Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

[Lettre de Martine Toulotte]

· Inprecor n° 219, 12 mai 1986 · p. 28 · 515 mots

Ce texte n'a pas de titre dans la revue ; le titre entre crochets est le nôtre.

années, j'ai participé à de nombreux mouvements militants (syndicat, mouvement de femmes, anti-impérialisme...) et vous connaissez mon engagement politique. Je l'ai toujours fait dans un cadre public et démocratique.

J'ai toujours voulu que ma vie et ma maison soient ouvertes au dialogue, à l'écoute, à l'amitié des personnes rencontrées. Aujourd'hui, sans doute parce que ceux qui dirigent et surveillent la société n'imaginent ni ne tolèrent que l'on vive ainsi, on me tient en suspicion, on m'inculpe, on m'enferme.

C'est inacceptable ! Il y a un an, sur les mêmes faits, j'avais été entendue par un juge d'instruction lyonnais comme témoin. Rien n'avait été retenu contre moi. Aujourd'hui, alors que le dossier n'a pas changé, me voici

POUR AIDER MARTINE

Berthe-de-Boissieux, boîte postale 309, 38 000 Grenoble.

Grenoble.

vard du Palais, 75 004 Paris.

de Fleury-Mérogis, 91 700 Sainte-Geneviève-des-Bois.

vous dire que c'est

Ai-je besoin de mon engagement public et militant, ma manière de vivre et de concevoir mes rapports avec les gens (et les amis et camarades de Grenoble les connaissent bien) qui rendent compte et qui expliquent ma situation actuelle? C'est plus simplement l'acharnement de la police et les lenteurs de l'instruction.

Je sais par toute vos lettres que je reçois et qui m'émeuvent, que ni les articles d'une certaine presse, ni les suspicions de la justice n'ont entamé votre confiance en moi. En effet, rien de ce qui m'est reproché ne sort du cadre d'une vie militante et personnelle toujours menée au grand jour. Cette rend plus forte et plus décidée que jamais à ce que justice me soit rendue.

Je refuse de tenir a priori en suspi-

Collectif de défense de Martine Toulotte : Maison des associations, 2, rue

Soutien financier à libeller à l'ordre de : Jacques Fournier, CCP 158 973 E

Lettres à adresser à : Me Jeol, Procureur de la République de Paris, 4, boule-

Ecrivez aussi à : Martine Toulotte, numéro d'écrou 16 891 K, Maison d'arrêt telle partie du monde, sous prétexte des formes que prennent par ailleurs les luttes de leurs pays. Il n'y a là aucun délit. Peut-être, ne faut-il pas vivre ainsi ? Je ne suis pas d'accord !

La vie même, la solidarité, l'ouverture d'esprit, la chaleur humaine doivent Temporter sur le recroquevillement, la méfiance, les attitudes policières dans sa vie personnelle.

Je ne veux pas être une héroine. Ce rôle ne me va pas et rien que ces lignes sont déjà trop solennelles. Ce n'est qu'un droit élémentaire que je défends. Et vous

Je veux aussi que vous compreniez, même si j'enrage qu'il en soit ainsi, que je ne souhaite pas livrer en public un dossier sur lequel on me poursuit.

D'abord parce que le secret de l'instruction s'y oppose. Mais surtout parce que je viens de faire l'expérience de ce que certains journaux peuvent déverser d'insinuations et de calomnies, à partir de faits anodins. Et comment ils peuvent faire condamner quelqu'un dans l'opinion sans droit de réponse.

vie militante est publique. Mes opinions sont affichées. Je sais que je peux compter sur vous.

Martine TOULOTTE, Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, avril 1986.

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