Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Duarte dans l'impasse

· Inprecor n° 240, 13 avril 1987 · p. 14-15, 15-16, 18-19, 19-20 · 4 328 mots

El Salvador Syndicalisme

Duarte, porté au pouvoir avait pour but sociales les plus flagrantes, afin se sociale au mouvement toute légimité à la lutte armée menée par le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN). l'oligarchie salvadorienne, industriels et

Arnold BERTHU

L'incapacité de Duarte à réaliser de véritables réformes, notamment réforme agraire radicale, et à assurer un minimum de progrès économique et social dont profiteraient les couches populaires, a entraîné une véritable crise de confiance au niveau de la propre base démocratie-chrétienne, d'autant qu'au début de 1986, le gouvernement devait imposer une série de mesures frappaient directement les travailleurs, afin de réduire le déficit budgétaire dû en grande partie à l'énorme ponction opérée par les dépenses militaires représentent 25% du budget 1987.

UNE CRISE POLITIQUE GRAVE

Pour récupérer une partie de sa base d'appui populaire, en Duarte a pris un ensemble de nouvelles mesures dont certaines faisaient supporter une partie de l'effort de guerre sur la classe capitaliste salvadorienne, notamment par la mise en place d'un défense de la souveraineté autrement dit un impôt de guerre, portant successions, patronale. Le 22 janvier 1987, le patronat réalisait une grève d'une journée qui gouvernementale. L'Union nationale des centrale syndicale classiste qui s'est reconstituée en février 1986 (Cf. Inprecor numéro 217 du 14 avril 1986) a refusé de protestations et, à cette occasion, le porte-parole du Front démocratique révolutionnaire (FDR) et du FMLN, Guillermo Ungo, devait déclarer que les protestations de la droite sont distinctes et opposées à celles des révolutionnaires, parce en juin 1984 essentiel de réaliser aplanissant de disputer révolutionnaire et d'ôter minoritaires".

Simultanément, une

• co on de tout qui bi de la nécessaires pour prolonger Tétat de siège d'austérité qui être reconduit tous les mois. (1)

qui octobre 1986,

Duarte, pris entre deux feux (DR)

sévère riposte des forces armées, a durement critiqué d'enquêtes contre les guérilleros présumés en seront affectées ; les détenus pourront faire appel à un défenseur pendant l'enquête et nous ne pourrons garder à vue ce terroriste que pendant soixante-douze menaçant l'ensemble du gouvernement, le

12 février dernier, Duarte faisait marche arrière sous la pression patronale, révisait substantiellement les mesures prises octobre 1986, en allégeant l'impôt sur le patrimoine et sur le revenu qui devait servir à financer une partie de la guerre.

Duarte dans l'impasse propriétaires fonciers,

Etats-Unis, mondiale qui frappe progressivement

Parallèlement, ce petit espace restructurer ses

Mieux, il intérêts oligarchiques les deux principaux partis d'extrême-droite, l'Alliance républi - caine nationaliste (ARENA) du major

Roberto d'Aubuisson et le Parti de conciliation nationale (PCN), se mettaient en grève parlementaire prolongée. Cette saisie

T'ARENA, guerre - hors de tous les dollars pour 1987.

Le général Blandon, chef d'état-major suspension : "les possibilités

"tous les l'organisation les aveux obtenus dépendance économique particulièrement l'Amérique centrale, la force militaire croissante du FMLN, ont réduit les marges de manoeuvre de dernier utilisait au maximum démocratique ouvert depuis 1984 organisations et agir ouvertement.

annonçait simultanément une libéralisation de la commercialisation du café, contrôlée depuis 7 ans par un organisme étatique, l'Institut du café (INCAFE). Non contents de ce succès, les grands producteurs de café demandaient alors la suppression totale du monopole d'Etat sur l'exportation du café. Une semaine plus tard, le 20 février, la droite parlementaire et l'Association nationale de l'entreprise privée (ANEP), obtenaient la capitulation totale de Duarte dans la mesure où la Cour suprême de justice, par un industriel membre déclarait inconstitutionnel l'impôt sur le revenu et le patrimoine.

