Inprecor 1974–2004

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HAITI

Mobilisation générale contre le Conseil national de gouvernement

· Inprecor n° 222, 23 juin 1986 · p. 3-6 · 3 490 mots

Syndicalisme

Mobilisation générale contre le Conseil national de gouvernement secrétaire d'Etat à l'Information, Aubelin journalistes, alors que la télévision était

HAITI fragilité du gouvernement réuni autour du général Namphy qui s'est installé au pouvoir après le départ de Jean-

Claude Duvalier. Le 20 mars dernier, après une « bavure » de l'armée qui fit plusieurs morts, Gérard Gourgue, ancien ministre de la Justice, qui était la caution démocratique de la junte, en démissionna avec fracas. Il voulait, déclara-t-il, préserver ainsi son avenir politique. Le fusible Gourgue ayant sauté, le général Namphy dut alors congédier Prosper Avril, Alex Cineas et Max Vallès, les membres les plus discrédités de la junte, et remanier son gouvernement.

Les émeutes populaires qui ont balayé les principales villes du pays, au début du mois de juin, ont marqué l'échec de ce gouvernement. Pour désamorcer et diviser le mouvement populaire, le général Namphy, qui dirige le Conseil national de gouvernement (CNG), a annoncé, le 8 juin, un calendrier électoral qui prévoit l'adoption en juillet 1986 de décrets sur les partis politiques et la presse, l'élection en octobre de la même année d'une assemblée constituante, la tenue d'un référendum en février 1987 pour ratifier la nouvelle Constitution, des élections municipales en juillet 1987, des élections législatives et présidentielles en novembre de la même année.

Il est loin d'être acquis que les promesses démagogiques, la distribution d'alcool et l'abrutissement électoral par les méet la télévision, seront suffisants pour stériliser dias, la radio les énergies populaires. Les nombreux prétendus « leaders de

Andy BROCK

Il aura suffi de quelques mois de pouvoir pour que le CNG soit confronté à un mouvement de révolte générale. L'attitude de la population à l'égard du nouveau régime peut être illustrée par un calembour qui traduit les initiales CNG par la formule créole « Cas nous grave », ce qui

«La situation est grave pour nous ». L'extrême tension de la dernière semaine de mai a abouti à une explosion populaire dans toutes les principales villes du pays au début du mois de juin : barfeu, pillage établissements symboles du duvaliérisme se sont succédés. Les affrontements avec officiel, au moins une dizaine de morts. Il s'agit là et de très loin du plus grave coup de semonce adressé par la population à un régime installé par les Etats-Unis pour se substituer à Jean-Claude Duvalier.

« DÉCHOUQUER » LE CNG

Les revendications populaires priment un ras-le-bol général vis-à-vis de ce qui est appelé dans toutes les

Trois revendications toutefois dominé les dernières mobilisations: l'exigence de la démission du de la situation en Haïti a révélé la bles d'améliorer sa situation. affrontements ». Jolicœur, celle du colonel Williams Régala, ministre de la défense et l'un des trois membres du CNG, et celle de Leslie Delatour, ministre des Finances.

Le thème des pancartes brandies aux Gonaives, lors de ces manifestations du début juin, donne bien le ton des mobilisations : « Non à l'impérialisme ! », « Non aux monopoles du secteur privé ! », « Vive l'indépendance nationale ! », « Vive la liberté ! », « La liberté ou la mort ! ». Ailleurs, des manifestants chantaient en

Run couplet qui disait : « Si Jean-Claude est parti, c'est parce que nous l'avons chassé ! Si le CNG veut rester quelque temps, il faut qu'il travaille avec le peuple ! Namphy, attention, tu es en-

Durant la nuit du 4 au 5 juin, le généimputa la responsabilité des émeutes à des « tenants d'une idéologie négative, pour attrayante qu'elle soit, qui ont infiltré la partie saine du peuple ». Tandis que Williams Régala annonça que face aux « manifestations sauvages » et « contre toute atteinte à la sécurité de la nation », l'armée allait sortir de sa « réserve et de sa modération ».

