Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Des vagues au sein de Solidarité

· Inprecor n° 233, 29 décembre 1986 · p. 15-17 · 2 031 mots

Pologne Syndicalisme

politiques) et du journal Robotnik avant août 1980, Henryk Wujec, fut dirigeant de Solidarité à Varsovie et il est maintenant membre de la direction régionale

Des vagues au s agissante au grand jour. Henryk WUJEC

Ce qui se passe au sein du syndicat, je le nommerai un véritable tremblement de terre : la formation au grand jour du Conseil provisoire de Solidarité, l'apparition spontanée de plusieurs conseils régiola multiplication de déclarations souvent contradictoires...Tout ce remue-ménage n'est pas sans dangers, mais il cependant nous condition que les militants et les organes de Solidarité fassent un effort pour se concerter et rechercher ensemble des solutions qui tiennent compte des différentes tendances Pour pouvoir participer activement aux nouvelles initiatives, il faut que tous les adhérents et tous les sympathisants du

Ice qui se passe. J'estime donc que ceux qui ont pris part aux derniers événements se doivent d'en

A LA RECHERCHE DE SOLUTIONS

La création du Conseil provisoire de Solidarité a surpris l'opinion publique, mais non beaucoup de dirigeants : depuis longtemps déjà des discussions dégager de nouvelles formes d'action pour la direction du syndicat étaient en cours. Le problème était de donner un nouvelle ein de Solidarité dynamique à Solidarité sans lui faire perdre un seul de ses acquis (commissions clandestines dans les entreprises, autres structures, TKK). mouvement était en perte de vitesse : les rangs se clairsemaient et les défections n'étaient pas compensées par de nouveaux arrivants. Les jeunes notamment faisaient défaut. Ce problème est inhérent à toute clandestinité qui se doit d'être basée sur des élites sûres, déterminées et efficaces. On ne peut tout de même pas ouvrir des inscriptions aux structures clandestines ! Mais persister dans cette voie aurait abouti en somme à se transformer en un fossile au sein d'un organisme social vivant.

La situation était d'autant plus dramatique que cela faisait des années que nos collègues vivaient en clandestinité. Emprisonné pour ma part, je savais qu'au de ma condamnation, j'allais retrouver une vie plus ou moins normale. Eux et leur famille ignoraient le terme de leur « condamnation ». Il a fallu trouver une solution qui leur permette de sortir de clandestinité sans que le synpatisse ou, mieux encore, en élargissant son impact.

En mai dernier, après de longues discussions, est née l'idée que l'on est actuellement en train de réaliser. La seule c'est que dans notre esprit, tout devait se réaliser dans la cohésion, sans conflits. Cette idée, c'était donc de fonder au grand jour un Conseil de Socomposé de militants éminents membres de l'actuelle TKK. Une fois ce Conseil mis sur pied, une nouvelle TKK se serait constituée, avec des représentants de régions dont les noms seraient restés secrets. Le Conseil aurait eu la charge de la coordination des activités syndicales, politiques et sociales, et la TKK les problèmes d'organisation : répartition des biens techniques, de l'argent etc. Toutes les structures du syndicat devaient être maintenues, y compris sa représenta-

Le Conseil et la TKK devaient agir en étroite collaboration. La TKK étant anonyme, ses initiatives devaient être cautionnées par le Conseil et par le président du syndicat.

La réalisation de ce projet a été entravée par la vague d'arrestations qui a eu à la fin du mois de mai. Mais le septembre, les grands du syndicat, dont chaque Polonais connaît les noms, Bujak, Frasyniuk, Lis, Borusewicz, Jedynak ont recouvré la liberté. Aux yeux c'étaient eux qui incarnaient le syndicat et c'étaient eux qui étaient sa direction avec, bien sûr, Walesa à la tête. Ils devaient impérativement trouver une forme d'action susceptible de répondre à la nouvelle

DEUX PROJETS Deux projets ont été proposés lors d'une réunion qui s'est tenue à Varsovie le 20 septembre et à laquelle a participé Lech Walesa.

