Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

HONGRIE

Il y a trente ans, la révolution hongroise

· Inprecor n° 229, 3 novembre 1986 · p. 24, 23 · 1 653 mots

Arthur Wilkins était le pseudonyme de Zbigniew Kowalewski, dirigeant de Solidarność dans la région de Łódź en 1981 et coéditeur de l'Inprekor polonais (1981-1990).

Europe de l'Est Pologne URSS et Russie Stalinisme

N Pologne, la nuit du 21 au 22 octobre 1956 est la troi-

E sieme nut d'une tension poltique extrême. Dans tout le pays, les milices ouvrieres de seize grandes usınes de

Varsovie, liées au comités ouvriers et étudiants de vigilance sont en état d'effervescence devant les mouvements de troupes soviétiques, qui avancent lentement vers la capitale et d'autres centres urbains, et de la marine de guerre soviétique qui s'ap proche de Gdansk. Dans de nombreuses unités de l'armée et de la police polonaises, l'Union soviétique intervient militairement. Mais cette nuit-là,

Wladyslaw Gomulka, qui vient d'être nommé premier secrétaire du comité central du POUP est appelé au téléphone.

Nikita Khrouchtchev l'appelle du Kremlin, après avoir quitté Varsovie la veille, ayant assisté au plénum du

Arthur WILKINS

Le 23 octobre, à l'initiative des étudiants qui réclament la démocratie socialiste et en solidarité avec le mouvement démocratique de masse en Pologne, une manifestation se déroule à Budapest, capitale de la Hongrie. Cette manifestation est convoquée devant le monument au général Jozef Bem, héros commun de la démocratie révolutionnaire hongroise et polonaise à l'époque des révolutions de 1848, connues sous le nom du Printemps des peuples (1). Très vite, la foule atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Les revendications deviennent plus radicales, la combativité s'accroît.

A huit heures du soir, Erno Gerö, chef de la bureaucratie hongroise, prononce à la radio un discours agressif, dans lequel il condamne la manifestation comme étant l'œuvre de la contre-révolution, organisée par « les ennemis du peuple hongrois et de l'Union soviétique ». Ce discours provoque la colère

« Il y a trente ans, le 23 octobre 1956, des ouvriers, des étudiants et des soldats ont pris d'assaut l'immeuble de la radio à Budapest parce qu'ils en avaient assez des mensonges officiels et voulaient entendre la vérité et exprimer leurs exigences. Ils ont détruit la statue de Staline et la crédibilité d'un régime qui se qualifiait lui-même de dictature du prolétariat et de République populaire.

Leur combat montra clairement que ce que le peuple hongrois voulait vraiment était l'indépendance, la démocratie et la neutralité. Ils voulaient vivre en paix dans une société libre et honnête.

« La révolution hongroise de même que le soulèvement à Berlin-Est, le printemps de Prague et le mouvement social du syndicat libre Solidarité en Pologne ont été réprimés, soit par une intervention soviétique, soit par une intervention des forces armées locales. Durant les trente dernières années, la vie est devenue plus facile pour beaucoup ; certains peuvent s'exprimer sans être jetés en prison.

Mais les exigences essentielles des révolutionnaires n'ont pas été satisfaites.

En ce jour d'anniversaire, nous appelons tous nos amis dans le monde à se joindre à nous pour commémorer la révolution de 1956 en Hongrie. Nous prodétermination commune à lutter pour la démocratie politique dans nos pays, pour leur indépendance, pour le pluralisme fondé sur les principes d'autogestion, de réunification pacifique de l'Europe divisée et son intégration démocratique, aussi bien que pour les droits de toutes les minorités nationales. Nous soulignons notre appui réciproque à toutes nos tentatives en cours pour une vie meilleure, libre et honnête dans nos pays et dans le monde entier.

