Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Nouvelle étape dans l'unification des syndicats indépendants

· Inprecor n° 209, 16 décembre 1985 · p. 3-4, 4 · 2 026 mots

Syndicalisme Afrique australe

ANGA, 8 août 1981 - Durban, ire ces deux dates, bien des choses se sont maditiées en

| Afrique du Sud. Citons entre autres la nouvelle législation du travail, les émeutes et l'état d'urgence en passant création du Front démocratique uni (UDF), ainsi que du Fonational et la profonde récession laquelle est entré le pays. Mais si nous avons choisi ces deux dates, c'est parce qu'elles marquent avant tout des moments décisifs dans la transformation du paysage syndical. En effet, se tenait la première conférence unitaire des indépendants, marquait la création de la « superfédération » indépendante, forte d'un demi-million d'adhérents (1).

Le chemin qui sépare ces deux événements n'a pas été linéaire. Toutes les divergences apparues n'ont pas été aplanies.

Certains syndicats indépendants restent en dehors de la fusion.

Cependant l'accord a pu se réaliser entre différentes sensibilités

L'une des premières questions posée aux syndicats indépendants a été celle de l'enregistrement. C'est-à-dire celle de la nouvelle législation dispositions adoptée en 1979 après les travaux de la commission Wiehahn concernant la reconnaissance des syndicats. A travers cette modification de la loi, le gouvernement visait à exercer un contrôle plus étroit sur le jeune mouvement syndical. De plus, la législation excluait les travailleurs migrants du droit à se syndiquer et prévoyait l'enregistrement sur une base raciale.

LES PREMIERS DÉBATS

Tous les syndicats indépendants ont loi et condamnés ensemble cette contraintes. Mais le clivage s'est établi lors de la conférence de Langa entre, d'un côté, ceux qui, comme le Syndicat uni des travailleurs sud-africains (SAAWU) ou le syndicat GWU, étaient hostiles à cette soumission, et, de l'autre, la Fédération des syndicats sud-africains (FOSATU)

dont l'essentiel des affiliés avait accompli les formalités d'enregistrement.

Pour ces derniers, les avantages tactiques de l'enregistrement, qui permet de procéder au prélèvement des cotisations syndicales à la source (« stop-orders ») et ouvrant des possibilités de négociations, l'emportaient sur les inconvénients, contre lesquels, d'ailleurs, une bataille restait possible. Ce fut le cas sur le principe, intangible pour la FOSATU, de l'enregistrement sur une base non-raciale, que le gouvernement a fini par accepter en 1981.

De fait, cette question a largement été reléguée au second plan aujourd'hui.

Mais celle des conseils d'industrie, cadre national de négociation par branche d'acéconomique dans trop réticent à la fusion. tandis que le 30 novembre 1985 tivité réunissant les représentants des des travailleurs et de l'Etat, syndicats de la FOSATU ont obtenu d'y sièger. C'est le cas notamment du Syndes travailleurs de l'automobile (NAAWU), de celui de la métallurgie (MAWU), ainsi que de celui du textile (NUTW). Ce choix, guidé par le fait que ces syndicats disposent d'une très forte représentativité dans leurs branches reste conditionné pour la FOSATU par le maintien du contrôle démocratique des travailleurs sur les négociations. Le poids croissant de la récession, avec son cortège de licenciements et de restructurations a rendu nécessaire des batailles syndicales au niveau national dans les branches touchées. La conséquence en a été que si le débat reste ouvert sur la participation tactique aux conseils d'industrie, elle ne constitue plus un point de rupture.

Ces deux points sur lesquels les divergences s'exprimaient, ont fait que le premier sommet est avant tout apparu comme manifestant une volonté commune de lutte contre le système oppresssif de l'apartheid, mais sans que volonté trouve une traduction tionnelle, que ce soit au niveau des entredes régions. Les deuxième et troisième sommets des syndicats indépendants témoignèrent de cette impasse. En avril 1982, plusieurs petits syndicats quittent la seconde conférence sur la question du non-enregistrement. Les discussions de la troisième rencontre, en juillet de la même année, achoppent sur les mêmes délimitations.

