Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

THAILANDE

Le PCT commence à surmonter sa crise ; interview d'un responsable du comité central du PCT

· Inprecor n° 224, 21 juillet 1986 · p. 16-17 · 1 934 mots

Paul Petitjean était le pseudonyme de Pierre Rousset, membre de la direction internationale depuis les années 1970 et codirecteur de l'IIRE d'Amsterdam.

Le Parti communiste de Thaïlande commence à surmonter sa crise

Interview d'un responsable du Comité central du PCT

THAILANDE

E Parti communiste de Thailande (PCT) a traversé une

• années 1980. L'affaire cambodgienne et l'éclatement des conflits sino-indochinois ont été le détonateur de cette crise.

Rapidement, c'est l'ensemble de l'orientation par la direction du PCT qui a été mise en cause : références idéologiques, politique internationale, conception et pratique du front uni, stratégie de prise du pouvoir, analyse de la société thailandaise, fonctionnement interne du parti et travail de masse. En quelques années, le PCT a perdu beaucoup de ses membres (peut-être la majorité), ses principales bases de guérilla (le Sud étant moins durement touché en ce domaine que le Nord et le Nord-Est), et une grande partie de son in-

Cette crise est d'autant plus grave qu'elle frappe un parti qui avait connu une croissance très rapide dans les années 1970 et avait ainsi atteint pour la première fois une surface nationale dirigeant un mouvement de lutte armée en pleine expansion :

l'Armée populaire de libération de la Thailande (APLT). Fondé en 1942, après la désintégration du Parti communiste du

Siam des années 1930, le PCT a été chassé des villes par la répression. Au début des années 1960, il affirme son adhésion à la « pensée Mao Tsé-toung » et à la lutte armée rurale, engagée en pratique en 1965. C'est après le renversement de la dictature militaire par une extaordinaire mobilisation de masse urbaine en 1973 que le PCT acquiert une dimension nationale.

Le coup d'Etat sanglant de 1976 favorise en revanche l'expansion du mouvement de lutte armée et la constitution du

Comité de coordination des forces patriotiques et démocratiques (CCPDF), front uni entre le PCT, d'autres formations politiques et des cadres du mouvement de masse urbain et rural. En 1980-1982, la crise éclate et s'amplifie. Le CCPDF se désagrège alors.

Inprecor a publié en 1984 une analyse de cette crise (1).

Depuis, selon un responsable de la section du comité central du PCT chargée des relations internationales que nous avons rencontré récemment, la période de crise aiguë a été surmontée.

Le PCT a publié, à la mi-1986, une traduction officielle des documents qu'il a adoptés lors de son IVe congrès, tenu en avril-mai 1982. Ce congrès, réuni en pleine crise, a été l'occasion de votes divergents sur un ensemble de questions de fond. Il n'a pas permis un redressement immédiat de la situation, car il s'est terminé dans la confusion, accentuant la déception et le découragement de nombreux militants ou sympathisants. Les départs se sont poursuivis. Une polémique

« INPRECOR » : - Quelle est l'imrience. Nous les publions pour que le portance, pour le Parti communiste de peuple puisse étudier les conclusions aux-

Thailande - et pour le mouvement révoquelles nous sommes arrivées et juger par lutionnaire thailandais dans son ensemlui-même de l'évolution de notre parti.

ble - des documents du IVe congrès du

PCT ?

discuter à la lumière de son expérience, de façon à éclairer ce qui est juste ou

- Ces documents les erroné dans ces documents. Il est possible expriment conclusions auxquelles est arrivé notre que la lecture de ces documents donne congrès. En les publiant, nous ne cher- lieu à des mécompréhensions ou des désaccords. Ce sera alors l'occasion d'une chons pas avant tout à montrer que notre parti a changé, adoptant une ligne plus progressiste. Ce que nous voulons surtout, en les faisant connaître, c'est les soumet-

- Pourquoi est-ce que ces tre à la discussion et au test de l'expéments, adoptés en 1982, ne sont officiels'est engagée sur l'interprétation donnée par la direction nationale des résultats du congrès et sur la réalité des changements annoncés.