Aubelin Jolicœur est à la date du 7 juin le seul des trois responsables que le chef du CNG, le général Namphy, ait accepté de sacrifier. Il avait menacé de « cracher au visage » et de gifler deux l'opposition » et candidats à la présidence sont loin de galvaniser les foules, tant la méfiance à l'égard de la « politicaillerie » est grande. Le peuple attend des actes concrets suscepti-

Le 12 juin, une grève générale était organisée pour réclamer le départ du ministre des Finances, Delatour, et du ministre de la Défense, le colonel Regala. Ce mouvement était soutenu par de nombreuses organisations, parmi lesquelles la Centrale autonome des travailleurs haïtiens (CATH), le Comité d'unité démocratique (kI), le Parti democrate-chretien de

Sylvio Claude, l'Union des forces patriotiques et démocrati ques (IFOPADA). Par contre, Marc Bazin, leader du Mouvement pour l'implantation de la démocratie en Haïti, ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, affirmait quant à lui que l'heure « était à la concertation et au dialogue, non pas aux

Dans la capitale, le mouvement de grève a été suivi à 60% selon des sources patronales. La majorité des magasins sont restés fermés et les autobus n'ont pas circulé. A Gonaives, l'absentéisme dans les écoles a été évalué à 70 % des effectifs. Le mouvement a eu moins d'écho à Cap Haitien, dans le nord du pays. Cependant, par-delà l'inégalité des résultats de cette mobilisation suivant les différentes régions du pays, ce mouvement a constitué une réussite. Il marque sans doute un moment important de la montée des luttes populaires en Haiti. • paralysée par une démission collective de ses 200 employés. Depuis le 7 février, la télévision a connu en effet une transformation profonde, de nombreux reportages et débats faisant passer un souffle démocratique. Pour y mettre bon ordre, le CNG a provoqué la démission de son nouveau directeur Carlo Désinor, avec lequel tous les employés se sont alors solidarisés.

Le colonel Williams Regala symbolise, quant à lui, le rôle de plus en plus répressif joué par l'armée, notamment depuis le massacre de Fort-Dimanche le 26 avril dernier, dont il couvrit les responsables.

Les soldats avaient alors tiré sur une foule de plusieurs milliers de personnes venues honorer la mémoire de victimes de ce centre d'incarcération et de torture sous les

Duvalier. Il y a eu 8 morts, dont un militant très actif du Comité d'unité démo.

cratique (KID) (cf. encadré) et une cinquantaine de blessés.

La démission de Régala, ancien chef pendant les années 1960 (à savoir les pires moments de la dictature) des Casernes

Dessalines où sévissaient les tortionnaires

Luc Désir ou Abel Pierre, puis dirigeant de l'Académie militaire, est une revendication du mouvement populaire depuis ces événements. La campagne pour qu'il démissionne est d'autant plus importante qu'il représente avec Prosper Avril, officiellement « déchouqué » (déraciné) mais

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en fait encore consulté par le CNG, le principal point de rencontre avec les intérêts et secteurs duvaliéristes (1). Quatre semaines après les événements tragiques de Fort-Dimanche, le colonel Régala minimisait, dans une déclaration, le projet de création d'une organisation paramilitaire privée chargée d'assurer « la sécurité d'entreprises commerciales et industrielles ». Des milliers de macoutes n'attendent pourtant que cela pour se recycler. Mais les protestations ont été si vives que le projet a été abandonné, provisoirement au moins.

L'explosion populaire de début juin est donc bien la réponse à la tentative de faire refluer le mouvement populaire par la répression. L'hebdomadaire conservateur le Courrier s'est fait l'interprète de la classe dirigeante en dénonçant « les pires excès du peuple » et en affirmant «la nécessité d'une reprise en main et d'un relâchement progressif du processus démocratique ».

Le mouvement populaire réclame enfin la démission d'un troisième membre du gouvernement, le ministre des Finances Leslie Delatour. Ce jeune technocrate de l'équipe Marc Bazin, formé à l'école libérale de Chicago, ne cache pas ses intentions d'achever la mise en place du plan de domination économique des Etats-Unis.

Voici les mesures sur lesquelles il s'est engagé vis-à-vis de l'US AID, d'après le mémorandum révélé par Radio Soleil et qui circule dans la capitale haitienne :

- remplacement des protections douanières dont bénéficie la petite industrie locale par un tarif uniforme de

- fermeture des entreprises ques ENAOL (huile de table) et de l'usine sucrière de Darbonne, qui a coûté 60 millions de dollars au pays il y a trois ans ;

- vente au secteur privé des entreprises publiques Cimenterie d'Haiti et Minoterie d'Haiti ;

- limitation des dépenses budgétaires à 75 millions de gourdes par mois (un dollar vaut 5 gourdes) ;

- mise à l'étude de la suppression d a Banque centrale et d'une dévaluatio de la gourde.

