Inprecor 1974–2004

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BRESIL

Au lendemain des élections, l'austérité

· Inprecor n° 234, 19 janvier 1987 · p. 3-6 · 4 470 mots

Brésil Économie mondiale Syndicalisme

ES élections du 15 novembre dernier au Brésil ont été une victoire pour le gouvernement et, notale MD.

• le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), principal parti au pouvoir (voir résultats des élections ta-

Le PMDB a obtenu environ 260 sièges sur les 487 que compte la Chambre des députés et 40 sièges sur 49 au Sénat. Il occupe désormais 22 des 23 postes de gouverneurs et la grande majorité des députés aux parlements des différents Etats.

Le deuxième parti politique du pays est le Parti du front libéral (PFL) qui est également partie prenante de la coalition au pouvoir, l'Alliance démocratique. Les seuls partis d'opposition au gouvernement, le Parti démocratique travailliste

(PDT) et le Parti des travailleurs (PT) obtiennent ensemble 45 députés et un représentant au Sénat mais pas un seul poste de gouverneur, le PDT ayant perdu le gouvernement de l'Etat de

Rio de Janeiro qu'occupait son principal dirigeant Leonel

Brizola.

Le gouvernement a immédiatement interprété ces résultats comme une approbation de son programme économique, le plan Cruzado et comme un vote de confiance président de la République, Sarney, bien que ce dernier ait été jusqu'en 1984 le président du parti de la dictature, le Parti démocratique social (PDS), et qu'il s'était affilié au PMDB afin de pouvoir devenir le vice-président de Tancredo Neves (1).

Conforté par ces résultats, le gouvernement a entrepris

Joao MACHADO

Tout d'abord, il ne fait guère de doute que la principale raison de la victoire électorale du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) et du gouvernement en général lors de ces élections, c'est l'approbation par la majorité de la population du plan Cruzado promulgué le

28 février 1986. Les gens ont surtout vu dans ce plan le gel des prix et donc, la fin de l'inflation. Les mesures de blocage des salaires qu'il contenait n'ont pas été perçues avec la même importance, même si signifiaient une « amnistie » de la politique salariale de la dictature puisque les augmentations de salaires à titre de des pertes antérieures, compensation étaient expressément interdites après le

28 février. De fait, le contenu du plan au niveau salarial, a été occulté par la croissance exceptionnelle de l'économie (2), qui a conduit les entreprises à donner des augmentations salariales supérieures à ce qui était prévu par le plan, et par quelques mesures du gouvernement lui-même, une légère augmentation des salaires et l'échelle mobile pour une inflation qui a été de 20 %.

Cela n'a pas empêché le mouvement syndical de lutter sur la question des salaires. Les grèves ont été plus nombreuses en

1986 qu'en 1985. Mais elles ont été plus localisées, plus dispersées et en consé.

quence, elles ont eu un impact social d'une semaine après les élections.

pour le été consulté.

ments brusques ritent une analyse plus détaillée.

moindre que l'année précédente. De plus, le gouvernement et le patronat ont adop té une stratégie plus différenciée consistant à céder sur les grèves locales, peu couvertes par la grande presse, et à réprimer très durement les grèves plus larges,

Tableau 1

Résultats des élections du 15 novembre à la Chambre des députés (Parlement fédéral)

Nombre d'élus

Partis

Partis de droite :

PFL (Parti du front libéral)

115

PDS (Parti démocratique social)

34

PTB (Parti travailliste brésilien)

17

7

PL (Parti libéral)

PDC (Parti démocratique chrétien)

PSC (Parti social chrétien)

Parti de centre-droit :

PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien)

258

Partis de gauche :

PDT (Parti démocratique des travailleurs)

34

PT (Parti des travailleurs)

17

PC do B (Parti communiste du Brésil)

PCB (Parti communiste brésilien)

PSB (Parti socialiste brésilien)

(Ces chiffres ne sont pas définitifs).

des mesures dites de correction au plan Cruzado, sous le nom de Cruzado II, qui furent annoncées le 21 novembre, moins

La réaction populaire a été immédiate et surprenante. De violentes manifestations se sont déroulées dans tout le pays.

