Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Carlos Fonseca, maillon vital ; interview de Tomas Borge

· Inprecor n° 231, 1er décembre 1986 · p. 21, 21, 21-22 · 1 203 mots

Nicaragua

OUS reproduisons ci-dessous une interview du commandant de la révolution,

Thomas Borge, unique survivant des fondateurs du FSLN, aujourd'hui ministre

Borge analyse les conditions de la fondation du Front en 1961 sous deux de

Premièrement, il décrit la rupture radicale que représenta le FSLN par rapport

Deuxièmement, il montre quel fut l'apport de Carlos Fonseca qui, en se réappropriant la lutte de Sandino, faisait des révolutionnaires de cette génération, les héritiers de la tradition anti-impérialiste nicaraguayenne qui renouaient une histoire

Carlos Fonsec

Interview de de l'Intérieur, parue américaine d'information (ALAI).

ses aspects, l'impact de la révolution cubaine de 1959 n'étant pas abordé ici.

au Parti socialiste nicaraguayen (PSN), nom du parti communiste local.

interrompue en 1934 avec l'assassinat du vieux leader Sandino par Somoza.

marxisme au Nicaragua, opéré le processus d'assimilation et de réappropriation du marxisme par l'avant- garde révolutionnaire?

Tomas BORGE : - C'est là un sujet intéressant, parce que je pense qu'une des caractéristiques de la révolution nicaraguayenne, c'est que le marxisme n'a pas d'histoire dans ce pays. C'est l'Europe qui porte la responsabilité de cette situation. Les communistes européens et le mouvement ouvrier tel qu'il s'exprimait dans son Internationale, considéraient le nationalisme - et je pense que pour l'Europe, ils avaient raison - comme une idée fondamentalement réactionnaire. Le nationalisme européen a produit Hitler, mais en Amérique latine, ce fut Augusto

Cesar Sandino et Emiliano Zapata pour donner juste deux exemples de luttes terre du Nicaragua, nous, Nicaraguayens,

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dans le bulletin de septembre 1986 de l'Agence latinonationalistes. Appliquant cette conception à notre continent, un mexicain en vint même à considérer Sandino comme un « agent de l'impérialisme » (1).

Les immigrants européens se sont dispersés pour la plupart dans le Cône sud de l'Amérique latine, c'est pour cette raison que les idées marxistes sont arrivées relativement tôt dans cette région. Mais en Amérique centrale et particulièrement au Nicaragua, la faiblesse numérique des Européens a fait qu'ils n'apportèrent pas avec eux ces idées révolutionnaires.

Voilà qui explique pourquoi au Nicaragua, le s'appelle le Parti socialiste - n'a pas été fondé avant 1944. Le mouvement ouvrier dans sa première période était essentiellement composé d'artisans. Ce sont ces derniers qui se sont d'abord organisés dans ce pays, des artisans qui s'étaient décernés eux-mêmes le titre d'ouvriers.

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Le mouvement ouvrier nicaraguayen apparaît sous la forme d'organisation politique le ler mai 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale et au moment où le « browderisme » allait laisser de profondes traces sur ce continent. Earl Browder, secrétaire général du Parti communiste américain, pensait que l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat avait disparu. Ce concept fut développé par un parti qui apparut sur la scène politique avant le PSN, le Parti de l'avant-garde du peuple au Costa Rica. gouvernement qui avait déclaré la guerre devait être soutenu à fond. est apparu avec cette déviation, qui était partagée par d'autres courants du mouvement ouvrier politiquement organisé en quand naît le Parti socialiste nicaraguayen, il soutient la dictature de Somoza. C'est pour cette raison que je disais que le marxisme n'a pas d'histoire au Nicaragua.

L'histoire du marxisme au Nicaragua commence en 1944 et c'est une triste histoire, ou plutôt, à proprement parler, ce n'est même pas l'histoire du marxisme. Le marxisme, qui est une théorie révolutionnaire, ne peut être terni par cette tristesse. Ceux qui, dans notre pays, cette époque, se proclamaient marxistes étaient embourbés dans une politique de collaboration de classe, de soutien à la bourgeoisie et à l'impérialisme américain, qui, comme nous le savons, était alors en guerre avec le fascisme. Je ne veux pas revenir en arrière pour déterminer qui portait la responsabilité historique de cette politique ; je ne veux pas montrer du doigt ceux qui étaient coupables. C'est simplement l'histoire objective, indifférente aux péchés et aux pécheurs.