Le 14 mai dernier, il défendait ces mesures en les annonçant comme la condition de l'octroi d'un prêt de 50 millions de dollars (environ 350 millions de francs) de la part de l'US AID. Le 20 mai, il annonçait que les droits de douane à l'importation des huiles alimentaires étaient effectivement abaissés à 20 % et la survie de l'entreprise publique ENAOL devenait incertaine.

LES DEUX DÉFIS

DU MOUVEMENT DÉMOCRATIQUE

Cette politique s'inscrit dans le plan de Washington d'ouverture du marché haitien aux produits nord-américains et transformation de la main-d'œuvre haitienne en ouvriers surexploités des usid'assemblage ou d'une agriculture capitaliste. En réclamant la démission de Delatour, les manifestants expriment leur refus de la mise au chômage de milliers d'ouvriers et leur volonté de défendre la souveraineté du pays.

Alors que la majorité de la population, urbaine tout au moins, est convaincue qu'il faut s'opposer aux projets politiques et économiques du CNG, les conditions de vie ne font que se détériorer. Aucune mesure significative n'est venue les améliorer depuis la chute de Duvalier. Par contre, la crise économique s'aggrave à une allure vertigineuse. Les banquiers ne cachent pas que la fuite des capitaux, même dans les semaines précédant la chute de Duvalier, n'ont jamais atteint de telles proportions. La hausse des prix n'est freinée dans quelques secteurs que par le développement spectaculaire de la contrebande, qui ruine l'industrie locale. Depuis le début de l'année, les commandes aux industries d'assemblage ont tellement chuté qu'environ 10 000 emplois ont disparu sur les 50 000 de ce secteur. Certaines sociétés, telles que Nielsen Clearing House (800 personnes triant des coupons de supermarchés nord-américains) ou Westinghouse (électronique) sont parties vers des cieux plus cléments. La République Dominicaine, qui sera dirigée à partir du 16 août prochain par le président conservateur Balaguer, est susceptible d'en accueillir un grand nombre.

Le mouvement démocratique donc face à deux défis : la remise en cause des conquêtes démocratiques du 7 février et l'aggravation rapide des conditions de vie. Ce mouvement se manifeste dans les villes par le début d'une activité syndicale (cf. encadré), par la constitution d'organisations professionnelles et étudiantes, par le développement d'un dense réseau de comités de quartier. L'essentiel de l'activité de ces derniers reste encore peu coordonnée et tournée vers des tâches locales, telles que le nettoyage des rues, par exemple. Mais une cinquantaine d'entre eux ont toutefois participé à Port-au-Prince à des manifestations de rue appelées par le KID.

Par ailleurs, de nombreux terrains et logements ont été occupés grâce à l'auto-organisation des sans-logis. Autre exemple de l'activité du mouvement démocratique à Port-au-Prince : le 3 avril, environ 5 000 femmes ont manifesté à l'appel d'une Ligue féminine exigeant l'égalité au niveau des droits politiques et des salaires, l'arrêt des abus sexuels et de la domesticité.

Dernier exemple de contestation : le « déchoucage » à l'intérieur de l'Eglise. Monseigneur Ligondé, chef de l'Eglise haïtienne et duvaliériste sous une forte pression religieux, de prêtres et de laïcs pour qu'il démissionne. Averti que des jeunes se préparaient à chanter pour réclamer sa dé mission pendant la Fête-Dieu, le 29 mai, il a préféré se passer de grand-messe à la cathédrale. Il a tout de même dû entendre la chanson, puisque les jeunes catholiques se sont rendus sous les fenêtres de l'arche-

1. « Déchouquer » signifie déraciner en créole. C'est une formule populaire qui exprime le désir de débarrasser la société de ses éléments réactionnaires et pro-duvaliéristes.

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Des travailleurs de la Santé en grève, le 18 avril 1986 à Port-au-Prince. (DR) vêché la lui chanter. La haute hiérarchie religieuse est d'autant plus contestée aujourd'hui qu'elle a tenté de faire taire le prêtre Aristide, devenu porte-parole des opprimés. Les protestations ont été si vives que le père Aristide est intouchable, à moins de prendre le risque d'une véritable émeute et d'un isolement de la hiérarchie religieuse.

Dans les campagnes a débuté un mouvement de récupération des terres accaparées par les grands propriétaires agricoles duvaliéristes. L'Association des producteurs agricoles (APA), fondée à l'initiative de l'US AID pour représenter les intérêts capitalistes dans l'agriculture, s'est faite indirectement l'écho de cette situation en dénonçant les « pillages de récoltes et les expropriations-occupations de terres ». Un incident datant déjà du mois de mars indique à quel point la réforme agraire est un sujet tabou et explosif. Un journaliste de la télévision privée TéléHaiti a été licencié début mars après avoir diffusé sur le petit écran l'interview d'une jeune paysanne réclamant une réforme agraire.