Brasilia, la capitale, d'ordinaire si tranquille, a connu le 27 novembre la manifestation la plus importante de son histoire.

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre les nouvelles mesures économiques, en criant

« le peuple n'oublie pas, Sarney est PDS », faisant allusion au passé politique du président sous la dictature.

Une enquête réalisée par la presse de Sao Paulo indiquait que 84 % des Brésiliens se sentaient touchés par ces mesures et qu'une large partie de ceux qui avaient voté pour le PMDB ne le feraient plus : parmi ces derniers, 72 % seulement confirmeraient leur vote en faveur du PMDB émis une semaine

La confiance accordée à Sarney a très vite disparu. Beaucoup de personnalités du PMDB même, dont des gouverneurs nouvellement élus, ont également critiqué les mesures économiques et le PFL a fait savoir officiellement qu'il n'avait pas

Cet ensemble d'événements contradictoires, ces changede l'état d'esprit des gens prouvent que les choses sont plus compliquées que ne le pensait Sarney et méplus importantes. Si l'on compare même avec la dernière période de la dictature, la répression des grèves a été beaucoup plus dure. Tout cela donnait une image de force du gouvernement et d'absence d'alternative.

LE DÉVELOPPEMENT DE LA

CAMPAGNE ÉLECTORALE

Au cours du dernier semestre 1986, les choses ont commencé à changer : certains produits de consommation de première nécessité comme la viande ou le lait se sont mis à manquer, la bourgoisie et les commerçants arguaient d'une croissance trop rapide de la demande et de l'augmentation des coûts. A l'inflation officielle, un peu en dessous de 2% par mois, s'est ajouté l'aggiotage généralisé et d'immenses files d'acheteurs se formaient dès qu'apparaissaient dans les commerces le lait ou la viande.

1. Le 15 janvier 1985, Tancredo Neves, candidat du PMDB, avait été élu à la présidence de la République au suffrage indirect, grâce au vote de la majorité d'un collège électoral mis en place par la dictature.

Décédé peu après son investiture, il fut remplacé à la tête du gouvernement par José Sarney. Sur la « transition démocratique » au

Brésil l'élection de et

Tancredo Neves, se reporter à Inprecor numéros 181 du 8 octobre 1984 et 191 du 4 mars 1985

2.

Sur le premier plan Cruzado, voir

Inprecor numéro 219 du 12 mai 1986.

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Pour beaucoup, experts économiques ou syndicalistes, il devenait patent que le plan Cruzado ne marchait plus et que le gouvernement préparait des mesures d'austérité, ce qu'il devait faire fin novembre. Tout en reportant au lendemain des élections ces décisions, bien évidemment impopulaires, le gouvernement s'est ingénié à trouver des coupables à la pénurie qui sévissait. Il a choisi comme bouc émissaire les éleveurs de bétail, accusés de cacher le « boeuf gras ». Après des négociations qui n'ont abouti à rien, il a annoncé que les confiscations de bétail allaient commencer, chargeant la police fédérale de mener cette tâche à bien. Cette police, entraînée pendant toute la dietature à chasser les communistes et autres « subversifs » n'était pas vraiment à l'aise dans sa nouvelle fonction consistant à traquer les grands propriétaires. En supposant même que le gouvernement aurait véritablement voulu s'attaquer aux gros éleveurs, il est douteux que cette police, vu son passé, aurait été à même de le faire. Quoi qu'il en soit, cette comédie a donné de très médiocres résultats en terme d'approvisionnement des étals en viande, mais s'est révélée très bonne pour les programmes de télévision. L'un des candidats du PMDB au poste de gouverneur pour l'Etat de Sao Paulo, Quercia, qui avait un taux d'intentions de vote très faible jusqu'au mois d'octobre, est monté en flèche après s'être fait à la télévision, le champion de la chasse au « boeuf gras ».