La tradition et les expériences de la révolution hongroise de 1956 restent notre héritage commun et notre inspiration.

où il est rentré force armée soviétique soit nécessaire. des masses, qui se lancent à l'assaut de la maison de la radio afin de pouvoir diffuser leurs revendications au pays et au monde entier. La police politique veut contenir les manifestants et ouvre le feu. Les manifestants ripostent avec les quelques armes dont ils disposent. L'armée arrive, mais au lieu de réprimer les manifestants, les troupes fraternisent avec ces derniers et les aident à s'armer. Des banlieues ouvrières arrivent des camions chargés de renforts. La classe ouvrière entre en action. L'insurrection armée se généralise. A minuit passé, tombe le grand monument de Staline, démoli par le peuple de Budapest.

Le peuple le plus opprimé par la bureaucratie de toute l'Europe de l'Est se soulève de manière violente et extrêmement radicale pour exiger, les armes à la main, tout ce qui lui est refusé : le respect des Droits de l'homme, la dignité nationale, la démocratie politique, le contrôle collectif des travailleurs sur les moyens de production. Les conseils

Lis, Vaclav Maly, Reiner Dietrich, Werner Fischer, Peter Grimm, Berlin, Budapest, Prague et Varsovie, comité central auquel Gomulka avait été élu. Khrouchtchev lui annonce que la direction du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) a décidé d'accorder sa confiance à la nouvelle direction du parti frère polonais. Dans le même temps, les troupes soviétiques commencent à se retirer dans leurs bases.

L'état d'alerte dans les usines, les universités et les quartiers est levé. La bureaucratie soviétique a renoncé à l'idée d'une intervention militaire en Pologne. Elle considère — et elle ne se trompe pas - que Gomulka, qui dispose d'un énorme soutien de masse, saura faire face habilement à ces mêmes masses, apaiser les flammes de la révolution anti-bureaucratique et rétablir le pouvoir de la bureaucratie sans que le recours à la ouvriers, les comités révolutionnaires et installent leur pouvoir, détruisant la police politique haïe et les autres appareils de domination bureaucratique, et finissent par s'affronter

L'envoyé spécial de Po Prostu, journal de la gauche révolutionnaire qui est à la tête du mouvement des masses en

Pologne, télégraphie de Budapest : « Tout le peuple est du côté des insurgés, la ligne

(suite à la page 27)

1.

La révolution française de février

1848 instaura la lIe

République. La nouvelle de la chute de la royauté en France suscita une nouvelle vague de crises révolutionnaires

Hongrie et

Allemagne,

Autriche, Italie,

Pologne contre l'ordre réactionnaire et absolutiste instauré en Europe apres les guerres napoléonniennes. Ce fut à la fois un mouvement de libération nationale contre les empires, d'unité nationale pour les peuples divisés et d'émancipation sociale de mars à juin

1848. Il est ainsi connu sous le nom de Printemps des peuples et fut suivi d'un été de réaction dans toute l'Europe.

Hongrie : Ivan Baba, Péter Bokros, Géza Buda, Sandor Csoori, Istvan Csur-

Gabor Demsky, Olga Dioszegi, Istan Eörsi, György Gado,

Csaba Gönczöl, Béla Gonda, Judit Gyenes, Aliz Halda, Miklos Haraszti, Janos

Kenedi, Zsolt Keszthelyi, Janos Kis, Karoly Kiszely, György Konrad, Ferenc

Fruszina Magyar, Imre Mécs, Miklos Mészöly, Tamas Mikes,

Tamas Molnar,

Andras Nagy, Janö Nagy, Tibor Pakh, Robert Palinkas, Gyuala Perlaki, György

Petri, Sandor Racz, Sandor Radnoti, Laszlo Rajh, Laszlo Rusai, Ottilia Solt,

Miklos Sulyok, Jenö Széll, Sandor Szilagyi, Pal Szalai, Jozsef Talata, Gaspar

Miklos Tamas, Mihaly Vajda, Judit Vasarhelyi, Miklos Vasarhelyi.

Tchécoslovaquie : Rudolf Battek, Vaclav Benda,

Dienstbier, Miklos Duray, Jiri Gruntorad, Jiri Hajek, Vaclav Havel, Ladislav

Hejdanek, Eva Kanturkova, Jan Kozlik, Miroslav Kusy, Ivan Lamper, Ladislav

Anna Marvanova,

Martin Palous, Jiri Rumi, Jaroslav Sabata,

Anna Sabatova, Libuse Silhanova, Milan Simecka, Frantisek Starek, Petr Uhl.

