octobre 1985.

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