Cette décision met le gouvernement Duarte dans une position budgétaire très difficile car l'armée a déjà dépensé 120 millions de colons (1 dollar = 5 colons), à valoir sur l'impôt de guerre ! Le déficit budgétaire de 1986 était estimé à 900 millions de colons et les dépenses de l'aide américaine (voir encadré) - représentaient 1,5 milliard de colons (300 millions de dollars). La position de Duarte risque d'être d'autant plus périlleuse que le Salvador, à l'instar autres pays d'Amérique centrale, est affecté par la chute drastique des cours du café sur le marché mondial, provoquant un manque à gagner estimé par la Banque centrale à 250 millions de

Face à cette offensive de l'extrême-droite, Duarte essaie de se reconstituer une

(1) Le décret numéro 50 ne se contente pas de restreindre ou d'annuler tous les droits ou garanties en matière de libertés, il octroie également aux cours militaires la juridiction sur crimes contre l'existence de l'Etat ou contre la paix publique" et permet de détenir pour une durée de deux semaines toute personne que les forces de sécurité estiment être suspecte, sans la présenter devant les tribunaux. De plus, ce décret prévoit que les dispositions constitutionnelles contre sous la coercition sont légalement inopérantes.

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certaine base populaire. Quelques jours avant de faire ces concessions l'oligarchie puis de céder entièrement, PDC avait convoqué une manifestation de soutien populaire à sa politique. Toutes les autorités civiles avaient été mises à contribution pour mobiliser les agents des services publics, les chômeurs remis au travail pour nettoyer la capitale des effets du tremblement de terre. campagnes, les "rabatteurs" du PDC offraient de 15 à 25 colons, somme bien supérieure au salaire journalier d'un ouvrier agricole, pour obtenir une large participation.

Simultanément, d'un côté la droite appelait à ne pas participer à la démonstration ; de l'autre, le FMLN organisait une grève des transports ce même jour et l'UNTS demandait aux travailleurs de ne pas se joindre à la manifestation.

Finalement, le 7 février, plus de 50.000 personnes répondirent à l'appel du PDC. Ce chiffre est loin d'être négligeable même s'il est inférieur à celui qu'escom -ptaient les organisateurs.

DUARTE DANS L'IMPASSE

Duarte semble bel l'impasse mais il serait certainement prématuré de pronostiquer sa chute rapide, car les Etats-Unis n'ont pour l'instant d'autre carte politique à jouer.

En 1981, 1982, 1983, les Etats-Unis avaient soutenu à la fois la démocratie-chrétienne de Duarte, l'extrême-droite avec T'ARENA et le PCN, en leur demandant de s'entendre pour gouverner ensemble en étroite collaboration avec les forces armées. En 1984, l'administration Reagan a révisé sa politique.

Elle a misé sur la chrétienne aux dépens de l'ARENA et du PCN. Duarte a pu ainsi bénéficier de l'aide de la puissante démocratie-chrétienne européenne, notamment des Allemands et des Italiens. (2)

Le projet des Etats-Unis, et pour lequel Duarte était indispensable, combiner quatre éléments : les élections, les réformes, la répression sélective, la guerre contre le FMLN. Ainsi pensaientL'armée absorbe 25% du budget (DR)

à

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était ils stabiliser la situation au Salvador et saper la base sociale des révolutionnaires.

projet, du point de vue de l'administration

Si l'on fait aujourd'hui le bilan de ce internationale base sociale à Duarte.

Reagan, ce n'est guère brillant.

- Les élections : elles ont contribué sans aucun doute à donner une légitimité salvadorien, légitimité et audience qu'il ne pouvait revendiquer avec des dictatures intérieur, si lors des élections de 19841985, le projet Duarte a récolté un certain appui populaire, les illusions de certains secteurs des masses se sont vite dissipées.

