GRANDE-BRETAGNE LLie, Ta E 5 février, l'exécutif national du principal syndicat du
Société des métiers graphiques • (SOGAT) a voté la fin des piquets de grève organisés depuis plus d'un an devant l'imprimerie de Wapping, à l'Est de Londres, où sont imprimés les quatre titres nationaux du groupe de presse dirigé par Rupert Murdoch (cf Inprecor numéro 218 Hilary ELEANOR
C'est en janvier 1986 que les 5 500 travailleurs du Livre de la Société News International ont voté la grève contre les tentatives de leur patron, Rupert Murdoch, de détruire l'organisation syn -dicale. Suite à ce vote, Murdoch licencia tous les grévistes. Le 24 janvier, premier anniversaire du début de la grève, une manifestation de 25 000 personnes, composée des travailleurs du Livre et de ceux qui les soutiennent a eu lieu à Wapping. Au cours de cette manifes -tation se sont produits des affrontements avec la police parmi les plus violents depuis le début d'un conflit dont la durée égale maintenant celle de la grève des mineurs en 1984-85.
UNE LUTTE ISOLEE
La nouvelle imprimerie de Rupert Murdoch, équipée de la technologie la plus moderne est connue sous le nom de "Forteresse Wapping". Les jaunes qui ont remplacé les travailleurs licenciés sont transportés vers l'imprimerie en autocar et ramenés chez eux par le même moyen. L'imprimerie est protégée en permanence par la police, et entourée de barrières en acier couronnées de barbelés en fer avec des lames de rasoir. Les alentours sont éclairés par des phares et surveillés par des caméras. Les ouvriers de la production furent recrutés par Murdoch avant l'ouverture de l'impri -merie de Wapping avec l'aide du très droitier syndicat des électriciens (EEPTU). L'objectif de l'opération était de briser le pouvoir des syndicats du Livre, à concentrer Fleet Street (quartier de Londres qui a toujours été le centre de la production des quotidiens nationaux.) C'est pourquoi Murdoch a carrément décidé de redémarrer la production de ses journaux dans un autre endroit et avec une force de travail qui n'appartenait pas aux syndicats du Livre.
Un an de grève du Livre
du 28 avril 1986).
Si le pari de Murdoch a été couronné de succès, au prix de tout le dispositif de répression que nous venons de citer, c'est largement à cause du rôle joué par la Confédération des syndicats (TUC) et du Parti travailliste. Ces derniers, qui dans le temps se faisaient appeler "modérés" préfèrent maintenant l'étiquette de 'nouveaux réalistes". Il faut dire que leur réalisme n'est pas très nouveau et surtout pas réaliste du point de vue de la défense des intérêts des travailleurs. Ce qu'ils prônent consiste à accepter les consé -quences de l'offensive anti-ouvrière du gouvernement Thatcher, le chômage de masse, les attaques contre le niveau de vie et les services sociaux ainsi que la législation anti-syndicale comme des données de la situation. C'est ainsi qu'ils justifient leur politique de non résistance et de refus d'organiser la solidarité avec les secteurs du mouvement ouvrier qui se trouvent les uns après les autres dans le collimateur de Thatcher. C'est déjà cette ligne qui avait conduit à la défaite des mineurs en 1985.
C'est à contre-cœur que la SOGAT et les autres syndicats du Livre ont appuyé la lutte. Les directions syndicales ont systématiquement essayé de trouver un accord de compromis avec Murdoch plutôt que de renforcer et d'étendre la grève. Il est pourtant évident que le seul moyen de gagner serait d'élargir la grève aux autres titres de Fleet Street sinon à toute la profession.
LA SOLIDARITE VIENT DE LA BASE
Au niveau plus général, le soutien à la grève n'est pas venu des directions syndicales ni de celle du Parti travailliste. Il a été organisé à la base par des comités de soutien aux travailleurs du Livre créés sur le même modèle que les comités de soutien aux mineurs pendant la grève de 1984-85, avec la participation de certains députés de la gauche travailliste et
Cette décision risque de signifier la fin de la grève, bien qu'elle rencontrera certainement une opposition à la base. C'est un coup de poignard dans le dos des grévistes, et pas le premier que ces derniers ont reçu des mains de leur propre direction... dirigeants syndicaux, notamment Arthur Scargill, président du syndicat des mineurs qui fut présent à la manifes -tation du 24 janvier. Il faut noter aussi l'apparition des Femmes contre Murdoch (WAM) qui part aussi de l'expérience des femmes pendant la grève des mineurs. La lutte des travailleurs du Livre est devenue la référence pour tous ceux qui refusent de plier devant l'offensive de Thatcher et d'accepter les thèses des "nouveaux
Le développement de la solidarité a été important. A part le soutien finan -cier, les grévistes ont besoin de solidarité contre la répression. Environ 2 000 personnes ont été poursuivies en justice pour leur participation aux divers piquets et manifestations depuis un an. Certains d'entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme, et d'autres en courent le risque. Mike Hicks, membre de l'exécutif national de la SOGAT vient par exemple d'être condamné à 12 mois
Les grévistes se sont battus depuis un an dans une situation très difficile. La seule solidarité ne leur a pas permis de gagner contre Murdoch. Seul un chan -gement d'attitude de la part des directions des syndicats du Livre aurait pu aboutir à une victoire, à travers l'extension de la lutte à toute l'industrie du Livre. Le refus de cette perspective par les directions syndicales et travaillistes a conduit inévi -tablement à la situation dans laquelle les grévistes se trouvent aujourd'hui.
Hilary ELEANOR, 6 février 1987. ABONNEZ-VOUS, RÉABONNEZ-VOUS A « INPRECOR » I