Inprecor 1974–2004

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CONGO

La jeunesse se mobilise contre le régime

Inprecor n° 210, 6 janvier 1986 · p. 26 · 678 mots

Économie mondiale

conjoncture pétrolière depuis quatre ans que les conditions de l'action syndicale au

CONGO

La jeunesse se mobilse contre le régime La crise de l'Etat raciste sud-africain et le large courant de réprobation internationale que suscite la politique de ce régime en Afrique noire ont tendance, parfois, à faire oublier la dure réalité sociale et politique que doivent affronter quotidiennement les masses populaires des Etats africains formellement indépendants. Les lycéens congolais viennent soudainement de ramener les projecteurs de l'actualité politique sur leur problème national, en rappelant au pouvoir néo-colonial de Brazzaville la spécificité de leurs aspirations.

Le mouvement de protestation de la jeunesse répondait à une décision prise le 6 novembre par le conseil des ministres d'instaurer un concours pour les bacheliers souhaitant bénéficier d'une allocation d'études supérieures, qui est de l'ordre de 600 francs par mois. Les 9 et 11 novembre, d'importantes manifestations lycéennes ont eu lieu pour protester contre ces mesures, qui sont justifiées par le pouvoir par les nécessités de l'austérité. Elles ont été durement réprimées. Solidaires des lycéens, les étudiants de l'université de Brazzaville ont profité de cette occasion pour exprimer leur mécontentement suite à d'autres mesures imposées par Fonds monétaire international (FMI) suspendant les embauches dans la fonction publique. Cela a permis l'élargissement du mouvement de grève, le 12 novembre 1985. A telle enseigne que le pouvoir décida la fermeture des écoles dans la commune de Brazzaville pendant une se-

Le 13 novembre, le chef de l'Etat s'en prenait aux forces « réactionnaires » qui font preuve ces derniers temps d'une « febrilité incontestable, comme le prouve leur vaine et folle tentative visant à exploiter la naïveté de certains éléments » de la jeunesse congolaise. L'amalgame avec des politiciens écartés du pouvoir est un procédé classique pour tenter de discréditer l'action revendicative de la jeunesse. La réaction du pouvoir fut d'autant plus violente - l'armée aurait tiré et l'on blessés - que cette mobilisation de la jeunesse est le révélateur d'une crise plus profonde. Dans où l'on comptait, en 1984, 650 000 élèves et étudiants, soit le tiers de la population totale, ces événements sont venus illustrer l'écart entre, d'un côté, l'équipe corrompue au pouvoir qui de phraséologie marxiste léniniste et, de l'autre, la jeunesse et le peuple soumis aux dures réalités d'un régime néo-colonial en crise économique et sociale comme tous les pays d'Afrique

Cette crise s'est, dans ce cas particulier, aggravée de l'infléchissement de la

1983). En assurant 90% des exportations, la manne pétrolière pouvait être mise à profit pour redonner un peu de marge de manœuvre à l'équipe au pouvoir. Les travaux d'infrastructure économique conçus dans l'euphorie pétrolière faisaient d'une certaine manière apparaître les dirigeants congolais comme des gens rieux aux yeux des masses populaires soucieuses de réalisations concrètes. Mais la dilapidation outrancière des recettes pétrolières et la chute des prix de cette production devaient conduire à l'abandon de tous ces plans mirifiques. Ces projets ont néanmoins eu pour effet d'entrainer le pays dans un processus d'endettement, source de dépendance accrue. Officiellement, la dette extérieure du Congo s'élèverait à 4 milliards de dollars pour une population totale de 2 millions d'habitants. A ce niveau, les proclamations « marxistes léninistes » dirigeants congolais ne pèsent pas beaucoup face aux mécanismes néo-coloniaux qui font que le pétrole est toujours exploité dans le pays par des compagnies françaises et que le Congo est membre de la Zone franc.

A cette situation est venue s'ajouter la volonté du FMI d'imposer une politique d'austérité conduisant les dirigeants congolais à prendre des mesures fortement impopulaires. Cela a accentué la crise du système néo-colonial d'enseignement. A la sous-qualification d'un système d'enseignement hérité du modèle français sous la 3e République, le FMI ajoutait aussi l'arrêt de tout recrutement dans la fonction publique, qui est certes un secteur engorgé mais qui, dans l'état actuel des choses, représente le seul débouché pour nombre d'étudiants.

Compte tenu du taux de scolarisation du pays, qui est l'un des plus élevés du tiers-monde, l'appareil scolaire risque fort de devenir, dans les prochains mois, un foyer particulièrement sensible de la crise de la société congolaise.

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