Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

George Breitman, cinquante ans d'activité révolutionnaire

Inprecor n° 220, 26 mai 1986 · p. 25-26 · 2 265 mots

IVe Internationale France Syndicalisme

Orient (par avion) : 170 FF, (soutien) 250 FF ; Afrique, Amériques, Asie (par

USA

George Breitman, 50 ans d'activité Dans notre dernier numéro nous avons publié une courte déclaration du Bureau du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale à l'occasion de la mort de notre camarade George Breitman, vieux militant du mouvement trotskyste aux Etats-Unis. Nous publions ci-dessous une appréciation plus longue qui nous a été envoyée par le comité de rédaction du Bulletin in Defense of Marxism, revue de la Tendance IVe Internationale (FIT) dont George Breitman fut, après son exclusion du SWP, un des dirigeants jusqu'à sa mort.

Après avoir souffert pendant 30 ans d'une maladie pénible, notre camarade George Breitman s'est éteint le 19 avril 1986 à l'âge de 70 ans. Bien que dans les derniers mois de sa vie il souffrait de douleurs constantes et s'affaiblissait, il continuait à consacrer l'essentiel de son temps à des tâches politiques, dictant même trois lettres de son lit d'hôpital deux jours seulement avant sa mort.

George Breitman adhéra en 1935 à la Ligue des jeunesses Spartacus, laquelle était liée au Parti ouvrier, prédécesseur du Parti socialiste des travailleurs (SWP), aujourd'hui l'une des organisations fraternelles de la IVe Internationale aux Etats-Unis. Depuis ce moment-là et jusqu'à sa mort, son engagement dans les tâches de construction du mouvement socialiste révolutionnaire fut sans faille. Délégué au congrès de fondation du SWP en 1938, il demeura fidèle et dévoué à ce parti jusqu'en 1984. Cette année-là, la direction actuelle du SWP, qui avait développé des divergences profondes avec le programme historique du parti - position que Breitman continuait à défendre -, l'a exclu avec quelques dizaines d'autres camarades, sur la base d'accusations de « déloyauté » à l'égard du parti fabriquées de toutes pièces. Après son exclusion, Breitman a tout de suite commencé à organiser les exclus, dans le but d'essayer de sauver le parti et son programme. Il participa ainsi à la création de la Tendance IVe Internationale (FIT) (autre organisation fraternelle de la IVe Internationale aux Etats-Unis), devenant rédacteur-en-chef de sa revue, Bulletin in Defense of Marxism (Bulletin de défense du marxisme).

Au cours de sa longue période de militantisme au SWP, George Breitman a rempli de nombreuses tâches et occupé d'importantes responsabilités. Il fut candidat du SWP dans une série d'élections au niveau national et local. Cette inlassable volonté d'assumer ces campagnes le fit plaisanter par James P. Cannon, fondateur du mouvement trotskyste américain, sur le fait que s'il continuait ainsi, il finirait par être soupconné d'arrivisme électoral révolutionnaire chronique. En 1941, Breitman assuma la responsabilité de rédacteur-en-chef du Militant, organe central du SWP, poste qu'il devait occuper à plusieurs reprises par la suite. Hormis une période de deux ans et demi lorsqu'il fut à l'armée lors de la

Deuxième Guerre mondiale, George Breitman fit partie sans interruption du comité national du SWP, de 1939 à 1981. Il fut souvent membre de son comité politique, organisme plus restreint. Parmi d'autres tâches plus ponctuelles, il a assumé des responsabilités politiques et organisationnelles à la direction de sections et de villes, comme directeur des finances, forélecmateur, responsable de campagnes torales, journaliste et écrivain.

Sa force principale fut peut-être sa capacité à expliquer de manière simple des idées compliquées à des personnes qui n'avaient pas l'habitude de la terminologie marxiste

• possédait un grand talent pour saisir le moyen de faire le lien ent : le programme du parti et la vie des travailleurs.

Son style sans prétention, comme écrivain et comme orateur, rendait accessible à son auditoire les idées qu'il exposait. Ces qualités firent de lui l'un des meilleurs porte-parole du parti

INTERNA

PROLETAIRES DE TOUS paru.

Au sommaire :

Marx, la crise actuelle et l'avenir du travail, Ernest Mandel ;

Ce qui change en Italie, Livio Maitan ;

Bartelheimer ;

Les svndicats allemands face aux nouvelles technologies, Interview ;

Klein;

que du Sud, Document dont la ligne générale a été approuvée au dernier CEL.

Prix unitaire : 40 Francs français.

Abonnements : 1 an, 4 numéros :

France : 100 FF, (soutien) 200 FF.

à : Quatrième Internationale, 2, rue Richard Lenoir 93108 Montreuil, France.

93108 Montreuil, France, compte numéro 2301 79/90.

aux éiections, un orateur efficace dans les réunions publiques, et un excellent enseignant dans les cours de formation politique.