De même, le gouvernement a beaucoup fait état des bénéfices produits par la croissance de la demande, en les exagérant, et en disant qu'ils étaient le résultat

Une grande partie de la population avait donc toutes les raisons de croire, jusqu'aux élections que le plan Cruzado pouvait réellement en finir avec l'inflation et que tous les problèmes étaient dûs à l'action des spéculateurs en tous genres. Sur les problèmes de fond de l'économie brésilienne, la dette extérieure ou la dette publique intérieure, les gens ont fait conqui affirmait qu'ils étaient maîtrisés. Le gouvernement a été jusqu'à cacher les résultats catastromois d'octobre, pour ne les révéler qu'a-

Il y a d'autres raisons à la victoire électorale du PMDB. Tout d'abord, et c'est le plus simple, le PMDB était déjà le parti majoritaire dans le pays après s'être gonflé d'un nombre important de politiciens qui appartenaient au Parti démocratique social (PDS). Ainsi, la moitié des candidats pour le PMDB aux postes de gouverneurs, avaient été membres du PDS. De tous les partis, le PMDB possédait incontestablement le plus fort appareil, suivi sur ce point par le Parti du front libéral (PFL) qui a également reçu une grande partie de l'ancien personnel politique de la dictature. Pour renforcer encore, ces « avantages acquis », le PMDB et le PFL ont approuvé au Congrès une loi électorale beaucoup moins démocratique que celle de 1982, lors des dernières élections générales de la dictature, le temps de campagne gratuit à la télévision et à la radio a été réparti en fonction de la repréparlementaire exemple, à Sao Paulo, là où le Parti des travailleurs (PT) avait son temps d'antenne le plus important, il avait, à l'heure de grande écoute, le soir, 2 minutes et 55 secondes contre 20 minutes pour le PMDB dans un programme télévisé électoral

A cela s'ajoute évidemment, comme dans toute élection bourgeoise, la question de l'argent. Le PMDB, le PFL, le PDS et le PTB ont investi dans la propagande électorale des sommes considérables, sans rapport, avec celles du PT ou même

Toutefois, il faut relativiser la portée de la victoire électorale du PMDB. Ces marqué une forte progression des votes nuls et blancs : 10% pour les élections de gouverneurs, plus de 30% pour les députés. Ces chiffres peuvent être attribués, dans le cas des élections au parlement à la méconnaissance des candidats. En effet, ces élections ont été complètement polarisées par les candidats aux sièges de gouverneurs, si bien que les candidats à la députation n'ont même pas eu

Tableau 2 Elus du PT à la Chambre des députés, par région et par Etat (entre parenthèses, le nombre d'élus de 1982)

Sud-Est :

Sao Paulo (6)

Minas Gerais (1)

Rio de Janeiro 2 (1)

Espirito Santo (0)

Sud:

Rio Grande do Sul 2 (0)

Nord:

Para 1 (0)

Elus du PT aux Assemblées d'Etat, par région et par Etat (entre parenthèses, le nombre d'élus de 1982)

Sud-Est :

Sao Paulo 10 (9)

Minas Gerais 5 (1)

Rio de Janeiro (2)

Espirito Santo (0)

Nordeste :

Ceara (0)

Sergipe 2 (0)

Bahia (0)

Sud :

Rio Grande do Sul (0)

Parana (0)

Santa Catarina (0)

Nord :

Para 2 (0)

Rondonia 2 (0)

Centre-Ouest :

Goias 2 (0)

le temps d'apparaître à la télévision ! Mais il faut aussi l'interpréter comme un discrédit en général des candidats. Le PMDB est devenu majoritaire à la chambre sans avoir la majorité des voix. Dernier élément, ces élections ont également été marquées par une nette progression du Parti des travailleurs. Il faut signaler que « Lula » a été le candidat qui a obtenu sur son nom le plus de suffrages dans le pays, avec 651 763 voix contre 590 873 voix au deuxième placé, le président du PMDB et de la Chambre des députés Ulysses Guimaraes.

