Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SYRIE

Nouvelle vague d'arrestations et de tortures

Inprecor n° 223, 7 juillet 1986 · p. 24, 24 · 759 mots

Palestine et Israël

SYRIE A mations en provenance de milieux U début de 1986, diverses infor-

- officiels syriens faisaient état d'une décision prise par le Bureau de la Sécurité nationale — organe suprême de la police politique dirigee par le president syrien Hafez El-assad lui-même - visant à lancer une nouvelle grande offensive pour sup primer le Parti d'action communiste de Syrie (PAC), ainsi que le mouvement des Comités populaires, mouvement politique actif dans les camps de réfugiés palestiniens de Syrie et assimilé au PAC par le régime. L'éxécution de l'opération a été confié au Bureau des renseignements militaires que dirige le général Ali Douba. C'est le principal service de renseignement du régime, le plus nombreux et le mieux équipé. Un commandement ad hoc a été spécialement mis en place pour la campagne de répression.

Des patrouilles armées surveillaient les accès des villes syriennes, les axes routiers, les gares routières, les abords des camps palestiniens (notamment à Damas), les abords de certains quartiers populaires de la capitale suspectés d'être des zones d'activité du PAC et des Comités populaires. Des fouilles systématiques de passants étaient organisées avec pour seul résultat l'arrestation de deux personnes en possession de publications du PAC. Ces mesures ont été appliquées du début du mois de février à la mi-mars. Ce fut ensuite le tour des perquisitions armées : des et de tortures d'habitations furent fouillées dans le camp palestinien de Yarmouk à

Men pleine nuit le plus souvent, entre dix heures du soir et cinq heures

Des arrestations furent opérées la base de listes établies par des délateurs. Lorsque certaines des personnes recherétaient absentes, les forces de répression n'hésitèrent pas à prendre des membres de leurs familles, hommes ou femmes.

vague d'arrestation après le 30 mars, traditionnelle « journée de la terre », au cours de laquelle une manifestation de masse se déroula au camp de Yarmouk. La manifestation fut réprimée brutalement : les membres des services de renseignement attaquèrent les participants à cette initiative en les matraquant sauvagement et en arrêtant dix personnes, dont neuf femmes. Ils foncèrent plusieurs fois avec leurs véhicules dans la foule. Plus de deux cents habitations ont ensuite été perquisitionnées à Damas : recherchées, mais parfois aussi celles de leurs proches parents. Des pièges furent dans certaines des investies par les agents. Certaines personnes furent enlevées en pleine rue.

Les arrestations ont touché des citoyens syriens et palestiniens de Damas,

Soueida, Homs, Hama, Selmié et Lattaquié. Plusieurs journalistes, collaborateurs de publications d'organisations palestiniennes nationalistes furent du lot. Au total, plus de 180 personnes avaient été arrêtées début mai, dont moins de la moitié furent relâchées après quelques jours ou quelques semaines de détention et d'interrogatoire.

L'offensive du régime n'en pour autant terminée. De nouvelles vagues répressives sont à prévoir.

Plusieurs méthodes de tortures ont été utilisées pour essayer d'extorquer des informations aux détenus. Des techniques traditionnelles en Syrie : passage à tabac, bastonnade, flagellation, pneu, privation de sommeil, torture des parents et amis, douche écossaise, pieds, écartèlement, décharges électriques etc. Mais aussi de nouvelles techniques, notamment des torsions de la colonne vertébrale entraînant des paralysies partielles, ainsi que le supplice de la guillotine où le supplicié est attaché de façon à voir le couperet s'abattre sur lui (il s'arrête juste au moment où il touche le cou), après être passé par les formalités légales et religieuses réservées aux condamnés à mort.

Un sympathisant du PAC, Soleiman Moustafa Ghaibour, est mort sous la torture. Les tortionnaires ayant prétendu qu'il s'était suicidé, ses parents ont exigé d'examiner son corps et ont pu constater des traces évidentes de torture, ainsi que l'impact de deux balles. Une autre détenue enceinte de quatre mois, Mme Amina

La fait une fausse couche sous la

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Les nouvelles arrestations viennent accroître le nombre déjà considérable - plus de 170 personnes - des personnes détenues depuis plusieurs années sous l'accusation d'appartenance au PAC, sans aucune forme de procès (la Syrie vit sous état d'exception depuis ... 1965 !).

Très souvent, les familles des détenus se retrouvent démunies de ressources et doivent affronter de graves problèmes pécuniers. Une double solidarité est donc nécessaire de la part du mouvement ouvrier et démocratique international avec ces détenus dont le seul « délit » est d'avoir voulu exprimer le point de vue des travailleurs et des opprimés en Syrie :

campagne pour leur libération, notamment par l'envoi de lettres de protestation adressées à la présidence de la République syrienne et l'organisation de pétitions, et aider les familles des détenus en leur envoyant des aides financières aussi modestes soient-elles.

19 juin 1986.

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