Dans le premier projet, Lech Walesa, Zbigniew Bujak, Wladyslaw Frasyniuk et Bogdan Lis font une déclaration com-

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Il est important que la création des long terme préjudiciable. Mais je décèle mune sur la nouvelle situation. Par la suite, ce quatuor émet de temps en temps une déclaration de principe. A part cela, rien ne change. Gorny, Kulerski et Muszynski restent dans la TKK qui, elle, reste clandestine.

Dans le second projet, Lech Walesa crée un Conseil de Solidarité auquel adhèrent, hormis des militants non clandestins, des clandestins qui signent de leur nom les prises de position de la TKK. Ceux-là peuvent profiter de cette occasion pour sortir de la clandestinité, s'ils le désirent. La TKK ne serait alors composée que de représentants régionaux anonymes. Deux variantes ont été envisagées pour le Conseil : un groupe restreint uniquement composé des anciens membres de la TKK, ou un groupe plus large composé de représentants de la plupart des régions (proposés par région). Dans le premier cas, le Conseil aurait compté dix membres, dans le second, près de premier projet, sans Conseil, a été approuvé par Walesa et ses conseillers, le second par les anciens de la TKK. Après une longue discussion dans laquelle on s'est efforcé de concilier les rents points de vue, il fut décidé que l'on allait demander à la TKK de mettre sur pied le Conseil et que Walesa se contenterait d'approuver. La TKK a donc reçu une lettre contenant une liste de candidats proposés pour le Conseil (variante large) et un compte-rendu détaillé de la rencontre du 20 septembre. Les membres de la TKK n'ont pas accepté cette proposition, en arguant de l'incohérence du projet (une institution clandestine mettant sur pied une institution non clandestine), de difficultés à délimiter les compétences de la TKK et du Conseil et de raisons éthiques : il leur était impossible d'exposer les collègues à peine sortis de prisons à de nouvelles arrestations. La TKK a estimé que c'était plutôt au président du syndicat de fonder le Conseil et elle s'en est remise à lui.

La situation a dû être analysée encore une fois. Une autre rencontre ael lieu à Gdansk le 29 septembre et, après une discussion mouvementée, Walesa a décidé de former un conseil composé de sept personnes, tous anciens membres

Dans sa déclaration publique à propos de la création du Conseil, Walesa a dit qu'il fallait « élaborer et définir un nouveau mode d'action, non clandestin et légal ». Sa déclaration, comme celle du Conseil, de conciliation et de dialogue mais ne reniait en aucune façon les idéaux fondamentaux de Solidarité.

LES PREMIERES RÉACTIONS

En dépit des différences d'opinion parmi les militants, la création du Conseil me semble un succès du syndicat. Elle prouve que le désir de se concerter pour trouver des solutions est toujours vivace. C'est en effet dans cet esprit que le syndicat s'est efforcé de répondre à la nouvelle situation politique. C'est d'ailleurs ainsi que cette décision a été perçue par la grande majorité des syndicalistes. La réaction des militants des structures clandestines n'a pas été tout à fait la même, quant à celle de la TKK, elle fut diamétralement opposée. Les premiers surpris par l'abandon partiel de la clandestinité et ne sachant pas jusqu'où cela irait se sont inquiétés pour les acquis du syndicat. La TKK, elle, interpréta la création du Conseil comme une atteinte à sa position. Elle a ainsi pu l'interpréter parce que la déclaration de Walesa et celle du Conseil comportaient, hélas, pas un mot sur la TKK ni sur le rôle qu'elle sera appelé jouer. Les déclarations ne précisaient pas non plus que les structures clandesdevaient rester en place tant qu'il ne serait pas possible au syndicat de réellement agir au grand jour.

Sa situation s'est encore compliquée avec la création spontanée de représentations non clandestines régionales (Var-

Haute-Silésie, Lodz et autres). De toute évidence, les militants n'attendaient qu'une occasion pour créer des représentations, vu la rapidité avec tout cela s'est fait. Sans nul doute la précipitation fut trop grande et cela contribua à la confusion dans les structures clandestines. Nous, les dirigeants de la région de Varsovie, sommes partiellement responsables dans la mesure où la sortie à la surface de notre commission régionale, le lendemain de la création du Conseil, a ouvert la voie à d'autres régions. Cette précipitation s'explique par l'euphorie qui a immédiatement succédé à l'amnistie, aucune analyse réaliste de la situation n'ayant encore eu lieu.