- les réformes : elles sont bloquées. La deuxième phase de la réforme agraire n'a

2) En 1986, l'aide de la démocratie-chrétienne allemande a été de 42 millions de dollars. Un accord a été signé en février demier portant cette aide à 70 millions de dollars pour 1987. Des négociations sont en cours pour octroyer 30 millions de dollars supplémentaires au Salvador. Ces fonds sont essentiellement reconstruire" et dans l'assistance à la petite utilisés dans le cadre du plan "Unis pour entreprise privée, l'objectif étant de recréer une

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La répression continue, même si elle choisit plus ses victimes (DR) pas été réellement mise en oeuvre ; le gouvernement revient en arrière sur les nationalisations opérées par la junte militaire fin 1979 début 1980 en ce qui concerne la commercialisation du café et, surtout, le niveau de vie des couches populaires s'est dégradé très fortement. Duarte est pris en étau entre concessions populistes nécessaires et l'intransigeance des classes possédantes qui n'entendent pas céder d'un pouce sur leurs privilèges.

répression massive, fortement réduite dans commission (non-gouvernementale)

prisonniers qui seraient cette répression sélective n'a pas

- La répression sélective : si la sanglante, a été les villes, la répression sélective demeure. En 1986, la des droits de l'homme a comptabilisé 1 821 assassinats; 213 disparitions et 1 100 politiques (voir interview page 20) à Mariona et Ilopango. Mais été suffisante pour empêcher le renforcement et la radicalisation du mouvement de masse organisé (3).

- La guerre contre le FLMN : c'est le fiasco total. Le Front a accru ses forces armées, augmenté et étendu sa capacité d'action militaire à l'ensemble du pays et regagné des forces très importantes dans les villes. Le FMLN a réussi à créer une situation de double pouvoir sur le plan géographique : deux armées et deux autorités se font face dans le pays et Duarte a dû amorcer un dialogue avec les révolutionnaires à La Palma en octobre 1984, sans que ces derniers déposent les armes ou cessent leurs opérations.

ECHEC POLITIQUE DANS LES VILLES

En février 1986 est née l'UNTS qui scellait l'alliance entre d'une part, courant syndical lutte de classe qui s'est développé en 1984-1985 et d'autre part, T'UPD, la Confédération des associations coopératives du Salvador (COACES) et l'Association nationale des indigènes salvadoriens (ANIS) qui avaient constitué une partie essentielle de la base électorale du Parti démocrate-chrétien (PDC) en 1984-1985. Cette unité témoignait du développement de l'organisation des masses, ouvriers, salariés des services étudiants etc., et de leur radicalisation à gauche. L'UNTS regroupait 35 000 membres. Pour y faire face, PDC aidé de l'Institut américain pour le développement du syndicalisme libre (AIFLD), lié à la CIA, créait l'Union nationale ouvrière et paysanne (UNOC) et

(3) En février 1987, le FMLN a imposé la libération de 99 prisonniers politiques, dont 52 guérilleros et 47 syndicalistes en échange du Colonel Avalos prisonnier du front depuis

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multipliait les pressions sur la direction de l'UPD afin d'essayer de reconstituer la base sociale du PDC. En novembre 1986, la direction de l'UPD décidait de se retirer de l'UNTS en expliquant que celle-ci prenait des positions trop radicales (voir interview). Cette défection constitue une victoire pour Duarte. Néanmoins, COACES et ANIS, initialement liées à T'UPD, demeurent dans l'UNTS il semblerait qu'une partie de la base de l'UPD ait également décidé de rester au sein de l'UNTS.

Si l'on en juge par les capacités de mobilisation que l'UNTS a réussi à affirmer en janvier 1987, malgré le départ de l'UDP, on peut considérer que le mouvement n'a pas été fortement affecté par la division. En effet, plus de 35 000 personnes ont répondu à l'appel de l'UNTS en manifestant à San Salvador, la capitale, le 17 janvier alors que l'UDP, sans même parler de l'UNOC, demandait à ses adhérents de s'abstenir de manifester et que l'armée empêchait une centaine de cars de rejoindre la manifestation.

répression, licenciements, les syndicalistes, les assassinats, le nombre de grèves est resté élevé - 150 contre 172 en 1985 - et la solidarité ouvrière a permis la libération de la secrétaire aux relations internationales de la Fédération nationale des travailleurs salvadoriens (FENASTRAS) Febe Velasquez, membre de l'exécutif de l'UNTS, enlevée par l'armée et que le ministère de l'Intérieur accusait aux Forces armées de la résistance nationale (FARL), l'une des cinq composantes du FMLN.