Malgré l'unité réalisée dans les protestations après la mort en détention du dirigeant blanc du mouvement syndical indépendant, Neil Aggett, en février 1982, cette année semble remettre à un futur politiques, autour du pôle le plus dynamique, celui de ce qu'on appelle les « syndicats unitaires » (« Unity unions »), même si cela a entraîné des ruptures. C'est notamment le cas avec le

Syndicat des mineurs (NUM) en pleine expansion, qui s'est désaffilié du Conseil des syndicats d'Afrique du Sud (CUSA)

Les quatre années écoulées ont vu le développement des syndicats indépendants, développement parfois spectaculaire à l'instar de celui du NUM, créé en 1982 dans un secteur qui excluait jusqu'alors les syndicats indépendants, et qui revendique aujourd'hui 230 000 adhérents sur un effectif national de

400 000 mineurs. Elles ont aussi vu une évolution des questions en débat, sur lesquelles s'effectuaient les démarcations.

C'est au travers de ces débats et de ces démarcations significatifs que nous allons examiner le développement du mouvement syndical indépendant et les progrès faits sur la voie de indéterminé la fusion syndicale. Le fossé se creuse alors entre un pôle composé de la FOSATU et de certains syndicats de branche (« syndicats unitaires ») et l'autre où les syndicats mettant l'accent autant sur l'implantation dans la communauté que dans les entreprises évoluent vers une sensibilité proche du Congrès sud-africain des syndicats (SACTU) (2)

et que l'on appelle « syndicats commu-

LES DEUX POLES DU MOUVEMENT

SYNDICAL INDÉPENDANT

La question des rapports avec les organisations communautaires ne se posait pas en terme d'avoir des liens ou non avec ces groupes. Elle recouvrait un débat sur la tactique de construction et de mobilisation. Pour le premier pôle, l'accent était mis avant tout sur l'organisation de la classe ouvrière sur le lieu de travail. Ceci n'excluait pas des actions plus larges englobant d'autres secteurs de la population, en particulier lors de boycotts de certaines sociétés, en solidarité avec des

Pour l'autre pôle syndical, le syndicalisme indépendant devait intervenir sur l'ensemble des problèmes de la communauté noire. C'est ainsi que le SAAWU fut très actif contre la proclamation de l'indé.

pendance du Ciskei, bantoustan dans lequel ce syndicat a le gros de ses forces.

1. Sur les origines du mouvement syndical indépendant et la conférence de Langa, voir l'article de Nathan Palmer et Peter Blumer,

« Les syndicats indépendants à l'avant-garde de la lutte contre l'apartheid », dans Inprecor nu-

2.

Le SACTU n'existe aujourd'hui qu'en tant qu'appareil en exil. Il est lié au Congrès national africain (ANC).

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Sur ce plan également la situation et les positions allaient évoluer. Des syndicats comme le SAAWU, sévèrement atteint par la répression, avaient gardé leur structure de syndicat général, c'est-a-dire non structuré par branche d'industrie. Cette question allait prendre de plus en plus de poids au fur et à mesure des progrès vers la fusion.

Du côté des syndicats unitaires, moins massivement frappé car mieux organisés dans les entreprises, l'engagement sur des questions ouvertement politiques s'est fait non seulement au niveau local, contre l'expulsion de camps de squatters, mais surtout au niveau national, où la campagne menée par la FOSATU contre les réformes constitutionnelles de Botha démontrait l'inadaptation des visions schématiques d'une division des syndicats entre communautaires « politiques » unitaires « économistes ».

Néanmoins, il serait faux de croire que les tensions entre certaines organisations communautaires et syndicales se sont évanouies. Si la grève générale de novembre 1984 dans la province du Transvaal (3) a été unitaire, il n'en va pas toujours de même lorsque des mots d'ordre analogues sont lancés dans tel ou tel township sans réelle discussion préalable et sans préparation unitaire. Le refus de s'engager sur une simple injonction dans la grève a valu à des syndicalistes, essentiellement de la FOSATU, dans la région de Port-Elizabeth, d'être agressés par des éléments se réclamant de l'UDF

La situation actuelle ne trace pas de voie royale pour parvenir à combiner le renforcement de l'implantation dans les entreprises et la prise en charge des intérêts de la population des townships. C'est là une des questions importantes que la fédération unifiée aura à résoudre.