Cela étant, la création de ces conseils régionaux au grand jour est un processus sain et, somme toute, positif parce qu'elle permet d'activer les régions et d'engager à la surface l'action svndicale (détense du niveau de vie, de la santé et de la sécurité du travail), comme l'action autogestionnaire et l'action sociale. La déclaration de la commission régionale exécutive de la région de Varsovie du 8 octobre (voir page 14) contient l'esquisse d'un tel programme. conseils régionaux augmente la cohésion et ne soit pas source de conflits, qu'elle ne génère pas des querelles de personnes ni de rivalités entre les groupes. Le conseil • de la région de Lublin et celui de Haute-Silésie semblent être des exemples positifs. seulement de la ville de Lublin, mais aussi d'autres villes de la région, comme Chelm et Zamosc. La situation est similaire en Haute-Silésie, la plus grande région de la Pologne, où l'intégration de dirigeants de diverses zones, lui donne une chance de s'unifier en tant que région.

La création de conseils régionaux tout de suite après celle du Conseil provisoire national a parfois été interprétée comme signifiant qu'il devait y avoir une suite : création au grand jour de représentations de Solidarité dans les entreprises et de structures inter-entreprises non clandestines également. Certaines commissions clandestines en ont ouvertement parlé. Il est, je pense, clair pour tout le monde qu'une telle frénésie ne ferait que mettre en danger les militants dans les entreprises. Rien d'étonnant à ce que les militants clandestins se soient sentis très inquiets et qu'il ait été nécessaire de les rencontrer, de leur expliquer. La Commission régionale exécutive de Varsovie, dans sa déclaration, a déconseillé aux commissions d'entreprises et aux structures de base du syndicat de sortir de clandestinité et a suggéré d'autres formes d'actions : conseils d'autogestion et groupes agissant au grand jour dans les entreprises pour intervenir dans les affaires concrètes, importantes pour le personnel.

Les craintes des clandestins, particulièrement vives dans les régions où la communication entre la clandestinité et la « surface » laisse à désirer et où les clivages dûs aux différences d'optique sont particulièrement importants, se sont traduites par des déclarations empreintes de nervosité et d'incohérence. Le plus bel exemple en a été donné par la TKK qui, corrigeant à juste titre l'erreur du Conseil provisoire, a insisté sur le maintien des structures clandestines mais a formulé sa position avec une telle véhémence qu'on a eu l'impression que, selon elle, le syndicat tout entier devait se réfugier dans la clandestinité. Le Comité régional de grève de Basse-Silésie n'y est pas allé de main morte non plus. La TKK, tout en insistant sur la nécessité de renforcer son rôle et le rôle des autres structures clandestines, a néanmoins précisé dans le même texte que les deux dernières personnes à signer encore de leur nom ses déclarations quittaient clandestinité (Jan Gorny et Marek Muszynski). Il est difficile de trouver une logique dans tout cela.

QUE FAIRE MAINTENANT? Tous ces événements dont je viens de parler ont semé la confusion parmi les militants de Solidarité, ce qui lui est à dans les conséquences négatives solution positive : tout le monde est allé trop loin. Il est temps de reprendre ses esprits et d'harmoniser l'action.

Les personnes responsables au sein du syndicat, heureusement nombreuses, doivent expliquer dans le calme et avec intelligence ce que sont les rôles Conseil provisoire et de la TKK et définir les compétences. Nous avons besoin des deux types d'action, clandestines et au grand jour. Nous avons besoin de la TKK composée de représentants des régions et du Conseil provisoire composé d'hommes tels que Bujak et Frasyniuk. Nous avons évidemment besoin que ces deux instances collaborent. Il faut également harmoniser la collaboration entre les structures clandestines et les structures non clandestines dans les régions. Notre objectif est, ne l'oublions pas, la réactivation de Solidarité, car seul un syndicat vivant et fort sera capable de réagir face

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à une situation politique changeante et pourra imposer changements sortiront le pays de la crise.

Tygodnik Mazowsze, numéro 185 du 22 octobre 1986.

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