En août 1986, Duarte en personne avait justifié ainsi la capture de syndicalistes, au moment de l'enlèvement du secrétaire général d'un des syndicats de FENASTRAS : "Les guérilleros s'inflitrent partout... C'est pourquoi les corps de sécurité ont pour attribution d'enquêter là-

Voilà pourquoi ce syndicaliste a

Enfin, pour faire face aux grèves, le gouvernement Duarte a fréquemment recours à la militarisation des entreprises.

...ET DANS LES CAMPAGNES

L'année 1986 s'est caractérisée par la mise en chantier du plan "Unis pour construire", qui vise à rompre l'isolement de l'armée par rapport à la population. "La guerre comporte 90% de politique, d'économique, de social et d'idéologique et seulement 10% de militaire" (Proceso numéro 269) affirment aujourd'hui les stratèges militaires salvadoriens. Le plan "Unis pour reconstruire" vise à gagner guerre. Ce Washington, consiste notamment à réinstaller à la campagne des populations qui ont été déplacées ou qui ont fui la guerre et le bombardements. L'armée est le canal par lequel l'aide économique et logistique est apportée aux civils qui se réinstallent à la campagne. Les armées se substituent donc nationales et locales dans domaines qui dépassent largement leurs compétences "normales" logement, équipements collectifs, santé etc.

L'aide financière, que s'approprie l'armée, provient en majeure partie de l'Alliance internationale pour le développement (AID), organisme américain lié à la CIA. Dans les nouveaux villages, l'armée tente de constituer unités de défense civile, chargées de former un rempart humain entre elle et le FMLN. Cette opération s'apparente aux "aires de développement" créées par l'armée guatemaltèque depuis 1982 et aux. "villages stratégiques" créés au Sud-Vietnam au début des années soixante-dix.

Il est difficile de se faire une idée exacte de l'efficacité du plan "Unis pour reconstruire", mais il est certain que les militaires sont incapables de véritablement dialoguer avec la population même si on leur fair suivre des cours...de relations publiques ! Par ailleurs, les communautés chrétiennes de base, inspirées par la théologie de la significative de la population vivant dans les zones de guerre.

Enfin, le FMLN a réussi à créer dans une centaine de localités, une situation impossible pour l'armée et le pouvoir

L'exiguité du territoire salvadorien, la densité de la population, l'importance de moyens de répression (bombardements etc.) ne permettent pas la constitution permanente de zones libérées au sein desquelles se réorganiserait la vie sociale stable. Le FMLN, d'environ 10 000 guérilleros, doit lutter d'une forme particulière, différente des modèles chinois, vietnamien, yougoslave, cubain ou même nicaraguayen.

L'un des commandants du FMLN, Ana Guadalupe Martinez, précise ce qu'il faut entendre par zone contrôlée par le FMLN : "Ce que nous avons fait, c'est ne pas accepter que le Parti démocrate-chrétien ou un autre parti de droite ait des maires dans les zones où nous nous mouvons. Depuis un an et demi, nous les avons capturés, ou ils se sont enfuis vers les chefs-lieux départementaux. Mais nous ne les avons pas remplacés par de nouvelles autorités car celles-ci auraient été assassinées en cas d'intervention de l'armée. Le peuple, voyant qu'il n'y avait plus d'autorités, a cherché à s'organiser et à créer des éléments de pouvoir juridique, législatif etc., un pouvoir local qui résout les problèmes de la population.