UNE RUDE LEÇON

POUR LA GAUCHE PRO-GOUVERNEMENTALE Si l'appui au gouvernement a été payant pour le PMDB et, dans une certaine mesure pour le PFL, la situation est bien différente pour les partis de gauche qui appuyaient le gouvernement et qui, en général, appuyaient également les candidats du PMDB neurs, et pour les secteurs dits de gauche, du PMDB lui-même.

Pour le Parti communiste brésilien (PCB, pro-soviétique) et le Parti communiste du Brésil (PC do Brasil, pro-albanais), les élections ont été une catastrophe qu'il n'est pas très difficile à expliquer.

Jusqu'en 1982, ces partis étaient dans le PMDB. Ils critiquaient alors très durement ceux qui, comme le PT, avaient une politique indépendante, les accusant de division. Ils présentaient le PMDB comme étant le garant de la « transition démocratique ». Ils ont appuyé le Président Sarney, le plan Cruzado, les candidats gouverneurs du PMDB. Il est clair qu'aujourd'hui au Brésil, l'organisation qui apparait comme un parti de lutte, socialiste, de gauche donc, c'est le PT qui a une base sociale plus large que ces deux partis. (Voir les résultats électoraux du PT en encart et dans le tableau 2).

Là où le PCB et le PC do B avaient leurs propres listes, là où ils n'avaient pas de coalition electorale avec le PMDB, qui d'ailleurs ne les a pas toujours acceptés, là où ils n'avaient pas de candidats à l'inté rieur même du PMDB, aucun des candidats de ces deux partis n'a été élu.

Par exemple, à Sao Paulo, où chacun avait auparavant un député à la Chambre, le PCB a obtenu 121 231 voix à l'élection des députés fédéraux (0,78 %) et 117 467 voix (0,76%) à celle des députés de l'Etat, le PC do B obtenait lui, respectivement 91 189 voix (0,59 %) et 84 645 voix (0,55 %). Il fallait, dans le cas de Sao Paulo, 238 226 voix pour élire un député fédéral et 170 177 pour élire un député de l'Etat.

Par contre, il est vrai que dans quelques Etats où le PCB et le PC do B avaient pu faire des coalitions avec le PMDB, ils ont pu faire élire chacun deux députés fé déraux. Le PC do B a eu un élu supplémentaire dans un Etat où il était affilié au PMDB. Il est probable que cette situation s'est également produite pour le PCB.

Ces résultats ont provoqué un début

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de polémique à l'intérieur du PCB. L'actuel député de Sao Paulo, Goldman, constatant sa non-réélection, déclarait pour sa part que la « législation du PCB a été irresponsable ».

Le Parti socialiste brésilien (PSB), l'autre parti de gauche qui appuie le gouvernement, a également obtenu de très mauvais résultats. Dans la pratique, cette organisation n'existe guère, c'est plutôt un ensemble de personnalités de tendance sociale-démocrate, très proches du PMDB. Le PSB n'a eu aucun élu là où il avait une liste propre, il a obtenu deux élus, dont un sénateur, dans une coalition avec le PMDB

Généralement, ceux qui se réclamaient de la gauche au sein du PMDB ont eu de très mauvais résultats. Il n'est pas encore possible d'évaluer l'ensemble des élus de ce parti mais ce que l'on peut dire, d'ores et déjà, c'est que presque tous les députés connus comme « la gauche du PMDB » n'ont pas été réélus, y compris tous ceux qui ont quitté le PT en 1985 pour rejoindre ce parti. Presque tous les gouverneurs sont conservateurs, au mieux, populistes, à l'exception de Miguel Arraes et Waldir Pires, respectivement gouverneurs des Etats de Pernambuco et de Bahia. Tous deux furent privés de leurs droits politiques par la dictature de 1964, Arraes longtemps exilé, mais tous deux ont fait alliance, dans ces élections, avec les personnalités les plus réactionnaires qui soient.

