Inprecor 1974–2004

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BRESIL

Important succès électoral du PT aux municipales

Inprecor n° 210, 6 janvier 1986 · p. 25-26 · 1 157 mots

Brésil Syndicalisme

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

BRESIL

Important succès électoral du PT aux municipales Le Parti des travailleurs (PT) a remporté un important succès aux élections municipales du 15 novembre dernier. Lors des précédentes élections aux postes de gouverneur qui avaient eut lieu en novembre 1982, le PT avait connu un relatif échec en ne remportant que 3% des suffrages en moyenne nationale (cf. Inprecor numéro 139 du 20 décembre 1982). Cela avait pu alimenter en son sein des interrogations sur les capacités de développement de masse de l'influence du PT. Cela devait aussi amener des responsables du PT à considérer qu'une politique d'alliance avec des partis bourgeois était la seule solution pour les élections municipales.

Certains secteurs du PT, comme les militants qui produisent le journal Em Tempo, se sont battus par contre dans les conventions pré-électorales pour obtenir que le PT présente ses propres candidats aux municipales et refuse de s'engager dans toute coalition avec les partis bourgeois. C'est à juste titre que l'on peut donc lire dans Em Tempo, numéro 206 de décembre 1985, que « les résultats électoraux montrent la justesse de la ligne d'affirmation du PT, de maintien de l'indépendance de classe qu'Em Tempo a défendue. Aujourd'hui, presque tout le monde dans le PT reconnaît que cette politique était correcte ; mais il y a quelques mois, beaucoup s'y opposaient, en défendant des coalitions de différents types ».

Lors des dernières élections municipales, le PT a en moyenne nationale triplé ses résultats par rapport à 1982, en obtenant globalement 10 % des suffrages. Mais il a aussi obtenu des résultats beaucoup plus spectaculaires, notamment dans les sept villes où il remporte plus de 10% des suffrages : à Goiania (40,24 %), Fortaleza (32,44 %), Vitoria (26,31 %), Sao Paulo (19,75 %), Aracajeu (15,43 %), Porto Alegre (11,35 %), Manaus (11,34 %). Avec sa candidate Maria Luiza Fontenelle, le PT a remporté la municipalité de Fortaleza, une ville de 1,5 million d'habitants dans une région des plus pauvres du pays. Dans certains quartiers populaires de cette ville, le PT a obtenu jusqu'à 90 % des suffrages. C'est la fraude électorale qui a empêché le PT de remporter une autre

Cette réussite reflète la dimension véritablement nationale qu'a prise le PT Elle va encore renforcer la crédibilité de masse de ce parti. Cette progression électorale est le produit de plusieurs facteurs combinés : l'approfondissement de la crise des partis bourgeois liés à la dictature ; le début de désaffection de l'électorat populaire vis-à-vis d'un parti bourgeois comme le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) qui s'est compromis dans une politique d'austérité et de répression dans des gouvernements d'Etats ; l'approfondissement de la base sociale du PT dans la dernière période et la campagne électorale dynamique qu'il a mené. Ce dernier facteur n'était pas acquis d'avance dans le PT. C'est sous l'impulsion de ses courants les plus classistes que le PT s'est engagé dans la bataille électorale. Ainsi, le succès électoral de Fortaleza intervient dans une ville où cette candidature était soutenue par des courants révolutionnaires comme le Parti révolutionnaire communiste (PRC) d'origine maoiste et alors que sa campagne électorale a mis en avant la solidarité de classe avec les luttes ouvrières et populaires des derniers mois.

Depuis le début 1985, on a assisté à un approfondissement du mouvement de lutte revendicatif. Le 5 novembre dernier, environ 500 000 ouvriers de Sao Paulo se sont mis en grève à l'appel de la Centrale travailleurs (CUT) et du Congrès de la classe travailleuse (CONCLAT) pour réclamer des hausses de salaires face à l'inflation qui atteint le taux annuel de 230 %. Depuis l'instauration de

Republica » (Nouvelle blique), ce sont plus de 400 mouvements grève qui ont affecté pratiquement secteurs économiques du pays En 1985, plus de 5,5 millions de travailleurs ont participé à des mouvements de grève. Le nombre de travailleurs en grève

Best trois à quatre fois supé rieur à celui de 1984. C'est parce que le PT a su apparaître comme le porte-parole mécontentement populaire qu'il a réussi la percée électorale qu'on lui connaît. Contrairement aux attentes de certains, lorsque le PT a pré senté comme candidats des militants de ses secteurs les plus classistes, les scores

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électoraux ne s'en sont pas trouvés réduits.

De son côté, le Parti communiste brésilien (PCB) s'est trouvé marginalisé, ne dépassant pas 4,9 % des suffrages, son meilleur score, à Belo Horizonte, là-même où un candidat de la gauche du PT remporte 7,6 % des voix. Cela illustre le rapport de forces politique entre ces différents courants du mouvement ouvrier et reflète la place aujourd'hui prise par le PT.

Pour les partis bourgeois représentants la filiation avec la dictature, soit directement pour le Parti démocratique et social (PDS), ancienne formation du pouvoir, soit indirectement pour le Parti fédéral libéral (PFL), composé de transfuges du PDS, ces élections municipales, représentent un échec certain. Le PDS obtient une moyenne nationale inférieure au PT. Le PFL, quant à lui, n'a remporté aucune municipalité dans les capitales d'Etat.

Le PMDB a de son côté connu une érosion importante de son électorat, conséquence de sa politique à la tête des gouvernements d'Etat. Il perd en moyenne 10% des suffrages par rapport à ses résultats de 1982. Le PMDB a perdu des suffrages dans la plupart des grandes villes et de plus il est apparu à Goiana et Belem comme le parti auquel la fraude électorale a profité. Dans plusieurs villes, le Parti démocratique du travail (PDT) de Leonel Brizzola a obtenu des scores importants. Etant donné, d'un côté, les visées de Brizzola pour d'éventuelles élections présidentielles de l'autre, l'échéance politique des élections législatives fédérales et par Etat pour l'année 1986, le débat politique risque d'être polarisé par la question des rapports entre le PDT et le PT. De nouveau, et compte tenu de ses derniers résultats électoraux, des pressions vont s'exercer sur le PT pour qu'il accepte des coalitions électorales avec des partis bourgeois. Par ailleurs, une véritable concurrence va apparaître pour la capitalisation électorale de l'opposition populaire grandissante au

C'est ce qu'explique Em Tempo en écrivant : « La premiere question qui apparaît est la suivante : qui occupera la place principale dans l'opposition au tique ? Les élections municipales offrent une première ébauche des forces qui potentiellement peuvent canaliser cette base oppositionelle : le PDT, polarisant au plan électoral le sentiment d'insatisfaction pour un projet populiste ; le PT qui à partir de ces élections devient une force nationale et importante sur la scène politique; les secteurs les plus réactionnaires de la bourgeoisie qui, comme cela est arri-

Paulo, peuvent capitaliser à droite le sentiment d'insatisfaction ».

Le renforcement des secteurs les plus à gauche dans le PT à l'issue de ces élections municipales augure bien l'évolution de l'attitude de ce parti à l'ap proche des échéances politiques de l'année 1986, même si d'importants problèmes d'organisation du PT restent encore en suspend.

(cf. Inprecor numéro 155 du 18 juillet

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