Evidemment, participent à ce "pouvoir", savent qu'elles ne peuvent rien faire contre les intérêts du peuple et du FMLN. Ce n'est pas dû au fait que nous installerions de nouvelles autorités. Non, c'est la population ellequi s'organise en quartier, en conseils communaux, exigeant l'électricité, médicaux, C'est une population qui demande à être respectée par l'armée et le FMLN. En plus, cette population brandit le drapeau de la neutralité. C'est dire que l'armée ne peut pas liquider ces autorités et que, nous autres, nous devons respecter l'organisation qui provient du peuple lui-même. C'est ce qui s'est passé dans presque cent villages du pays, ceux dont nous avions renvoyé les maires et les autorités civiles. C'est ça l'existence du double pouvoir"; (El Nuevo Diario, 12 novembre 1986).

ECHEC MILITAIRE

Depuis 1981, date de l'offensive générale lancée par le FMLN, jamais l'armée n'avait développé un si grand effort sur le plan militaire qu'en 1986.

En cinq ans, l'armée salvadorienne a triplé ses forces en passant de 17 000 à 50 000 hommes, grâce à l'aide militaire américaine qui se monte aujourd'hui à plus de deux millions de dollars par jour. 1986, elle a tenté, en vain, d'infliger une défaite stratégique au FMLN, en menant des opérations de très grande envergure.

Ainsi l'opération Fenix, lancée contre un des bastions du FMLN, la région de Guazapa, a duré six mois - de janvier à bombardements furent incessants. 1 000 personnes ont été déplacées, 500 furent emprisonnées. l'armée salvadorienne a combiné bombardements aériens et interventions massives de troupes d'élite, très mobiles par l'utilisation simultanée de 60 hélicoptères de

La entraîné le dépeuplement presque complet de la région et semble avoir obligé le FMLN a une retraite momentanée. Depuis, il a repris le contrôle de la région.

L'armée salvadorienne a essayé de reproduire le même scénario dans une autre région, le Chalatenango, avec beaucoup

En septembre 1986, au moment où la troisième réunion du dialogue FMLNDuarte devait se tenir à Sesori, l'armée a mobilisé 30 000 hommes. (Cf. Inprecor numéro 230 du 17 novembre 1987)

Dans l'ensemble, le FMLN a réussi à parer l'attaque et, mieux, il est parvenu à coups très durs à l'armée salvadorienne. C'est ainsi que le 19 juin 1986, il attaquait et occupait pendant plusieurs heures, la principale garnison du pays, San Miguel, causant à l'armée 200

Finalement, le bilan militaire global de 1986 n'est pas favorable à l'armée. Le

La démontré opérationnelles dans les diverses régions du pays. Il contrôle environ 25% du territoire. Grâce à une intensification de ses activités en fin d'année, il a réussi à infliger plus de 6 000 pertes - morts et salvadoriennes, alors que dans le même temps, selon l'armée elle-même, les pertes infligées au FMLN étaient inférieures à celles de 1985 (863 morts en 1986 contre

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Le FMLN aura réussi à imposer en 1986, 7 grèves des transports routiers et ferroviaires qui ont rencontré un succès important comme les années précédentes. Pendant les récoltes de café et de coton, le FMLN a également réussi à imposer aux propriétaires fonciers le paiement de salaires décents aux ouvriers agricoles.

L'année 1987 a commencé par ur enforcement des attaques du FMLN au cours de l'opération "Janvier héroïque ". Cette opération a connu un tel succès qu'elle a été prolongée d'un mois au cours duquel des casernes importantes de villes moyennes ont été attaquées. Cette offensive du FMLN a obligé les forces armées à réaliser des opérations de riposte dans presque tous les départements du

DUARTE... FAUTE DE MIEUX Ce projet contre-insurrectionnel, misant sur la démocratie-chrétienne est donc bel et bien un échec, mais il n'y en a pas d'autre qui puisse le remplacer dans

Reste le changement de personnel. Duarte peut être remplacé par un autre membre de la DC, le candidat le mieux placé paraissant être Abraham Rodriguez, l'un des dirigeants les plus à droite du PDC, pressenti d'ailleurs pendant la crise janvier-février. Mais la question principale est de savoir si les Etats-Unis peuvent se permettre remettre en place une dictature militaire ouverte ou porter au pouvoir les partis à la droite de la DC, soit par des élections soit par une crise ministérielle combinée à une éventuelle scission de la DC sur sa droite. Or, jusqu'à présent, les Etats-Unis comme les forces armées salvadoriennes ont assuré Duarte de leur soutien.