Cette marginalisation de la gauche du PMDB est logique. Elle est la marque de la consolidation du caractère clientéliste d'un parti vivant essentiellement des prébendes de l'Etat et qui héberge aujourd'hui un grand nombre des anciens serviteurs de

Au Brésil, les seules organisations de gauche qui aient quelque influence nationale, sont le PT et le PDT.

LES CONTRADICTIONS DU PDT

Le Parti démocratique des travailleurs (PDT), affaibli par la perte du gouvernement de Rio de Janeiro dispose encore de 27 élus au niveau fédéral. Les désillusions provoquées par le plan Cruzado II vont sans doute contribuer à le renforcer. Enfin, le PDT a Brizola ou, il serait plus juste de dire, le PDT est Brizola, l'un des dirigeants politiques les plus charismatiques du pays avec Lula. Le PDT doit être considéré comme un parti bourgeois bien qu'il soit lié à la social-démocratie de la Ile Internationale. Le PDT jouit également d'une petite influence syndicale et appuie la Centrale unique des travailleurs (CUT). Mais ses liens avec des secteurs de la bourgeoisie sont beaucoup plus forts. Il a recruté pas mal de politiciens de la dietature tels le Président du PDT à Sao Paulo, Ademar de Barros Filho. Dans l'une de ses circonscriptions les plus importantes après celle de Rio de Janeiro, Rio Grande do Sul, le PDT a fait une coalition avec le PDS. Cette alliance s'est d'ailleurs soldée pour lui par un échec total. Avec une telle politique il a perdu beaucoup plus de voix qu'il n'en a gagnées d'autant plus qu'à

Rio Grande do Sul, le PDT est dominé par les grands propriétaires fonciers.

Il est possible que le PDT tire les leçons de ces résultats électoraux et prenne une nouvelle orientation qui mette en avant ses caractéristiques de gauche.

LES RÉSULTATS DU PT Dans ces élections, le Parti des travailleurs (PT) a obtenu d'assez bons résultats, quoique inférieurs à ses possibilités réelles et à son poids social dans le pays. Nationalement, le PT a obtenu environ 6,5 % des voix (3), tandis qu'en 1982, il avait fait un plus de 3% (4). Lors des élections municipales de 1985, le PT eu une moyenne nationale légèrement supérieure à 10%, mais ces élections se déroulaient pour l'essentiel dans les capitales des Etats, ce qui rend difficile la compa-

L'élément les plus significatif, c'est que le PT a connu une nette croissance hors de Sao Paulo. En 1982, cet Etat rassemblait à lui seul 71 % des voix du parti dans l'ensemble du pays et, la moyenne nationale de 3% recouvrait des disparités importantes : 10% à Sao Paulo, 3% à Rio de Janeiro, 2% à Minais Gerais, Etats où le PT avait des élus mais moins de 1 % dans tous les autres Etats. En 1986, si le PT stagne à Sao Paulo, bien que grâce à l'augmentation des votes blancs et nuls, il y ait plus d'élus, dans les autres Etats. En moyenne, hors de Sao Paulo. les voix du PT ont été multipliées par quatre ! Enfin, comme nous le soulignions, Lula a été le candidat sur lequel s'est porté le plus grand nombre de

3. Ces pourcentages ne correspondent pas au pourcentage des élus car la loi électorale avantage les partis les plus puissants et les Etats les moins peuplés.

4. Sur la campagne électorale et les résultats du PT en 1982, se reporter aux numéros d'Inprecor numéros 126 du 17 mai 1982. 136 du 8 novembre 1982 et 139 du 20 décembre 1982.