Pologne : Konrad Bielinski, Marian Brandys, Jacek Czatupowicz, Marek

Jacek Fedorowicz, Jan Andrzej Gorny, Janusz Grzelak, Zbigniew

Wiktor Kulerski, W. Kunicki-Goldfinger, towska, Jacek Kuron, Jan Jozef Lipski, Jan Litynski, Barbara Malak, Wojciech

Maziarski, Adam Michnik, Leszek Moczulski, Piotr Niemczyk, Zofia Romaswska,

Krystyna Starczewska,

Starczewski, Aniela

Steinsbergowa, Klemens Szaniawski, Jacek Szymanderski, Henryk Wujec.

République démocratique allemande : Martin Böttger, Bärbel Bohley,

Monika Haeger, Ralf Hirsch,

Herbert Misslitz, Lutz Nagorski, Gerd Poppe, Ulrike Poppe, Wolfgang Rüddenklau, Sinico Schönfeld, Regina Templin, Wolfgang Templin, Mario Wetzky.

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de division est claire : le peuple d'un côté, de l'autre, la partie stalinienne de la direction du régime, s'appuyant sur les troupes de la police politique. Parmi les

Oil y a des milliers de commuUne partie de l'armée hongroise garde la neutralité, mais une autre partie a rejoint la révolution. Les ouvriers ont pris le pouvoir dans les usines. La jeunesse ouvrière et étudiante est sur les barriles troupes soviétiques appelées par Gerö » (2).

A l'automne de 1956, la Hongrie annonça un nouveau Printemps des peuples, cette fois-ci dirigé contre la bureau-

Bill Lomax, historien marxiste britannique de cette révolution, « Les travailleurs hongrois, en établissant le contrôle direct sur leurs usines au travers des conseils ouvriers, avaient donc coup brisé l'ancien pouvoir d'Etat présidé par le Parti communiste et réouvert la route vers cette société qui waient constitué le but original du marcisme et du socialisme - une société dans laquelle la hiérarchie céderait la place à l'égalité, dans laquelle des institutions politiques seraient remplacées par des organes populaires, dans laquelle la domination politique serait remplacée par le pouvoir social et où 'le gouvernement des personnes est remplacé par l'administration des choses' » (3).

A l'occasion du 30e anniversaire de l'écrasement de la révolution hongroise, les oppositions anti-bureaucratiques quatre pays (Hongrie, Pologne, lovaquie, Allemagne de l'Est) ont publié déclaration commune (voir encart) dans laquelle ils rendent hommage à ses combattants héroïques et affirment leur adhésion aux valeurs en défense desquelles ils se sont soulevés. C'est la première fois que les dissidents et oppositionnels de quatre pays de l'Est font une déclaration commune au-delà des frontières. C'est un signe révélateur du renforcement de leurs liens et un acte de défiance envers les régimes bureaucratiques.

La dissidence hongroise est celle qui a signé le plus massivement cette déclaration avec la dissidence tchécoslovaque dans la limite de ses modestes forces. En Allemagne de l'Est, il semble que la déclaration n'ait pas été aussi largement diffusée, mais l'opposition dans ce pays est aujourd'hui la moins structurée. Les signataires polonais ne reflètent que partiellement l'ampleur et la diversité du mouvement social tel qu'il se présente aujourd'hui. C'est à la police politique polonaise qu'il revint de réagir la première en convoquant immédiatement certains des signataires pour leur signifier qu'ils avaient commis un nouvel acte « contraire à l'entente nationale et aux intérêts de la Pologne populaire ».

Arthur WILKINS, 23 octobre 1986. 2. B.N. Lopienska, E. Szymanska, Stare numery, Aneks, Londres, 1986, p. 83

3. B. Lomax, Hungary 1956, Allison and Busby, Londres, 1956, p. 203.

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