Cependant, le PCT reste aujourd'hui la principale organisation révolutionnaire en Thailande. Les groupes politiques d'extrême gauche qui se sont constitués au début des années 1980, ont dû faire face à de grandes difficultés politiques, répressives, matérielles et organisationnelles, alors qu'ils n'avaient à leur disposition que des moyens très réduits. Ils n'ont pas réussi, semble-t-il, à consolider de nouvelles organisations importantes par le nombre de leurs membres ou l'implantation sociale. De façon générale, le contre-coup de la crise du début des années 1980 n'est pas encore surmonté. La génération militante des années 1970, reste dans une large mesure découragée ou désorientée.

Les documents du IVe congrès du PCT, que nous publions ci-après attestent de l'évolution de l'orientation de ce parti. Evolution notable de la politique internationale (qui s'affirme indépendante pour un parti qui avait été profondément intégré au bloc pro-chinois), de l'analyse de la société thailandaise (abandon de la caractérisation traditionnelle de « semi-féodale », reconnaissance du développement capitaliste), cadre stratégique (effacement de la formule clef antérieure : « la jungle dirige le village, la campagne encercle les villes ») Bien que l'insistance reste toujours sur la lutte armee rurale, une importance plus grande est donnée au travail de masse, a la lutte politique et à l'action urbaine. Succincts, les documents se contentent encore de formules générales.

Il faut par ailleurs signaler la constitution en avril 1986 d'une nouvelle organisation clandestine, le Groupe de solidarité thaï (Thai Solidarity Group - TSG). Ce mouvement, soutenu notamment par le PCT, se donne pour objectif de « servir de centre d'informations et d'échanges entre des mouvements populaires en Thailande et à l'étranger, soutenir la lutte et coopérer avec les mouvements populaires dans d'autres pays, canaliser le soutien international à la lutte populaire thailandaise » (2).

Nous avons demandé au responsable de la section internationale du comité central du PCT, que nous avons rencontré, d'expliquer à nos lecteurs la signification de la publication des documents du IVe congrès et la situation actuelle du PCT.

Paul PETITJEAN, 7 juillet 1986. lement publiés en anglais que cette année en 1986? - Après le congrès de 1982, nous les avons immédiatement diffusés pour étude. Envoyés au cadres du parti, ils ont été distribués dans les camps de jungle pour être expliqués, pour éduquer à par1. Cf. Paul Petitjean, « La crise d'orientanuméro 165 du 23 janvier 1984. Group (TSG) », prospectus daté de 1986, p. 6. Pour contacter le TSG, écrire à : Thai Solidarity Group, Box 28, DK-2750 Ballerup, Danemark.

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tain nombre de ceux qui avaient quitté le nous de nous montrer capable de répontir de ces documents les militants. Mais nous n'avons pas pu préparer une traduction anglaise de qualité. En effet, nous avons traversé une période difficile. Nous avons perdu beaucoup de nos réseaux à l'étranger qui nous aidaient au travail de généralement, avec le départ de trop nombreux militants restations, notre travail a été désorganisé. Nous avons eu de gros problèmes financadres ont dû d'abord faire face à des tâches urgentes : trouver des emplois en ville, s'adapter au changement de situation à la campagne où l'armée a été particulièrement active plan militaire que politique avec le programme d'amnistie et les pro-

A l'époque de très nombreux militants étaient opposés à garder des forces trop nombreuses dans les camps de jungle. Ils ont donc décidé de quitter la jungle pour retourner en ville, ou parfois dans leurs villages. Mais, l'enracinement de nos cadres s'est révélé trop faible et cela a rendu fort difficile la reconversion de ces militants qui naient à une existence légale. Pressés de trouver un emploi ou les études interrompues après le coup d'Etat de 1976, assaillis pratiques multiples, beaucoup de cadres ont alors rompu temporairement avec le PCT, quitte à le contacter à nouveau une fois résolu leur problème de réinsertion sociale et professionelle.