— Dès le départ, le Front sandiniste - et c'est pourquoi son nom même se réfère à Sandino - met en avant la question nationale et la question sociale - deux traditionnellement comme distinctes en Amérique latine, même s'il y a des exceptions comme les

José Carlos Mariategui et, bien sûr, la révolution cubaine.

- Je pense que le premier marxiste, le marxiste le plus lucide a été Carlos Fonseca. Parce que Carlos ne s'est pas contenté d'être un étudiant de la théorie révolutionnaire. Il savait aussi comment l'appliquer dans la réalité concrète du Nicaragua. Il a étudié le marxisme, non les manuels mais la science révolutionnaire. Ni les œuvres de Mariatégui ni le monde des expériences révolutionnaires ne lui étaient étrangers.

Comment Carlos Fonseca a-t-il aple

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préhende réalité du Il l'a approchée en étudiant l'histoire de ce pays et en particulier de Sandino. Si l'on doit créditer quelqu'un d'avoir fait ressurgir la figure historique de Sandino, c'est bien Carlos Fonseca. C'était chez lui une obsession, au meilleur sens du terme, de penser que Sandino était inconnu dans ce pays, envoyé délibérément à la mort et à l'ostracisme de l'oubli par la dictature de Somoza et l'impérialisme. Et non seulement par la dictature somoziste mais aussi par les autres forces politiques nicaraguayennes. leur arrivait de mentionner le nom Sandino, ce n'était que pour essayer de salir sa réputation. Quand ils ont assassiné Sandino, tous les partis politiques, les libéraux comme les conservateurs, sablé sa mort au champagne et, lors, ont commencé à l'ignorer. Somoza mit sous clef tous les documents, lettres et proclamations de Sandino mais commit l'erreur de publier une grande partie de ces papiers qu'il avait en sa possession dans un livre qui s'intitulait « Sandino, le calvaire de Las Segovias » (région au nord-ouest du Nicaragua, ndlr.). Ce fut une des plus importantes sources bibliographiques redécouvertes par Carlos Fonseca. Les recherches de Gregorio Selser jouèrent également un très grand Il effectua un travail très important, deux livres sur Sandino (2), qui furent reproduits par Carlos Fonseca au Nicaragua. Silvio Mayorga participa activement a la préparation de ces travaux, publiés clandestinement dans le pays. En plus, Carlos commença à conduire des recherches sur Sandino parmi les combattants de la lutte des années 1930 qui avaient survécus.

Quand le Front sandiniste fut fondé en 1961, Carlos Fonseca insista pour que l'organisation s'appelle sandiniste parce que le terme replaçait le mouvement révolutionnaire nicaraguayen dans l'histoire du Nicaragua en se réappropriant l'élément anti-impérialiste, partie intrinsèque de l'histoire de ce pays, et en lui donnant un contenu révolutionnaire.

Ce que devait dire Ricardo Morales plus tard lorsqu'il écrivit qu'« il faut étudier notre histoire et notre réalité en tant que marxistes et étudier le marxisme en tant que Nicaraguayens » (3) est un résultat direct de développée par Carlos Fonseca.

S'il est peut-être possible de parler aujourd'hui d'une histoire du marxisme au Nicaragua, ce doit être traité en terme de qualité.

C'est une histoire vibrante fonde, mais ce n'est pas une longue Histoire.

Propos recueillis par ALAI, 2. Gregorio Selser, écrivain et journaliste argentin, publié trois livres sur « Sandino, général des hommes libres », « Sandino, le guérillero » et « la petite armée folle ».

3. Ricardo Morales Aviles, écrits de prison 1968-1971, dans « no pararemos de andar jamas », Editorial Nueva Nicaragua, 1983.

Nicaragua?

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