Un tel choix paraît bien impraticable, bien plus risqué que le prolongement de la vie d'un gouvernement démocrate-chrétien,

Pourquoi cette solution est-elle peu envisageable ? Parce que l'engagement de l'armée sur deux fronts, celui de la guérilla et celui du mouvement de masse, ne peut être opéré avec les seules forces de l'armée salvadorienne, même si ces dernières sont passées de 17 000 hommes en 1980 à plus de 50 000 aujourd'hui. L'armée américaine se verrait d'intervenir de plus en plus masivement, entrainant des milliers d'hommes dans la bataille avec toutes les répercussions que l'on imagine tant sur le plan intérieur que sur la scène politique internationale, au moment où l'URSS joue à fond la carte de

En 1984,1985, 1986, avec ses propositions de dialogue-négociation, le FMLN s'est donné les moyen de reprendre l'initiative politique et de couper l'herbe sous le pied de augmentant la pression réussi à créer un espace de lutte politique

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pour le mouvement de masse qui se reconstituait.

son écrasement démembrement en 1980, 1981, 1982, le mouvement de masse ne pouvait pas être recomposé à et dans les campagnes sur la base d'un soutien à la lutte armée révolutionnaire menée par le FMLN. Se battre ouvertement pour une perspective, aurait signifié une politique suicidaire de la part des cadres du mouvement populaire et leur isolement par rapport aux masses. La proposition du dialogue lancée par le FMLN a offert une perspective politique au mouvement de masse : pression pour mettre Duarte sur la à une négociation avec les insurgés afin

"La lutte pour démontrer qu'il existe une solution politique juste au Salvador, c'est nous qui devons la mener. Si nous refusons le dialogue, non seulement nous perdrons notre crédibilité, mais surtout, nous créerons une frustration à l'intérieur du peuple qui subit les bombardements et la répression" précise le commandant du FMLN, Ana Guadalupe Martinez (op. cité) Pendant un temps, Duarte lui-même a utilisé la proposition de dialogue de manière offensive pour marquer des points vis-a-vis de la population salvadorienne et pour soutenir son opération de charme sur le plan international.

Mais c'est la pression militaire du FMLN et l'appui populaire de plus en plus massif à la proposition de dialogue faite •par le Front, qui a obligé Duarte à s'asseoir par deux fois à la table des négociations avec les révolutionnaires et, du coup, à leur reconnaître une légitimité et une representativité incontestables.

"Quand nous mettons en avant. la solution politique par la voix du dialogue, nous obligeons le gouvernement salvadorien à prendre position, à dire s'il

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est oui ou non favorable au dialogue et à mettre en évidence sa politique : écraser le FMLN militairement. Durant une large période, Duarte n'a pas voulu dialoguer et le monde le condamnait. Quand il s'est rendu compte de ce que cela lui coûtait politiquement, il décida d'adapter sa position en utilisant le dialogue de manière tactique, non pas pour chercher une solution politique au conflit mais légitimité" (Ana Guadalupe Martinez, op. cité). AUCUNE ILLUSION SUR UNE ALLIANCE

Le FMLN a évité soigneusement de répandre la moindre illusions sur les possibilités d'alliances réelles Duarte, l'armée, ou l'oligarchie. Il a constamment utilisé l'arme du dialogue démontrer que Duarte, comme l'armée, comme l'oligarchie, alliés et des courroies de transmission de l'impérialisme américaine.