Durant la période qui a suivi le IVe congrès, nous avons donc dû résoudre mille problèmes tels l'affaiblissement de nos ressources économiques, la protection de l'organisation, la appareil et de notre travail de masse, etc. Il y a eu pas mal de confusion et de nombreux militants se sont trouvés beaucoup de notre IVe congrès de 1982, mais ne voyant toujours pas de résultats beaucoup de sympathisants se Pourtant, deux ou trois ans après la tenue du congrès, des résultats positifs se sont progressivement redressement substantiel s'est manifesté C'est très important. On peut dire, compte tenu de la crise qui nous a frappés, que les conclusions du IVe congrès ont été soumises, durant ces quelques années très difficiles, à un premier test pratique. Ce test s'est révélé positif. En effet, si ces conclusions avaient été fausses, je crois que nous n'aurions pas pu survivre à cette

- Peux-tu préciser les progrès enregistrés ces derniers temps ?

- Trois ans après le IVe congrès, nous avons réorganisé l'essentiel de notre travail urbain et rural. Des organisations, devenues inutiles, ont été dissoutes. De nouvelles, mieux adaptées, se sont développées. Et de façon générale, on peut dire que la machine s'est remise à fonctionner après avoir été grippée. Un cerparti ont repris contact avec nous.

En ce qui concerne les publications, nous avons maintenant une revue mensuelle, Thong Tai (le Drapeau de la liberté), destiné à tous. Elle est tirée centralement à au moins 500 exemplaires, et se voit en plus reproduite par les cercles

Pour les cadres, nous publions, tous les deux mois environ, Pragai Fai

Tfeu). Enfin, nous avons entrepris la publication en anglais du bulcherchons ainsi à assurer une information régulière vis-à-vis de l'étranger et à aider à la solidarité. Nous comptons publier Thai Democratic Solidarity quatre fois par an. Le premier numéro est paru début 1986. Le deuxième doit sortir incessamment.

- Quelle est la situation actuelle du - L'oppression et l'exploitation sont exigent toujours une lutte constante. Malgré les difficultés que nous avons rencontrées, il faut souligner que l'expérience des années 1970 n'a pas été

Après le renversement de la dictature militaire, en 1973, il y a eu une extraordinaire libération de la parole, un foisonnement de journaux libres. Les élections elles-mêmes, qu'elles soient locales ou nationales, sont devenues des occasions d'éduquer le peuple. Les périodes électorales sont devenues des périodes d'éducation de masse. De même, l'expérience de la lutte qui a suivi le coup d'Etat sanglant de 1976 n'a pas disparue.

général de conscience du peuple est nettement plus élevé que cela n'était le cas il y a dix ans.

Aujourd'hui encore, ce niveau de conscience populaire peut se développer progressivement, jour après jour. C'est à

Déploiement de forces à Bangkok lors du coup d'Etat de 1981. (DR) dre aux besoins de la situation. De nouvelles possibilités d'action existent. Mais sommmes confrontés à culté importante : le mouvement de masse reste fragmenté. Il est fractionné autour de multiples objectifs particuliers. En l'absence de grands objectifs centraux, il n'y a pas de dynamique spontanée d'unification du mouvement de masse, d'unité d'action. Nous espérons que viendra bientôt le jour où il sera à nouveau possible d'engager une telle dynamique unitaire autour d'objectifs communs de

- Quelle est maintenant votre politique internationale et qu'attendez-vous de la solidarité internationale, des contacts que vous pouvez établir avec d'autres

- Pour ce qui est de notre politique internationale, je renvois aux points correspondants de notre résolution politique du IVe congrès. En ce qui concerne la solidarité internationale, nous ouvrons maintenant notre parti aux échanges d'opinion avec les autres. Nous espérons pouvoir développer des rapports de solidarité mutuelle. Nous voulons des échanges d'opinion et, je le souligne, d'expériences. Chaque parti et chaque groupe laire a sa propre expérience. Elles méritent d'être étudiées. Il nous faut donc étudier les leçons de l'histoire.

L'internationalisme est inscrit dans les statuts de notre parti. Nous avons une politique fondamentale d'internationalisme envers les autres partis communistes, les autres mouvements marxistes et léninistes. Et nous avons aussi la volonté de tisser des liens avec tous les groupes de

Propos recueillis par Paul PETITJEAN,

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