George Breitman a également participé à de nombreuses campagnes que le

SWP a dû mener pour se défendre contre la répression de l'Etat. La plus célèbre de celles-ci fut l'affaire concernant l'ancien combattant James Kutcher. Ce militant du SWP ayant perdu les deux jambes lors de la campagne d'Italie pendant la Deuxième Guerre mondiale et ayant par la suite trouvé un emploi dans l'administration des anciens combattants, avait été licencié et privé de ses allocations de mutilé de guerre en raison de son appartenance au SWP, durant les années noires maccarthysme et de la chasse aux sorcières. George Breitman joua un rôle de premier plan dans la campagne politique en défense des droits de Kutcher, laquelle fut finalement victorieuse après une longue bataille. Par la suite, Breitman écrire un collabora avec Kutcher pour livre relatant les expériences de ce dernier. Les deux hommes nouèrent une amitié qui a duré jusqu'à la mort de Breitman. Kutcher fut lui aussi exclu du SWP en 1983, après une campagne de calommenée odieuse particulièrement nies contre lui par la direction du parti.

Dans les années 1960, Breitman a fait une de ses contributions les plus notables à la théorie marxiste révolutionnaire par son analyse de la portée profondément révolutionnaire du nationalisme noir aux Etats-Unis. Il est devenu en

UATRIEME

TIENALE

ES PAYS UNISSEZ - VOUS !

Le numéro 20 de la revue Quatrième Internationale du mois de mai est

Les effets de la crise économique sur la classe ouvrière en RFA, Peter

Le réarmement nucléaire de l'Union soviétique est-il une nécessité ?, Angela

Crise de l'apartheid, mobilisations de masse et organisation ouvrière en Afri-

Autres pays : Europe : 100 FF, (soutien) 200 FF ; Afrique du Nord et Moyen-

Chèques bancaires et chèques postaux libellés à l'ordre de PEC, à adresser

Virements bancaires à PEC, BNP, Agence Robespierre, 153, rue de Paris

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son plus jeune âge. C'est ainsi qu'il parti- occupaient le bâtiment de l'Assemblée de particulier une autorité sur la vie et l'œuvre du dirigeant noir Malcolm X, écrivant un livre publié en 1967, The Last Year of Malcolm X, the Evolution of a Revolutionary (La dernière année de Malcolm X, l'évolution d'un révolutionnaire). Il avait aussi la responsabilité éditoriale entière ou partielle pour la publication de nombreux écrits de Malcolm X

Vers la fin des années 1960, le sWP et son organisation de jeunesse, l'Alliance des jeunes socialistes (YSA) commençait à recruter à partir de la radicalisation étudiante, dans le mouvemnt contre la guerre au Vietnam, la lutte des Noirs et le mouvement naissant de libération des femmes.

au problème donner une formation tionnaire à ces nouveaux militants. Breitman proposa un projet ambitieux pour Pathfinder Press, la maison d'édition liée au parti : celui de rassembler et publier les écrits de Léon Trotsky. Breitman appuyait sa proposition de trois arguments : d'abord, les écrits de Trotsky, à la diffé rence de certains autres dirigeants révolutionnaires n'avaient jamais été rassemblés ni publiés de manière systématique ; ensuite, il considérait Trotsky comme le propagandiste le plus capable des idées de Lénine, tout comme ce dernier avait été l'interprète le plus remarquable de celles de Marx ; enfin les contributions spécifi-

Trotsky - sur la révolution permanente, le programme de transition ou son analyse du nationalisme - étaient d'une importance primordiale pour les révolutionnaires d'aujourassumait la responsabilité de ce projet. Il s'agissait de trouver les écrits, de faire une sélection, des traductions de plusieurs langues, de tout le travail d'annotation et de rédaction. Quand ce projet ambitieux eut pris sa forme définitive, il aboutit aux 14 de Léon Trotsky, couvrant la période 1929-1940. En même

Breitman dirigeait la publication d'une série de volumes sur des thèmes ou des pays précis, par exemple la révolution la montée du Allemagne ou la période du Front populaire en France. Le résultat de ce travail est que les révolutionnaires ont aujourd'hui une source incomparable pour étudier l'histoire et la théorie du mouvement ouvrier et des révolutions.

George Breitman est né élevé dans un quartier ouvrier de Newark dans le New Jersey. Sa mère était bonne dans des familles aisées, son père travaillait comme livreur de glaçons, en cette époque où il n'y avait pas encore de réfrigérateurs dans tous les foyers, montant sixième étage des immeubles avec des blocs de glace de 25 kilos. Quand il mourut à l'âge de 40 ans, Celia, la sœur aînée de George, a dû quitter l'école précocement pour travailler et soutenir financièrement la famille. Elle a eu une influence décisive sur George. Devenue militante des Jeunesses communistes, elle savait combiner ses responsabilités politiques et familiales en amenant son petit des réunions politiques

1927 à une manifestation de protestation contre l'exécution des militants anarchistes Sacco et Vanzetti.