Le mouvement d'occupation des terres est toutefois surtout actif dans les zones où les paysans ont été le plus dépossédés, à savoir le Nord et la vallée de l'Artibonite. Deux exemples : à Madras (plaine du Nord), des paysans revendiquent 1 000 carreaux de terre de l'Etat louées à 1 dollar le carreau à un protégé du régime et sous-louées à 20 dollars par celui-ci aux paysans. A Jean-Rabel (presqu'île du Nord), un conflit très violent oppose les paysans au grand propriétaire Lucas, qui a volé progressivement leurs terres au cours des vingt dernières années (2). Dans tous les conflits, l'armée, chargée traditionnellement avec les tontons macoutes de quadriller les campagnes, se range du côté de l'oligarchie. Par ailleurs, une pétition déjà signée par 23 000 paysans réclame des cochons créoles. Ceux-ci ont complètement disparu à la suite d'un abattage forcé en 1983. Le repeuplement par des cochons d'origine américaine, vu les investissements qu'exige leur élevage, exclut les petits paysans de l'élevage porcin. EnIn, + 000 personnes ont deja signe une fin, 4 000 personnes ont déjà signé une pétition exigeant des poursuites vis-à-vis des hauts fonctionnaires associés aux bénéfices de l'abattage des cochons créoles.

La violente explosion populaire dun début juin et l'émergence de formes de structuration autonome et permanente du mouvement de masse (syndicats, comités divers) constituent une caractéristique importante du processus en cours à Haïti. Elles reflètent l'échec jusqu'à ce jour des manœuvres politiques des Etats-Unis et de la bourgeoisie haitienne visant à stabiliser le pouvoir du CNG et à diviser le mouvement populaire renaissant pour mieux en endiguer la radicalisation.

L'APPAREIL DE RÉPRESSION

EST MÉNAGÉ La toute première manœuvre impérialiste cherchait a exercer les pressions économiques suffisantes pour aménager de l'intérieur la dictature duvaliériste. Les révoltes populaires culminant en janvier dernier dans un soulèvement de masse ont mis en pièce cette stratégie. Les EtatsUnis, aidés par la France, ont alors décidé de couper l'herbe sous les pieds de la ré. volution haitienne en sacrifiant Jean-Claude Duvalier. Commençait alors la seconde manœuvre, destinée à obtenir le départ du dictateur en évitant toute vacance du pouvoir.

Le rôle du Conseil national de gouvernement, installé à Port-au-Prince, était alors de céder partiellement aux aspirations démocratiques et de ménager, voire même de moderniser l'appareil répressif, afin de garantir le même ordre impérialiste. Il s'agissait, dans un premier temps, de lâcher du fil pour fatiguer le poisson, d'où les libertés nouvelles, de manifestation, de presse, d'action de « déchoucage » contre certains tontons macoutes, et même les reculs du CNG devant le refus populaire de tel ou tel haut-fonctionnaire trop compromis avec le duvaliérisme, même si les plumitifs traditionnels hâtivement convertis à la démocratie libérale l'accusaient de faiblesse et parfois de complaisance devant l'« anarchie ». Cette situation troublée pouvait même être utilisée par le CNG pour mettre en cause les « agi- parle UNG pour mettre en cause les « agitateurs infiltrés », quelquefois déjà désignés comme « communistes », et pour passer, dans un deuxième temps, quand le mouvement de masse se serait fatigué et divisé, à la restauration de l'ordre et à une répression sélective.

Toutefois, cette seconde phase n'était réalisable qu'en protégeant l'appareil de répression, c'est-à-dire non seulement l'armée, qui ne compte que 8 000 hommes, mais aussi les dizaines de milliers de tontons macoutes armés et habitués à la pratique répressive. Le CNG a officiellement désarmé les macoutes, mais il a en fait laissé entre les mains de plusieurs milliers d'entre eux une arme redoutable, la mitraillette UZI, de fabrication israélienne.

Loin d'être mis sous les verrous pour être jugés, les tontons macoutes sont mis en réserve d'intégration dans l'armée. Le précédent existe d'ailleurs : le corps d'élite anti-insurrectionnel des « Léopards » n'est autre chose, au départ, qu'une bande de macoutes formés par les EtatsUnis. De la même façon, les principaux dignitaires du régime ont été évacués en douce, afin de pouvoir éviter d'avoir à les juger publiquement, ce qui aurait mis en cause tout l'appareil d'Etat légué par Duvalier et aurait miné la confiance des forces de répression.

