ES 29, 30 et 31 janvier 1985 s'est tenu à Curitiba dans l'Etat de Parana, le premier congrès des travailleurs ruraux sans terre. Ce congrès a regroupé 1 500 délégués en provenance de tous les Etats du Brésil. Un document final a été adopté qui exige du gouvernement la satisfaction d'une série de revendications. D'autres résolutions ont été adoptées concernant les tâches du mouvement des travailleurs ruraux sans terre, les décisions concernant les travailleuses rurales et celles relatives aux groupes indigènes et au respect de leur droit à la terre. Ce sont ces documents que nous reproduisons ci-après.
RÉSOLUTION GÉNÉRALE
Les 1 500 délégués représentant tous du Brésil réunis à Curitiba les 29-30-31 janvier 1985 en premier congrès national des travailleurs ruraux sans terre exigent du gouvernement : Au sujet de la distribution et de l'utilisation des terres :
Que la terre revienne à celui qui la travaille ; que la réforme agraire soit faite sous le contrôle des travailleurs ; que les travailleurs ruraux aient le pouvoir de décider comment les terres seront partagées, comment elles seront cultivées ainsi que la forme de leur attribution ; que le gouvernement légalise toutes les terres qui ont été occupées ; que la taille maximum des propriétés soit fixée selon les régions, sans jamais dépasser les 500 hectares ; que le gouvernement exproprie toutes les propriétés supérieures à 500 hectares ; que la distribution des terres respecte les besoins de chaque famille en fonction de la région ; que l'Etat garantisse les conditions de production et d'assistance sur les terres distribuées ; que le gouvernement stimule la production en fonction de la satisfaction des besoins de tout le peuple ; que le gouvernement garantisse que la production respecte la préservation de l'environnement ; que le gouvernement attribue au minimum 5 % du budget à la réforme agraire ; que le gouvernement distribue immédiatement les terres qui sont aux mains des gouvernements fédéraux et des Etats ; que les communautés puissent s'installer dans les régions d'origine des travailleurs ; que les gouvernements des Etats soient autorisés à prendre des mesures d'expropriation au titre de la réforme agraire. Sur les multinationales :
Expropriation de toutes les terres des multinationales et interdiction pour les étrangers de posséder des terres au Brésil. Sur l'occupation des terres :
Fin de toute colonisation des terres dirigée par le gouvernement, les entreprises privées ou les coopératives ; assistance adéquate à tous les niveaux aux projets de colonisation déjà existants.
Résolutions du congrès des travailleurs sans terre
Sur les organes gouvernementaux :
au ministère pour les affaires de la terre et aux instituts de la terre existant dans chaque Etat : l'extinction de ces organismes ; la création de nouveaux organismes avec la participation des travail création leurs à la mise en place de l'administration ; que les travailleurs, en occupant les terres, créent leurs propres lois et organismes ; la création d'organismes au niveau des Etats avec la participation des travailleurs de façon autonome par rapport à l'Etat fédéral ; la création d'un forum de justice agraire dans le cadre du pouvoir judiciaire avec la participation des travailleurs.
Sur le statut de la terre :
Le statut de la terre est inadéquat.
Nous exigeons son extinction.
Nous exigeons que soient adoptées de nouvelles lois, avec la participation des travailleurs et à partir de leur pratique et de leurs luttes.
A propos de la violence à la campagne :
Que le gouvernement implante la réforme agraire avec la participation des travailleurs comme unique forme d'en finir avec la violence en milieu rural. Nous exigeons la sécurité pour notre lutte d'organisation du mouvement des Sans Terre. Nous exigeons que le gouvernement fédéral assure le jugement de tous les assassinats et la punition des mandataires et exécutants de ces crimes. Nous exigeons la fin des violences contre les occupations de terre ; confiscation des biens des mandataires de crimes au profit des victimes et des travailleurs ; que les problèmes de la terre soient résolus sans intervention de la police ; que le gouvernement respecte les droits du travailleur rural ; que le gouvernement appuie la lutte et les organismes des travailleurs ; que la justice soit égale pour tous ; que la répression et la police soient utilisés contre la criminalité et non contre les travailleurs. Nous exigeons le démantèlement de tous les organismes de répression, y compris les organismes paramilitaires. Nous exigeons l'autonomie du pouvoir judiciaire et la d'une justice agraire. considèrons les gouvernements des Etats et le gouvernement fédéral comme responsables de la violence et des assassinats de travailleurs et nous exigeons que le gouvernement en finisse avec les menaces contre les personnes et les travailleurs.