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D'autres aspects des résultats du PT sont tout aussi importants. Sa croissance à l'extérieur de Sao Paulo lui permet désormais d'être moins déséquilibré sur le plan national. Bien sûr, Sao Paulo demeure l'Etat où le PT obtient la majeure partie de ses voix ce qui est compréhensible. Cet Etat concentre près de la moitié de l'industrie du Brésil et également environ la moitié du prolétariat industriel qui est la principale base sociale du parti mais, alors qu'en 1982 les voix de Sao Paulo représentaient 71 % des voix du PT dans tout le pays, en 1986, ce pourcentage est tombé à 45% ce qui reflète la participation de cet Etat dans le prolétariat industriel, quoique encore supérieur de beaucoup à la place de Sao Paulo dans le pays, qui représente environ 25 % de la population totale du pays. Le PT est done devenu un parti national et non plus un parti essentiellement de Sao Paulo qui récoltait en plus quelques voix dans les autres Etats du sud-est ou du sud du pays.

Ensuite, le PT s'est renforcé à l'intérieur même des Etats. Le PT est toujours plus puissant dans les capitales et dans les grandes villes industrielles mais, dans ces élections, il a également obtenu un bon score dans les petites municipalités, avec beaucoup de voix chez les agricoles. Fait significatif, nombre de députés du PT sont des travailleurs agricoles originaires de l'intérieur des Etats.

Enfin, il convient de souligner qu'un pourcentage important des voix qu'a recueillies le PT s'est porté sur le seul sigle du parti, la loi électorale brésilienne prévoyant que l'on peut voter soit sur des candidats soit sur de simples sigles. Ce pourcentage a varié entre 30% et 50 %, ce qui signifie que les candidats étaient personnellement peu connus et que le vote était un vote pour le parti lui-même.

ET SES CONSÉQUENCES

Le plan Cruzado Il a essentiellement des augmentations de prix, une politique de dévaluation presque quotidienne du cruzado par rapport au dollar, une limitation des mécanismes de l'échelle mobile des salaires et un changement de l'indice officiel des prix.

Les augmentations de prix, 60% pour l'essence, 80% pour les voitures, entre 45 et 120% pour les cigarettes, 100% pour les boissons, 25 % pour le sucre etc., ont accompagnées de hausse des impôts sur ces mêmes produits. Le gouvernement en a aussi profité pour augmenter les services publies, l'électricité et pour le téléphone, 80% pour les tarifs postiers. Le dans le calcul officiel de l'indice des prix consistait justement à ne plus faire entrer en ligne de compte des produits comme l'essence, les boissons, les cigarettes qui venaient de faire un bon spectaculaire. Enfin, l'inflation n'est désormais caleulée que pour les familles ayant un revenu équivalant à cinq fois le salaire minimum et non plus vingt fois comme c'était le cas

L'explication fournie par le gouvernement pour justifier ces mesures était d'une extrème simplicité. Selon lui, avec l'application du premier plan Cruzado, la demande avait trop augmenté et il fallait donc la réduire ; pour atteindre cet objectif il avait augmenté des produits essentiellement consommés par moyenne parce qu'il voulait justement maintenir la redistribution des revenus faite par le premier plan Cruzado. Les augmentations des impôts étaient destinées à diminuer le déficit budgétaire et la dette publique, le changement dans la politique des taux de change visant à récupérer l'excédent de la balance commerciale du premier semestre. Ces mesures - prétendait encore le gouvernes'inscrivaient dans la stricte continuité du plan Cruzado, le gel des prix était maintenu sauf ... pour les augmentés, afin Mais cette fois, le peuple n'a pas été aussi naif que le pensait le gouvernement. Tout le monde a compris que le gel des prix était terminé et que l'inflation revenait. Il est faux de dire que seules les couches moyennes sont touchées, les augmentations de prix touchent aussi les couches populaires et il faut un certain aplomb que l'augmentation du prix d'un produit comme l'essence n'a pas d'implications sur les autres prix. Tout le monde a également compris que le gouvernement mettait en œuvre de fait une politique de diminution des salaires avec des mécanismes d'échelle mobile et le changement du mode de calcul de l'inflation, pratique d'ailleurs courante sous la dictature.