LE CHEMIN VERS L'UNITÉ L'année 1983 a connu deux sujets majeurs de débat, qui ne s'étaient pas

Lors du quatrième sommet tenu à Athlone les 9 et 10 avril 1983, à nouveau l'optimisme se fit jour. Les syndicats unitaires et les syndicats communautaires se mirent d'accord sur l'établissement d'une commission taire, semblable à celle qui avait été mise de la formation de la FOSATU aux années 1970. Sa tâche était de préparer les documents constitutifs de la future fédération et d'organiser les discussions. Le principe de structuration par branche d'industrie est alors débattu. Les différents syndicats y sont invités à fournir les renseignements sur leurs effectifs, adhérents et cotisants, et sur leur implantation. Les syndicats communautaires, ainsi que le CUSA, ne remplirent pas ces exigences au cours des différentes réunions paritaires. De plus, la transformation des syndicats généraux en syndicats de branche ne se faisait pas à un rythme satisfaisant pour tous. A nouveau la marche vers l'unité semblait marquer le pas.

L'autre événement qui allait bouleverser le paysage politique fut la consti-

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tution en 1983 de deux regroupements d'opposition au régime, dont l'un, l'UDF, allait rapidement occuper une position dominante devant son concurrent, le Forum national (4). Le débat qui avait surgi sur les rapports avec la communauté se trouva ainsi porté au niveau national, sur la conception générale de la lutte pour abattre l'apartheid. Bien qu'il ne soit pas à cette force, l'UDF des rapports avec l'ANC, qui être le cadre unique du mouveLa force qu'ont construite les syndilourd dans la lutte contre le régime. Aussi l'UDF a-t-il lancé un appel, au moment de sa création, en direction des syndicats pour qu'ils le rejoignent. La plupart des syndicats communautaires l'ont fait immédiatement, tandis que les syndicats unitaires s'y refusaient afin de ne pas diviser leurs adhérents, dont les sympathies politiques étaient des plus diverses. Pour éviter cet écueil, le CUSA pour sa part choisissait de s'affilier à la fois à l'UDF et au Forum national. Quant au syndicat des travailleurs des médias, cette question fut au centre d'une scission entre ses différentes branches provinciales (5).

En mars 1984, les unitaires pressent le pas. Lors de ce cinquième sommet, le principe de structuration par branche est adopté. Les syndicats qui ne peuvent ou ne veulent pas s'organiser immédiatement de cette façon se voient alors offrir un statut d'observateur. Les communautaires quittèrent alors la conférence.

A ces deux pôles est venu s'ajouter un troisième regroupement syndical, la confédération des syndicats d'Azanie (AZACTU), affilié au Forum national. Ce regroupement de syndicats généraux s'oppose au principe de non-racialisme tel qu'il est défendu par les autres syndicats, en avançant celui d'une direction noire.

C'est là une des causes de son refus de participer aux réunions préparant le 30 novembre (6).

Finalement, après que certains aient pensé que les syndicats communautaires allaient réactiver le SACTU, l'ANC, ceux-ci ont pris la décision au syndicats unitaires. On peut donc prévoir les problèmes politiques qui existaient vont demeurer au sein de la superfédération. Il faut cependant insister sur la portée historique de la création de cette dernière. Tout d'abord, parce qu'il s'agira de la plus grande fédération syndicale de l'histoire de l'Afrique du Sud : le Syndicat des travailleurs du commerce et de l'industrie (ICWU) a regroupé jusqu'à 100 000 personnes en 1927 tandis que le SACTU a culminé en 1961 à 53 000 adhérents. Ensuite parce que plus personne ne conteste la place que la classe ouvrière doit jouer dans la transformation de la société capitaliste d'apartheid. La création de la super-fédération ne résoud pas toutes les question relatives à l'intervention politique des travailleurs, mais elle représente incontestablement un événement de première importance pour la révolution sud-africaine.

Nathan PALMER, le 2 décembre 1285 3. Voir le doc ment « Bilan de la grève générale régionale du Transvaal » dans Inprecor numéro 201 du 22 juillet 1985

4. Sur l'apparition de l'UDF et du Forum national, voir l'article de Peter Blumer et Tony Roux, « Montée des luttes et débat stratégique dans le mouvement des masses », dans Inprecor numéro 185 du 3 décembre 1984.

5. Sur cette scission, voir South African Labour Bulletin, numéro 4, vol. 9, février 1984.

6. Pour les positions exprimées dans le Forum national sur le non-racialisme et la direction noire, voir les textes de ce courant reproduits dans le numéro spécial d'Inprecor (numéro 204 du 7 octobre 1985) sur les débats dans le mouvement anti-apartheid.

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