LE CNG JOUE AVEC LE FEU Le CNG joue avec le feu, contre-offensive des macoutes n'est pas à exclure. Les forces duvaliéristes sont encore sur le repli, mais elles peuvent être tentées de déborder le CNG en profitant de son discrédit et de l'exaspération populaire. Elles disposent, en plus, de ressources matérielles importantes grâce à la contrebande et au trafic de drogue en pleine expansion. Ces trafics sont protégés par les gradés promus par Jean-Claude Duvalier qui occupent de hautes fonctions dans l'armée. On dit même que la fille d'un colonel très haut placé occupe une place de dealer privilégiée à Delmas, un quartier de Port-au-Prince. Les secteurs macoutes seront d'autant plus tentés d'agir à court terme que la rumeur court dans le pays qu'une nouvelle offensive de « déchoucage » des macoutes aura lieu le 29 juillet, jour traditionnel de la

Pour leur part, les forces armées haitiennes sont loin d'être un corps sans failles. Il suffit, pour s'en convaincre, d'avoir vu la police savourer du vin Saint-Emilion avec les « déchouqueurs » du supermarché français K-Dis, ou de mesurer le fossé qui sépare les conditions de vie des soldats de celle des hauts gradés. Les Etats-Unis se song fixés comme tâche de « moderniser » et de « professionnaliser » l'armée, selon les termes d'Eliot Abrams, secrétaire d'Etat adjoint des Etats-Unis aux Affaires interaméricaines, lors de sa visite en Haïti. « Il est clair, déclara-t-il, qu'une nouvelle Haiti démocratique aura be-

2. Cf. Haïti Progrès, New York, 28 mai3 juin 1986.

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où le CNG perdait le contrôle de la si- conditions de vie et de travail. De nomsoin d'une nouvelle force professionnelle pour maintenir l'ordre. » Dès le début du mois de mars dernier, du matériel antirait en effet prêt à livrer bataille contre le émeutes, d'une valeur de 384 000 dollars (environ 2,7 millions de francs)

était expédié à Port-au-Prince. Et, seune participation nord-américaine lon l'édition du 4 avril du New York Times, trois ou quatre conseillers militaires nord-américains pourraient être envoyés sur place « pour donner une formation

Unies a formellement concernant les techniques de sécurité intérieure ». Une aide militaire de 4 millions de dollars (environ 28 millions de francs) a aussi été envisagée.

préparatifs d'une telle intervention.

Poursuivre jusqu'au bout l'éviction des duvaliéristes, agir pour l'unité du moufont partie intégrante du front des luttes vement populaire et pour la centralisation anti-impérialistes qui se développent en de ses organes de lutte, tout en affirmant une alternative révolutionnaire, telles sont les lourdes tâches qui attendent les éléments d'avant-garde. Il s'en ajoute encore une autre, celle de préparer le peuple haitien à affronter les forces de répression, ge » de l'appareil duvaliériste. Elles veutant haitiennes qu'étrangères. Car, au cas lent aussi une amélioration réelle de leurs tuation, l'impérialisme nord-américain sebreuses luttes seront nécessaires pour atteindre ces objectifs de changements radipeuple haitien, sous une autre forme, celcaux dans les domaines politiques, éconole d'une répression massive impliquant miques et sociaux. A de tels changements, l'impérialisme US et la bourgeoisie haïniveau où la situation l'exigera. Les comtienne s'opposeront par tous les moyens mentaires sur ce sujet sont devenus si et en utilisant tous leurs instruments courants à Port-au-Prince que l'ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations-

Le combat pour imposer la souveraidémenti, le 26 neté populaire et des réformes sociales mars, au cours d'une émission de la téléviprofondes risque d'être long et plein sion nationale haitienne, les rumeurs de d'embûches. Le sort de la révolution haitienne se joue aussi sur la scène interna-

Les mobilisations en cours en Haiti tionale. Il revient donc aux forces démocratiques et anti-impérialistes à travers le monde d'assurer sans plus tarder une solidarité militante concrète avec la lutte des

Amérique centrale, en Afrique du Sud, masses haitiennes qui soit à la hauteur de aux Philippines et en bien d'autres endroits de la planète. Les masses haitiennes revendiquent la démocratie pleine et entière qu'elles assimilent au « déchouca-

Andy BROCK,

14 juin 1986.

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