Le jeune Breitman lisait avidement. Commençant bien sûr par la littérature de pacotille vendue massivement aux enfants à une époque où la télévision n'existait pas encore, il lisait par la suite des romans et nouvelles de qualité. Il partageait son temps libre entre la bibliothèque publique et un coin de rue de son quartier qui fut connu par la suite sous le nom de « Place Trotsky », parce qu'une bonne partie de la bande des jeunes qui s'y rassemblait ont adhéré plus tard au mouvement trotskyste. Cinquante ans après, George parlait affection de la bibliothèque publique de

En 1932, à l'âge de 16 ans et au plus profond de la récession, George quitta le lycée pour rejoindre les rangs des cho meurs. Pendant l'été 1933, il se trouvait souvent sur un terrain de jeu près de chez lui, en train de jouer au baseball et de rédiger le journal ronéoté du club sportif. Il passa toute l'année suivant son départ du lycée à écrire un roman sur son quartier, mais il le détruisit par la suite. En 1934, il partit dans l'Alabama dans le cadre du Corps civil de conservation, organisme basé à New York dont la raison d'être était de faire travailler les jeunes chômeurs qui traînaient dans les rues. C'est à cette époque qu'un copain de son quartier lui a donné quelques exemplaires

Après son retour à Newark en 1935, Breitman adhérait au mouvement trotskyste et commençait un travail de masse dans le mouvement des chômeurs. Il adhérait à une organisation des chômeurs, l'Alliance ouvrière (WA), qui était florissante à Newark, où elle avait quelques milliers d'adhérents. Bientôt, il se trouvait en plein cœur des luttes pour défendre les droits des chômeurs et pour obtenir des meilleurs salaires pour ceux qui travaillaient sur les chantiers de travaux publies de l'organisme officiel WPA. En 1936, il secrétaire d'organisation de la WA pour l'Etat du New Jersey.

En août 1936, George Breitman, était le plus jeune d'un groupe de sept dirigeants de la WA, qui furent arrêtés et inculpés d'« incitation à l'émeute » pour avoir organisé des grèves et arrêté des chantiers du WPA dans le comté de Burlington. A cette occasion, Breitman séjourna une semaine en inculpations abandonnées, grèves furent victorieuses et les travailgagnèrent une augmentation de 5 cents par heure. Ceci n'est qu'un incident parmi des dizaines d'autres grèves auxquelles Breitman a participé à cette époque. Il était secrétaire fédéral pour l'Etat du New Jersey de la WA en 1936-1937 et ensuite secrétaire pour le comté

Pendant une partie de cette période il fut aussi rédacteur-en-chef du bulletin de la WA du New Jersey. Il gagnait de nombreux chômeurs au mouvement révolutionnaire.

En 1936, les chômeurs organisés l'Etat du New Jersey à Trenton, obligeant les élus à se réfugier ailleurs et à entamer des négociations pour une augmentation allocations de chômage. aidait à l'organisation de cette initiative au sujet de laquelle il écrivit par la suite une brochure.

dans le mouvement des chômeurs des années 1930 que Breitman a eu la plus grande possibilité de participer à un mouvement de masse et mettre à l'épreuve de la pratique ses idées et ses capacités militantes. En 1941, dirigeants du SWP, inculpés sous la loi Smith qui punissait toute incitation au renversement violent du gouvernement des Etats-Unis, furent incarcérés le jour de l'entrée en guerre des Etats-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale. Parmi les inculpés se trouvait Felix Morrow, rédacteur-en-chef du Militant, que fut invité à remplacer. Il dirigea le journal incorporé à l'armée et envoyé en France.

En mars 1946, il participait en tant qu'observateur à une conférence de la IVe Internationale à Paris. La réunion fut dispersée par la police, qui arrêta tous les participants. La conférence se poursuivit dans une prison française, mais Breitman fut libéré après quelques heures et expulsé du pays.

retour aux Etats-Unis, était à nouveau rédacteur-en-chef du Milide 1946 à 1947, puis de 1951 à 1953. En 1954, il s'installa à Detroit où il travaillait comme correcteur au Detroit Free Press et était membre du Syndicat international des typographes. Il passa "reize ans de sa vie à diriger. activement la section de Detroit du SWP, organisant des réunions débats hebdomadaires avec les sympathisants du parti, le Forum socialiste du vendredi soir qui fonctionna sans interruption de 1954 à 1967. II quitta Detroit cette année-là pour retourner à New York, où il a passé le reste de sa vie. Sa femme, camarade et compagne durant 46 années, Dorothea, lui survit.

REAGAN LA GUERRE"

FRANCE

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