Premier congrès national des travailleurs ruraux sans terre, Curitiba, les 29, 30, 31 janvier 1985.
RÉSOLUTION SUR LES TACHES Orientations générales :
Qu'on occupe immédiatement toutes les terres inutilisées et publiques ; que l'utilisation de la terre soit communautaire, non pas sous la forme obligatoire mais en stimulant les formes collectives ; que les agriculteurs s'organisent sous des formes d'association alternatives pour la production et la commercialisation de leurs produits. En cas de prise de possession collective et lorsque quelqu'un abandonne son lot, celui-ci doit revenir à la collectivité avec toutes les, installations y afférentes. Orienter les camarades pour qu'ils ne soient pas obligés de quitter leur Etat d'origine. Utiliser le Statut de la terre comme forme de pression et pour rendre les travailleurs conscients des fondements de leur droit. Que l'on fasse une étude approfondie de la terre afin de présenter des propositions pour la formulation d'une nouvelle loi en faveur des travailleurs. Lutter pour l'application des parties positives (du Statut de la terre, ndlr.) qui intéressent les travailleurs et pour l'adoption d'une nouvelle loi incluant nos revendications. Il ne suffit pas de changer une loi, nous avons besoin de changer tout le système politique du pays. Que les travailleurs s'organisent pour créer leurs propres formes de défense. Quand le gouvernement n'assume pas la punition des commanditaires et exécutants de crimes contre les travailleurs, nous devons exercer la justice de nos propres mains. Condamner et dénon-
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cer publiquement l'abus d'autorité et de violence commandées par les services de sécurité et exiger la dissolution de ces services. Priorités pour le travail de base :
Présenter ces propositions à la base pour qu'elles soient discutées et appliquées. Ce qui a été discuté ici au Congrès ne doit pas être transmis aux travailleurs comme des décisions du sommet mais comme une façon d'introduire la discus-
La terre, un problème vital pour des millions de brésiliens. (DR) sion et de l'approfondir, afin que les travailleurs eux-mêmes décident. Il faut continuer à élargir l'organisation des Sans Terre à tous les niveaux et faire le recensement des terres inutilisées et des latifundia en vue de les occuper ; discuter à la base de la question de l'Assemblée constituante ; faire un travail de conscientisation à la base à partir des documents du congrès des Sans Terre ; réaliser des rassemblements publics dans les municipalités et les Etats ; transformer les syndicats bureaucratiques et soutenir la CUT ; organiser et élargir la résistance sur les terres.
Premier congrès national des travailleurs ruraux sans terre, Curitiba, les 29, 30, 31 janvier 1985. RÉSOLUTION DES FEMMES TRAVAIL-
LEUSES RURALES Participation des femmes travailleuses rurales:
Former des groupes par municipalité ; faire des réunions de base avec une responsable par noyau ; participer activement aux mouvements revendicatifs. Ne pas avoir peur de lutter ; participer aux syndicats et lutter pour la réforme agraire ; prendre des initiatives propres. Croire en notre force et en notre capacité ; conquérir un espace politique dans la société ; assumer la lutte à égalité avec les camarades hommes ; éveiller chez nos camarades une conscience critique principalement sur la situation économique et sociale du pays ; organiser les femmes dans les occupations, les grèves et les mouvements populaires ; libérer les femmes pour faire le travail de base dans la Commission pastorale de la terre (CPT) ; les hommes doivent prendre conscience et faire en sorte que nous puissions participer activement à la lutte. Articulation :
Maintenir la correspondance avec les camarades femmes sans terre ; populariser la lutte de la femme sans terre partout ou on lutte pour la réforme agraire ; former une coordination de femmes à l'échelle nationale et régionale ; que la coordination du mouvement soit composée d'hommes et de femmes de façon équilibrée.
Premier congrès national des travailleurs ruraux sans terre, Curitiba, les 29, 30, 31 janvier 1985. RÉSOLUTION DU GROUPE INDIGENE
Nous sommes aussi sans terre parce que 80% de nos terres actuelles ne sont pas délimitées et parce qu'en plus beaucoup de nos terres sont envahies.
Dans l'utilisation de la terre, notre tradition est de ne pas avoir de propriétaire. Nous suggérons cette forme aux autres camarades des Sans Terre.
Quant à l'occupation des terres, nous ne voulons pas de la redistribution de nos terres. Qu'on exproprie les latifundia improductifs et les terres des étrangers.
Nous exigeons du gouvernement la délimitation des terres indigènes et la garantie de leur possession.
Premier congrès national des travailleurs ruraux sans terre, Curitiba, les 29, 30, 31 janvier 1985.