"La banière du dialogue est Duarte, un simple jeu politique limité à la nécessité conjoncturelle de couvrir son projet. Duarte et la démocratie-chrétienne ne constituent pas un pouvoir en soi. Leur instruments gouvernement Reagan" (4)

Le FMLN a mis en pratique une stratégie qui combine la lutte armée, en ayant créé en moins de 10 ans véritable armée révolutionnaire, la lutte politique pour la conquête de l'hégémonie sur les masses et pour accélérer la crise de la bourgeoisie au pouvoir, le rôle de la solidarité internationale, des initiatives diplomatiques et enfin, une vision globale de la révolution américaine.

Le FMLN a su surmonter son éloignement des masses qui s'est produit en 1980, 1981, 1982, suite à la répression massive et sanglante du mouvement populaire. Il a évité une déviation qui aurait consisté à privilégier le facteur militaire au détriment de l'organisation des masses.

"Dans une guerre populaire, le rôle du facteur militaire n'est pas absolu. Ce qui révolutionnaire c'est de savoir s'il a atteint l'accumulation militaire nécessaire qui, conjuguée aux facteurs politiques, permet de changer le rapport de forces. En 1983, bien que les coups militaires du FMLN aient poussé l'armée au bord de l'effondrement, l'absence d'une montée du mouvement de masse a empêché que les changements significatifs dans le rapport de forces" (Villalobos op. cité)

De même, le FMLN a également tiré les leçons de la surestimation qu'il avait faite lors de "l'offensive finale" de janvier 1981, des capacités des masses à s'insurger alors qu'elles avaient déjà subi des coups très durs. Ces dernières années, le FMLN a accordé une très aux luttes revendicatives renforcement de l'organisation

Enfin, le FMLN a su avancer selon le moment différentes propositions politi -ques. Ainsi, la proposition du Gouverne -ment provisoire à ample participation (GAP) faite en janvier 1984 (Cf. Inprecor

170 du 2 avril 984), a été essentiellement utilisée comme arme politique pour gagner l'appui des masses et mettre en crise le gouvernement Duarte dans une situation où la DC jouissait encore d'un certain appui populaire, sans qu'il y ait ambiguité sur la perspective révolutionnaire du FMLN.

"Dans la lutte sociale actuelle, ce qui est en jeu, ce n'est pas la demande d'une ouverture ou d'un réformisme dosé par les Américains et admis par l'oligarchie. Ce qui est en jeu c'est la mise en cause du avec l'exigence de changements profonds (...) Dans notre pays, on pourra parler d'élections après que la structure du pouvoir militaire, économique et politique se recompose (...) Les forces politiques, économiques et convaincues de la nécessité d'introduire des changements structuraux dans notre société pour obtenir la paix, constituent la majorité (...). la solution négociée ne être conçue changements sociaux, mais au contraire, elle doit permettre de les réaliser dans le (Villalobos, op. cité).

Le 15 décembre 1986, le FDR et le FMLN ont inclu dans renouvellement de leur alliance (voir encadré) la perspective du Gouvernement démocratique révolutionnaire (GDR), comme axe fondamental de leur bataille au plan politique. La plate-forme du GDR avait été adoptée par les organisations révolutionnaires salvadoriennes en février 1980 et reprise par le FDR en avril 1980. Il ne sert à rien d'épiloguer sur le fait que le GDR est réaffirmé et le GAP mis de côté. La cohérence d'ensemble subsiste : perspective révolutionnaire, le FMLN peut être amené, comme il l'a fait hier avec le GAP, à mettre en avant des propositions tactiques liées aux conditions concrètes de

En ce qui concerne les prochaines échéances de la lutte, le FMLN d'organisation des masses a atteint un niveau élevé mais n'en déduit pas pour autant, la perspective d'une insurrection à court terme. La tâche de l'accumulation des forces du côté guérilla comme du mouvement de masse, accumulation qui se combine à l'initiative politique et militaire. Et le renforcement en cours de l'unité des forces qui constituent le FMLN est aussi une des clés

Arnold BERTHU, 27 mars 1987

(4) Joaquin Villalobos : "L'état actuel de la guerre et ses perspectives" , 1986. Inprecor publiera dans un prochain numéro de larges extraits de ce document très important qui fait le point de la stratégie du FMLN.

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