Chacun a pu voir que les grands problèmes économiques du pays n'étaient pas ceux dont parlait le gouvernement. A côté de l'impossibilité de faire un véritable blocage des prix dans le cadre d'une économie de marché, le plan Cruzado ne s'est pas attaqué aux problèmes de fond comme ceux de l'énorme dette extérieure (5), le déficit budgétaire, la dette inté-

La dette extérieure du Brésil qui s'élève à plus de 100 milliards de dollars oblige le pays à payer chaque année plus de 10 milliards de dollars au titre du seul service de la dette. Il a été possible de débourser cette somme ces dernières années 'parce que le pays a eu un excédent de sa commerciale pour ce faire le gouvernement a dû avoir recours à l'émission de monnaie aggravant ainsi le problème de l'inflation.

A la dette extérieure, s'est mélée la question de la dette intérieure et celle du déficit budgétaire, sources permanentes de pressions inflationnistes parce qu'une grande partie de la dette intérieure est justement dûe à cette nécessité de payer l'imposante dette extérieure.

En outre, s'il est vrai qu'après le plan Cruzado, nous avons eu une augmentation de la demande, quoique très exagérée par le gouvernement, elle était liée en grande partie à la croissance de l'économe brésilienne depuis 1984 et à une diminution de l'épargne. Les taux d'intérêt étant devenus très bas, les couches moyennes n'ont pas maintenu leur niveau d'épargne. La pénurie de produits de base a été expliquée à juste titre par le gouverne. ment par la spéculation, mais curieusement il a oublié de mentionner cette argumentation quand il a mis en place le plan Cruzado II. Enfin, il faut souligner que les augmentations de salaires obtenues après février 1986 n'ont même pas permis de récupérer le pouvoir d'achat de 1982.

Donc, le plan Cruzado Il est de fait une reconnaissance par le gouvernement de la faillite du premier plan. Les seuls points qu'ils aient en commun, c'est le refus de s'attaquer au problème de la dette extérieure et aux autres questions-clés de l'économie. Le plan Cruzado Il est un plan d'austérité classique avec augmentation des prix et des impôts pour diminuer la demande, baisse des salaires et d'autres mesures pour stimuler les exportations.

On comprend parfaitement la rage qui a saisi la population à l'annonce du plan, non seulement, à cause des mesures elles-mêmes mais surtout à cause du sentiment d'avoir été trompée dans la campagne électorale.

Nous entrons dans une période très complexe au Brésil. Les partis au gouvernement ont le contrôle complet du pays sur le plan institutionnel, du gouvernement fédéral et des Etats, avec la majorité absolue dans le Congrès national qui aura des pouvoirs constituant. Mais ce gouvernement a aussi perdu beaucoup de son prestige, et les luttes populaires et syndicales qui n'ont pas cessé depuis le début de la « Nouvelle République », s'annoncent aujourd'hui plus fortes.

Après la grande manifestation populaire de Brasilia, le 27 novembre, une journée nationale de grève a été appelée pour le 12 décembre. Cette mobilisation a été relativement réussie, puisque d'aprés le Service national d'information (SNI) ce sont près de 10 millions de travailleurs qui ont fait grève. La CUT, elle, avance le chiffre de 25 millions. Pour comme le Brésil qui n'a pas de tradition de grève générale, à l'inverse par exemple de l'Argentine, et qui n'avait pas fait de grève générale nationale auparavant, c'est là un résultat non négligeable.

Mais si le mouvement social se développe, la répression également. Cette journée de grève a été durement réprimée avec, notamment, de nombreuses arres-

Nous allons donc vers des affrontements de classes très durs.

Sur le plan politique, le PT, parti qui exprime le mieux la combativité populaire, devrait se renforcer. Bien sur, cela lui donnera de nouvelles responsabilités auxquelles il devra faire face.

Paris, le 15 décembre 1986 se reporter à l'article général d'Ernest Mandel paru dans Inprecor numéro 217 du 1986 et à l'interview d'un syndicaliste parue dans Inprecor numéro

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